Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

27 mai 2018

Potins #21

Joris-Karl Huysmans est un auteur français né en 1848 et décédé en 1907.

POTIN - Son véritable nom est Charles Marie Georges Huysmans.

Lisez : Croquis parisiens, Les soeurs Vatard, Marthe, histoire d'une fille, Là-bas, La cathédrale, En rade, En route, Sainte Lydwine de Schiedam, et tout le reste de son oeuvre.

Potins_Joris-Karl Huysmans

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25 mai 2018

911

Burke_911Roman de Shannon Burke.

Quatrième de couverture : Lorsqu'il devient ambulancier dans l'un des quartiers les plus difficiles de New York, Ollie Cross est loin d'imaginer qu'il vient d'entrer dans un monde fait d'horreur, de folie et de mort. Scènes de crime, blessures par balles, crises de manque, violences et détresses, le combat est permanent, l'enfer quotidien. Alors que tous ses collègues semblent au mieux résignés, au pire cyniques face à cette misère omniprésente, Ollie commet une erreur fatale : succomber à l'empathie, à la compassion, faire preuve d'humanité dans un univers inhumain et essayer, dans la mesure de ses moyens, d'aider les victimes auxquelles il a affaire. C'est le début d'une spirale infernale qui le conduira à un geste aux conséquences tragiques. Dans un style viscéral, Shannon Burke prend littéralement le lecteur à la gorge et nous livre un portrait de la condition humaine digne d'Hubert Selby Jr ou de Richard Price.

Ce roman a été proposé par mon club de lectrices (vous me manquez, les filles !!!) D’ordinaire, je suis studieuse, je n’abandonne pas les livres que je dois lire en groupe, c’est plus facile pour en parler. Mais là, j’ai lâché l’affaire en page 20. Le vase a débordé avec la description d’un chien malmené dans la mort. Je le tolère à peine chez Stephen King, mais là, c’était tellement gratuit et insupportable que je n’ai pas voulu aller plus loin. Avant ça, le roman proposait déjà des scènes glauques à souhait. OK, oui, c’est le sujet : il est évident que le récit d’una ambulancier urgentiste à Harlem ne peut pas envoyer des paillettes et des chamallows, mais non, je ne peux pas. Et je ne veux pas. Il y a des romans/œuvres dont on sait qu’ils nous feront plus de mal que de bien : c’est le cas de celui-ci.

En outre, je n’ai éprouvé aucune empathie pour le narrateur et son coéquipier. « Lorsque plus rien n’a de sens, y compris la vie ou la mort d’autrui, vous n’êtes plus qu’à un pas du mal. Et ce putain de pas est terriblement facile à franchir. » (p. 6) Certes, c’est difficile de s’attacher en 20 pages et je ne crois pas au coup de foudre, même littéraire. Mais j’ai lu des romans « médicaux » où il ne faut que quelques paragraphes pour embrasser corps et âme le récit et le parcours du héros. Je vous conseille d’ailleurs La ballade de l’enfant gris qui, comme son auteur, propose une médecine humaine et humaniste. C’est ce que promet la quatrième de couverture, mais je n’ai pas les tripes pour essayer de savoir si c’est vrai. J’aurais aimé comprendre pourquoi le titre original est Black Flies, même si j’ai bien une idée… Bref, je raccroche rapidement 911 et je passe à autre chose. Tant pis, j’écouterai les copines en parler !

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22 mai 2018

Petite sœur, mon amour

Oates_Petite soeur mon amourRoman de Joyce Carol Oates.

