Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

17 juillet 2019

Lapingouin - Au lit Lapingouin !

Boisseau_Lapingouin_Au lit LapingouinAlbum de Carole-Anne Bopisseau et Galaxie Vujanic (texte) et Masami Mizusawa (illustration).

Tous les moyens sont bons pour gagner encore quelques minutes quand Papingouin annonce l’heure du coucher. S’amuser dans la salle de bain pendant le brossage des dents, chercher des doudous qui se cachent, faire traîner le choix du livre pour l’histoire. « Que veux-tu que je te lise ce soir ? demande Malapin. / Une grosse histoire pleine de mots, répond Lapingouin. » (p. 17) Au passage, le petit bonhomme aux longues oreilles et aux pieds palmés met un sacré désordre dans la bibliothèque !

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L’heure du coucher a ses rituels indispensables et Lapingouin n’en manque aucun. Cet album est, comme tous les autres de la série, tout à fait charmant. Et il donne envie d’avoir à nouveau 4 ans, d’attendre le dernier bisou de Papa et le moment où Maman remonte la couverture sur soi et son doudou préféré. C’est doux, c’est sucré, c’est parfait.

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15 juillet 2019

Le mur invisible

Haushofer_Mur invisibleRoman de Marlene Haushofer.

Après s’être trouvée brusquement coupée du monde par une paroi invisible au-delà laquelle tout semble pétrifié, la narratrice organise sa survie et son quotidien en compagnie de quelques animaux domestiques. Au cœur de la forêt et des montagnes autrichiennes, elle doit s’accommoder de la solitude. « J’observe que je n’ai pas écrit mon nom. Je l’avais donc presque oublié et je n’y changerai rien. Puisqu’il n’y a plus personne pour prononcer mon nom, il n’existe plus. » (p. 32) S’imposant des tâches rudes et répétitives, la femme s’adapte au rythme des saisons et s’efforce de rester occupée pour ne pas se laisser aller au désespoir, même s’il n’y a rien à espérer. « Si le temps n’existe que dans ma tête, et si je suis le dernier humain, il finira avec moi. Cette pensée me rend joyeuse. Il est peut-être en mon pouvoir de tuer le temps. » (p. 161)

La narratrice commence à écrire après plusieurs années de routine, se fondant sur ses souvenirs et sur ses notes dans le calendrier. Il ne s’agit pas de laisser une trace puisqu’elle se sait définitivement seule, mais de lutter contre la folie. « M’obliger à écrire me semble le seul moyen de ne pas perdre la raison. Je n’ai personne ici qui puisse réfléchir à ma place ou prendre soin de moi. » (p. 8) Fortement marquée par la perte de plusieurs de ses compagnons animaux, elle hésite entre la mort rapide et la volonté farouche de continuer encore un jour, encore une saison. Son texte ne s’adresse qu’à elle et qu’à son hypothétique avenir. « Ce qui importe c’est d’écrire et puisqu’il n’y a plus de conversation possible, je dois m’efforcer de continuer ce monologue sans fin. » (p. 143)

La robinsonnade féminine de Marlene Haushofer m’a beaucoup rappelé le plus récent Dans la forêt de Jean Hegland, mais aussi Moi qui n’ai pas connu les hommes, de Jacqueline Harpman. J’aime beaucoup quand le féminin est confronté à la nature : il en ressort quelque chose de très fort, un principe de vie renouvelé. Julian Roman Pölsler a adapté Le mur invisible en film et ma bibliothèque municipale a le bon goût d’avoir cette œuvre dans son catalogue. Prem’s, je l’ai déjà réservé !

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12 juillet 2019

Graine de sorcière

Atwood_Graine de sorciereRoman de Margaret Atwood.

