14 mai 2012
Harold
Roman de Louis-Stéphane Ulysse.
Chase Lindsey élève et vend des oiseaux. Quand Alfred Hitchcock cherche des volatiles pour son dernier film, Les oiseaux, Chase part à Bodega Bay et à Hollywood avec sa volière. Parmi tous les oiseaux, il y a Harold, un corbeau très intelligent. Et inquiétant. Très vite, Harold s’attache à l’actrice Tippi Hedren, l’héroïne du film. La beauté blonde et le sombre oiseau forment un couple qui fascine et qui dérange. L’actrice, mais surtout la femme, est troublante. « Comme les autres héroïnes hitchcockiennes, elle tenait les rênes mais, avec elle, l’issue du jeu restait incertaine ; il y avait cette ambiguïté que rien ne serait jamais offert ni acquis. » (p. 68)
Sur le tournage du film, le dressage des oiseaux s’avère difficile. Des techniciens et des acteurs sont blessés. Certaines scènes sont complexes et les prises n’en finissent pas. Avec ce roman, Louis-Stéphane Ulysse nous plonge au cœur des affres d’un tournage légendaire, avec les déboires mécaniques et humains. De fait, le roman a des allures de scénarios et Hitchcock, même s’il n’est pas le personnage principal et s’il n’est pas le narrateur, est parfaitement installé dans son siège de réalisateur. Aucun doute, il mène tout d’une main de maître. Bien que discrète, sa présence est prégnante et son ombre s’étend sur toutes les scènes.
Les hommes aimeraient tous décrocher les faveurs de miss Hedren. Le premier d’entre eux est Alfred Hitchcock : le réalisateur ne sait que faire pour que Tippi l’aime. Obèse, timide, maladroit, Hitchcock a pour lui tout son génie, mais cela ne suffit pas. La belle actrice est distante, voire frigide et seul Harold obtient ses faveurs. « Toute cette histoire, je le crains, est ridicule. Nous autres, les hommes, sommes prêts à tout pour la princesse, mais la princesse n’a d’yeux que pour le corbeau ! » (p. 120) Adversaire de petite taille, le corbeau n’en est pas moins redoutable. Il est possessif, dominateur, arrogant et brutal. Juché sur la blonde épaule de Tippi Hedren, Harold est à la fois protecteur et menaçant. La relation qui était d’abord anecdotique devient finalement inquiétante, même pour l’actrice.
Sur le tournage et en coulisse, on croise Eva Beaumont, Mickey Cohen et d’autres noms qui ont marqué Hollywood. Ce panorama glamour et mafieux renforce l’atmosphère étouffante du roman. Impossible de ne pas éprouver une angoisse hitchcockienne du meilleur ton. Mais le dernier tiers du roman m’a ennuyée. Harold y est trop peu présent au profit d’une surabondance de personnages secondaires. Mais dans l’ensemble, ce roman noir d’un genre très particulier tisse une intrigue complexe et retorse, à l’image des meilleurs films du maître.
13 mai 2012
Francoswap : ouverture des colis
Missbouquinaix et moi vous proposions un francoswap en mars. Au moment d'ouvrir les paquets, Missbouquinaix et moi avons décidé de faire l'échange en mains propres. Le plaisir est multiplié par deux (et ça permet de goûter avec une amie, toujours bon à prendre.)
Voici ce que mon binôme m'a offert. Période de Pâques oblige, il y avait du chocolat. S'il vous semble qu'il manque un lapin sur la deuxième photo, ne vous inquiétez pas, tout est sous contrôle. Le Choco Lapin a été traité avec tous les égards qu'il méritait.
Un grand merci à Missbouquinaix qui a tout juste tout pile sur tous les points ! Voici son colis.
Billevesée du dimanche #20
Le bambou est une herbe, et non un arbre. Ça fait une belle jambe aux pandas.
Alors, billevesée ?
