Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

22 août 2014

Les Pardaillan

Cycle romanesque de Michel Zévaco.

Je présente à la suite tous les tomes de ce cycle : il y a donc un risque certain que je dévoile des éléments de l’intrigue.

Zevaco_Les PardaillanLes Pardaillan

Jeanne de Pienne et François de Montmorency nourrissent un tendre amour, mais un amour interdit : enfants de deux familles ennemies, ils espèrent pourtant que leur union apaisera les haines. Hélas, un jaloux s’en prend à leur enfant qui ne doit la vie sauve qu’au chevalier de Pardaillan. Seize ans plus tard, Loïse a grandi, mais elle ignore tout de son père. Dans le même temps, Jean de Pardaillan, fils du chevalier, s’est installé à Paris et il est secrètement épris de sa jolie voisine. Et à la cour de France, Catherine de Médicis presse son fils, Charles IX, de débarrasser le royaume de France de tous les protestants. Assistée de Ruggieri, son conseiller italien, et de toutes ses espionnes, la reine mère fomente des assassinats, tisse des toiles cruelles et élabore des plans visant à asseoir sur le trône son fils préféré. « Nous pouvons, nous devons mentir puisque le mensonge est le fond même de tout gouvernement solide. » (p. 235)

Dans un style enlevé et rebondissant, Michel Zévaco pose le décor de sa grande fresque de cape et d’épée. Entre secret de famille et secret d’État, la France est un panier de crabes bien dangereux. Heureusement, il existe des héros valeureux comme les Pardaillan chez qui l’honneur est un héritage sacré. « Un bon fils doit imiter les vertus de son père. » (p. 75) En utilisant la grande Histoire pour écrire son histoire, l’auteur met à l’honneur une « famille réputée dans le Languedoc pour ses hauts faits et sa pauvreté. » (p. 500) qui, entre réalité et légende, a sans nul doute sa place dans la littérature.

Zevaco_Epopee damourL’épopée d’amour

Nous retrouvons Pardaillan père et fils à l’instant précis où nous les avions quittés. François de Montmorency a enfin retrouvé son épouse et sa fille après dix-sept ans de séparation. Et Jean de Pardaillan pense pouvoir enfin vivre librement son amour pour la jeune Loïse. Mais c’est compter sans les troubles qui agitent la cour de France. Les royales ambitions du duc de Guise, le mariage entre Henri de Béarn et Marguerite de Valois et les machinations de Catherine de Médicis se télescopent à la veille de la Saint-Barthélémy. « Je rêve de nettoyer d’un seul coup le royaume que je destine à mon fils. Je rêve de rétablir l’autorité de Rome pour consolider l’autorité de mon Henri. » (p. 37) La haine de Catherine de Médicis pour les huguenots tient surtout à un secret personnel que la reine protestante Jeanne d’Albret a découvert et dont l’incarnation pourrait un jour venir accuser la reine mère. Voilà pourquoi cette dernière tient tant au massacre des réformés. Et tant pis si un ou plusieurs de ses fils doivent mourir pour que sa royale puissance ne soit pas ébranlée.

Le premier volume avait bien introduit les nombreux personnages de cette saga, le deuxième volume se charge d’approfondir leurs relations et les péripéties qui les frappent. Les amoureux sont sans cesse séparés et leurs sentiments sont mis à l’épreuve. Chantage, menace, mensonge, tout est bon pour briser les liens d’amour. Mais les Pardaillan, rapière à la main et noblesse au cœur, défendent toujours les faibles, les tendres et les justes. 

