Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

18 avril 2018

Les rêveurs

Carre_ReveursTexte d’Isabelle Carré.

La narratrice/autrice raconte sa mère et son indignité de fille-mère dans les années 60 et dans une famille aristocrate très à cheval sur les apparences. Elle raconte son père, issu d’un milieu modeste et étudiant aux Beaux-Arts qui est tombé sous le charme de cette femme fragile et perdue. « Il l’a prise en main, les a portés, elle et son enfant. Je sais combien cet homme a changé le cours des choses, a transformé sa vie, ses connaissances, puis modifié ses désirs et ses habitudes, de quelle façon il a bouleversé son regard sur le monde, sa façon d’être au monde. » (p. 22) Elle raconte son enfance dans la maison rouge, les ambiances différentes entre les maisons des grands-parents maternels et paternels, les jeux et les gamineries si délicieuses. « Notre univers avait la texture d’un rêve, oui, une enfance rêvée, plutôt qu’une enfance de rêve. » (p. 47) Car derrière la portrait idéal d’une tribu joyeuse et un peu bohème, il y a des fêlures, des secrets, des mensonges, comme dans toutes les familles en définitive. Dans la famille Carré, il y a du refoulement, des appétences pour le suicide et de l’autodestruction. « Je me suis demandé si ça valait la peine. C’est long, interminable. Est-ce qu’on va continuer comme ça longtemps ? C’est si vide. Tellement vide que j’ai eu envie de sortir de là. » (p. 91) La suite ? Elle reste à vivre.

C’est tout le talent d’Isabelle Carré, actrice lumineuse dans chacune de ses incarnations, de me faire apprécier sa douce autofiction, moi qui abomine ce genre. On ressent toute la bienveillance tendre et l’indulgence un peu agacée qu’elle a envers les errances de ses parents, mais aussi envers ses propres démons. « Pourquoi désire-t-on par-dessus tout l’inaccessible ? » (p. 162) Elle parle de sa famille pour parler d’elle, en une façon pudique de se présenter sans prendre toute la lumière. Au terme de son récit familial, elle interroge le besoin d’écrire et la pulsion de se raconter dans la fiction. Les rêveurs est un texte délicat sans être niais, brutal sans être agressif, lucide sans être accusateur. C’est la mise en mots d’une prise de conscience lente, sans doute douloureuse, mais salvatrice puisque créatrice de beauté.

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16 avril 2018

Sleeping Beauties

King_Sleeping_BeautiesRoman de Stephen et Owen King.

Partout dans le monde, les femmes s’endorment et ne se réveillent plus. Elles ne meurent pas, mais sont entourées d’un cocon, comme des chrysalides, dont il est bien dangereux de vouloir les délivrer. Les médias appellent cette terrifiante épidémie de sommeil Aurora. Seule Evie s’endort et se réveille à sa guise. Cette jeune femme sortie de nulle part parle en outre aux animaux et semble venir de plus loin que le temps. Où vont les femmes qui s’endorment ? Que va-t-il advenir des hommes, du monde ? Il semble en tout cas que tout converge vers la prison de Dooling, dans les Appalaches.

Je n’en dis pas plus et je ne donne aucun nom de personnage, hormis celui d’Evie. Sachez que vous croiserez aussi un renard, un tigre blanc, un paon majestueux et un serpent rouge. Vous aurez bien le temps de faire connaissance avec tout le monde pendant les 720 pages de roman écrit à quatre mains. On sent surtout la patte de Stephen King, surtout quand comme moi – et comme de nombreux autres fans –, on a quasiment lu toute la production du bonhomme. Il est bien difficile de savoir quelles sont les contributions respectives de papa et de fiston King. Cependant, il y a des maladresses qui sont tristement dignes d'un premier roman : à se demander si le môme n'a pas écrit la majorité du bouquin en pastichant le style de son paternel et si le daron n'est pas juste passé derrière en signant de son prénom pour assurer une bonne reconaissance au bouquin. Mais on s’en fout un peu, finalement : on tient entre les mains un assez bon bouquin, même s’il compte quelque 200 pages en trop. Mais il est comme ça le King, il ne sait pas faire court quand il n’écrit pas de nouvelles. Et il ne sait pas non plus résister à l’envie de supplicier des animaux : lapins, chat et chien, on a un beau panel de bestioles en souffrance ici !

