Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

23 février 2018

Les aventures de Huckleberry Finn

Twain_Aventures dHuckleberry FinnRoman de Mark Twain.

Huckleberry Finn est l’ami de Tom Sawyer. Il n’aime rien tant que vivre au grand air, dormir dans une grange et pêcher quand bon lui semble. Depuis que la veuve Douglas l’a recueilli, il doit apprendre à se tenir en société, respecter les horaires, manger proprement, aller à l’école. Et pire que tout, il doit se montrer à la hauteur de la fortune qu’il a trouvée avec son ami. Quand son père revient, bien décidé à faire main basse sur le magot de son fils, Huck se voit perdu, contraint de vivre sous la coupe de cet homme brutal et alcoolique. « Tu lâcheras cette école, entends-tu ? Élever un enfant pour qu’il rougisse de son père ! » Huck en regretterait presque la maison de la veuve Douglas ! Parvenant à s’échapper, il s’embarque pour une folle aventure sur le Mississippi en crue, avec Jim, vieil esclave en fuite qui tente de rejoindre les états abolitionnistes.

Présenté comme le pire des garnements dans Les aventures de Tom Sawyer, le jeune Huck est finalement un gamin aussi attachant que son ami, voire plus puisqu’il fait montre une vraie naïveté face aux déviances de la société, d’une véritable indignation et d’une sincère remise en question. Présenté par son auteur comme un roman picaresque, le texte est également une réflexion mordante sur la société américaine, son puritanisme et l’esclavage qu’elle pratique encore comme un droit. Loin d’être aussi léger et inoffensif que le roman consacré à Tom Sawyer, Les aventures de Huckleberry Finn est une virulente accusation des normes sociales et un hymne à la fuite de la civilisation qui corrompt les hommes. Cette histoire m’a bien plus émue que celle de Tom !

Posté par Lili Galipette à 08:00 - Mon Alexandrie - Lignes d'affrontement [2] - Permalien [#]

20 février 2018

La légèreté

Meurisse_LegereteBande dessinée de Catherine Meurisse.

7 janvier 2015. Les frères Kouachi font un massacre dans les locaux de Charlie Hebdo. En retard pour la conférence de rédaction, parce qu’elle pleurait sur un amour compliqué, Catherine Meurisse n’était pas dans les locaux. Survivante. Rescapée. Épargnée. Sauvée. Mais aussi choquée. Secouée. Déboussolée. « Je voudrais être vivante, comme avant. » (p. 65) La protection personnelle qui lui a été assignée l’encombre, l’étouffe. Les cauchemars étreignent son sommeil, bouffent ses nuits. Même marcher sur les pas de Marcel Proust à Cabourg n’y fait rien : Catherine Meurisse est profondément perdue. Peut-elle encore dessiner ? Doit-elle rester à Charlie Hebdo ? « T’es pas mort ! On n’est pas mort. Fuck’em all !! » (p. 21) Mais vient la tuerie du Bataclan et les angoisses redoublent. Pour reprendre pied, Catherine Meurisse tente une immersion dans la beauté en Italie : combattre le syndrome du 7 janvier par le syndrome de Stendhal !

« Le terrorisme, c’est l’ennemi juré du langage. » (p. 50) Dans ce cas-là, si les mots sont impuissants, il faut continuer à dessiner, opposer la caricature d’encre à la caricature de religion. Je n’ai jamais aimé la plume de cette dessinatrice de presse, mais lire cette bande dessinée, c’est aussi ma façon d’être Charlie. Dieu que cette expression est dévoyée aujourd’hui… Tant pis, je suis sincère quand je la prononce. Au fil des pages, il y a des aquarelles qui m’ont donné envie d’apprendre à nager dans la peinture, de m’envoler dans le coton. Douce et forte, cette lecture prend aux tripes.

Posté par Lili Galipette à 08:00 - Mon Alexandrie - Lignes d'affrontement [5] - Permalien [#]

18 février 2018

Potins #7

Curt Leviant est un auteur amricain né en 1932.

POTIN - Il a rédigé une thèse sur Lamed Shapiro.

Potins_Curt Leviant

Lisez : Journal d'une femme adultère, L'énigme du fils de Kafka. (Hélas, tous ses romans ne sont pas traduits en français...)