Zevaco_FaustaLa Fausta

Près de vingt ans ont passé depuis les noces de Jean de Pardaillan et de Loïse. Henri III a bien du mal à garder son trône. Henri de Béarn est pressenti pour lui succéder, mais le duc de Guise est plus ambitieux que jamais et il faut compter avec le duc Charles d’Angoulême, fils illégitime de Charles IX. Dans les rues de Paris, la jeune Violetta, enfant illégitime recueillie par un bourreau, attise les désirs des hommes. Et une nouvelle menace est arrivée d’Italie : la princesse Fausta, descendante de Lucrèce Borgia, a été élue par un conclave secret et veut faire scission au sein de l’Église. Elle voudrait aussi être reine de France et projette de couronner le duc de Guise avant de l’épouser. « Et, lorsque je regarde en moi-même, je ne vois qu’une jeune fille épouvantée de voir que la nature s’est trompée en lui donnant le sexe qui est le nôtre, plus épouvantée encore de découvrir, sous ses aspirations insensées, la faiblesse d’une femme. » (p. 179) Jean de Pardaillan n’est pas homme à laisser de telles aspirations menacer la sécurité du trône de France. Il s’oppose donc à la belle intrigante. Mal lui en prend : cette vierge guerrière développe pour lui de vénéneux sentiments. « Pardaillan, tu vas mourir parce que je t’aime ! » (p. 429)

Il est à nouveau questions d’amours échevelées et passionnées. « Bohémienne ou princesse, du moment que vous l’aimez, elle est l’étoile qui vous guidera. » (p. 58) Pour les besoins des affaires d’État ou des affaires personnelles, les enfants sont perdus, volés, échangés. Quant à Pardaillan, alors qu’il cherche l’assassin de son épouse, il croise de vieilles connaissances, règle de vieilles dettes et solde de vieux comptes. Le chevalier, avec la prestance que l’on connut à son père, ne fait que ce qui est juste, dût-il affronter la Bastille ou les pièges les plus cruels.

Zevaco_Fausta vaincueFausta vaincue

Jean de Pardaillan a évidemment survécu au piège tendu par Fausta et il aide son ami Charles d’Angoulême à retrouver Violetta, son amante disparue. « Cher ami, […] vous êtes le cœur le plus généreux, le bras le plus terrible, l’esprit le plus fécond en ressources. » (p. 91) À la cour, il est plus que jamais question de tuer Henri III et de prendre le trône. Reste à savoir quel comploteur parviendra en premier à cette sinistre fin. Les guerres de religion ne sont pas achevées et il reste au peuple une envie de sang et de massacre. Manipulé et aveuglé par la haine, le moine Jacques Clément, fils d’Alice de Lux, espionne sacrifiée par Catherine de Médicis, pourrait être le régicide que tant attendent. Mais si Jean de Pardaillan se tire toujours des pires faux pas, il est aussi un habitué des sauvetages royaux, tout en gardant un front modeste et un cœur brave.

Fausta, en matière de complots et de machinations, pourrait largement en remontrer à la défunte Catherine de Médicis. Seul l’amour semble pouvoir vaincre et faire plier cette diablesse italienne aux aspirations royales et pontificales. Ce quatrième volume des Pardaillan ne manque pas de souffle et le feuilleton se lit avec avidité et intérêt. À peine achevé ce volume, il est impératif d’attraper le suivant !

Zevaco_Pardaillan et FaustaPardaillan et Fausta

Alors que Fausta est emprisonnée à Rome, au palais de Saint-Ange, elle se découvre enceinte et accouche du fils de Pardaillan. L’enfant est confié à une servante et Fausta est condamnée à mort. « Fils de Fausta ! Fils de Pardaillan ! Que seras-tu ? Ta mère, en mourant, te donne le baiser d’orgueil et de force par quoi elle espère que son âme passera dans ton être. » (p. 8) Après Paris, c’est à Rome et en Espagne que se montent les intrigues. Le pape Sixte-Quint est à la merci de la Sainte Inquisition, en la personne d’Inigo d’Espinosa, grand inquisiteur d’Espagne. Alors qu’Henri de Béarn n’est pas tout à fait assis sur le trône, le roi Philippe d’Espagne a des prétentions sur la couronne de France. Évidemment, Fausta se tire d’affaire et elle poursuit ses ambitieux projets avec toujours la même haine chevillée au cœur à l’encontre de Pardaillan. Lequel ne manque pas de rappeler qu’il n’est pas homme à se laisser tuer. « C’est pour vous répéter qu’il est assez dans mes habitudes de me tirer d’affaire. » (p. 56)

Pardaillan croise, affronte et soutient tour à tour tous les puissants de son époque : rois, nobles, papes, sans orgueil ni bravade, il choisit simplement à qui il s’attache et à qui il offre son épée. « L’épée du chevalier de Pardaillan se donne, mais ne se vend pas. » (p. 136) En Espagne, il rencontre Miguel de Cervantès et le mélancolique auteur a tôt fait de prêter les traits du valeureux chevalier à un certain hidalgo qui combat les moulins. Noble de cœur, courageux et loyal, le chevalier Jean de Pardaillan est un héros sans peur et sans reproche, à l’image d’un certain d’Artagnan. Sans aucun doute, la lignée des Pardaillan est autant historique que littéraire.

