Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

18 novembre 2019

Le joueur et son ombre

Matthieussent_Joueur et son ombreRoman de Brice Matthieussent.

Chris Piriac est un jeune tennisman très talentueux. Tout le destine à atteindre les meilleurs classements. Son début de carrière est exemplaire, mais la relation que l’athlète entretient avec son père, qui est aussi son entraîneur et son agent, est si négative qu’elle finit par tirer Chris par le bas. « J’avais réussi avec son aide à me hisser au sommet de la hiérarchie du tennis, et il bénéficiait de ma célébrité ainsi que de ma fortune. » (p. 15) Le jeune homme se laisse aller à l’alcool, aux drogues et aux soirées qui sont parfaitement incompatibles avec l’hygiène de vie d’un sportif de haut niveau. « Les folies de la nuit contaminaient le jour. […] Je refusais d’ouvrir les yeux, de renoncer au dessin anguleux qui dirigeait désormais ma vie. Une partie de moi-même savait que je courais à ma perte, mais j’ai refusé d’entendre cette voix ténue, qui a fini par se taire. » (p. 123) Puis sa route croise celle d’un autre tennisman : pour une insulte, sa vie bascule, et rien ne dit que la rédemption sera possible. La descente aux enfers n’en finit pas, et ce ne sont pas les superstitions et autres grigris dont il balise son quotidien qui aideront Chris à reprendre pied. « L’horizon, ou mon avenir, me semblait abriter une réserve inépuisable de cauchemars, tous liés au tennis, à ses règles, à son matériel. » (p. 120)

Entre vengeance subie et revanche voulue, l’histoire de Chris est de celles qui émeuvent autant qu’elles édifient. Parce que l’homme aime les héros, qu’il aime aussi les voir chuter de leur piédestal et qu’il aime encore plus les voir tenter de reconquérir leur gloire perdue, surtout s’ils échouent. Le destin du héros de Brice Matthieussent est aussi jubilatoire qu’une balle qui frôle le filet, mais qui s’écrase de l’autre côté, et aussi frustrant que cette raquette qui manque d’un cheveu de renvoyer la balle au fond du court de l’adversaire. Et cette ombre, quelle est-elle ? C’est à la fois celle qui est physiquement attachée à chaque mouvement du joueur sous le soleil ou les projecteurs. C’est aussi le mauvais conseiller qui chuchote fielleusement à l’oreille de l’athlète. C’est enfin ce qui reste du sportif quand tout l’a abandonné. Pour se départir de cette dernière, il n’y a que deux solutions : l’overdose de lumière pour abolir toutes les silhouettes, ou l’enfouissement dans le noir pour les fondre dans la pénombre. Quant au roman de Brice Matthieussement, il rayonne de talent et je le conseille, même à ceux que les échanges de balles indiffèrent.

Lu dans le cadre du prix Sport Scriptum.

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15 novembre 2019

L'appel

Wallendorf_AppelRoman de Fanny Wallendorf.

En 1957, Richard a 10 ans quand il commence le saut en hauteur. Il n’est pas très doué, mais il continue parce que cela lui permet de côtoyer ses amis. « Sa course d’appel n’est pas terrible, et son impulsion ne lui permet de monter assez haut. » (p. 18) Que ce soit en ciseaux ou en enroulé ventral, Richard échoue à dépasser 1m62 pendant des années. Et un jour, par hasard, il s’élance en un saut dorsal qui l’élève bien au-dessus de la barre et du tapis. Dès lors, Richard est déterminé à perfectionner la technique qu’il a inventée. « Champion mec, où t’as appris cette technique ? […] / Nulle part. je voulais juste passer la barre. » (p. 78) Du lycée à l’université, de la menace de la mobilisation pour le Vietnam aux sélections des Jeux olympiques de Mexico en 1968, Richard est un hurluberlu qui assume sa différence et s’attache à ne jamais faire comme les autres. Parce que c’est la meilleure technique qu’il a trouvée pour réussir. « Je crois qu’on apprend par les détours les plus saugrenus. » (p. 262)