La petite Bliss Rampike n’a que 6 ans quand elle est retrouvée assassinée dans le sous-sol de sa maison. Qui s’en est pris à cette minuscule star des patinoires, connue dans le pays tout entier pour son talent sur la glace ? Il y avait trop d’admirateurs autour de la fillette. Il y a eu trop d’aveux, trop d’indices, trop de sources anonymes, trop d’incertitude. Neuf ans après le drame, Skyler écrit sur la mort de sa sœur, les années qui ont précédé, les jours qui se sont précipités avant la tragédie, l’odieuse couverture médiatique et la vie après tout ça. Alors qu’il n’avait que 9 ans, le garçon a été soupçonné d’avoir tué sa sœur, par jalousie et par rancœur. Il a toujours clamé qu’il n’y était pour rien et le répète dans son texte. « Faites-moi confiance ! Je jure de ne dire que la vérité telle que je l’ai vécue. » (p. 25) Pourtant, tout porte à croire que Skyler n’est pas digne de confiance : drogué, malade, instable, le jeune homme a bien mal abordé le virage de l’adolescence après l’horreur qui a ébranlé sa famille. De souvenirs mêlés en chronologie malmenée, Skyler tente de rassembler des faits qui expliqueraient – peut-être – pourquoi Bliss a été assassinée. Il nous fait entrer dans l’intimité malsaine de la famille Rampike où le père est un géant adoré et craint et où la mère est aussi frustrée qu’angoissée. Betsey est obsédée par la réussite de ses enfants et par la reconnaissance sociale : elle est prête à tout pour être acceptée dans la bonne société de Fair Hills, et Bliss est le tremplin parfait pour cela. « Populaire ! En Amérique, y a-t-il autre chose qui compte ? » (p. 193) Chaque évènement que raconte Skyler fissure un peu plus le portrait de famille qui se racornit jusqu’à devenir un petit bout de charbon malodorant.

Le lecteur sait le drame avant même d’ouvrir le roman puisque la quatrième de couverture l’annonce sans ambages et que l’intrigue est plus ou moins inspirée de faits réels. Le récit de Skyler nous fait tourner autour de l’assassinat, aller à rebours de cette mort atroce et anticiper la suite. « De ce jour, et pour toujours, ils vécurent tous horriblement et eurent beaucoup de tourments. » (p. 373) Dans ce conte de fées qui tourne au cauchemar, il faut être très attentif aux notes de bas de page dans lesquels Skyler se livre et se raconte sans masque, se voyant lui-même comme une note de bas de page dans l’histoire des Rampike. Ces annotations symbolisent la détresse d’un petit garçon qui a vite compris qu’il était le moins aimé des deux enfants de la famille. Alors, c’est certain, Skyler était délaissé et jaloux, mais surtout profondément malheureux. Et il a porté cette peine pendant des années, car comment vivre encore quand l’enfant chérie n’est plus ? À force de ressassements, de ruminations et de pardons, Skyler saura-t-il laisser tout cela derrière lui ? « Ta sœur est morte. Tu es vivant. Et alors, ensuite ? » (p. 646) Une fois encore, Joyce Carol Oates dresse un portait amer de la famille américaine moyenne et de la société des médias. Elle lance quelques coups de griffe bien acérés contre le business des enfants stars et contre le sacrosaint modèle du self-made-man à qui tout réussit. Ce long roman fend le cœur à plusieurs reprises et interroge habilement les relations au sein d’une fratrie. Chanceuse que je suis d’avoir grandie avec des frangins et des frangines à l’écoute, généreux et heureux !

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20 mai 2018

Potins #20

Hannah Arendt est une autrice allemande, naturalisée américaine, née en 1906 et décédée en 1975.

POTIN - Arrêtée en 1933 par la Gestapo, elle a été libérée grâce à la sympathie d'un policier. Elle a sans attendre quitté l'Allemagne.

Lisez : Eichmann à Jérusalem et le reste de son oeuvre aussi brillante que profondément humaine et humaniste.

Potins_Hannah Arendt

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15 mai 2018

Le chien qui aimait les livres

Roza_Chien qui aimait les livresAlbum de Bruno Roza (texte) et Antonin Roza (illustrations).

Cette histoire nous est racontée par Bill, le chien de la maison. « Sur le fait que je suis un chien pas comme les autres, il y a un point que je tiens à préciser. Moi, je me sens normal. » (p. 23) Aujourd’hui encore, il reste à la maison avec Jules, son jeune maître, qui souffre de crises d’angoisse en pensant à l’école. Bon, ça signifie qu’il faut partager le lit de Jules avec Cachou, le chat pas très aimable de la maison. Mais surtout, Bill sait que le petit garçon souffre et qu’il essaie d’exprimer sa peine dans la bande dessinée à laquelle il travaille. Dans son histoire, il est plus fort que le gamin qui le maltraite, et lui et tous ses copains peuvent enfin jouer tranquillement dans la cour de récréation. Et finalement, si c’était grâce à ce groupe, et non tout seul, que Jules parvenait à surmonter son angoisse ?