Zevaco_Amours du ChicoLes amours du Chico

En Espagne, Jean de Pardaillan a rencontré le Chico, un jeune nain courageux. À son habitude, le chevalier arrange les affaires de cœur de ses amis et il est bien décidé à réunir le Chico et la coquette Juana. Il se mêle aussi des affaires du Torero, fils illégitime du roi d’Espagne. « Le chevalier de Pardaillan est au-dessus du commun des mortels, même si ces mortels ont le front ceint de la couronne. » (p. 118) À la cour espagnole, la succession est ouverte. Fausta cherche à nouveau un roi à couronner et à épouser. « Elle serait reine, impératrice, elle dominerait le monde par lui – car il ne serait jamais qu’un instrument entre ses mains. » (p. 45) Pauvre Pardaillan qui se trouve à nouveau sur le chemin de l’ambitieuse Italienne : par sa faute, il sera livré à l’Inquisition et se frottera à de bien vilaines machines.

Dans chaque volume, Michel Zévaco se saisit d’une époque et des personnages qui l’ont marquée pour dresser un décor splendide dans lequel faire évoluer ses propres personnages. Son style picaresque et épique fait mouche à chaque page. Il est sans cesse question d’amour, de loyauté, de revanche. « On venge les morts, avant de les pleurer ! » (p. 36) Dans ce tome, Fausta déploie le pire d’elle-même et chaque fois que ses folles ambitions viennent se heurter à la tranquille prestance de Pardaillan, le personnage gagne en fol orgueil et en cruauté. 

Zevaco_Fils de PardaillanLe fils de Pardaillan

Nouveau bond de près de vingt ans. Henri IV est enfin roi de France, mais l’amant de sa femme, Concino Concini, et l’épouse de celui-ci, Léonora Galigaï, ourdissent de sombres projets à son encontre. « Le roi mort, son règle, à lui, Concini, commençait sous le couvert de Marie de Médicis. » (p. 82) Henri IV n’en a pourtant cure : il vient de retrouver la fille naturelle qu’il a eue avec une ancienne maîtresse. Quant à Jean de Pardaillan, il n’a jamais vu le fils qui lui est né de ses violentes amours avec Fausta. Dans les rues de Paris, le jeune Jehan le Brave, bien qu’un peu truand, est noble d’esprit et de cœur. Et son cœur, justement, est tout épris de Bertille, la belle enfant du roi. « Et c’était merveilleux, admirable. Ce lion avouant naïvement qu’il avait eu peur… parce qu’une enfant venait de se pâmer devant lui. » (p. 111) Jean de Pardaillan, Jehan le Brave, voilà deux cœurs faits pour se connaître et se reconnaître.

Serment d’amour, serment de mort : les amoureux ne peuvent vivre les uns sans les autres. Ces sentiments exaltés parsèment le texte : chez Zévaco, on n’aime jamais tranquillement, en tout cas pas quand on est jeune. Il faut de la passion, de la fougue. Et les haines sont à la hauteur de ces amours brûlantes : les enfants sont utilisés pour atteindre les parents et certaines vengeances attendent des années avant de blesser.

Zevaco_Trésor de FaustaLe trésor de Fausta

Nul ne sait où Fausta a dissimulé les millions qu’elle a laissés derrière elle en quittant la France. « Si riche qu’elle a pu cacher, aux environs de Paris, dix millions destinés à son fils, sans que l’abandon de cette somme énorme parût avoir diminué ses immenses revenus. » (p. 181) Ce fabuleux trésor attise les convoitises : Henri IV s’en servirait bien pour faire la guerre à l’Allemagne et affermir son trône ; la Galigaï et Concini sauraient les faire fructifier pour parvenir à leurs fins ; le pape enfin en aurait bien besoin pour se prémunir contre l’Espagne. En France, la menace régicide pèse toujours sur Henri IV et un certain Ravaillac entre en scène. Évidemment, Pardaillan père et fils se sont retrouvé et reconnus. « Il me semble que le fils de Pardaillan fait honneur à son père ! » (p. 106) La lignée des Pardaillan continue !

