Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

16 janvier 2017

T'es plus mon amoureux ?

Gratias&Serprix_Tes plus mon amoureuxAlbum de Claire Gratias et Sylvie Seprix.

Horatio est un vrai de bibliothèque. S’il le pouvait, il passerait sa vie au milieu des livres. En plus, il en a gagné mille en participant à un jeu télévisé. Mais depuis peu, quelque chose ne tourne pas rond et il n’a plus le goût de lire. Ses parents s’inquiètent : est-il malade ? Non, il est simplement amoureux de Cassandra, la nouvelle. Et par bonheur, ils se découvrent un amour commun pour les livres. Mais déjà se profile la première dispute : Horatio devra choisir entre son livre préféré et son amoureuse. « Si je garde le livre, je serai triste d’avoir perdu Cassandra. Et si je fais plaisir à Cassandra, je serai triste d’avoir perdu mon livre. »

L’histoire est charmante, mais je retiens surtout la qualité des illustrations. Le texte et l’écriture sont une composante du décor et des détails calligraphiés apparaissent un peu partout.

Gratias&Serprix_Tes plus mon amoureux_1

Posté par Lili Galipette à 08:00 - Mon Alexandrie - Lignes d'affrontement [5] - Permalien [#]

15 janvier 2017

Billevesée #264

Aujourd'hui, je vais claquer les fenêtres avec un grand vent d'évidence ! Oui, aujourd'hui, j'enfonce les portes ouvertes.

Les éoliennes sont ainsi nommées d'après Éole, divinité du vent chez les Grecs.

Oui, je sais, c'est évident. Mais ça ne m'est clairement apparu que très récemment...

Alors, billevesée ?

Billevesee_Eole

Posté par Lili Galipette à 08:00 - Mon Boudoir - Lignes d'affrontement [5] - Permalien [#]
Tags :

13 janvier 2017

De cape et de crocs - Acte XII : Si ce n'est toi...

Ayroles&Masbou_Si ce nest toiBande dessinée d’Alain Ayroles et de Jean-Luc Masbou.

Dans le tome précédent, nous avions laissé notre cher Eusèbe au fond d’un sac, face à un ennemi qu’il connaît bien. Son frère jumeau, Fulgence. Le lapin rejeté par la famille est devenu le roi de la Cour des miracles et il voudrait que son frère arrête de faire le rôtisseur pour se joindre à lui dans la rapine et le crime. « Cette fois, mon frère va trop loin : Je vais de ce pas lui tirer les oreilles ! » (p. 32) Eusèbe ne l’entend pas de cette (longue et douce et blanche et mignonne) oreille. Notre petit lagomorphe pratique le bien avant tout et pas question de se salir les pattes et l’âme dans des tâches assassines. Fagotin, le singe spadassin, a moins de scrupules puisqu’il envoie ad patres le pauvre M. de Lisière, poète oublié, et qu’il se prépare à régler son compte au grand veneur qui aimerait devenir calife à la place du Cardinal qui agonise en son palais.

Les retrouvailles entre frangins ne se sont pas passées le mieux du monde, mais Eusèbe et Fulgence renouent peu à peu des liens et se retrouvent finalement à œuvrer du même côté : différentes méthodes, but commun (peau de lapin). « Ça alors ! Mais… Fulgence ! ... Cela voudrait-il dire qu’à ta façon, tu combats un peu l’injustice ? »  (p. 24) L’on comprend alors que Fulgence n’est pas un simple brigand à la tête d’une horde de voleurs et de faux mendiants, mais un écorché vif qui crie vengeance au nom des pauvres et des opprimés. Sûrement à cause de son passé et de sa triste histoire familiale. « Où étais-tu quand je fus chassé du terrier sous les torgnoles paternelles, sans que nul ne bougeât une oreille en ma faveur ? Où étais-tu ? / Chez Mamie. » (p. 35) Viens là, Fulgence, je vais te faire un gros câlin, moi ! Et l’on comprend enfin comment Eusèbe le choupinou s’est retrouvé aux galères… pour un crime commis par son frère ! Eh oui, comme l’a si bien dit M. de La Fontaine, si ce n’est toi… Ça n’a pas que des avantages de se ressembler comme deux gouttes d’eau.

Eusèbe fait souvent montre d’une candeur un peu niaise, mais il est si adorable et si innocent qu’on lui pardonne tout. Cet album, comme le précédent consacré au petit compagnon des héros de la série De cape et de crocs, regorge de jeux de mots et de traits d’humour à base de lapin. Vous pouvez tous les imaginer, ils sont présents dans les planches de ce volume qui clôt le diptyque consacré au doux et courageux Eusèbe. La dernière image reboucle avec élégance et intelligence sur l’aventure qui permet au mignon lapin de rencontrer ses camarades loup et renard. Et je vais de ce pas relire tous les albums !