Alors qu’il allait produire le chef-d’œuvre de sa carrière, une version unique de La tempête de Shakespeare, Felix Phillips est évincé du festival de Makeshiweg dont il est le directeur artistique, et ce par deux rivaux de longue date, Tony et Sal. Se remettant à peine de la perte de son épouse et de sa petite fille, Felix n’est pas prêt à faire le deuil de ses ambitions artistiques. Pendant des années, obsédé par son désir de vengeance et sa détermination à produire la pièce du dramaturge anglais, il patiente et attend le moment de prendre sa revanche. C’est dans le cours d’art dramatique qu’il donne dans un pénitencier que sa chance va enfin se présenter. « Après une carrière aussi extraordinaire que celle qu’il avait connue, quelle déchéance – monter Shakespeare dans une prison avec une bande de voleurs, de dealers, d’escrocs, de meurtriers, d’aigrefins et d’arnaqueurs. » (p. 63)

Je n’en dis pas plus et vous conseille vivement de découvrir ce nouveau roman de Margaret Atwood : il offre différents niveaux de lecture et des personnes masculins très attachants, l’autrice nous ayant plutôt habitués au contraire.

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10 juillet 2019

Lapingouin - À table Lapingouin !

Boisseau_Lapingouin_A table LapingouinAlbum de Carole-Anne Bopisseau et Galaxie Vujanic (texte) et Masami Mizusawa (illustration).

Lapingouin a eu un réveil difficile. « C’est trop court une nuit, j’ai pas eu le temps de finir mon rêve. » (p. 7) Il pique du nez dans son bol de chocolat. Et toute la journée, il n’a pas vraiment faim au moment des repas que lui prépare Malapin. Il préfère les glaces et les sucreries, mais ce n’est pas cela qui donne de la bonne énergie.

Apprendre à bien manger pour être en forme et le rester, c’est parfois un peu difficile. Pourtant, les brocolis, c’est excellent. Et qui sait, en finissant l’assiette que Malapin a cuisinée, peut-être que Lapingouin pourrait devenir aussi fort que son super héros préféré !

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08 juillet 2019

Barrio Flores, petite chronique des oubliés

Claudel_Barrio FloresTexte de Philipe Claudel. Photographies de Jean-Michel Marchetti.

Ces deux-là ont déjà collaboré autour du Café de l’Excelsior.

Le Barrio Flores, c’est un quartier de Buenos Aires. C’est aussi l’image vivante de la pauvreté, mais les habitants sont des pauvres à la crasse glorieuse, à la fatigue sublime. « Nous vivions au fond d’une petite ruelle du Barrio, sous du fer ondulé et de grands cartons d’affiches déchirés que nous cousions ensemble avec du fil de pêche trouvé près du port, à même la terre moins battue que nous. Les gouttières nous servaient de douche. » (p. 20) Juanito est le narrateur : il a connu le Barrio enfant, puis l’a quitté pour faire des études. Le retrouvant, des années plus tard, il se souvient des figures marquantes du quartier et en dresse des portraits aussi pittoresques que tendres. Il y a Pepe Andillano, l’homme qui l’a recueilli, joueur de billard imbattable. Il y a la jolie Flores Nubia qui, un jour, a cessé de parler. Il y a cet homme qui voulait épouser son âne. Il y a Jacintho, l’écrivain et lecteur public. Il y a sa petite sœur, celle qui n’a jamais eu de nom et s’est éteinte dans un souffle. « Ce n’est pas si facile de vivre avec la mort quand on n’a que six ans, il faut bien s’inventer des histoires. »  (p.63)

Agrémenté des portraits en noir et blanc de Jean-Michel Marchetti, le texte de Philippe Claudel cherche la magie dans les petites choses. Le Barrio Flores, quartier figé dans le temps, est presque un lieu caché, un lieu secret, un lieu mythique. En très peu de pages et avec une remarquable économie de mots, l’auteur partage sa tendresse pour les petites gens et tous ceux que le monde ne voit pas ou ne veut pas voir.

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05 juillet 2019

Sauvage

Bradbury_SauvageRoman de Jamey Bradbury.

« On ne peut pas fuir la sauvagerie qu’on a en soi. » (p. 256) À 17 ans, Tracey n’aime rien tant que courir dans la forêt, vivre de sa chasse et faire du traîneau avec ses chiens. Depuis la mort de sa mère, elle s’isole de plus en plus sur la piste damée, parfaitement immergée et intégrée dans la nature glaciale de l’Alaska. Contre l’avis de son père, elle se prépare à l’Iditarod, une course en solitaire de 1 500 km. Hélas, tout change quand Tracy fait couler le sang d’un homme : en transgressant une des règles imposées par sa mère, l’adolescente fait entrer le danger dans son monde, mais prend aussi conscience des pouvoirs que lui donne le sang. Désormais, un intrus rôde à proximité de la maison et Tracy est déterminée à ce que personne ne sache ce qu’elle fait en forêt. « Si je continuais juste comme ça, à marcher vers le Nord, sans jamais me retourner ? Les choses seraient plus simples si je pouvais vivre seule, sans plus rien à cacher. Sans plus aucun besoin de protéger les autres de la sauvagerie que je sentais à l’intérieur de moi, de l’impérieuse envie de m’abandonner à tout ce que contre quoi Maman m’avait mise en garde. » (p. 136)