Posté par Lili Galipette à 08:00 - Mon Boudoir - Lignes d'affrontement [4] - Permalien [#]
Tags :

16 février 2018

L'obscure clarté de l'air

Vann_Obscure clarte de lairRoman de David Vann.

Pour avoir aidé Jason à voler la Toison d’Or, Médée a trahi son père qui a lancé sa flotte à la poursuite de l’Argo. La jeune femme, toute dévouée à la sombre Hécate, sacrifie son propre frère pour ralentir leur père qui s’arrête pour repêcher chaque morceau de son fils supplicié. « Elle l’a fait pour Jason et elle en fera bien davantage, elle le sait. Son frère démembré à ses pieds. C’est ainsi que commence le monde. » (p. 11) Médée forge son pouvoir dans le sang et les incantations. Elle se rêve libre, libérée du joug des hommes. Elle se veut puissante, invincible, prêtresse d’Hécate et reine de son propre royaume. « Elle fera ce dont son père est incapable, ce dont Jason est incapable. Elle devrait devenir reine sans roi, une Hatshepsout. » (p. 14) Médée est une descendante d’Helios, mais s’est vouée aux ténèbres pour obtenir ce qu’elle sait être son dû : elle règnera dans la terreur et soumettra les hommes à sa fureur. « Les dieux accomplissent ce qui ne peut être accompli. Et une femme peut aisément devenir un dieu puisqu’elle n’a rien le droit de faire. » (p. 31) Hélas, après un épuisant périple en bateau pour laisser la Colchide loin derrière, Médée et Jason sont faits esclaves par Pélias qui est peu disposé à rendre son trône à son neveu. Pendant des années, Médée doit se soumettre à un tyran illégitime, mais toujours dans l’obscurité, elle prépare sa vengeance et l’avènement de Jason. Mais une fois celui-ci libre et en sécurité, il fait preuve de la pire des ingratitudes. Sa dernière trahison n’est qu’une preuve de son manque de loyauté envers celle qui lui a tout donné. « Elle avait éprouvé un amour plus fort pour Jason. Et la voilà à quatre pattes, le destin de toute femme qui s’autorise à aimer un homme. » (p. 98) Blessée, rugissante de rage et de colère, Médée refuse toujours de se soumettre et d’accepter la félonie. Et elle ne laissera pas ses fils aux mains d’un traître au cœur vide. Aussi, la déclaration qu’elle leur fait est-elle terriblement poignante. « Je suis la seule à vous aimer, dit-elle à ses fils. Je suis la seule. » (p. 224) Car oui, après avoir été fratricide, déicide, régicide, Médée se fait infanticide et offre à Hécate le dernier sacrifice auquel elle pouvait consentir.

Qui ne connaît pas le mythe de Médée, femme sorcière, femme puissante, femme trahie ? Qui ne connaît pas le sort qu’elle réserva à ses enfants après l’ultime déloyauté de Jason ? Le talent de David Vann, outre celui de réécrire avec un talent incroyable une histoire millénaire, est d’humaniser cette femme qui se voulait libre et conquérante et qui s’est laissée attacher par l’amour. Pauvre Médée qui refuse l’asservissement imposé aux femmes et aux faibles. Pauvre Médée qui revendique une place que personne ne veut lui accorder. Elle se veut Nout, la déesse qui avale et recrache le soleil chaque soir et chaque matin. Elle se veut dévoreuse de rois et bâtisseuse de monde. « Aucun dieu ne passera avant Hécate, aucune prêtresse avant Médée. » (p. 62) Elle n’est que la femme haïe et crainte d’un héros falot qui laisse aux autres le soin de le sauver ou de le détruire. En dépit des terribles massacres et des bains de sang nullement purificateurs qu’elle opère, Médée n’a jamais assez de puissance pour transformer son destin. Finalement, quand tout est dit, quand tout est perdu, Médée sait qu’il n’y a que des hommes et aucun dieu, et qu’aucune légende ne traversera les siècles sans se déformer et devenir au mieux un glorieux mensonge, sinon un texte à charge.