Roza_Chien qui aimait les livres_1

Gros coup de cœur pour les petits dessins du chien et du chat disséminés dans les pages. Et aussi pour l’humour involontaire du chien qui réagit souvent au premier degré. « Maman était montée sur ses grands chevaux, toujours invisibles pour moi, mais c’est vrai que j’entendais parfaitement la cavalcade. » (p. 65) Voilà un magnifique album qui parle de la brutalité à l’école et de la force de l’amitié. La narration portée par le chien apporte une distanciation naïve sur un sujet grave et permet d’aborder ce dernier avec plus de douceur. C’est une histoire à mettre dans toutes les bibliothèques d’école.

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13 mai 2018

Potins #19

Jean Genet est un auteur français né en 1910 et décédé en 1986.

POTIN - Il a commis son premier vol à 10 ans.

Lisez : Notre-Dame des Fleurs, Le condamné à mort.

Potins_Jean Genet

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11 mai 2018

Alice automatique

Noon_Alice automatiqueRoman de Jeff Noon.

À la poursuite du perroquet de sa tante, Alice tombe dans une horloge et passe de 1860 à 1998. Ce qui se passe ensuite ? Alice cherche les pièces manquantes d’un puzzle. Elle parle avec des animaux et d’autres créatures étranges. « La néomonie, c’est une maladie terrible qui mélange animaux et humains en combinaisons nouvelles. » (p. 39) Elle rencontre sa peur jumelle (oui, peur). Elle cherche à comprendre à quoi servent les points de suspension. Mais surtout, elle doit retrouver son histoire pour retourner dans son époque. « Alice, tu es à la fois une personne réelle et un personnage imaginaire et comment tuer l’imagination ? Peut-être y a -t-il un petit moyen pour que ton histoire se poursuive… même si cela impliquerait d’aller à rebours de toutes les règles de la vie, de la mort et de la narration. » (p. 108)

Jeux de mots, glissements de sens et invention lexicale sont au rendez-vous ! Vous rencontrerez Quentin Tarantula et peut-être portera-t-il un pentalon. Un pentalon ? Ben oui, un pantalon à cinq jambes. Mais ce roman n’est pas seulement absurde et étrange, il est aussi stimulant, drôle et provocateur. En témoignent les incises de l’auteur et les devinettes auxquelles il invite le lecteur à réfléchir avant de poursuivre sa lecture. Parce qu’il est parfois très important de se poser un peu pour cogiter… « Le problème, chez toi, Alice, c’est que tu comprends toujours tes actes une fois qu’il est beaucoup trop tard. » (p. 31)

Hommage évident à l’œuvre de Lewis Carroll, que vous croiserez sous son vrai nom dans ce roman, Alice automatique est un plaisir pour les linguistes amateurs, pour les amoureux du classique original et pour tous ceux qui ont des termites dans la tête. J’avais beaucoup aimé Descendre en marche du même auteur. Avec cette nouvelle lecture, je contresigne mon goût pour la SF psychédélique britannique.

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08 mai 2018

Le pouvoir

Alderman_PouvoirRoman de Naomi Alderman.

Les femmes se découvrent un nouveau pouvoir : un fuseau placé sous leur clavicule envoie de l’électricité. Désormais naturellement armées, elles se défendent des hommes, voire les attaquent et les soumettent. « Cette fille est une sorcière ! C’est comme ça qu’une sorcière tue un homme. » (p. 34) Avec cette foudre au bout des doigts, les femmes peuvent détruire, mais aussi protéger et guérir. Elles se constituent en groupes et peu à peu en gouvernement et même en religion. « C’est la Mère et non le Fils qui est l’émissaire des Cieux. Nous devons appeler Dieu « Notre Mère ». Dieu Notre Mère est descendue sur Terre incarnée dans le corps de Marie, qui a renoncé à Son enfant afin de nous libérer du péché. Dieu a toujours dit qu’Elle reviendrait sur Terre. Et Elle est aujourd’hui revenue pour nous enseigner Ses voies. » (p. 108) Évidemment, les hommes refusent ce renversement des forces : ils crient au complot, à la fake news, au terrorisme. Devant ce recul de leur suprématie, ils ripostent, se vengent et font escalader la violence. « Elles nous haïssent tous. Elles veulent notre mort. » (p. 55)