Ce roman féministe – n’ayons pas peur des mots – m’a beaucoup rappelé d’autres textes du King, notamment Jessie, Dolores Claiborne et Rose Madder, où des femmes se battent pour leur survie face aux hommes ou au pouvoir masculin. Dans Sleeping Beauties, King père et fils opposent les principes féminins et masculins, mais sans en rendre un tout blanc et l’autre tout noir. Il y a des pommes pourries et des pommes d’or dans les deux paniers. La conclusion du roman est pleine d’espoir, mais aussi de fêlures. Rome ne s’est pas faite en un jour et il faut de la patience pour extirper certaines mauvaises habitudes. Mais mais mais... parce qu'il y a des mais. Déjà, comme je l'ai dit : des maladresses et des longueurs. Et surtout un propos qui appuie trop lourdement sur la culpabilité des hommes et qui verse un peu dans l'angélisme. Oui, les King, on a compris : on sait que vous avez conscience du problème et que vous êtes du côté des femmes. Dommage que votre roman surfe sur vague Weinstein au lieu de s'y attaquer de front.

Je vous laisse avec plusieurs extraits de ce roman doucement horrifique. Pensez-y si vous êtes une femme : accepteriez-vous de vous endormir si ça signifie que vous serez séparées de tous les hommes de votre vie ? Et pensez-y vous êtes un homme : que vous inspirent ces femmes endormies toutes prêtes à vous déchirer en morceaux si vous essayez de les réveiller ?

« Parmi les détenues du centre pénitentiaire de Dooling, les histoires de gagnantes étaient rares, pour ne pas dire plus. Par contre, il y avait un tas d’histoires de sales types. » (p. 13)

« Messieurs, qu’en sera-t-il de la race humaine dans cinquante ans, si les femmes ne se réveillent pas ? Et dans cent ans ? » (p. 351)

« J’ignore quelles expériences vous avez eues avec les hommes. Tragiques, j’imagine. Mais quoi que vous pensiez, sachez que la plupart des hommes ne veulent pas tuer des femmes. / Nous verrons bien, n’est-ce pas ? » (p. 371)

« Un monde recrée par des femmes avait une chance d’être plus sûr et plus juste. Et pourtant… » (p. 504)

« Ne redis jamais ça. / Quoi donc ? / Gonzesse, pour dire faible. Ta mère aurait dû t’apprendre qu’on ne fait pas ça. » (p. 629)

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15 avril 2018

Potins #15

Romain Gary est un auteur français né en 1914 et décédé en 1980.

POTIN - Apprenant la liaison de son épouse, Jean Seberg, avec Clint Eastwood, il a provoqué l'acteur dans un duel au revolver.

J'ai beaucoup lu de cet auteur, mais je n'aime pas grand-chose (mais c'est une autre histoire...). Je vous recommande cependant Chien blanc qui me fait pleurer à chaque relecture.

Potins_Romain Gary

 

 

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13 avril 2018

La trilogie du dernier homme

Trilogie de Margaret Atwood.

Cliquez sur les couvertures pour retrouver ma critique de chaque tome.

Atwood_Dernier homme  Atwood_Temps du deluge  Atwood_Maddaddam

J'ai un peu peiné au démarrage, mais je suis ravie d'avoir lu cette trilogie postapocalyptique qui explore de nombreux thèmes bibliques (entre autres, évidemment !). Margaret Atwood invente une nouvelle Genèse, imagine de nouvelles Sodome et Gomorrhe et déclenche un nouveau déluge. Pas de doute, la face du monde en est bouleversée ! Il me tarde de voir l'adaptation série annoncée pour très bientôt et de retrouver les personnages emblématiques de cette trilogie.

Avec cette lecture, je signe une nouvelle participation au Défi des 1000 de Fattore.

376  + 465 + 426 = 1267 pages.

Défi des 1000

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10 avril 2018

Madame Pylinska et le secret de Chopin

Schmitt_Madame Pylinska et le secret de ChopinTexte d’Éric-Emmanuel Schmitt.

