Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

18 janvier 2019

Mon traître

Roman de Sorj Chalandon.

« J’étais le luthier de Paris, le silencieux, celui qui vient ici pour partager le temps. » (p. 7) Antoine s’est pris d’affection pour l’Irlande et d’amitié pour quelques habitants de Belfast. Le 9 avril 1977, il rencontre son traître : il s’appelle Tyrone Meehan. Il est membre de l’IRA et devient plus qu’un ami, plus qu’un frère pour Antoine. Il est presque un père. Mais Tyrone est aussi un traître. Traître à l’Armée républicaine, traître à l’Irlande catholique, traître à Bobby Sands, traître aux grèves de la faim, traître aux bombes artisanales, mais surtout traître à Antoine qui perd plus qu’un ami. « Mon Irlande avait suivi mon traître. Il l’avait capturée, emmenée avec lui en exil. » (p. 106) La félonie est révélée en 2006, 9 ans après que l’IRA a déposé les armes et ouvert un processus de paix avec le gouvernement britannique. 25 ans au service des Anglais qui sont bien difficiles, voire impossibles à pardonner. « Je n’étais pas triste de lui. Je n’étais pas triste de nous. J’étais triste de moi. Triste de n’avoir rien vu, rien entendu, rien senti. J’étais triste de ma somnolence, triste de mon affection, triste de mes certitudes. J’étais triste de chacun de mes gestes pour lui. » (p. 125)

Contrairement au Petit Bonzi et à Une promesse, ce roman de Sorj Chalandon n’a pas ému mon cœur intime, mais mon cœur citoyen. Je comprends qu’Antoine se soit épris de l’Irlande et de son combat, de ses habitants et de leur colère. « Je ressemblais à l’un d’eux, à force, sans le vouloir, sans faire exprès, sans rien changer à mon attitude. Je retrouvais en moi quelque chose qui sommeillait depuis toujours. Quelque chose de moi sans que je le soupçonne. » (p. 35) La longue guerre qui a déchiré le pays est d’autant plus révoltante quand elle s’incarne en des êtres qui se donnent entièrement à la cause alors que d’autres lui tournent le dos. Alors comment comprendre la traîtrise ? Comment l’excuser ? Mais aussi, comment blâmer ceux qui ont beaucoup donné et qui finalement renoncent ? « Quel était l’homme qui m’enlaçait ? Un traître ne peut pas regarder sa terre comme cela. Il ne peut pas aimer sa terre comme ça. » (p. 86) Mon traître remue les tripes, fait serrer les poings et trembler les paupières. C’est un magnifique roman.

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15 janvier 2019

Usagi Yojimbo - 3

Bande dessinée de Stan Sakaï.

Je poursuis ma lecture des aventures du brave ronin aux longues oreilles. Ce garde du corps, c’est un peu le Kevin Costner des lapins, voyez-vous : impossible de résister à son charme ténébreux. Et encore moins quand il met ses fines lames au service des innocents, des opprimés et des laissés pour compte. « Fléau des bandits et des tyrans, c’est le guerrier samouraï au glaive cinglant, celui que de nombreux voudraient réduire en ragoût de lapin. » (p. 94) Au début de l’album, il sauve un tokayé (ce lézard bizarre aux airs de mini-dinosaure…) qu’il nomme Tachtu. La bestiole le suit dans son errance et l’aide avec reconnaissance, mais il lui manque une sérénité que Miyamoto ne peut pas lui offrir. Alors, le sage samouraï le laisse partir avec un compagnon plus approprié. Notre usagi (lapin) retrouve d’anciens amis, comme le rhinocéros Gen qui dévoile enfin un cœur aimable et désintéressé, mais il affronte aussi d’anciens adversaires et des chats ninjas aussi féroces qu’impitoyables. Et cerise sur le gâteau, il croise Léonardo, une des quatre Tortues Ninja !

Bref, c’est toujours aussi divertissant et agréable. Et il ne faut jamais manquer une occasion de lire une histoire avec un lapin dedans !

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13 janvier 2019

Potins #54

Daphné du Maurier est une autrice britannique née en 1887 et décédée en 1989.

POTIN - Elle a été anoblie en 1969, mais ses enfants ne l'ont découvert qu'en lisant ses journaux, après sa mort.

Lisez : Rebecca (que je n'ai jamais chroniqué ici...), L'auberge de la Jamaïque, Le bouc émissaire, Le monde infernal de Branwell Brontë, La crique du Français.

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11 janvier 2019

Une promesse

Chalandon_PromesseRoman de Sorj Chalandon.

