Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

20 septembre 2019

Les jungles rouges

Orengo_Jungles rougesRoman de Jean-Noël Orengo.

« Je suis khmer, pas vietnamien. Pas annamite. On ne s’entend pas. L’Indochine, pas exister ! L’Indochine, c’est votre histoire, pas la nôtre ! Mais votre occupation nous unit ! » (p. 19) Qui était Xa Prasith, figure énigmatique d’une Asie sud-orientale en pleine mutation ? Fils du boy du jeune couple Malraux, meilleur ami du futur Pol Pot, veuf inconsolable, père près au dernier sacrifice pour sauver son enfant, héros légendaire disparu dans des circonstances troubles : il était tout cela et plus encore. Son chemin croise celui de Catherine Leroy, photographe de guerre. Plus tard, c’est Marguerite Duras qui est fascinée par sa fille, Phalla, adoptée par un couple de Français. Le mystère qui entoure Xa Prasith n’est pas dissipé : pour que le voile se lève, il faudra un dernier voyage, un retour vers l’ancienne terre des jungles rouges. « Elles sont hantées, habitées des pires créatures de la terre, minuscules et voraces, de félins fous et surtout d’esprits, de fantômes – une armée de l’au-delà. Des jungles rouge meurtre, comme la couleur des pistes de ce pays menant vers les populations les plus reculées, les plus visitées de la colonie. » (p. 28 & 29)

Le 1er août 1954 marque la fin de la guerre d’Indochine, mais la guerre du Vietnam ne tarde pas à prendre le triste relais des affrontements. Les Américains ont remplacé les Français et le désir d’indépendance des populations autochtones est de plus en plus vivace. Mais tout passe et tout cesse. Des années plus tard, les morts ne sont plus que des chiffres et tout reste à dire et à inventer pour parler des conflits. « La guerre s’étiolait vers son aboutissement. Bientôt elle serait un souvenir immense offert en pâture au cinéma et à la littérature. » (p. 130) Le talent de Jean-Noël Orengo est d’éviter la fresque historique pour proposer ce qui est presque une chronique en prise directe. En suivant les voix des multiples intervenants de ce roman choral, on se frotte à une réalité dure, palpable, pleine d’odeurs et d’humidité. Les guerres d’indépendance ne sont pas les périodes historiques qui m’intéressent le plus, mais j’ai plongé avec beaucoup de curiosité et d’intérêt dans ce roman qui mérite amplement sa place dans la première liste des candidats au prix Renaudot.

Lu dans le cadre du prix Au coin de la Place Ronde 2019.

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18 septembre 2019

Evelyn, May et Nell - Pour un monde plus juste

Nicholls_Evelyn May et NellRoman de Sally Nicholls.

« Une dame qui se respecte ne monterait jamais sur un cageot pour haranguer des garçons livreurs. » (p. 10) Evelyn Collis, May Thornton et Nell Swancott sont de jeunes filles issues de milieux différents. Mais, inspirées par Sylvia Pankhurst et d’autres figures féminines, elles ont en commun d’être suffragettes et de vouloir un monde plus égalitaire et pacifique. « Quand les femmes voteront, on ne fera plus jamais la guerre. Quelle femme enverrait ses fils au massacre ? » (p. 11) Hélas, ce vœu pieux est balayé par la Grande Guerre. Les frères, pères, amis ou fiancés des jeunes filles partent au front. Restées en Angleterre, Evelyn, May et Nell ont des préoccupations différentes. L’une veut poursuivre des études à Oxford, l’autre cherche à assumer son homosexualité, la dernière enfin se démène pour trouver de quoi subvenir aux besoins de sa nombreuse famille. Leur engagement de suffragette les mène en prison ou les jette dans des bagarres violentes. Au terme des quatre ans de guerre, le droit de vote est enfin accordé aux femmes anglaises, mais le combat ne s’arrête pas. « Je ne serais pas contre aller voter. Mais tu connais quelqu’un qui écoute ce que disent les femmes ? » (p. 48)

En commençant cette lecture, je ne savais pas qu’il s’agissait d’un roman pour la jeunesse. J’ai donc été un peu déstabilisée par la simplicité du style et de la construction, mais pas déçue. Le texte aborde avec sérieux des sujets de fond, comme l’engagement politique, le lesbianisme ou l’émancipation des femmes, et ce sans s’encombrer d’un didactisme trop lourd. Les choses sont présentées clairement et le jeune lecteur est confronté à des thèmes complexes sans être infantilisé ou submergé par la difficulté. C’est tout à fait ce que j’attends d’un roman jeunesse. Je salue l’excellent travail du traducteur et/ou de l’éditeur sur les notes de bas de page. Le roman étant destiné à un lectorat jeune, il est important d’expliquer ce que sont les monuments, les œuvres ou les personnages historiques croisés par les personnages. Cela est fait avec une précision et une économie de mots remarquables.