Dans ce tome, l’intrigue est plus lente à déployer ses méandres. Tous les efforts des protagonistes sont pour une fois tournés vers un trésor plus matériel que l’amour. Il y a toujours de la romance dans l’air, mais il y a aussi l’envoûtante et vénéneuse mélodie des pièces d’or qui s’entrechoquent. À qui ira cette fortune perdue ? Qui en fera le meilleur usage ? Une fois encore, les chevaliers de Pardaillan se montrent dépourvus d’avidité, eux pour qui la réussite n’est jamais matérielle.

Zevaco_Fin de PardaillanLa fin de Pardaillan

Marie de Médicis est régente du royaume de France. Le futur Louis XIII n’a que quatorze ans. Autant dire que l’infâme Concini a encore de belles années pour comploter à la tête du pays. « Je vous sais homme de précaution, Concini, et n’êtes-vous pas le vrai roi de France ? » (p. 153) Et pourtant, voilà qu’un de ses vieux secrets ressurgit : il a eu une enfant qu’il croyait morte. Mais la jolie Muguette est bien vivante et elle embaume Paris de ses petits bouquets de fleurs. Elle a recueilli Loïse, petit bébé qui fut arraché à ses parents, Jehan et Bertille de Pardaillan. Comme de bien entendu, Jean et Jehan de Pardaillan cherchent l’enfant et leurs pas les ont conduits à la capitale où ils retrouvent Odet de Valvert, leur cousin, lequel est épris, évidemment, de Muguette. Si une enfant perdue n’était pas une peine suffisante, voilà que Fausta refait surface. « Ah ! Misère de moi, voilà Fausta revenue, et du coup voilà les contretemps et les ennuis qui s’abattent dru comme grêle sur moi. » (p. 158) Fausta et Philippe III d’Espage complotent pour s’emparer du trône de France et l’impitoyable Italienne tente de s’allier à Charles d’Angoulême, fils bâtard du défunt Charles IX.

D’un monarque à l’autre, les Pardaillan savent toujours où donner de l’épée et à qui prêter main-forte. Évidemment manichéenne, la répartition des personnages n’en est pas pour autant simpliste tant l’auteur sait manipuler ses héros au gré des péripéties. Hélas, il n’est bonne compagnie qui ne se quitte. Pour valeureux et exemplaire qu’elle soit, la lignée des Pardaillan doit faire, sous la plume de Zévaco, ses adieux à la littérature. Heureusement, il reste un tome pour profiter des personnages !

Zevaco_Fin de FaustaLa fin de Fausta

Charles d’Angoulême envisage de s’emparer du trône de son père. Fausta est grandement accueillie à la cour de France en sa qualité d’émissaire du roi d’Espagne. Nous avons vu qu’Odet de Valvert a le même sang noble, fier et bouillant que ses illustres cousins Pardaillan. Il vole donc au secours de sa belle Muguette qui est aux prises avec la Galigaï. L’épouse de Concini fait montre d’une intelligence fourbe et perverse pour assurer à son époux le pouvoir royal. Et, encore et toujours, Jean de Pardaillan, doit affronter Fausta qui n’a de cesse de vouloir l’occire. « N’oublions pas, n’oublions pas un instant que Fausta, dans l’ombre, rôde sans cesse autour de nous, guettant la seconde d’oubli fatal qui lui permettra de tomber sur nous, rapide et inexorable comme la foudre, et de nous broyer. » (p. 56) Comprendra-t-elle enfin qu’elle s’attaque à plus fort qu’elle ? « À chacune de nos rencontres, j’ai voulu bassement, traîtreusement, meurtrir le chevalier de Pardaillan. Et chaque fois, lui, il a dédaigné de me frapper. »(p. 309 & 310) L’ultime rencontre de la princesse Fausta et du chevalier Jean de Pardaillan s’achève dans une formidable explosion à faire trembler les soubassements de Paris. Quelle sera donc leur fin ?