Challenge Totem

Posté par Lili Galipette à 08:00 - Mon Alexandrie - Lignes d'affrontement [9] - Permalien [#]
Tags :

11 janvier 2017

Martin Eden

London_Martin EdenRoman de Jack London.

Quand Martin Eden rencontre Ruth Morse, il en tombe immédiatement et follement amoureux. La jeune femme ne se ressemble à aucune des filles qu’il a côtoyées dans sa vie de marin. Ruth est riche, instruite, délicate et semble inaccessible. « Vivre pour une femme pareille ! … pour la gagner, la conquérir – et… mourir pour elle. Les livres avaient raison : de telles femmes existaient – elle en était une. » (p. 13) Pour cette femme-esprit qu’il vénère, Martin décide de s’élever, de sortir de son milieu pauvre, sordide et populaire et de s’éduquer. Il emprunte des livres, déchiffre seul des pans entiers de savoir et s’aventure dans la connaissance en autodidacte curieux et impatient, uniquement éclairé par le fanal de son amour et sa volonté de devenir un homme à la hauteur de sa bien-aimée. « Des exploits héroïques ne suffiraient pas à la conquérir ; il lui fallait s’éduquer en tout, s’habituer même au port du col empesé, bien que cette seule évocation lui parût une véritable atteinte à son indépendance. » (p. 38) Pour Ruth, il cesse de boire et de fumer et au lieu de partir en mer pendant de longs mois pour gagner sa vie, il décide de se faire écrivain. Follement prolifique, il envoie des dizaines de manuscrits aux revues, aux journaux et aux éditeurs, certain de son talent quand il considère la mauvaise prose publiée dans la presse. Martin Eden en est persuadé : c’est par la littérature qu’il parviendra à la richesse et à la célébrité qui lui permettront de demander la main de Ruth.

D’abord amusée et légèrement rebutée par ce jeune homme si vigoureux et si entier, Ruth ne peut se défendre de l’attirance qui grandit en elle. « À certains moments, il les choquait par la crudité, le réalisme de sa parole, mais toujours la brutalité s’accompagnait de beauté, et, souvent, le tragique se tempérait d’humour quand il racontait les étranges saillies les boutades des matelots. » (p. 23 & 24) La jeune femme est certaine de pouvoir transformer Martin et d’en faire un homme fréquentable à tous points de vue. Mais outre sa farouche indépendance de corps, l’ancien marin fait montre d’une inébranlable indépendance d’esprit. S’il a su polir son comportement pour s’adapter à la bonne société, son honnêteté le prévient contre tout mensonge et faux-semblant intellectuel. Ainsi, après avoir été un homme de force, rude et grossier, il reste un penseur brutal, bien qu’avisé, prompt à défendre ses maîtres à penser contre les petits intellectuels de salon. Face aux refus de publication qui s’amoncellent, Martin désespère. « Toutes les portes de la littérature sont gardées par ces cerbères : les ratés de la littérature. » (p. 247) Mais il refuse de vendre sa puissance créatrice pour devenir un vulgaire journaliste ou un apprenti notaire. Martin Eden veut créer de la beauté et se moque bien de se faire une situation, au grand dam de Ruth qui envisage difficilement une existence de bohème après le confort dont elle a toujours joui.

Martin Eden est un personnage magnifique, un chevalier qui s’est trompé d’époque. « Il savait nettement ce qu’il lui fallait : la beauté, la culture intellectuelle et l’amour. » (p. 66) Pour sa belle, il ne pourfend pas des dragons ou des sauvages, mais l’ignorance et la laideur. Il ne veut plus se contenter d’admirer la beauté : il veut la comprendre et déchiffrer les mécanismes qui permettent de la créer, afin d’en abreuver sa dulcinée. « Au-dessus de son désir impérieux de créer de la beauté, il y avait son désir de la conquérir, de haute lutte. » (p. 97)Sans cesse tenaillé par le manque d’argent et la faim, il vit d’expédients, s’abîmant dans des besognes harassantes. Le profond respect de Martin envers les livres est touchant : le savoir est là, aligné dans les rayonnages des bibliothèques. Il ne tient qu’à l’homme de s’en saisir et de le faire sien. Mais s’il manquait de connaissances fondamentales, Martin Eden était déjà fort d’une expérience qui détonne dans le salon des Morse où l’on accueille ses récits de voyage et de matelot avec un plaisir teinté de gêne. « Ils avaient appris la vie dans les livres, lui l’avait vécu. » (p. 30) Et bien qu’il tente sans cesse de se débarrasser de ses anciennes habitudes, il lui reste une patine qu’aucune éducation ne parviendra jamais à effacer, celle de l’innocente bonté et de la camaraderie innée, deux choses qui se conçoivent bien mal dans le monde de Ruth où tout est régi par des conventions. « Aussi étroite et conventionnelle que Martin était large et généreux, il lui était impossible de s’élever au-dessus des contingences. » (p. 287) Le grand drame de Martin Eden, c’est qu’en voulant s’élever pour rejoindre sa belle, il a perdu sa place dans son milieu d’origine, mais sans être accepté dans celui où vit celle qu’il convoite, ou en tout cas trop tard pour que cela soit une victoire. « Personne ne croit en moi, […], personne… que moi. » (p. 257) Lassé des refus répétés des éditeurs et du manque de confiance de ceux qu’il aime dans son talent d’écrivain, seul et abandonné, Martin Eden est finalement un chevalier sans quête et sans dulcinée. « Son imagination d’amoureux l’avait trop idéalisée pour qu’il pût rêver de s’approcher autrement que par l’esprit. C’est son amour même qui l’éloignait de lui et la lui rendait insaisissable. C’était l’amour lui-même qui lui refusait la seule chose qu’il désirât. » (p. 97) L’issue, vous vous en doutez, ne peut être que tragique.