12 mai 2012
L'entrevue de Saint-Cloud
Pendant la Révolution, il s’est chuchoté que Marie-Antoinette et Mirabeau se sont secrètement rencontrés à Saint-Cloud. Qu’ont-ils pu se dire pendant ces quelques heures, au point du jour ? Pour Harold Cobert, « le terrible tribun était prêt à servir la cause royale. » (p. 12) Mirabeau voulait voir la reine pour lui proposer une alliance contre les députés les plus acharnés. Il veut consolider la monarchie sur des bases républicaines. « Ne comptez pas sur moi pour fomenter une contre-révolution. Je suis l’homme du rétablissement de l’ordre, et non du retour à l’ancien ordre. » (p. 60)
Rien ne dit que Marie-Antoinette acceptera ce compromis : la reine déchue n’aspire qu’à retrouver son prestige. En outre, elle sait que le peuple la hait, elle l’Autrichienne si dépensière, la reine frivole, la souveraine courtisane. Mirabeau veut inciter la reine à témoigner de l’intérêt au peuple, seule façon de regagner son affection. Mais rien n’est si facile. « Si je comprends bien, non seulement, votre peuple me hait, mais il exige que je l’aime… » (p. 76)
Si Mirabeau porte un masque monstrueux, un autre nom fait déjà frémir l’Assemblée et la France, celui de Robespierre. Si Mirabeau et Marie-Antoinette ne trouvent pas un compromis, le pouvoir passera entre des mains plus néfastes. Le tribun, malgré son engagement révolutionnaire, est un fervent défenseur de la royauté : « Je ne peux sauver la monarchie sans vous, comme je ne peux vous sauver sans sauver la monarchie. » (p. 89) Alors, le dialogue est-il possible entre le député et la reine ? Quelle qu’ait été cette entrevue, qu’elle ait eu lieu ou non, l’Histoire a répondu.
« C’est la laideur de mon âme que je vois dans celle de votre visage. » (p. 102) Harold Cobert oppose deux êtres blessés et coupables à divers degrés. L’auteur révèle l’humanité de deux personnes que l’Histoire et les histoires élèvent souvent au rang de légendes. Ici, pas de faste, ou seulement ce qu’il faut, pour évoquer un homme et une femme que tout opposait, mais qui luttait pour le roi.
Ce roman est bien écrit et le sujet est intéressant. Mais il est trop court et il me laisse un sentiment d’inachevé. Il me semble que le propos aurait gagné en force si l’auteur avait choisi la forme théâtrale. Le texte gagnerait d’ailleurs à être porté sur scène : la joute verbale entre l’Autrichienne et le tribun est digne des grands affrontements tragiques.
11 mai 2012
Concours : Un meeting, de Sophie Adriansen - Résultats
Voici le jour du tirage au sort pour savoir qui a remporté le concours qui vous permettait de gagner un exemplaire numérique du dernier roman de Sophie Adriansen, Un meeting.
Vous avez été trois à participer :
Pour le tirage au sort, j'ai choisi la méthode old school : petits papiers pliés et main innocente. En l'occurence, je n'avais que la mienne à disposition, mais il faut faire avec ce que l'on a.
La gagnante est donc Alyette. Bravo et merci de me donner une adresse mail pour que je te communique les codes de téléchargement du livre. Attention, cette offre n'est valable que jusqu'au 25 mai.
Belle de Jour
Roman de Joseph Kessel. Lecture de juin du club des lectrices.
Pierre et Séverine Sérizy forment un jeune couple à qui tout semble sourire. Pierre est un médecin réputé, il est aussi beau que Séverine est resplendissante. Par-dessus tout, les mariés s’aiment à la folie et vivent dans l’adoration l’un de l’autre. « Quoi qu’il advînt, jamais Pierre ne souffrirait par elle. Quelle merveilleuse chaleur elle se sentait pour cet homme à la respiration d’enfant. Puisqu’entre ces mains reposaient toute sa peine et toute sa joie, elle saurait faire pour lui de chaque journée une journée heureuse. Et cela jusqu’à la fin de leur vie jumelée. » (p. 35) Mais derrière les portes closes de la chambre conjugale, la froideur amoureuse de Séverine fait peser un nuage triste sur le couple, nuage qui se gonfle peu à peu de l’amertume et des remords de l’épouse frigide.