Dans cet ultime volume, Michel Zévaco se garde bien de conclure les intrigues royales : l’Histoire n’a pas besoin de lui pour continuer sa marche aveugle. Mais c’est avec talent qu’il ferme les portes qu’il avait ouvertes pour ses personnages. L’avenir est enfin serein pour les Pardaillan, illustre lignée dont quatre générations ont servi le royaume de France. Et l’auteur réserve même une éventuelle possibilité de retour à l’un de ses protagonistes. Qui sait ? Quand il n’y en a plus, il y en a peut-être encore…

Avec ses dix tomes, la délicieuse relecture estivale du cycle romanesque des Pardaillan me permet sans peine de signer une nouvelle participation au défi des 1000 de Fattorius ! Faisons le compte des pages.

510 + 510 + 442 + 442 + 350 + 382 + 318 + 316 + 314 + 315 = 3899 pages. Allez, en comptant la relecture de ce billet démesurément long, ça donne 3900 pages !

1000

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20 août 2014

Notre Dame de Paris

Hugo&Lacombe_Notre dame de parisRoman de Victor Hugo. Édition illustrée par Benjamin Lacombe.

Il est bien inutile de détailler la sublime histoire inventée par ce génie que fut Victor Hugo. Sur le parvis de la cathédrale Notre Dame de Paris, les passions s’affrontent : la belle Esmeralda rêve du fringant capitaine Phébus, tandis que dans l’ombre, le difforme Quasimodo et le sombre Claude Frollo brûlent d’amour pour la gitane aux pieds légers. La vénérable cathédrale est plus qu’un lieu ou un décor : membre à part entière du roman et de l’intrigue, cette majestueuse dame de pierre se dresse impassible et immuable devant les agitations humaines.

Hugo&Lacombe_Notre dame de paris_2

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Cet ouvrage est un très bel objet. Le mérite premier en revient au texte de Victor Hugo qui, quelle que soit sa présentation, est toujours sublime. Dans le cas de ladite édition, les dessins de Benjamin Lacombe font merveille, même si Esmeralda est bien trop gracile à mon goût sous le pinceau de l’illustrateur. Quasimodo est tout à la fois grotesque et émouvant, comme la plume de Victor Hugo l’a créé. « Avec toute cette difformité, je ne sais quelle allure redoutable de vigueur, d’agilité et de courage ; étrange exception à la règle éternelle qui veut que la force, comme la beauté, résulte de l’harmonie. » (p. 61) Quant à Notre Dame de Paris, elle est gothique et effrayante, mais étrangement protectrice derrière ses bras de marbre. Doré sur la tranche et la reliure, ce livre est un trésor.

Hugo&Lacombe_Notre dame de paris_1

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18 août 2014

Le roi disait que j'étais diable

Dupont-Monod_Roi disait que jetais diableRoman de Clara Dupont-Monod. À paraître le 20 août.

Aliénor d’Aquitaine a treize ans quand elle épouse Louis VII, roi de France. Immédiatement, elle sait que cet homme ne lui convient pas. « Je connais deux moments où les rois sont ridicules. Lorsqu’ils sont en colère et lorsqu’on les épouse. Ils découvrent combien ils sont petits. » (p. 14) Arraché du séminaire où il se destinait à la prêtrise, Louis est un homme au caractère pacifique, plus amateur de prières et de paroles que d’actions. Au contraire, en Aliénor bouillonne le sang d’une lignée bagarreuse et puissante, toujours prompte à la fête, à l’amour ou à la bataille. Aliénor est une femme forte, bien trop puissante pour son époux qui, transi d’amour, tente de résister à son épouse pour sauver son trône. « On ne peut pas tenir un royaume les yeux enfiévrés, le cœur ourlé d’amertume. » (p. 79) D’abord portée en triomphe par le peuple, Aliénor devient la cible des ragots et des accusations. Tout le monde sait qui porte la couronne au sein du couple royal, mais personne ne veut de cette femme qui a la prestance d’un roi. « La voilà, celle qui possède dix fois le royaume de France. Celle qui donne des ordres, chevauche comme un homme et ne craint pas le désir qu’elle suscite. Qui colore ses robes. N’attache pas ses cheveux. » (p. 59) Trop belle, trop vivante, trop présente, Aliénor dérange.