Martin Eden est une œuvre puissante et bouleversante que je ne regrette pas d’avoir lue si tardivement. Plus jeune, je pense que je n’en aurais pas saisi l’immense beauté et la profonde tristesse. Ce n’est pas simplement l’histoire d’un homme qui perd tout par amour, c’est un voyage initiatique cruel et sans retour. Jack London m’avait déjà beaucoup émue avec Croc-Blanc et L’appel de la forêt, avec ses récits poignants sur la nature sauvage. Il n’est pas moins doué quand il dépeint la nature humaine qui, sans surprise, se révèle parfois plus cruelle que les étendues glacées désertiques du Grand Nord.

Posté par Lili Galipette à 08:00 - Mon Alexandrie - Lignes d'affrontement [11] - Permalien [#]

09 janvier 2017

Princesse Pivoine

Lee_Princesse PivoineConte japonais illustré par Ein Lee, d’après le texte de Richard Gordon Smith.

La jeune princesse Aya est fiancée par son père au fils d’un seigneur voisin. Un soir, dans le jardin fermé du palais très protégé, elle croise un jeune et beau samouraï qui disparaît en un instant. « C’est l’âme des pivoines qui a pris la forme d’un prince. » Le jeune homme fait des apparitions fulgurantes dans le palais et personne ne peut l’arrêter. Désormais, la princesse ne pense plus qu’à lui et dépérit.

Lee_Princesse Pivoine_1

Voilà un magnifique conte sur les amours tragiques d’une jeune humaine et d’un esprit. Les illustrations sont superbes, très délicates, avec des couleurs lumineuses, des textures profondes et des lumières éclatantes. J’ai beaucoup apprécié, à la fin de l’album, les coulisses du livre avec les esquisses, les croquis et les travaux préparatoires.

Posté par Lili Galipette à 08:00 - Mon Alexandrie - Lignes d'affrontement [2] - Permalien [#]

08 janvier 2017

Billevesée #263

Et si on faisait des galipettes glissades dans la neige ou ailleurs ?

C'est parti pour un tour sur le toboggan.

Ce mot anglais vient du français acadien "tabaganne", lui même issu de termes algonquiens (je vous épargne les mots originaux) désignant des traîneaux ou des grandes luges glissant sur une piste. La métonymie passe par là et le terme désigne enfin la piste elle-même.

Alors, billevesée ?

Billevesee_Toboggan

Posté par Lili Galipette à 08:00 - Mon Boudoir - Lignes d'affrontement [5] - Permalien [#]
Tags :

06 janvier 2017

Pourquoi les ours ne portent-ils pas de slip ?

The Oatmeal_Pourquoi les ours ne portent-ils pas de slipsAlbum de Matthew Inman.

Matthew Inman sévit (pour notre plus grand bonheur) sur le site The Oatmeal. Il y développe des histoires loufoques, mais très justes sur les situations gênantes, pénibles et chiantes. Surtout chiantes. Internet, les mails et les smartphones, autant de choses dont on ne peut plus se passer, mais qui nous pourrissent pas mal le quotidien. Humour noir, vache et cynique au rendez-vous ! Mignon, ce nounours en sous-vêtement ? Ne vous y trompez pas et ne mettez pas cet album entre les mains de votre petit neveu ! Vous pensez que c’est sans danger ? Voyez par vous-même avec ces quelques extraits.