Depuis l’enfance, l’auteur est fasciné par la musique de Chopin et désespéré de la jouer si mal. Jeune étudiant à l’École normale, il décide de reprendre son apprentissage. « Je cherchais un professeur qui m’aiderait à résoudre le cas Chopin. Il m’obsédait. Sa lumière me manquait, sa paix, sa tendresse. La trace qu’il m’avait laissée, un après-midi printanier à l’occasion de mes neuf ans, oscillait entre l’empreinte et la blessure. Quoique jeune, j’en éprouvais de la nostalgie ; je devais lui soutirer son secret. » (p. 14 & 15) Ce professeur, c’est l’exigeante, excentrique, intransigeante et peu commode Madame Pylinsja. Effarée par ce géant qui voudrait s’attaquer à la délicatesse de Chopin, elle commence par l’éloigner du clavier et le soumet à des exercices originaux, pour ne pas dire extravagants. L’on apprend ainsi des techniques orgasmiques (lisez, vous comprendrez !) pour assouplir un jeu trop mécanique. Car pour percer le secret de Chopin, il ne faut pas pratiquer avec acharnement, mais savoir écouter la voix qui vient de soi ou l’histoire triste d’un proche qui a vécu un amour secret toute sa vie.

J’ai longtemps lu Éric-Emmanuel Scmitt du bout des yeux, trouvant sa prose jolie, mais inconsistante. J’ai récemment particulièrement apprécié La nuit de feu où il raconte une expérience spirituelle au désert. Avec cette nouvelle tranche de vie, il m’est encore plus sympathique, mais je retrouve des travers de certains de ses romans. L’histoire est charmante, les anecdotes aussi, néanmoins il m’en reste bien peu à la fin de la lecture. Enfin – et ce n’est pas de la faute de l’auteur –, je n’aime pas Chopin, je n’aime pas George Sand : le premier a produit une œuvre trop frêle à mon goût, la seconde a un style indigeste et pataud qui me reste sur l’estomac. Madame Pylinska et le secret de Chopin est surtout à prendre pour la leçon d’amour qu’il égrène au fil des pages.

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08 avril 2018

Potins #14

Beatrix Potter est une autrice anglaise née en 1866 et décédée en 1943.

POTIN - Elle n'a pas été élevée en pension comme les enfants de son milieu, mais éduquée à la maison.

Lisez : Jeannot Lapin, La famille Flopsaut, Pierre Lapin, Mademoiselle Mitoufle, The Story of a Fierce Bad Rabbit, The Tailor of Gloucester et toutes ses autres histoires.

Et pour compléter, lisez Miss Charity de Marie-Aude Murail.

Potins_Beatrix Potter

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06 avril 2018

Couleurs de l'incendie

Lemaitre_Couleurs de lincendieRoman de Pierre Lemaitre.

Marcel Péricourt, fondateur de la banque Péricourt, rend l’âme. Le Tout-Paris se presse aux obsèques de ce grand homme. Mais les funérailles sont bouleversées par un drame : Paul, le petit-fils du banquier, se jette sur le catafalque de son aïeul depuis un étage de la maison familiale. Désormais, rien ne va plus. « En quelques heures, une famille riche et respectée venait de connaître la mort de son patriarche et la chute prématurée de son unique descendant mâle. Des esprits défaitistes auraient pu y voir l’expression d’une prophétie. » (p. 33) Que reste-t-il alors ?

  • Madeleine, la fille de Marcel et l’ex-femme d’Henri d’Aulnay-Pradelle, ne se consacre qu’à son fils et ne jette qu’un œil distrait sur les affaires familiales.
  • Gustave Joubert, l’ancien fondé de pouvoir du feu banquier, se verrait bien devenir à son tour un homme riche et reconnu, lassé d’être sans cesse un subalterne, bien terne d’ailleurs.
  • André Delcourt, le professeur particulier de Paul, a de hautes aspirations et se rêve en journaliste. Il veut surtout prendre sa revanche sur tous ceux à qui il doit quelque chose.
  • Léonce, la dame de compagnie de Madeleine, dissimule sous son beau visage une âme rouée et des secrets.
  • Charles Péricourt, le frère de Marcel, toujours pris dans des affaires financières douteuses, mais paradant sur la scène publique en sa qualité de député, est décidé à devenir enfin l’homme fort de la famille Péricourt.