Le parallèle entre ce roman et Sleeping Beauties est inévitable : le pouvoir aux femmes, et gare aux hommes ! Ce roman m’a beaucoup rappelé les épisodes de Buffy contre les vampires, quand toutes les femmes deviennent des potentielles (comprendre des potentielles tueuses de vampires). « Les adolescentes peuvent réveiller ce truc chez les femmes plus âgées. Et elles peuvent se le transmettre. » (p. 88) Avec pertinence, cette fiction souligne le pouvoir de l’image et de la diffusion, mais aussi les dérives de la mémoire et comment l’on manipule l’Histoire.

À la fin de son roman, l’autrice remercie Margaret Atwood pour son soutien, et la filiation entre les deux femmes est évidente. Le pouvoir, c’est un peu un préquel de La servante écarlate avec un renversement des chromosomes X et Y. « Ces filles ne se distinguaient en rien des autres, elles n’étaient ni plus populaires, ni plus drôles, ni plus jolies, ni même plus intelligentes. Si quelque chose les avait réunies, c’est qu’elles étaient celles qui avaient le plus souffert. » (p. 108) Naomi Alderman invente une nouvelle Genèse après un Cataclysme et des millénaires de domination aveugle et brutale. Mais (et c’est un mais tonitruant), je trouve dommage que ce roman soit aussi pessimiste, voire déprimant. Les femmes au pouvoir ne changent rien et elles font aux hommes ce qu’elles ne voulaient pas qu’ils leur fassent. « Le pouvoir de faire mal, c’est la seule chose qui vaille. » (p. 69) Ma déception tient sans doute à mon irrépressible optimisme et à mon espoir de voir émerger un monde sans opposition de genre.

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06 mai 2018

Potins #18

Ann Radcliffe est une autrice britannique née en 1764 et décédée en 1823.

POTIN - Elle apparait dans une nouvelle d'Edgar Allan Poe, intitulé Le portrait ovale.

Lisez : Les mystères d'Udolphe.

Potins_Ann radcliffe

 

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04 mai 2018

Sucre noir

Bonnefoy_Sucre noirRoman de Miguel Bonnefoy.

Dans ce roman, vous trouverez :

  • Une frégate échouée au sommet d’une forêt,
  • Le trésor perdu du capitaine Henry Morgan,
  • Des champs de canne à sucre
  • Une jeune fille rêveuse,
  • Un chercheur d’or,
  • Un couple infertile,
  • Une distillerie de rhum,
  • Une enfant née du feu,
  • Une maisonnette fermée à clé et interdite,
  • La passion, la fièvre, l’embrasement.

Voilà, débrouillez-vous avec ces éléments, je n’en dis pas davantage sur cette aventure époustouflante. Les vies y défilent en un paragraphe, au gré d’un style riche et profond, bringuebalées par une ironie dramatique hautement cruelle. Les destins sont obscurs, fulgurants et amers. Impossible de ne pas penser à l’immense Cent ans de solitude de Gabriel Garcia Marquez. Cette filiation dans le réalisme magique est évidente, mais Miguel Bonnefoy ne se laisse pas écraser par le maître du genre. Il crée un univers extraordinaire et archaïque où la modernité pénètre difficilement, où les statues émergent du sol, où l’or se mêle à la végétation et où la mélasse ne colle pas seulement aux doigts, mais aussi aux existences.

Si ces trois extraits ne vous convainquent pas de lire ce roman, c’est à désespérer !

« Maria Dolores annonce qu’elle a noyé son cœur dans un tonneau de rhum. Récompense à qui viendra le boire. » (p. 23)

« La canne à sucre, c’est comme l’espoir. […] Il faut la brûler pour qu’elle repousse avec plus de force. » (p. 51)

« Si les étoiles étaient en or, je creuserais le ciel. » (p. 69)

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