Fanny Wallendorf s’est librement inspirée de la vie de Richard Fosbury, inventeur du saut auquel il a donné son nom, mais en respectant scrupuleusement ses exploits sportifs. Le personnage qu’elle présente est un athlète têtu qui a révolutionné sa discipline sportive jusqu’à la consécration aux Jeux olympiques. Au collège et au lycée, le saut en hauteur était ma hantise, pire encore que l’endurance avec ses tours ineptes et répétitifs autour du stade. Cependant, j’ai énormément apprécié la façon dont l’autrice déploie le mental de Richard. Le jeune homme multiplie les rituels secrets pour atteindre le plus haut niveau de concentration et découvrir les limites de son corps afin de mieux les dépasser. « Il se concentre. Il sollicite la mémoire de son corps. Visualise sa course du début à la fin. La réalise sans bouger d’un pouce. Se sent atteindre un palier, puis deux, puis trois. Éprouver l’impulsion. Sens venir le mouvement. » (p. 68) D’entraînements forcenés en répétitions obstinées des mêmes gestes, le sportif efface de nouvelles hauteurs. Mais c’est plus qu’un athlète que Fanny Wallendorf nous offre sur le papier avec son premier roman, c’est une vie qui s'élève entre amours, amitiés, bonheurs, peines, progrès et espoirs. L’appel est un des plus beaux livres que j’ai lus en 2019.

Lu dans le cadre du prix Sport Scriptum.

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13 novembre 2019

Pour une nuit d'amour

Zola_Pour une nuit damourNouvelle d’Émile Zola.

Julien est un jeune homme sérieux, à la vie réglée selon une monotonie souhaitée et entretenue. Sa seule fantaisie est de jouer de la flûte le soir, en regardant la grande maison d’en face qui semble comme morte. Puis arrive Thérèse, jeune fille fraîchement sortie du couvent. En rentrant chez ses parents, elle réveille la maison et enflamme le sang de Julien. Dès lors, le célibataire gauche ne pense plus qu’à celle qu’il croit inaccessible. « Son amour n’allait pas sans de grandes luttes. Il se tenait caché pendant des semaines, honteux de sa laideur. Puis, des rages le prenaient. Il avait besoin d’étaler ses gros membres, de lui imposer la vue de son visage brûlé de fièvre. Alors, il restait des semaines à la fenêtre, il la fatiguait de son regard. »  (p. 32) Hélas, quand Thérèse s’offre enfin à l’adoration de Julien, ce n’est rien de ce que le jeune homme imaginait.

Chez Zola, les amours interdites finissent mal en général. Celui-ci ne fait pas exception et ses victimes ne sont forcément les plus coupables. Bref, c’est du Zola : ample, généreux, cynique, et je ne m’en lasse jamais. Par bonheur, je découvre avec cette nouvelle le recueil Le capitaine Burle dont je n’avais jamais entendu parler. Youpi, Mimile ne m’a pas livré tous ses secrets !

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11 novembre 2019

Soif

Nothomb_SoifRoman d’Amélie Nothomb.

Le procès est terminé. Ponce Pilate a condamné Jésus le Nazaréen à la crucifixion. Commence la dernière et longue nuit du Christ : dans sa triste cellule, loin du mont des Oliviers, l’homme ne dort pas. Entre confiteor et colère, il ne sait comment se préparer au supplice qui l’attend. Blessé d’avoir été trahi par les miraculés, il se sent plus seul que jamais. « À l’évidence, il n’a pas fallu les soudoyer, ni même les encourager. Ils sont tous venus témoigner contre moi de leur plein gré. » (p. 5) La tentation de la fuite est grande, par peur de la douleur et par peur de faiblir. Jésus redoute les coups et les plaies, car il se sait fait de chair, comme l’a voulu son Père. « J’ai la conviction infalsifiable d’être le plus incarné des humains. » (p. 9) Alors, pour espérer et détourner son esprit de la peur, il se raccroche à la soif et à ses promesses aussi douloureuses qu’enivrantes. Il s’impose un ultime désert pour mieux supporter la torture à venir. « Il y a des gens qui pensent ne pas être des mystiques. Ils se trompent. Il suffit d’avoir crevé de soif un moment pour accéder à ce statut. Et l’instant ineffable où l’assoiffé porte à ses lèvres un gobelet d’eau, c’est Dieu. » (p. 24)