Rien de plus normal que ce roman soit soutenu par Amnesty International : il est question de droits gagnés ici et encore bafoués ailleurs, et de tous les progrès qu’il reste à faire pour créer une société juste et égalitaire, où l’accès à l’éducation et à l’expression démocratique est acquis à tous. 100 ans après les évènements décrits par le roman de Sally Nicholls, et même s’il faut saluer les progrès et les acquis sociaux, il est impossible de se reposer sur des lauriers bien fragiles.

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16 septembre 2019

Malevil

Merle_MalevilRoman de Robert Merle.

Une bombe explose et ravage presque tout sur son passage. Parmi les survivants, Emmanuel, propriétaire du château restauré de Malevil, et quelques-uns de ses amis, Colin, Peyssou, Meysonnier, La Menou, Momo et Thomas. Protégés par l’épaisseur des murs de la cave où ils tiraient du vin, ils pensent pendant longtemps être les seuls rescapés du feu dévastateur et s’organisent sans trop savoir pourquoi. « La marche en avant des siècles s’est interrompue. Nous ne savons plus où nous en sommes et s’il y a encore un avenir. » (p. 4) L’habitude et la volonté de survivre prennent le dessus et la petite communauté s’accroche à chaque signe : le retour d’un oiseau, la pluie et le soleil après des mois de ciel gris, la découverte d’un cheval. « Si on est vivant, c’est pour continuer. La vie, c’est comme le travail. Mieux vaut aller jusqu’au bout que non, pas le laisser en plan quand ça devient difficile. » (p. 85) Nourrissant pendant un temps l’espoir que d’autres personnes aient survécu, la communauté de Malevil en vient à le redouter quand le château fait l’objet d’attaques. « Malevil a été conçu comme une place forte inexpugnable où une poignée d’hommes en armes pouvait tenir en respect un grand pays. Rien de courbe, rien d’élégant. Tout est utile. » (p. 31)

Ce roman post-apocalyptique aux allures très nettes de robinsonnade a plutôt bien enduré le passage du temps, si ce n’est la langue qui accuse un sérieux coup de vieux par moment, avec des régionalismes et des tournures de phrases très désuètes. Je retiens surtout la réflexion qui entoure le mariage et la monogamie : ces institutions sont forcément remises en cause quand le nombre de femmes est inférieur à celui des hommes et que l’avenir de l’espèce est menacé. « L’homme est la seule espèce qui puisse concevoir l’idée de sa disparition et la seule que cette idée désespère. Quelle race étrange : si acharnée à se détruire et si acharnée à se conserver. […] Comme quoi […], ça suffit pas de survivre. Pour que ça t’intéresse, il faut aussi que ça continue après toi. » (p. 113) Et tout au long de son texte, l’auteur propose une critique assez subtile de la religion et de ses dérives : face à un cataclysme, d’aucuns sont propices à se tourner vers une puissance supérieure et à se laisser abuser par de faux prêcheurs prêts à tout pour asseoir leur domination. Mais qui dit fin d’un monde dit naissance d’un nouveau, et il est justement possible de tout réinventer en se débarrassant des chaînes du passé.

Je vais chercher l’adaptation cinématographique de ce roman, en espérant qu’elle soit aussi plaisante que le texte.

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13 septembre 2019

Le petit bonhomme de pain d'épice

Kalicky_Petit bonhomme de pain dépiceConte adapté par Anne Kalicky. Illustrations d’Olivier Latyk. À paraître le 18 septembre.