Comme l’annonce le bandeau promotionnel, on flirte ici avec Stephen King et les sœurs Brontë : violence hors-norme, sentiments incontrôlables, terreurs infinies, soupçon de fantastique, tout est là et bien agencé. « Je me suis demandé combien de temps il allait hanter notre forêt avant de venir se montrer sur notre perron. » (p. 95) Les ellipses et les non-dits sont aussi éloquents que le texte lui-même : il faut chercher les indices, les débusquer, pour tout comprendre de cette histoire familiale particulière. « J’ai appris à l’école que le sang a une mémoire. Il porte les informations qui font qui vous êtes. C’est comme ça que mon frère et moi on s’est retrouvés avec tant de trucs en commun, on portait en nous les choses dont le sang de nos parents se souvenait. Partager ce qu’il y a dans le sang, y a pas moyen d’être plus proche d’une autre personne. » (p. 10) Sauvage est une excellente expression du courant littéraire nord-américain du nature writing. Comme l’héroïne, on suit la piste en courant avec les chiens, on relève des collets, on écoute le souffle des bêtes. Et on voudrait pouvoir se perdre derrière un mur de blizzard.

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03 juillet 2019

Lapingouin - Qui veut jouer avec Lapingouin ?

Boisseau_Lapingouin_Qui veut jouer avec LapingouinAlbum de Carole-Anne Bopisseau et Galaxie Vujanic (texte) et Masami Mizusawa (illustration).

Lapingouin est au parc avec Tortuchon et Chérisson. Ils jouent dans le bac à sable, mais voilà qu’une dispute éclate autour du château. Il faut vite se réconcilier pour pouvoir recommencer à jouer ensemble. Hélas, il y a d’autres sujets de désaccord. Ce serait pourtant dommage qu’une après-midi entre copains se termine mal !

« Heureusement que t’étais là Chérisson, murmure Tortuchon soulagé. / Tes pics piquent, mais ils sont bien pratiques, remarque Lapingouin. » (p. 26) Apprendre à s’excuser, à reconnaître ses torts et à ne pas se moquer de ses amis, c’est difficile, mais c’est essentiel. Mais ça vaut la peine d’entretenir l’amitié, et le goûter peut aider. « Tu veux trempouiller tes cornichoins dans mon pot de Carottella ? » (p. 28) Évidemment, comme dans tous les albums de Lapingouin, il y a toujours cette inventivité lexicale très drôle, très mignonne, mais aussi très pertinente. Cependant, je vais laisser Lapingouin et ses copains terminer leur goûter tous seuls…

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01 juillet 2019

Les petites mécaniques

Claudel_Petites mecaniquesNouvelles de Philippe Claudel.

Dans ce recueil, dont le titre est emprunté à Blaise Pascal, vous trouverez :

  • Des morts inexpliquées,
  • Un brigand qui fait le récit de sa vie et de ses méfaits,
  • La rencontre d’un voleur avec la mort,
  • Un peuple qui tue des poètes,
  • Une femme qui cherche à retrouver l’émotion folle ressentie dans un rêve,
  • Un vagabond qui nourrit le doux souvenir de son étreinte avec une servante rousse,
  • Un marchand qui part chercher Rimbaud jusqu’à se perdre lui-même,
  • Des auteurs malmenés,
  • Un mot dont le sens échappe à celui qui le cherche,
  • Des condamnés qui se réjouissent de bâtir leur geôle,
  • Un homme mort dans la solitude,
  • Une femme qui fonde une nouvelle génération d’hommes.