« Après avoir installé votre cœur-robot, il se peut que vous développiez des érections en présence d’ordinateurs et de chariots élévateurs. […] Essayez de les ignorer. » (p. 11)

« Quand vous faites porter un slip à un grizzly, ça lui rappelle qu’on voit ses boules, ce qui lui fait alors prendre conscience de ses propres défauts et de ses faiblesses. » (p. 14)

« Les nichons sont mes objets ronds préférés, et juste après, je dirais, les nectarines ou les grandes roues. » (p. 52)

« Un mec qui ne porte rien sauf un t-shirt : le pénis ressemble à un concombre de mer qui dépasse d’une robe de sorcier. » (p. 103)

« En 2005, une étude a été faite pour montrer l’impact que le fromage a sur les rêves. Cette étude avait conclu que manger du fromage juste avant de se coucher permettait de produire des rêves plus agréables. » (p. 152)

The Oatmeal_Pourquoi les ours ne portent-ils pas de slips_1

Posté par Lili Galipette à 08:00 - Mon Alexandrie - Lignes d'affrontement [7] - Permalien [#]

04 janvier 2017

Tortilla Flat

Steinbeck_Tortilla FlatRoman de John Steinbeck.

Sur les hauteurs de Monterey, dans le quartier pauvre de Tortilla Flat, Danny hérite de deux maisons. C’est une véritable aubaine pour ce vétéran de la guerre sans ambition et sans projet. Aimant le vin par-dessus tout, abhorrant toute forme d’effort, il se laisse vivre, entouré de ses amis. Ce sont des coquins, des paresseux et des filous dont le seul talent est de toujours savoir où trouver un gallon de vin. « D’où viennent les sous pour payer un verre, le marchand de vin ne s’en occupe pas. D’où vient une messe, Dieu ne s’en occupe pas. Il les aime, exactement comme tu aimes le vin. » (p. 25) Danny, Pilou, Pablo, Jean-Maria, Big Joe Portagee et le Pirate sont des loosers magnifiques qui n’ont pas l’innocence et la grâce de Lennie et George, mais derrière leur apparence de vaurien, ils ont un cœur généreux où l’ivresse le dispute à l’amitié. Ils me rappellent Les Valeureux d'Albert Cohen, tellement jouisseurs, escrocs et bonimenteurs, mais aussi capables d’un altruisme incomparable. Tout aussi agaçants qu’attachants, les habitants de Tortilla Flat sont de ceux que l’on n’oublie pas.

Conclusion sur une image des femmes et de l’amour que je trouve extrêmement poétique, bien que très cynique. « Nous sommes trop souvent liés aux femmes par les bas de soie que nous leur offrons. » (p. 46) John Steinbeck me touche dans chacun de ses textes. Je ne peux que vous recommander La perle et Des souris et des hommes, mais aussi le monumental À l’est d’Eden.

Posté par Lili Galipette à 08:00 - Mon Alexandrie - Lignes d'affrontement [9] - Permalien [#]

02 janvier 2017

Pourquoi les lapins ne portent pas de culotte ?

Louchard_Pourquoi les lapins ne portent pas de culotteAlbum d’Antonin Louchard.

Dans les champs et les forêts de Provence, Zou le petit lapin cherche sans cesse des cadeaux originaux à offrir à la jolie Betty. Mais elle a déjà une cour de soupirants et ne semble pas le préférer aux autres. Et voilà qu’il trouve une belle culotte d’un rouge éclatant. Il est enfin différent du reste des lapins aux yeux de Betty. Mais pas pour longtemps. « La mode des vêtements se propage alors à la vitesse de la myxomatose, et bientôt tous les lapins se mettent à porter la culotte. Filles et garçons. » Attention, petits lapins, vous n’êtes pas très malins ! Avec toutes ces couleurs, on vous voit de loin et de très haut dans le ciel…

Louchard_Pourquoi les lapins ne portent pas de culotte_2

Plein d’un humour un brin vachard, cet album aux dessins tous mignons dissimule une morale bien cruelle. Il est aussi question d’économie et d’état policier. Bref, voilà un album jeunesse que je ne mettrais pas entre toutes les menottes, mais que je relirai avec plaisir, quand j’aurai besoin d’un peu de cynisme.

Louchard_Pourquoi les lapins ne portent pas de culotte_1

Inaugurer 2017 avec un billet de lecture sur un lapin en salopette rouge, ça ne peut que porter bonheur, j'en suis certaine !

Challenge Totem

 

Posté par Lili Galipette à 08:00 - Mon Alexandrie - Lignes d'affrontement [7] - Permalien [#]
Tags :

01 janvier 2017

Billevesée #262

BONNE ANNÉE 2017 !

(Ceci n'est pas une billevesée)

Voeux2017

Cette boule à neige/paillettes est à moi et je l'aime d'amour.

Posté par Lili Galipette à 08:00 - Mon Boudoir - Lignes d'affrontement [8] - Permalien [#]
Tags :