L’obscure clarté de l’air est un texte sensuel et viscéral. Pour beaucoup constitué de phrases nominales, il offre de très belles images de la mer et de la forêt. David Vann y déploie tout son talent pour le nature writing et la description d’espaces infinis. On est bien loin de l’Alaska glacial des premiers romans, de la Californie brûlante et des Rocheuses âpres, mais ce roman s’inscrit très logiquement et très naturellement dans l’œuvre de l’auteur. Il y est question de fureur, de transgression, d’actes sans retour en arrière.

Et je vous conseille évidemment tous les autres textes de David Vann, sans exception : Sukkwan Island, Désolations, Impurs, Dernier jour sur terre, Goat Mountain et Aquarium.

Posté par Lili Galipette à 08:00 - Mon Alexandrie - Lignes d'affrontement [7] - Permalien [#]

13 février 2018

Les aventures de Tom Sawyer

Twain_Aventures de Tom SawyerRoman de Mark Twain.

Tom Sawyer est un enfant malicieux, paresseux, attachant, désobéissant, courageux, aventureux, gentil, roublard, loyal… Je m’arrête là : tout le monde connaît ce gamin qui préfère manger des pommes et jouer avec ses amis que repeindre une barrière ou aller à l’école. « La propreté et les vêtements en bon état lui apparaissaient comme une contrainte exaspérante. » Passé maître dans l’art d’échanger des bouts de ficelle et des dents arrachées contre des chats morts ou des cadres de fenêtre, Tom rêve d’un trésor de pirate et d’une vie de brigand. Quand sa route croise celle de Joe l’Indien, il ne sait pas encore les périples qu’il vivra. Avec son imagination débordante, le gamin s’invente des histoires folles, allant jusqu’à assister à son propre enterrement et faisant tout pour impressionner la jolie Becky. S’il a le don de se fourrer souvent dans de sales draps, il jouit d’une chance insolente et sans sort toujours sans mal. Ne lui reste plus alors qu’à épater ses amis et le voisinage avec le récit de ses folles aventures.

Il était temps que je découvre ce classique de la littérature américaine pour la jeunesse, après avoir tant aimé, étant enfant, l’animé qui passait en boucle à la télévision. Et si je vous dis « Tom Sawyer, c’est l’Amérique… », je suis certaine que vous entonnez la suite du générique à pleins poumons !

Posté par Lili Galipette à 08:00 - Mon Alexandrie - Lignes d'affrontement [7] - Permalien [#]

11 février 2018

Potins #6

Marie-Aude Murail est une autrice française née en 1954.

POTIN - L'écriture est partout dans sa famille : son père était poète, sa mère journaliste, l'un de ses frères et sa soeur sont écrivains.

Potins_Marie-Aude Murail

Lisez : Miss Charity, Simple, Oh Boy !

Posté par Lili Galipette à 08:00 - Mon Boudoir - Lignes d'affrontement [4] - Permalien [#]
Tags :

09 février 2018

Alice au pays des merveilles, suivi de De l’autre côté du miroir

Carroll_Alice au pays des merveillesRomans de Lewis Carroll.

J’ai déjà lu ces romans. Plusieurs fois. Ils sont riches dans bien des domaines. Dans cette édition, ils sont riches des illustrations originales de John Tenniel, datées de 1865 et ici passées en couleurs. L’édition Archipoche est un petit bijou avec sa tranche dorée et la douceur de sa couverture. Le livre est plus petit qu’un poche et c’est un plaisir de le manipuler, de le tenir en main, de l’avoir toujours à portée d'yeux.

Carroll_Alice au pays des merveilles_1

Posté par Lili Galipette à 08:00 - Mon Alexandrie - Lignes d'affrontement [4] - Permalien [#]
Tags :

06 février 2018

Zarbie les yeux verts

Oates_Zarbie les yeux vertsRoman de Joyce Carol Oates.