Chaque nouvelle a des airs de légendes, de contes millénaires, voire de paraboles. Impossible de ne pas penser à Michel Tournier ou à Jorge Luis Borges. Impossible de ne pas savourer chaque mot qui coule de la plume de Philippe Claudel. J’aime ses romans qui lui permettent de déployer le caractère de ses personnages pour mieux fustiger la nature humaine, mais j’apprécie tout autant ses nouvelles dont la fulgurance éclairée compense la brièveté. Il faut si peu de mots à cet auteur pour peindre une scène aussi vibrante qu’un tableau ! « Adossé contre un mur toujours chaud, j’écris de petits romans, très courts, acérés comme des poignards, et que je vends contre un repas, une bouteille de vin, un lit malpropre pour une nuit. » (p. 111)

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28 juin 2019

Célébrations

Tournier_CelebrationsRecueil de textes de Michel Tournier.

« À travers leur apparente disparité, ces quatre-vingt-cinq texticules ont en commun une certaine vision du monde. » (p. 9) On y croise Mozart qui s’entretient avec Casanova, Goethe et Bach ou encore Germaine de Staël. On y traverse le calme jardin du presbytère où vivait l’auteur. On visite Prague et Weimar. On suit l’auteur dans ses voyages et ses lieux d’habitation. On salue Noé, Jésus, Paul et les rois mages. On écoute Michel Tournier parler de ses amis disparus, auteurs, acteurs, artistes, toute une bande fabuleuse et bigarrée. Bref, chaque page est une immense aventure.

Faut-il encore que je dise mon admiration infinie pour l’œuvre de Michel Tournier ? Probablement pas. L’auteur est poète, théologien, philosophe. Il est aussi désopilant et un brin coquin. Il écrit avec richesse, mais sa pensée est simple à suivre, car évidente et belle. Ce recueil de textes célèbre le beau, le vivant, le sauvage, le rebelle, mais aussi le quotidien et l’infime, comme le miracle des mûres de ronciers au détour d’une friche. Michel Tournier crée des images sublimes à partir de l’ordinaire et de ce qu’on ne remarque pas ou plus. Aviez-vous déjà vu que les horloges sourient à 10h10 alors qu’elles semblent bien tristes à 8h20 ? Sous la plume de cet auteur humble et génial, le symbolisme éclate en toutes choses, pour un peu qu’on prenne le temps de regarder ces dernières, de les relier ou de les opposer. « La beauté des êtres et des choses, leur bizarrerie, leur drôlerie, leur saveur justifient et récompensent une chasse heureuse et insatiable. » (p. 9)

Et comment ne pas lui donner raison quand il parle d’astrologie ? Moi qui ne crois en l’horoscope que quand il m’est favorable, je bénis le hasard de m’avoir fait naître sous le même signe que Michel Tournier. « De tous les signes du zodiaque, le Sagittaire est le plus complet et le plus chaleureux. » (p. 34)

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26 juin 2019

Lapingouin - Même pas peur des monstres

Boisseau_Lapingouin_Meme pas peur des monstresAlbum de Carole-Anne Bopisseau et Galaxie Vujanic (texte) et Masami Mizusawa (illustration).

C’est le carnaval dans l’école de Lapingouin : il faut le plus chouette des costumes au petit bonhomme et Malapin a promis de lui coudre celui qu’il voudra. Lapingouin décide qu’il sera un monstre. Mais lequel ? Sera-t-il baveux, immense, enflammé ? Il y pense pendant des heures, et même la nuit. Au point de rêver de monstres. « Mais où sont tes copaingouins ? […] / J’en ai pas ! J’leur fais trop peur. […] / Si tu veux, Mondoux et moi, on veut bien être tes copaingouins. »  (p. 22) Et finalement, Lapingouin trouve le costume parfait et comprend que la différence/difformité n’a rien de repoussant.

Le monstre, c’est celui que l’on montre parce qu’il est différent. Lapingouin et ses copains sont très différents, mais ce sont des gentils et jolis monstres. Et ne me lancez pas sur la beauté des monstres, sinon je vais être intarissable. Pour faire court, disons que je trouve une beauté immense dans ce qui ne se conforme pas aux normes et aux codes. Et évidemment, si ça a une jolie paire d’oreilles toutes douces et un faible pour les carottes, ça me plaît encore plus !

Challenge Totem

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