Tout commence avec la vieille qui prépare un pain d’épice et décide de le façonner en petit bonhomme. « Deux grains de raisin pour les yeux, une écorce d’orange pour la bouche, trois cerises pour les boutons de son habit et un beau chapeau sucre d’orge. » La suite, tout le monde la connaît : à peine cuit, le bonhomme s’échappe et tout le monde lui court après pour le rattraper. Il est bien heureux d’être libre, ce petit pain en forme d’homme. Il court, il court et entraîne toute une gourmande compagnie à sa suite. Hélas, comme sa cousine la galette, il rencontre le renard. Entre le rusé animal et le tendre biscuit, les paris sont vite pris.

Les auteurs/illustrateurs ont joliment repris ce conte traditionnel qui me faisait tant pleurer quand j’étais petite. Pauvre petit bonhomme, me disais-je, qui veut seulement être libre ! S’il échappe à la gourmandise des humains, il ne peut rien contre celle du renard, et ça me désole toujours autant ! Aujourd’hui encore, j’ai toujours un pincement au cœur quand je croque un petit bonhomme de pain d’épice.

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11 septembre 2019

À babord, les Passiflore !

Marthouret_A babord les passifloreAlbum de Geneviève Huriet et Béatrice Marthouret (textes) et Loïc Jouannigot (illustrations).

Ouvrage regroupant trois histoires de la famille Passiflore. La première est inédite et son texte a été confié à Béatrice Marthouret. Quand à Loïc Jouannigot, il a repris ses pinceaux pour compléter certaines de ses illustrations.

À babord, les Passiflore !

Courant après un cerf-volant, les petits lapins Passiflore trouvent un jardin secret qui abrite un drôle de chantier : un bateau ! Pour une fois, la famille aux grandes oreilles fera mentir la légende : les lapins ne portent pas malheur à bord d’un navire. Et pour rendre sa gaîté au Capitaine Blaireau, ils vont mettre le bateau inachevé à l’eau.

Le premier bal d’Agaric Passiflore

Le petit Passiflore appréhende de participer à son premier bal. Plutôt mal intentionnée, la pie lui conseille de prendre des cours de danse auprès d’un pigeon et d’une grenouille. Mais à la surprise générale, Agaric va épater l’assistance. « Les lapins sont tous de fameux danseurs. Donne-leur un peu d’herbe rase, un rayon de lune pour les éclairer : ils danseront jusqu’à l’aube, grands et petits. » Et avec eux danse toute la forêt au son de la musique et sous les lampions.

La famille Passiflore déménage

Avec cinq enfants qui grandissent et ont toujours besoin de plus d’espace, Onésime Passiflore s’est mis en quête d’une maison bien plus grande. Il reste quelques travaux à terminer avant d’accueillir tout le monde, mais ce déménagement est une fête, pour peu qu’on accepte le changement et d’aller de l’avant.

Marthouret_A babord les passiflore_1

Enfant, je n’ai pas été bercée par les albums de la famille Passiflore, mais cela fait des années que je me promets de combler enfin cette lacune. Ce bel album est l’occasion rêvée de passer à l’acte. Quelle joie de rencontrer Onésime, le père de Pirouette, Dentdelion, Mistouflet, Romarin et Agaric, et Tante Zinia qui veille sur cette remuante tribu ! Quel plaisir infini de regarder les aquarelles délicates de Loïc Jouannigot, pleines de détails charmants et amusants ! Il y a notamment une illustration dans la dernière histoire dont je suis prête à parier qu’elle est inspirée d’un tableau de Monet plein de coquelicots. Avec cette jolie famille Passiflore, j’ai passé un doux moment de lecture, plein de tendresse et de délicatesse.

Challenge Totem

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09 septembre 2019

Retour à Killybegs

Chalandon_Retouor à KillybegsRoman de Sorj Chalandon.