L’été de ses 14 ans, Francesca, dite Franky, découvre une force nouvelle en elle. Elle lui donne le nom de Zarbie : cette puissance intérieure l’aide dans des situations critiques. Franky assiste également à l’inexorable éloignement de ses parents, entouré d’une tension et d’un danger palpables. Le père est une figure adorée autant que redoutée, dont les crises de rage sont imprévisibles et terrifiantes. Quant à la mère, elle s’isole dans un mystère qui ne sera percé que trop tard. « Elle devra vivre avec la décision qu’elle a prise. Nous ne pourrons jamais le lui pardonner. » (p. 87)

Je n’en dis pas beaucoup plus pour ne pas épuiser toute l’intrigue de ce court roman. J’apprécie hélas assez peu les textes que Joyce Carol Oates écrit pour la jeunesse. Ils me semblent tous manquer de puissance, surtout en comparaison des autres romans de l’autrice. Un bon point pour les prétéritions habiles qui sont annonciatrices du pire et tiennent en haleine. À mesure de la lecture, on comprend que le récit porté par Franky a des airs de déposition, de témoignage. Que s’est-il donc passé le 26 août ? Comment Franky pourra-t-elle surmonter le drame auquel elle sera confrontée ? « Oui, il faut parfois accepter d’être puni pour avoir fait ce qu’il fallait. » (p. 66)

Zarbie, c’est Franky, mais plus forte, plus audacieuse. C’est le pouvoir de l’adolescence canalisé et décuplé pour protéger ce qui reste de l’enfant et assurer la marche de la jeune fille en devenir. « Mais je n’étais pas cinglée. Je le savais. J’étais plus forte qu’avant, je m’assumais mieux. Je m’aimais plus que je ne m’étais jamais aimée depuis que j’étais petite. » (p. 39) Franky/Zarbie est un beau personnage d’adolescente en construction, mais je préfère définitivement les héroïnes des romans adultes de Joyce Carol Oates.

Posté par Lili Galipette à 08:00 - Ma Réserve - Lignes d'affrontement [4] - Permalien [#]

04 février 2018

Potins #5

Victor Hugo est un auteur français né en 1802 et décédé en 1885.

POTIN - Il a gardé toute sa vie une cicatrice sur la main après avoir été mordu, à l'âge de quatre ans, par un chien qu'il tentait de nourrir.

Potins_Victor Hugo

Lisez : Notre-Dame de Paris, Les travailleurs de la mer, L'homme qui rit, Claude Gueux. (J'avoue ne pas beaucoup apprécier sa poésie et assez peu son théâtre... Je préfère son travail de romancier !)

Posté par Lili Galipette à 08:00 - Mon Boudoir - Lignes d'affrontement [7] - Permalien [#]
Tags :

02 février 2018

Harry Potter et l'enfant maudit (édition de poche)

Rowling_Thorne_Tiffany_Harry potter et lenfant maudit_pochePièce de théâtre de John Tiffany et Jack Thorne, d’après une histoire originale de J. K. Rowling.

J’ai déjà lu cette pièce, peu après sa sortie, dans la magnifique édition brochée. C’est avec plaisir que je découvre l’édition de poche, tout aussi belle avec ses dorures et sa première de couverture qui joue avec les matières.

J’ai relu la pièce et le plaisir est le même qu’à la première lecture : l’impression de retrouver un univers connu dans lequel il est si bon de se laisser glisser ! L’édition de poche est d’autant plus précieuse qu’elle propose des bonus passionnants, comme l’arbre généalogique d’Harry Potter qui permet d’y voir un peu plus clair chez les Weasley… Une chronologie résume brièvement les événements marquants de la vie de notre sorcier à lunettes préféré ! Enfin, John Tiffany et Jack Thorne se répondent dans une interview à deux voix et ils parlent de cinéma, de théâtre et d’imagination. « C’est une des raisons pour lesquelles je suis si passionné par le théâtre. Le cinéma a ses images assistées par ordinateur, mais nous, nous avons l’imagination des spectateurs. Tous les deux ont un pouvoir exceptionnel. » (p. 448) Magie, vous avez dit magie ? Oui, sans aucun doute : cette édition de poche va vous donner envie de ressortir votre cape de sorcier et votre baguette ! Qui sait, il n’est peut-être pas trop tard pour recevoir une lettre d’admission à Poudlard…

Posté par Lili Galipette à 08:00 - Mon Alexandrie - Lignes d'affrontement [5] - Permalien [#]
Tags :