Ils sont sept. Sept vieux amis. Sept fidèles qui ont promis de continuer à visiter Ker Ael, la maison de Fauvette et Étienne, après le décès du couple. Pour garder un semblant de vie dans les murs désertés. Pour maintenir une flamme fragile, mais têtue. Pour honorer un souvenir d’enfance. À chacun son jour de visite. À chacun son verre de promesse quand il a rempli son devoir. Et à chaque passage, les présences ténues d’Étienne et Fauvette continuent d’exister, vacillantes et fragiles, déterminées à rester ensemble jusqu’au bout. « Ils doivent s’enlacer fort, se tenir par les yeux, se protéger, ils doivent ne jamais se quitter du cœur. » (p. 24) Mais combien de temps peut-on tenir une promesse et hypothéquer l’existence des vivants d’une dette aux absents ? « Tu ne crois pas qu’on a tous été formidables ? […] Tu ne crois pas que ce cérémonial doit s’arrêter un jour ? / Je ne sais pas. / On n’a rien à se reprocher. Je suis sûr que Fauvette et Étienne sont fiers de nous. » (p. 60)

Après Le petit Bonzi qui m’a permis de découvrir un auteur au talent certain, Une promesse confirme mon impression : Sorj Chalandon sait mettre son grand talent au service d’histoires simples, mais profondément bouleversantes. Ici, le récit est tissé de légendes bretonnes, de superstitions de marins et de fables d’enfants. Se souvenir des morts, c’est garder vivace une veilleuse que l’on refuse d’éteindre, que l’on craint de souffler. Mais c’est surtout reconnaître ce que l’on doit aux gens doux et bons qui ont croisé notre chemin et qui, d’un sourire ou d’une parole, nous ont rendu l’existence moins âpre. Une promesse, c’est 125 pages de beauté, de délicatesse et de fidélité.

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09 janvier 2019

Compromis

Pièce de Philippe Claudel.

À quelques jours de la victoire présidentielle de François Mitterrand en 1981, Denis, comédien raté, vend son appartement. Il attend l’acheteur en présence de son ami Martin, dramaturge que personne ne joue. Entre eux, 34 ans d’amitié. Denis trouve Martin rassurant : ça pourrait aider pour le compromis. « Tu ne crois pas que, au contraire, deux hommes pour en accueillir un troisième quand il s’agit simplement de signer un compromis de vente, ça a de quoi inquiéter ? À sa place, je serais sur mes gardes. » (p. 19) En attendant l’acheteur, ou le pigeon vu l’état de l’appartement, ça parle théâtre, mises en scène, rôles perdus ou gâchés, opportunités manquées. La franchise devient brutale et chacun renvoie à l’autre ses échecs et ses défauts, d’abord avec finesse, puis de plus en plus méchamment. « Tu caches remarquablement ton intelligence. » (p. 20) Voilà qu’arrive Duval, l’acheteur un peu niais : il assiste à un règlement de compte dont il fera aussi les frais.

Brillant et jubilatoire ! Au gré d’un humour noir, acide, grinçant, le rapport de forces entre les protagonistes ne cesse de changer, l’avantage passe d’un camp à l’autre à la faveur d’un mot de trop ou d’un mot de travers. « Martin, aie un peu confiance en toi ! Tu n’es pas un génie, mais tu n’es pas sans talent. » (p. 60) Le comédien et l’écrivain vident leur sac, crèvent un abcès vieux de 30 ans. Bref, on assiste à des épanchements de choses douteuses et dégoûtantes. Et c’est tout à fait réjouissant ! Et de tout cela, un conseil à retenir : quand vous êtes agacés, pensez à Mitterrand !

La pièce est créée en janvier 2019 au Théâtre des Nouveautés à Paris. Si seulement j’avais le temps de la voir… Évidemment, une nouvelle fois et comme toujours, je vous recommande de lire toute l'œuvre de Philippe Claudel.

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07 janvier 2019

Idaho

Roman d’Emily Ruskovich.

De 1995 à 2025 s’entremêlent les destins de Wade, Jenny et Ann. Les deux premiers étaient les heureux parents de May et June, mais un drame inimaginable a détruit la famille. Alors que Jenny purge sa peine en s’interdisant tout ce qui pourrait la soulager, Wade a refait sa vie avec Ann. Mais à mesure qu’il perd la mémoire, Ann tente de reconstituer le terrible évènement de l’été 1995 et de maintenir vivante la famille disparue de son époux. « Parce que Wade avait tout jeté – les dessins, les vêtements, les jouets –, chaque vestige accidentel prenait une importance indescriptible dans l’esprit d’Ann. » (p. 22) Puisque Wade oublie l’accident et ses filles, Ann prend le relais de la mémoire, mais aussi celui de la douleur pour ne pas que s’éteignent le souvenir des enfants, mais aussi l’espoir qu’une d’elles revienne. « Elle a pris le passé de Wade et l’a étalé devant elle, faisant de son propre avenir un retour en arrière, alors même que ce passé disparaît. Ce lent effacement, cette ligne blanche traversent l’obscurité de la mémoire de Wade, voilà ce qu’Ann suivra sa vie durant. Et, à n’en pas douter, cela la mènera jusqu’aux portes de sa propre prison secrète. » (p. 147)