C’est alors que Séverine décide de chercher ailleurs le plaisir qu’elle ne trouve pas avec son mari. Elle entre dans une maison de rendez-vous et offre son corps à des hommes de passage. « Le sentiment qu’elle eut de devenir une machine impure la fit frémir encore d’humiliation perverse. » (p. 91) Étrangement, elle trouve enfin le plaisir, loin de Pierre et de son foyer parfait, en devenant Belle de Jour, femme sensuelle et généreuse. « Elle n’était pas venue chercher rue de Virène de la tendresse, de la confiance, de la douceur (de cela Pierre la comblait), mais ce qu’il ne pouvait pas lui donner : cette joie bestiale, admirable. » (p. 99) Malheureusement, la félicité des sens ne dure pas et la double vie de Séverine va causer la ruine de son couple.
Ce roman décrit avec finesse la scission entre cœur et corps, entre sentiment et plaisir. Malgré l’immense amour, voire la ferveur d’amour, que Séverine éprouve pour son époux, elle ne sait pas passer au-dessus d’une barrière physique inexplicable. Son corps ne vibre qu’auprès du vulgaire et s’exalte dans le commun. La pureté de l’affection qui unit le couple est précisément trop grande pour laisser place à l’immédiateté du plaisir. « Séverine eût voulu se faire la servante de Pierre, pourtant elle ne put se résoudre à l’accueillir dans son lit quand, ému par tant de chaleur, il montra le désir qu’il avait d’elle. » (p. 89 & 90)
Pierre est entièrement tourné vers son épouse, obéissant à tous ses désirs, et elle le lui rend bien. Chacun veille sur l’autre, jusqu’à la dévotion. « Quand tu es malheureux, je vois bien que tu es toute ma vie. » (p. 31) Mais Séverine ne peut cesser de se chercher, convaincue qu’elle est de ne pas être accomplie, ni épanouie. Hélas, même la révélation de sa complétude ne suffit pas à l’apaiser puisque cela nourrit une nouvelle culpabilité. D’épouse incomplète, elle devient épouse infidèle et souillée. Et Séverine vit dans la terreur que sa vie secrète, sous toutes ses formes, soit découverte.
Joseph Kessel, dès le début du roman, écrit l’histoire d’un couple qui court à l’abîme parce que le cœur entrave le corps et parce que le corps a honte de n’être pas aussi sublime que le cœur. La dichotomie est presque monstrueuse, mais Séverine ne l’est pas. J’ai éprouvé une grande compassion et beaucoup de tendresse pour cette femme tellement éprise de son époux qu’elle ne veut lui offrir que son âme, et pas son corps qui est contingent et faillible.
On a dit de ce roman qu’il était sulfureux et il l’était probablement lors de sa sortie. Les esprits bien pensants aiment se gausser et médire des histoires bancales des autres. Mais Séverine et Pierre partagent un amour si sublime qu’il est transcendé par les erreurs de l’épouse, comme la plus belle des fleurs qui s’épanouit sur le fumier. Jamais Séverine n’aime autant son mari que lorsqu’elle commet ce qui peut l’en éloigner pour toujours. Alors, qu’ils médisent ceux qui vivent dans un confort médiocre. Séverine, le temps d’un instant qui reste immortel, a été plus sublime que les plus vertueux.
Il me reste à voir le film de Luis Bunuel, très bientôt.
10 mai 2012
Où Babelio nous fait saliver
Babelio relance son opération Masse critique. Rien que l'image donne envie, n'est-ce pas ?
Soyez prêts mardi 15 mai à 8h30 !
09 mai 2012
Sagan, un chagrin immobile
Biographie de Pascal Louvrier. À paraître le 10 mai 2012.