« L’important était que nos enfants soient libres et que leurs pères cessent de mourir. » (p. 94) En 2006, alors que la paix a été signée entre les Irlandais et les Britanniques, Tyrone Meehan a révélé avoir trahi l’IRA pendant 20 ans. Il sait que cet aveu sera suivi de représailles et qu’il lui reste peu de temps à vivre. Ses derniers jours sur terre, il décide de les passer dans le village où il a grandi. « Toutes ces années, je venais ici pour me guérir de la guerre. Obligé en rien, pressé par rien, ne redoutant personne. J’étais en retraite. Un ermite, un moine de nos couvents, un reclus. Je suis souvent retourné dans la maison de mon père, mais c’est pour y mourir que j’y suis revenu, il y a quatre jours. » (p. 29) Dans un journal tardif, il raconte son enfance, la violence et la disparition de son père, la découverte de Belfast et l’entrée dans l’IRA, les premières armes et les séjours en prison. Il raconte aussi la colère, la culpabilité et les raisons qui l’ont conduit à devenir le traître à qui tout le monde ferme sa porte. « J’allais tromper mon peuple pour que l’IRA n’ait pas à le faire. En trahissant mon camp, je le protégeais. En trahissant l’IRA, je la préservais. » (p. 119)

Comme Mon traître, ce roman prend aux tripes, là où naissent les sentiments les plus forts. Centré sur Tyrone Meehan, porté par sa voix brisée et étranglée de souffrance, le récit montre de quoi sont faits les héros contrariés et ce qu’il faut de courage pour renoncer à se battre. « Traître. Il me faudrait aussi trouver un autre mot. Ou me dire qu’un traître est aussi une victime de guerre. » (p. 119)

Une fois encore, Sorj Chalandon frappe là où mon cœur littéraire palpite. La plume est forte, ciselée, marquante. Le texte donne envie de lever des Guinness à la mémoire des martyres irlandais, morts de faim dans les prisons de Thatcher ou fauchés par les balles de son armée en pleine rue. « Quelqu’un laissait tremper mes lèvres dans la mousse ocre brun d’une bière. Mon amertume vient de là. Et je goûtais. Je buvais ce mélange de terre et de sang, ce noir épais qui serait mon eau de vie. » (p. 9)        

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06 septembre 2019

Marquée au corps

Atwood_Marquee au corpsRoman de Margaret Atwood.

Atteinte d’un cancer du sein, Rennie se remet péniblement d’une mastectomie, et le départ de son compagnon, Jake, ne l’aide pas à reprendre le dessus. S’ajoute à cela son béguin interdit pour son médecin, Daniel. Pour changer d’air, elle décide de réaliser un reportage touristique sur l’île de Saint-Antoine. « Rennie fait ce qu’elle fait parce qu’elle le fait bien, du moins est-ce ce qu’elle dit dans les soirées. Mais aussi, parce qu’elle ne sait rien faire d’autre, ce qu’elle ne dit pas. Elle a déjà eu des ambitions qu’elle perçoit à présent comme des illusions. » (p. 49) Ce qui devait être un article frivole de plus pour lecteurs en mal de divertissements faciles tourne rapidement à l’expérience extrême. Loin d’arriver dans des lieux paradisiaques, Rennie est confrontée à la pauvreté, la crasse et la corruption. Embarquée malgré elle dans la crise politique qui sévit dans l’île, la quarantenaire un peu paumée découvre ce qu’est véritablement la survie et comment aller au bout d’elle-même pour se réinventer.

Je me fais toujours une joie d’ouvrir un roman de Margaret Atwood, même sans savoir de quoi il retourne. Il aurait été préférable que je sache à quoi m’en tenir avec ce roman qui m’a douloureusement renvoyée à des angoisses qui me hantent en permanence depuis mon opération de la jambe. De fait, ce roman est un bon texte, mais je ne l’ai pas apprécié tant la dérive paniquée de Rennie ressemble à la mienne. Peut-être aurais-je dû interrompre ma lecture, mais j’étais curieuse de savoir si la protagoniste allait s’en sortir. Enfin, une remarque de forme : je ne comprends pas pourquoi le narrateur du premier chapitre est Rennie, puis devient un narrateur omniscient pour tout le reste du livre.

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04 septembre 2019

Henri le lapin à grosses couilles

LL de mars_Henri le lapin à grosses couillesAlbum de LL de Mars.

Des glaouis, des roubignolles, des joyeuses, des coucougnettes, des boules, des roustons, des burnes, des noisettes, des roupettes, des testicules, des gonades, des valseuses, des bourses, Henri en a deux grosses. Deux très grosses. Et bene pendentes, comme on dit chez les papes.