Viennent le matin et l’épuisant chemin de croix jusqu’au Golgotha. Viennent les moqueries et les crachats. Viennent les mains et les pieds cloués au bois dur de la croix. Viennent les derniers regards échangés avec sa mère et Marie-Madeleine. Et après les derniers sévices, la mort enfin. « Pour éprouver la soif, il faut être vivant. J’ai vécu si fort que je suis mort assoiffé. C’est peut-être cela, la vie éternelle. » (p. 68) L’homme est parti, reste le Christ.

Amélie Nothomb n’oublie rien des dernières heures de Jésus. Ni les chutes sur le chemin de croix, ni les brutalités, ni les secours inattendus, ni la soif, ni la rancœur envers Dieu. « C’est par amour envers sa création que mon père m’a livré. Trouvez-moi acte d’amour plus pervers. » (p. 47) Elle n’oublie pas non plus la descente de la croix, la mise au tombeau et la résurrection. J’aime que les femmes parlent de la Bible, parce qu’elles le font vraiment bien. Pas mieux que les hommes, mais avec une sensibilité et une intelligence différentes. J’ai déjà dit tout le bien que je pense de Sylvie Germain : lisez Les échos du silence ou Mourir un peu. Amélie Nothomb me surprend ici avec un texte profond et puissant qui change des gentilles réécritures de contes ou des réflexions un peu creuses sur la famille et l’identité. Je ne sais pas si Soif marque un tournant dans l’œuvre de cette autrice, mais il est certain que j’espère que l’iconique Belge aux chapeaux extravagants poursuivra dans cette voie.

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08 novembre 2019

Zidane

Hermel_ZidaneBiographie de Frédéric Hermel.

Qui est Zidane ?

  • Le cadet d’une fratrie qui a grandi à Marseille,
  • Un gamin humble qui a reçu une éducation solide,
  • Un époux et un père très attentif,
  • Un joueur remarquable à Turin et à Madrid,
  • Le numéro 10 de l’équipe de France,
  • L’auteur d’un coup de tête malheureux en 2006 au Mondial en Allemagne,
  • Un entraîneur tout aussi remarquable,
  • Un homme discret, pudique même, mais attaché à ses valeurs simples.

« Mais qui connaît vraiment Zizou ? Un être secret qui cultive la discrétion, un homme adulé qui se préserve et protège les siens, une star qui reste un type normal au milieu de l’anormalité d’un destin exceptionnel. » (p. 15)

Zidane, pour moi, c’est le Mondial 1998. J’avais 13 ans. C’est la seule fois où j’ai su par cœur la composition de l’équipe de France. La seule fois que le football m’a vraiment intéressée. Pourquoi ? Sans doute parce que cet été-là était trop long et que rien d’autre n’avait su attirer mon attention (hormis Jane Eyre que j'ai découvert avec émerveillement). Je suis le football d’une oreille plus que distraite, et je regarde un match tous les 4 ans, celui de la finale du Mondial. Bref, tout ça pour dire que je ne cours pas après le ballon rond.

Frédéric Hermel est correspondant pour L’Équipe et RMC à Madrid. C’est là qu’il a rencontré Zinédine Zidane. « Il ne me doit rien et je n’exige rien de lui. Je recherche uniquement les clés de la compréhension au travers d’une relation de confiance qui autorise toutes les questions. » (p. 250 & 251) On sent toute son admiration pour le sportif – pour l’athlète même –, et pour l’entraîneur, mais surtout pour l’homme qui n’a jamais oublié d’où il vient. C’est compréhensible : le bonhomme a l’étoffe des icônes modernes. Toutefois, je déplore une tendance appuyée au panégyrique. « Avec Zidane de Marseille, c’est la France qui triomphe. » (p. 289) En outre, même s’il ne faut pas attendre le décès d’une personnalité pour en parler, je ne suis pas convaincue de la pertinence d’écrire la biographie d’une personne toujours vivante. À mes yeux, le vrai intérêt de ce livre tient dans les nombreuses phrases de Zinédine Zidane, données en interview ou en confidence. En fait, c’est cela que j’aurais voulu lire : un long entretien entre le journaliste et le sportif, sans que les propos passent par le prisme de l’interprétation et de la reformulation.