Le récit est porté par les voix croisées d’Aliénor et de Louis, chacun commentant les actions de l’autre. Ces deux paroles en regard ne se rencontrent jamais et c’est hélas ce qui précipite la perte de ce couple mal assorti : incapables de se comprendre, les époux royaux ne peuvent que s’éloigner l’un de l’autre, chacun étant attiré par des horizons différents. Clara Dupont-Monod invente les premières années d’Aliénor, personnage historique qui prête tant aux légendes et à l’imagination. Maîtresse femme jamais soumise à ses désirs, Aliénor fait rêver : à l’instar de Cléopâtre, elle est une reine qui n’a pas besoin de roi.

Après avoir savouré La passion selon Juette et La folie du roi Marc, j’ai retrouvé avec un plaisir immense la plume de Clara Dupont-Monod : cette auteure sait convoquer le Moyen Age et l’animer devant nos yeux. Ne craignant jamais de se frotter à la légende, ni de mettre en branle des sentiments puissants, elle signe un texte qui s’ajoute au fabuleux palimpseste qui entoure la belle et fière Aliénor.

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17 août 2014

Billevesée #138

Le fez est un chapeau de feutre en forme de cône tronqué. Pour la petite info supplémentaire, ce couvre-chef est grandement apprécié par le Docteur incarné par Matt Smith dans la série Doctor Who.

Comme son nom l'indique, le fez a pour possible origine la ville marocaine de Fez.

Alors, billevesée ?

Billevesee_Fez

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15 août 2014

M. Noël / Mme Noël

Albums de Roger Hargreaves.

Hargreaves_Monsieur NoelM. Noël

M. Noël vit au pôle Sud. Il est le neveu du Père Noël. Et justement, cette année, son oncle a besoin de lui pour livrer tous les cadeaux aux Monsieurs et Madames du monde entier. Il lui faut un traîneau pour transporter tous les cadeaux : il va voir le grand Sorcier des Neiges qui lui fabrique un véhicule épatant. « Je te présente la première théière volante ! Elle fonctionne avec des sachets de thé. Il suffit de la ravitailler tous les mille kilomètres et tu pourras aller jusqu’à trois fois la vitesse du son ! » La distribution de cadeaux peut commencer et personne ne sera oublié !

Hargreaves_Madame NoelMme Noël

Mme Noël est la sœur de M. Noël. Toute l’année, elle emballe les cadeaux que prépare son oncle, le Père Noël. Pour une fois, elle a besoin de vacances. Elle profite donc que son frère est venu prêter main forte au Père Noël pour partir au soleil. Mais au lieu de finir les préparatifs de Noël, l’oncle et le neveu s’amusent toute la journée. « Pendant ce temps, Mme Noël se reposait sur une plage des îles Noël (évidemment !) Elle était à cent lieues d’imaginer que le Père Noël et M. Noël passaient beaucoup de temps à s’amuser et très peu à faire des paquets. » Heureusement, Mme Noël rentre avant le grand jour et reprend tout en main. Ah, comment tournerait le monde s’il n’y avait pas une femme pour tout surveiller ?!

Ces deux albums aux couvertures légèrement pailletées invitent le jeune lecteur à imaginer les coulisses de Noël. Et les grands lecteurs peuvent aussi prendre leur mal en patience avec ces deux histoires bien rigolotes. Noël, c’est dans moins de cinq mois, mais il n’est jamais trop tôt pour s’y préparer !

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13 août 2014

Selon Vincent

Garcin_Selon VincentRoman de Christian Garcin. À paraître le 20 août.

Dans ce roman, vous trouverez un poisson rouge nommé Mao Zedong, le carnet d’un soldat napoléonien prisonnier des Russes, un chaman, un homme qui se croit possédé par un renard, un franco-chinois, un franco-argentin, une médaille qui montre Vénus et Napoléon, une expédition astrologique en Terre de Feu, et le propriétaire de la Lune. Tout cela se conjugue pour mener à la révélation d’un drame qui n’est pas plus terrible qu’un autre, mais qui est insurmontable pour ses protagonistes. « Les horreurs que recèle le monde réel seront toujours supérieures à l’imagination, si sordide et galopante soit-elle, des romanciers. » (p. 49)

Dans ce roman, il y a un peu de tout, mais certainement pas du n’importe quoi. Il faut laisser le temps aux différentes histoires de s’agencer : comme dans un puzzle, l’absence d’une pièce ne donne qu’une vision partielle de l’ensemble. La narration est multiple, comme si la responsabilité du récit était trop lourde pour une seule voix. Différentes époques et différents lieux concourent à la tragédie qui ne se dévoile qu’à l’ultime récit. Les histoires gigognes ne valent que parce que la plus terrible d’entre elles est aussi la plus petite. Selon Vincent est un roman déconcertant dans la forme et parfaitement bouleversant dans le fond. À découvrir sans attendre !