LL de mars_Henri le lapin à grosses couilles_1

Mais trop, c’est trop. Le petit lapin est bien embêté : il ne peut pas jouer comme les autres lapins, car ses attributs l’handicapent au quotidien. « Et en plus, toutes les mamans lapins le détestaient : quand il passait dans la rue, tous les lapinots disaient des tas de gros mots (essaie de les deviner. Y en a plein, c’est assez poilant). » Mais il n’est pas le seul lapin en difficulté à Rebonville : Héliette Rabinovitch est aussi affectée d’une différence physique. Dans l’adversité, ces deux pauvres lapinous vont se trouver des points communs.

Le titre de cet album (peut-être pour la jeunesse, mais à vous de voir) annonce le ton : ça va être graveleux. Mais pas que ! Il est surtout question d’acceptation de la différence et d’apprendre à tirer le meilleur parti de ce dont on dispose. Ou, pour reprendre et détourner un proverbe anglais, si la vie te donne de grosses gonades, fais-en de la limonade !

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02 septembre 2019

Astérix et la Transitalique

Ferri_TransitaliqueBande dessinée de Jean-Yves Ferri et Didier Conrad.

Pour prouver la qualité des routes romaines, le sénateur Lactus Bifidus organise une course de chars dans la péninsule. Tous les peuples unis dans la pax romana peuvent participer, et même les barbares. Forcément, pour Astérix et Obélix, c’est une nouvelle occasion d’aller taquiner les Romains, et une occasion d’autant plus savoureuse qu’elle leur est donnée sur le territoire de Jules César. Lequel est bien décidé à voir gagner un vrai Romain. De fait, dès les premières étapes, la course semble truquée et à l’avantage de l’aurige Coronarivus, mais rien n’arrête nos irréductibles Gaulois préférés !

Quel bonheur de retrouver le même humour que celui Goscinny et Uderzo dans les dialogues, les noms des personnages et les situations. « Ave Bifidus, et sois actif ! » (p. 4) De fait, on est en terrain connu et il n’y a qu’à se laisser porter. Avec ce giro antique, on se bidonne à l’ancienne, sans prise de tête. « Obélix, mon ami, tu es dans le menhir ! / Ah oui ! Et si j’ai envie de changer de carrière ! » (p. 9) Tout le talent de Ferri et Conrad, c’est de respecter le canon astérixien (oui, j’invente des mots) tout en le renouvelant.

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30 août 2019

Par les routes

Prudhomme_Par les routesRoman de Sylvain Prudhomme.

La quarantaine un peu triste, Sacha emménage dans un petit meublé d’une ville de province. Il a pour projet de peindre et d’écrire. Mais son chemin croise à nouveau celui de l’autostoppeur. « J’ai pensé que c’était fou. Qu’il fallait un hasard extraordinaire pour que nous nous retrouvions là tous les deux. Ou peut-être autre chose qu’un hasard. Je me suis mis à la place de l’autostoppeur. J’ai pensé ce qu’il avait dû penser en apprenant que j’étais là. Ce qu’il était impensable qu’il n’ait pas pensé : que je venais le chercher. Que ce déménagement, je me faisais pour lui. »  (p. 24)

Je n’en dis pas plus de l’histoire. Sachez simplement qu’il est question d’une amitié dangereuse, où le désir et la peur s’affrontent. Et voyez si vous êtes prêts à partir par les routes, sur les traces d’un autostoppeur insaisissable. Et si je n'en dis pas plus, c'est aussi parce que, sans être capable de dire pourquoi, je n'ai pas tout compris. Ai-je manqué un mot, une phrase, un paragraphe qui aurait tout rendu limpide ? Aucune idée... Le fait est que je n'ai ressenti aucune sympathie pour Sacha ou pour l'autostoppeur. Tout m'a semblé nébuleux, comme un rêve poisseux dont on n'arrive pas à se débarrasser après une sieste trop longue. Enfin, le terme de l'histoire m'a laissée profondément dubitative, entre "Tout ça pour ça" et "C'est un peu court, jeune homme". Cependant, quand j'entends les critiques et les avis qui fleurissent sur ce roman qui fait les gros titres de la rentrée littéraire, je pense qu'il s'agit vraiment d'un ressenti très personnel, que j'ai manqué un truc, et que d'autres lecteurs y trouveront sans aucun doute leur compte.

Lu dans le cadre du prix Au coin de la Place Ronde 2019.

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