Me voilà bien déçue d’être passée à côté de cette histoire, de n’avoir éprouvé quasi aucune empathie pour ces personnages meurtris. La chronologie malmenée y est pour quelque chose, car je ne comprends pas le sens de ce jeu autour de la temporalité. De mon point de vue, ça ne fait que brouiller l’image d’ensemble. En outre, il y a des arcs narratifs intéressants, mais mal exploités, comme cette somme d’argent envoyée par erreur et dont le manque semble peser, ou encore l’histoire d’Elizabeth, compagne de cellule de Jenny, qui s’ajoute à l’histoire sans vraiment s’y intégrer. Indéniablement, Emily Ruskovich écrit avec talent et elle décrit à merveille la nature rude et superbe de l’Idaho, mais ça n’a pas suffi à retenir complètement mon attention et j’ai survolé les derniers chapitres.

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06 janvier 2019

Potins #53

Thomas Hardy est un auteur britannique né en 1840 et décédé en 1928.

POTIN - Il se considérait principalement comme un poète et n'écrivait des romans que pour gagner sa vie.

Lisez : Jude l'obscur, Loin de la foule déchaînée, Le maire de Casterbridge, Tess d'Urberville, Une femme d'imagination et autres contes.

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03 janvier 2019

Le lapin de Lucas

Roman de Gaïa, illustrations de Rafaël David.

Lucas voudrait un animal, mais sa maman est réticente. Pas question d’avoir un chat, un chien, un perroquet ou encore moins un serpent dans l’appartement. Avec la complicité de sa grand-mère, il reçoit un lapin pour son anniversaire. « Lucas en est sûr, Pilou est son meilleur ami pour la vie. » (p. 30) Hélas, passés les premiers moments de grande complicité, Lucas se désintéresse de Pilou et s’agace de ses bêtises. Persuadé que Lucas ne l’aime plus, le petit lapin tente sa chance dans le grand monde, mais comprend bien vite qu’il n’a pas sa place dans la nature.

Le message est clair et permettra sans doute à des enfants de bien réfléchir : un animal n’est pas un jouet que l’on peut délaisser sans conséquence dans une chambre, ou encore moins abandonner s’il devient gênant ou encombrant. Un animal à poils, à plumes ou à écailles est une responsabilité, un engagement que l’on prend pour plusieurs années. Alors, attention aux coups de tête ou aux coups de cœur : il est facile de se laisser attendrir par une petite bête, surtout en cette période de fêtes, moins de s’en occuper au quotidien. En ce sens, l’histoire est bien faite, mais une partie du message me gêne. En effet, le livre montre Pilou et un chien se reprochant de ne pas répondre aux attentes de leurs maîtres. Ce n’est pas ainsi que la relation doit fonctionner. Certes, il faut éduquer les animaux domestiques qui entrent chez nous, mais pas espérer en faire en marionnettes. Chaque animal a son caractère et son identité et il ne faut pas vouloir le modeler à l’image de son maître.

  

La fin de ce roman me plaît cependant beaucoup et encourage les jeunes lecteurs à se tourner vers les refuges plutôt que d’acheter en animalerie. Moi qui soutiens le mouvement Adopt, don’t shop, je peux qu’encourager la démarche ! Enfin, dernier bon point pour ce petit ouvrage : il est adapté aux lecteurs dyslexiques grâce à la police d’écriture qui accentue certains jambages et courbes pour éviter toute confusion entre les lettres.

Challenge Totem

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01 janvier 2019

Bonne année !

Un peu d'humour de lapin pour bien commencer l'année !

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30 décembre 2018

Potins #52

Tracy Chevalier est une autrice américaine née en 1962.

POTIN - Elle a rédigé de nombreux articles sur des auteurs dans diverses encyclopédies lorsqu'elle vivait en Angleterre.

Lisez : La dame en bleu, À l'orée du verger, Prodigieuses créatures, La jeune fille à la perle, La dernière fugitive, Le récital des anges ou L'innocence.

Posté par Lili Galipette à 08:00 - Mon Boudoir - Lignes d'affrontement [0] - Permalien [#]
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