Enfin, je n’ai pas apprécié le portrait qui est fait de Véronique, l’épouse de Zinédine. Elle a sans doute consenti au sacrifice de sa propre carrière de danseuse et de ses aspirations personnelles pour se dévouer entièrement à son mari. Mais la façon dont cela est présenté m’a semblé terriblement paternaliste et machiste, comme si cela allait de soi. Quoi qu’il en soit, la relation de couple entre Véronique et Zizou ne regarde que ces derniers : c’est assez indélicat de l’avoir présenté dans un livre.

Voilà un livre qui s’adresse sans aucun doute aux fans du footballeur et aux amateurs du ballon rond. Avec moi, le but est manqué.

Lu dans le cadre du prix Sport Scriptum.

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05 novembre 2019

Murène

Goby_MureneRoman de Valentine Goby.

En 1956, François a 22 ans et un monde de possibilités devant lui. Ce monde s’effondre quand François perd ses deux bras après un accident. Amputé au niveau des épaules. Et sa mémoire aussi est amputée : il oublie Nine, sa fiancée. « Ce ne sera pas une souffrance, l’amnésie sauve du venin de la perte. Mais un gâchis abominable. Le monde est lourd d’infimes apocalypses, et qui sait ce que pèse, dans les mélancolies sans nom qui parfois nous assaillent, tant de magie vaincue. » (p. 20) Brûlé sur 30 % du corps, il souffre le martyre pendant la cicatrisation, puis pendant la rééducation. Il lui faut réintégrer son corps, le reposséder, calmer les douleurs fantômes, apprivoiser l’appareillage fait sur mesure. « Ils sont nombreux, les mutilés hauts qui ont cru apprivoiser seuls un appareil, in fine l’abandonnent. François l’ignore. Comment le devinerait-il alors qu’on le laisse partir, son armure sur le dos, avec ce simple avertissement : ce ne sera pas facile. Il croit que vouloir suffit. » (p. 189) De découragements en sursauts, François apprend à ne plus se battre contre lui-même, mais pour lui-même. Son salut, il le trouve dans la natation et les balbutiements du Handisport. Parce que devant l’homme diminué s’ouvre un nouveau monde de possibilités. « Vous n’êtes pas qu’un handicapé. […] Mais vous êtes ça aussi. » (p. 253)

Au diable les leçons de vie et autres poncifs sur les exploits des personnes handicapées. Oui, c’est difficile de vivre sans ses bras. Oui, c’est contraignant de dépendre des autres. Oui, ça demande de l’inventivité. « Ça bouffe son temps et deux mille calories par jour facile, l’énorme effort imposé au corps pour se passer d’aider extérieure. » (p. 204) Mais comme le revendique François, il s’agit surtout d’exister sans avoir à se cacher ni à faire semblant d’être normal. Il ne s’agit pas seulement de vivre avec – puisqu’il faut vivre sans –, mais de vivre, tout simplement. Comme dans Un paquebot dans les arbres, Valentine Boby excelle à faire parler les corps cabossés, les santés vacillantes et les âmes endommagées, pour en tirer une matière sublimée. « Je veux être comme le tulle, entier avec mes ajours. » (p. 235) Si j'ai essuyé une larme devant ce récit et grâce à la plume précise et délicate de l'autrice ? Comptez-en plus deux.

Lu dans le cadre du prix Sport Scriptum.

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31 octobre 2019

Harry Potter et moi

Rien à voir avec mon obsession pour Stephen King !

J'ai mis longtemps à lire les aventures du sorcier à la cicatrice. En fait, j'ai attendu que tous les tomes paraissent et j'ai tout lu en 10 jours, puis j'ai enchaîné avec les films.

Je ne suis pas une Potterhead. Mais j'ai fait le test pour savoir à quelle maison j'appretiens à Pudlard, et il s'agit de Serdaigle, as know as le repaire des grosses têtes. Voilà qui ne m'étonne pas vraiment, même si j'aurais préféré appartenir à la maison Poufsouffle. Hélas, la décision du Choipeaux est irrévocable !