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11 août 2014

Les mots qu'on ne me dit pas

Poulain_Mots quon ne me dit pasTémoignage de Véronique Poulain. À paraître le 20 août.

Véronique est la fille de deux sourds-muets. Elle a grandi avec deux langues maternelles, la langue française et la langue des signes. « Si je ne suis pas entendue, qu’est-ce que je suis regardée ! Il ne peut rien m’arriver, mes parents ont toujours un œil sur moi. » (p. 14) Dans ce texte, elle raconte son enfance et son adolescence auprès de ses parents si différents de ceux de ses amis. Oscillant sans cesse entre fierté et colère, admiration et embarras, Véronique a dû trouver sa place entre le silence de ses parents et le bruit du reste du monde. « Le silence. Imposé à ma naissance, apprivoisé par obligation, puis accepté par nécessité, il a fini par devenir indispensable à mon équilibre comme une vieille habitude, un vieil ami. Il est de ma famille. Il me réconforte, me rassure et m’apaise. » (p. 84) Le langage des sourds-muets est dépourvu d’artifices ou de faux-semblants : il dit ce qui est dans une nécessité irrépressible de communiquer au-delà du silence. Mais pour une enfant qui n’est pas sourde, ni muette, certaines subtilités manquent, comme la gamme complète des sentiments. « Pas entendu, donc indicible. » (p. 137) Comment grandir quand vos parents ne vous ont jamais dit qu’ils vous aiment ? Certes, le langage du corps est très complet, mais l’être entendant a besoin des mots.

Sans excès de sentiment, Véronique Poulain signe un roman émouvant et plein d’amour pour ses parents. Difficile toutefois de saisir l’étendue de son témoignage : ne connaissant pas de sourds-muets, c’est tout un univers qui me reste inaccessible.

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10 août 2014

Billevesée #137

Aujourd'hui, parlons d'une injustice.

On ne présente plus Harvey Keitel (à prononcer Harveyyyyyyyy Keiteeeeeeel) : cet acteur au charme indéniable (cet article a été écrit par mes hormones) s'est illustré dans des monuments du cinéma : Thelma et Louise, Taxi Driver, La leçon de piano (meilleur du film du monde, puisqu'on vous le dit !), Reservoir Dogs, etc.

Bref, un grand acteur, un beau gosse bien conservé à la soixantaine charmante. Mais une injustice, vous disais-je en introduction ! Harvey Keitel n'a pas reçu un seul Oscar de toute sa carrière. Alors, oui, c'est vrai, pas besoin d'accumuler les récompenses pour prouver qu'on est le meilleur, mais tout de même, s'il y a un acteur qui mérite la statuette, c'est Harveyyyyyyy ! Les années passant, je me prends à rêver d'un Oscar d'honneur pour l'ensemble de sa carrière...

Alors, billevesée ?

Billevesee_Harvey Keitel_1 Billevesee_Harvey Keitel_2

Billevesee_Harvey Keitel_3 Billevesee_Harvey Keitel_4

Je mets autant de photos que je veux, c'est mon blog, c'est moi qui décide !

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08 août 2014

Constellation

Bosc_ConstellationTexte d’Adrien Bosc. À paraître le 20 août.