Ajoutez à cela la crise financière venue des États-Unis, la montée du nazisme en Allemagne et la farouche volonté d’une femme blessée de se venger de ses ennemis et vous obtenez un roman choral d’une grande puissance. Impossible à lâcher tant le rythme est entraînant et bien maîtrisé ! Vous aussi, laissez-vous éblouir par les Couleurs de l’incendie ! Comme dans Au revoir là-haut, on retrouve des faux-semblants, des accommodements avec la justice, des usurpations d’identité, des méthodes plus ou moins honnêtes d’arriver à ses fins, de l’amour, de l’espoir et des projets fous.

J’ai enfin mis le doigt sur ce qui me plaît dans le style de Pierre Lemaitre, déjà ressenti avec Au revoir là-haut (notez que je n’ai rien lu d’autre de cet auteur…) : c’est cette dimension zolienne ou balzacienne dans la façon de croquer les êtres et d’en donner un portrait aussi vivant qu’immédiatement compréhensible, mais avec une plume moderne, pleine d’humour et de finesse. L’auteur a également un talent pour camper des personnages secondaires très forts, comme Vladi l’infirmière polonaise ou Solange Gallinato la cantatrice. Enfin, il dépeint à merveille la violence contenue dans le vaudeville amer de la bourgeoisie.

Il est donc bien tant que je regarde d’un peu plus près le reste de la bibliographie de cet auteur !

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03 avril 2018

Le lieu essentiel

Claudel_Lieu essentielEntretiens avec Fabrice Lardreau.

Puisqu’il est vain de vouloir résumer des entretiens, voici ce qu’annonce la quatrième de couverture :

« Ce qui me plaît dans la montagne comme dans l'écriture, c'est de me trouver confronté à quelque chose qui me dépasse, de façon humaine, et d'essayer d'y trouver ma voie, que ce soit sur une paroi ou dans un roman. » Passionné d'escalade et d'alpinisme, amoureux de littérature alpine, admirateur des pionniers des sommets, Philippe Claudel nourrit depuis l'enfance une passion viscérale pour le milieu d'altitude. Espace physique, mais aussi livresque, la montagne entretient de nombreuses analogies avec l'écriture : l'alpiniste et l'écrivain, des conquérants de l'inutile ? Tous deux se rejoignent dans ce lieu essentiel, empreint de passion et d'humilité. »

J’ai tendance à me ruer sur tous les nouveaux textes de Philippe Claudel. Mais devant cette œuvre, il faut un peu de retenue. On n’aborde pas un versant escarpé en sandales. Et on n’aborde pas ces entretiens au pas de course. On voudrait se presser que l’on serait retenu, happé par l’exaltation ressentie par Philippe Claudel. On est aussi frappé par l’humilité dont il fait preuve devant les cimes et leurs figures héroïques.

C’est avec admiration qu’il parle des auteurs des hauteurs, ceux qui ont mis leurs pas et leur plume dans des traces de neige fraiche et sur des sentiers pierreux. « Aller au refuge, y dormir, et aller en montagne plus généralement, c’est tenter de retrouver une forme de simplicité essentielle. Redéfinir ce que nous sommes, quels sont nos besoins vitaux. […] J’ai toujours essayé de retrouver dans les refuges où j’ai dormi l’image archétypale du refuge littéraire découverte dans tant de livres. » (p. 46 &47) Et c’est avec joie et fierté qu’il fait découvrir la montagne à des proches. C’est un cadeau double : offrir et partager ces paysages vertigineux.

Évidemment, impossible de ne pas trouver de similitudes entre l’écriture et l’alpinisme. « J’ai toujours établi un parallèle entre le fait de grimper et celui d’écrire. Ce qui me plaît dans la montagne comme dans l’écriture, c’est de me trouver confronté à quelque chose qui me dépasse, de façon humaine, et d’essayer d’y trouver ma voie, que ce soit sur une paroi ou dans un roman. » (p. 67) Ce faisant, pour moi qui ne pratique pas les hauteurs, Philippe Claudel est un guide dans les chemins qu’il trace dans la littérature contemporaine. Ce sont des voies exigeantes où l’émotion donne le vertige. Souvent, grisée par la beauté des mots de cet auteur, je voudrais ne jamais en revenir. Douce hypoxie littéraire…

Ces entretiens se savourent comme des confidences tant l’on sent que Philippe Claudel se livre et se dévoile quand il parle de la montagne. Le lieu essentiel, c’est celui où l’on ne se dissimule pas, ni aux autres ni à soi-même. « Je me trouve au diapason de moi-même. Elle me donne le la. » (p. 76) L’ouvrage s’achève sur quelques textes choisis où la montagne est plus qu’un élément du décor : elle en est la justification.