J'ai lu avec beaucoup de plaisir les nombreux ouvrages qui entourent la saga Harry Potter, et désormais la franchise Les animaux fantastiques.

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Opération éditoriale commerciale, me direz-vous ! Il n'y a pas une année (et surtout pas une fin d'année) qui ne voit pas paraître une nouvelle édition de l'intégrale Harry Potter ou moults livres déclinant le monde magique dans diverses thématiques. Donc oui, commercial sans aucun doute, mais je ne boude pas mon plaisir pour autant. Parce que j'aime me laisser glisser dans l'univers fantastique imaginé par J. K. Rowling. Entre nostalgie, madeleine de Proust et syndrome de Peter Pan, je refuse de choisir.

Et puisque je commence à avoir un certain nombre de lectures à mon actif, les voici ici réunies !

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29 octobre 2019

Ida Brandt

Bang_Ida BrandtRoman d’Herman Bang.

Ida Brandt est une infirmière douce et dévouée. Son enfance heureuse et paisible dans le domaine de Ludvigsbakke a pris fin à la mort de son père, régisseur des lieux. Quitter cet endroit enchanteur a été son deuxième chagrin, suivi plus tard de la mort de sa mère. « Le reste de l’enfance d’Ida se passa en ville. Vint la confirmation, puis la première année, celle de la prime jeunesse, lumineuse, suivie de celle de la maladie. Elle inaugura une époque qui n’en finissait plus. » (p. 82) Ida a reçu un héritage très confortable, mais elle décide de se mettre au service des autres dans l’hôpital de Copenhague. Hélas, trop gentille pour être comprise de la bourgeoisie danoise et trop riche pour être acceptée par ses collègues, elle mène une vie solitaire et sans éclat. « Mais vous êtes trop indulgente, Ida. […] Vous devriez exiger beaucoup plus. […] Je veux dire, de la vie. » (p. 191) Les retrouvailles avec Karl von Eichbaum, jeune homme qui a aussi connu les joies de l’enfance au Ludvigsbakke, bouleversent la jeune femme qui se révèle avec passion et se donne à corps perdu dans une liaison secrète.

Dans sa résignation douce, Ida Brandt a quelque chose d’Eugénie Grandet et de Pauline Quenu. Gentillesse et générosité sont les maîtres mots de ces destins de femme qui n’obtiennent jamais l’amour durable dont elles rêvent. Comme ses comparses littéraires, Ida est trompée et délaissée. Elle a perdu son rêve d’enfance et d’amour, mais elle ne se plaint jamais. Elle endosse même avec la douleur avec une certaine joie, comme si cela lui revenait de droit.

J’ai été profondément touché par la tendre Ida qui donne sans compter pour ceux qu’elle aime. Et même si l’adage « Trop bonne, trop pomme » (à peu près) s’applique parfaitement à elle, Ida n’a rien d’idiot. C’est au contraire un personnage lumineux, fait de l’essence dont sont constitués les anges.

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25 octobre 2019

Harry Potter et la Coupe de feu

Rowling&Kay_HarryPotter4Roman de J. K. Rowling. Version album illustrée par Jim Kay.

C'est maintenant un fait avéré : Lord Voldemort veut vaincre Harry et achever la sinistre besogne commencée 14 ans plus tôt. Un lien unit Harry au Mage Noir : la cicatrice qu'il porte au front, marque que lui a laissée la tentative d'assassinat de Voldemort, est de plus en plus souvent douloureuse. Alors qu'Harry et ses amis pensent pouvoir profiter de la fin de l'été en assistant à la Coupe du Monde de Quidditch, la Marque des Ténèbres apparaît dans le ciel. Elle est l'emblème de Voldemort et le signe de ralliement des Mangemorts, les sorciers qui lui sont dévoués.