Le 27 octobre 1949, l’avion F-BAZN d’Air France, aussi appelé Constellation, disparaît des radars, pour la catastrophe que l’on sait : les trente-sept passagers et les onze membres d’équipage de ce vol en direction de New York sont retrouvés morts dans l’épave carbonisée de l’appareil, sur une île des Açores. « Un concours infini de causes détermine le plus improbable des résultats. Quarante-huit personnes, autant d’agents d’incertitudes englobés dans une série de raisons innombrables, le destin est toujours une affaire de point de vue. Un avion modélisé dans lequel quarante-huit fragments d’histoires forment un monde. » (p. 37) Sur ce vol, Marcel Cerdan et Ginette Neveu, deux virtuoses à leur manière, le premier avec ses poings, la seconde avec son archer. Mais il y avait aussi tous ces inconnus que le temps pourrait se charger de faire disparaître. Au terme d’un long travail de recherche sur toutes ces trajectoires interrompues, Adrien Bosc dresse des portraits volés à l’oubli. Cette galerie de visages forme une constellation humaine qui brille là où le soleil s’est couché pur toujours.

L’exhumation de ces histoires anonymes et de leur voyage sans retour donne un texte qui, nourri de références poétiques, est un dernier hommage funèbre, mais aussi une main tendue à ceux qui partent. « Quand tu aimes, il faut revenir. Une vie à casser la boussole, à s’ouvrir aux points cardinaux, et puis, au bout du monde, le lieu commun. Quand tu aimes, il faut revenir. Une vie à jouer à cache-cache, à tromper l’ennui, à tromper la mort, et au seuil, la vieille cabane, l’origine, le trésor. Quand tu aimes, il faut revenir. Maudit, désespéré, en vrac. […] Quand tu aimes, il faut revenir. » (p. 191) Premier roman, coup de maître : Adrien Bosc maîtrise son sujet et sa plume. Le grand ramdam des prix littéraires me laisse assez froide, mais je ne serai pas étonnée que le jeune auteur décroche un titre.

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06 août 2014

La décision

Bohler_DecisonRoman de Britta Böhler. À paraître le 20 août.

Réfugié en Suisse avec sa famille, Thomas Mann se languit de l’Allemagne, patrie qu’il aime et pour laquelle il souffre alors qu’elle sombre dans l’horreur nazie. Tout son entourage le presse de prendre la plume, de dénoncer ce qui se passe à Berlin. Un écrivain de sa trempe et de sa renommée ne peut pas se permettre le silence. On pourrait croire qu’il cautionne, qu’il est lâche. Thomas Mann rédige alors une lettre qui doit paraître dans un grand journal allemand. « Il a laissé parlé sa conscience et sa conviction profonde, ainsi dit la lettre, que de l’actuel gouvernement allemand il ne peut rien sortir de bon, ni pour l’Allemagne ni pour le monde. » (p. 13)

Durant les trois jours qui précèdent la parution de sa lettre, l’écrivain doute : a-t-il eu raison d’écrire ce texte ? « Ce n’est pas son genre de se consumer de haine. » (p. 78) À n’en pas douter, sa lettre fera grand bruit en Allemagne. Presque aussi certainement, ses livres seront interdits dans sa propre patrie. « Qu’un écrivain persécuté par le Reich y rencontre le succès, n’est-ce pas un coup porté au régime ? » (p. 97) Le retour lui sera interdit puisque l’Allemagne nazie l’accuse déjà de fuite et de trahison. « L’image de sa patrie se fait de plus en plus et imprécise. Il est devenu un outsider, un spectateur qui ne connaît plus la vie en Allemagne que de seconde main. » (p. 61) Enfin, cette lettre peut mettre en danger toute sa famille : accomplir son devoir de citoyen vaut-il vraiment de courir ce risque ? L’auteur peut-il encore retenir sa lettre ? Publier cette accusation, est-ce perdre l’Allemagne pour de bon ou en préserver la meilleure part, celle qui ne se plie pas devant un régime qui aboie ?

Ce premier roman est une réussite. L’auteure révèle avec talent les doutes et les peurs d’un homme vieillissant qui est fatigué de mener des batailles et de fuir. Mais tel un chevalier éternellement loyal, il revêt une dernière fois son armure de papier et porte une féroce estocade à l’ennemi immonde qui menace son pays. L’Histoire le sait déjà, la lettre de Thomas Mann a bien été publiée, mais il était tout à fait intéressant d’interroger les jours qui ont précédé sa publication : il faut se souvenir que l’Histoire accouche parfois de ses héros dans la douleur et qu’un acte de bravoure peut cacher des abysses d’incertitude.

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