Fabrice Lardreau est l’auteur des excellents Nord absolu et Un certain Petrovitch. Quant à Philippe Claudel, je crois que j’en ai déjà un peu parlé sur ce blog…

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01 avril 2018

Potins #13

Henri Troyat est un auteur français d'origine russe né en 1911 et décédé en 2007.

POTIN - Il a obtenu une licence en droit au terme de ses études.

Lisez : L'araigne, Faux jour, Le fils du satrape ou Le geste d'Eve.

Potins_Henri Troyat

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30 mars 2018

Comme convenu

Laurel_Comme convenuBande dessinée de Laurel.

La quatrième de couverture de cet ouvrage autoédité est « L’histoire en BD d’une start-up de jeux vidéo en Californie ». Ça envoie du rêve, non ? BD, Start-up, jeux vidéo et Californie dans une même phrase, c’est forcément l’éclate ! Sur le papier (Hihi, jeux de mots, t’as vu !), oui. Dans les faits, un peu moins. Beaucoup de promesses, encore plus de galères !

Après avoir créé un jeu vidéo pour smartphone, Laurel et son mari Adrien décident de tenter la grande aventure de l’entreprise. Prenant leur fille Cerise et le chat Brume (Une bestiole bien trop kawaï !!!) sous le bras, ils décident de s’installer en Californie, là où bat le cœur de l’univers vidéoludique. Le hic, c’est que leur société, fondée avec deux autres personnes, ne les aide absolument pas à financer le déménagement. Et ça coûte un bras de s’expatrier. Mais Laurel et Adrien sont confiants : ils seront rapidement remboursés et rentreront dans leurs frais dès que le jeu qu’ils développent sera sorti sur le marché et aura fait un carton.

En matière de carton, c’est plutôt carton rouge contre leurs associés qui ne sont pas très nets. Joffrey est un ex enfant-roi qui le revendique et qui brandit ça comme une excuse imparable. Désigné CEO de l’entreprise, il est tyrannique et exigeant au-delà du raisonnable. Quant à Luc, le deuxième fondateur, il est à la botte du premier et ne se positionne jamais dans les débats tendus. Pour Laurel et son mari, difficile d’avoir le dernier mot alors qu’ils assurent toute la création du jeu vidéo. « On fait tous des efforts. On veut que ça marche. On est toujours d’accord avec eux, mais c’est pas forcément nous qui avons raison. »

Carton rouge contre la colocation aussi ! Pour économiser sur certains frais, Joffrey a décidé que Laurel, Adrien et Cerise vivraient dans la même maison que deux stagiaires de l’entreprise. Forcément, la cohabitation forcée et ininterrompue avec des collègues de boulot, ça n’est pas de tout repos et pas idéal pour la vie de famille !

Carton rouge pour le compte en banque : ni payés ni remboursés, Laurel et Adrien tirent le diable par la queue pendant des mois. « Joffrey profite de nous et du fait qu’on adore notre boulot. » Parce que voilà le hic, ce couple adorable est justement trop adorable : trop gentil, trop confiant, trop patient. La prise de conscience est lente et douloureuse, mais inévitable. « On a fini par comprendre que nous forcer à avancer les frais leur permettait ensuite de nous mettre la pression pour obtenir les remboursements. La menace n’était jamais directe. »

Laurel et sa famille sont donc coincées dans une situation impossible : impossible de rentrer en France, impossible de quitter l’entreprise, impossible de supporter la situation plus longtemps. Dans cette BD autobiographique, on oscille entre témoignage et crise de nerfs. C’est simple : le joli rêve américain est devenu un cauchemar. J’ai hâte (Désolée Laurel, ce n’est pas du sadisme ou du voyeurisme, promis !) de savoir ce qui va advenir de cette famille française !

Mention spéciale au running-gag avec l’écureuil et à Brume (Un chat qui parle, c’est normal : le mien aussi parle.) qui est un ressort humoristique très réussi et un formidable contre-pied à la sinistrose qui pourrait dégouliner sur chaque planche.

Et un grand bravo à Laurel d’avoir eu le courage de raconter son histoire et pour sa ténacité !

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