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La rentrée à Poudlard s'annonce. Le nouveau professeur de Défense contre les Forces du Mal – encore un nouveau – Maugrey Fol Œil est un ancien Auror, sorcier qui traque les Mages Noirs et les Mangemorts. L'année à Poudlard est sous le signe de la compétition : l'école accueille le Tournoi des Trois Sorciers qui réunit les élèves de Poudlard, Beauxbâtons et Durmstrang. Chaque école propose un champion. Poudlard a Cédric Diggory, Beauxbâtons a Fleur Delacour et Durmstrang a Viktor Krum, célèbre joueur de Quidditch. Mais un coup du sort désigne également Harry Potter. Les quatre candidats s'affronteront pendant l'année lors de trois épreuves au cours desquelles ils devront témoigner de leurs talents magiques et de leurs qualités de cœur. La fin du tournoi est tragique : Lord Voldemort intervient, se sert d'Harry pour renaître enfin dans une enveloppe de chair et tue un innocent.

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On fait davantage connaissance avec les elfes de maison et on découvre en Hermione une militante pour les droits des créatures magiques. On apprend à se déplacer autrement dans le monde des sorciers : Poudre de Cheminette, Portoloin, Transplanage, etc. On trépigne de rage à la lecture des articles que Rita Skeeters fait paraître dans La Gazette des Sorciers. On découvre les Sortilèges Impardonnables dont Lord Voldemort et ses Mangemorts abusent : l'Imperium, le Doloris et l'Avada Kedavra. Si la terreur s'empare de chacun, les premiers émois amoureux et la jalousie font de même avec les jeunes cœurs des élèves de Poudlard. Avec ce tome, les aventures du petit sorcier aux lunettes rondes entrent dans le monde de l'adolescence : l'écriture est plus approfondie, voire plus torturée, les épisodes gagnent en longueur et en densité, les personnages secondaires se dévoilent et prennent une vraie position dans le récit.

Rowling&Kay_HarryPotter4-3

Mais parlons surtout des illustrations de Jim Kay. Ce ne sont pas uniquement des petits dessins dans les marges ou entre deux paragraphes ni quelques pleines pages disséminées au fil des chapitres. Le travail graphique du dessinateur est omniprésent : certaines pages sont festonnées, voire intégralement colorées et habitées par un mélange harmonieux entre image et texte. J’apprécie surtout que Jim Kay ait su s’éloigner des acteurs qui incarnent les personnages et de l’esthétique des films pour interpréter à sa façon l’œuvre de J. K. Rowling. Tout reste familier, mais tout est différent, et c’est magique de redécouvrir une histoire que je connais et que j’aime avec un autre regard. Harry Potter et la coupe de feu est mon tome préféré, après Le prisonnier d’Azkaban dont j’ai également pu admirer la version proposée par Jim Kay. Je suis enchantée par cette relecture agrémentée de magnifiques illustrations. Si vous voulez faire un très beau cadeau de Noël, à vous ou à quelqu’un d’autre, voilà une idée pleine de charme !

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22 octobre 2019

La guerre des peluches

Messali_Guerre des peluchesAlbum jeunesse de Fatiha Messali et Johanna Crainmark. À paraître le 30 octobre.

Après le royaume des princesses, Okel décide d’aller jouer dans le monde des peluches avec Artik, son ourson. Hop, un tour dans le vortex magique et les voici au village des Nounours. Hélas, les lieux sont loin d’être tranquilles. « Hier, une soucoupe volante s’est écrasée à proximité du château, non loin du village des peluches. »  Et un alien peu sympathique, Frisbi, hypnotise les jouets tous doux pour prendre le contrôle du royaume. Seul le mage Zeusuifor pourrait le battre, mais il faut pour cela aller le chercher dans sa lointaine retraite. Avec l’aide d’Étoile du matin, une licorne en peluche, Okel et Artik se mettent en route pour ramener le mage qui a un petit air de chevalier Jedi.

Vous êtes fans d’une certaine saga cinématographique où gentils et méchants se battent à grand renfort de sabres lasers ? Vous serez enchanté par cette lecture qui multiplie les clins d’œil à une galaxie lointaine, très lointaine. Une fois encore, j’apprécie les références pop culturelles et le vocabulaire riche et précis. L’histoire est très sympathique, sans temps mort, et magnifiquement servie par des illustrations au pep's indéniable !

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