Françoise Sagan, née Quoirez, est l’auteure française la plus lue dans le monde. Celle qu’un premier roman un peu sulfureux a portée aux nues est ici dévoilée loin de sa légende. « Enfin évoquer Sagan sans légende. Comprendre ce regard à la fois triste et tendre, ce sourire mutin et désabusé. » (p. 9) On retrouve les voitures, Mitterrand, les cigarettes, les nuits sans fin, l’alcool et la douleur, mais on découvre surtout Françoise derrière Sagan. « Son paradoxe pourrait se résumer ainsi : sa lucidité lui a fait définitivement quitter le monde de l’enfance, mais elle ne peut pas se résoudre aux adieux tant celui des adultes est insupportable. » (p. 46)
Autour de Sagan, il y a ses proches et ses amis, mais surtout une forte empreinte familiale et des souvenirs – ou des absents – qui pèsent lourd dès l’enfance. J’ai été gênée, sur la longueur, par l’incessante référence au père, comme si tout dans Sagan n’était qu’œdipien, comme si rien ne s’expliquait sans l’ombre tutélaire et parfois délétère du père. Il est certain que Pierre Quoirez a eu une place considérable dans la vie de sa petite Kiki, mais l’analyse très freudienne de Pascal Louvrier me semble un brin exagérée.
J’ai vraiment apprécié la façon dont le biographe réécrit la bibliographie de l’auteure. On voit comment ses romans s’inscrivent dans son histoire ou comment Sagan a fait de ses romans des morceaux de son histoire. « Toujours l’anticipation de son propre drame chez Sagan. Mais aucun don divinatoire. Seulement la cruelle certitude de savoir que tout finit toujours mal. » (p. 120) L’écriture du biographe évoque l’esprit de Sagan : la plume de l’un rappelle la plume de l’autre, le biographe sublime son sujet avec une érudition discrète.
Si le nom Sagan était un produit commercial, un nom qui rapporte, si Sagan était bankable avant le mot, ce qui ressort vraiment de cette biographie, c’est une Sagan froissée, pas people. On perçoit toute la pudeur sous l’effronterie. Et si elle brûle ses incessantes Chesterfield par les deux bouts, c’est finalement parce qu’elle voulait vivre plus fort et plus passionnément.
J’ai vraiment apprécié cette biographie qui jette un regard insolent et élégant sur l’histoire de Françoise Sagan. C’était, il me semble, le meilleur hommage à lui rendre.
Un grand merci à Charlotte des éditions Hugo & cie
pour cet envoi.
07 mai 2012
Concours : Un meeting, de Sophie Adriansen
La semaine dernière, je lisais avec plaisir et intérêt le dernier roman de Sophie Adriansen, Un meeting.
Aujourd'hui, je vous propose d'en gagner un exemplaire numérique, à télécharger sur l'Ibookstore. Pour participer, laissez un commentaire. Vous avez jusqu'à vendredi 11 mai, midi, pour tenter votre chance. J'effectuerai ensuite un tirage au sort.
06 mai 2012
Swap de Printemps chez Asphodèle
Le grand jour du dépouillement des votes de l'ouverture des swaps est enfin venu !
Tout d'abord, devinez avec qui j'ai partagé ce joli swap de printemps : c'est une petite nouvelle sur la blogosphère, une totale inconnue pour moi... Vous ne devinez pas ? D'accord, il faut dire que mes indices sont foireux... Il s'agit de George, bien entendu, encore et toujours, à tel point que je ne sais plus combien de swaps nous avons échangés... 4 ? 5 ?
Encore une fois, j'ai été trop gâtée par ma belle amie. Voyez un peu tous ces livres et ces jolies choses. J'ai définitivement adopté le foulard pour ce printemps ! Le thé est un régal et le petit sachet de résolutions me donne des idées tous les jours...
Vous noterez que je mange plein de fruits !
Et pour voir ce que j'ai offert à George, c'est par ici : ne vous bousculez pas, tout le monde pourra voir !
Bravo à Asphodèle pour l'organisation de son premier swap, à l'occasion du premier anniversaire de son blog. Mon petit doigt me dit qu'elle l'a bien fêté...
















