Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

05 juillet 2015

Billevesée #184

Le jeu de dames tel que nous le connaissons aujourd'hui est le descendant d'un jeu de plateau inventé en Égypte antique, vers 1500 avant Jésus-Christ.

Alors, billevesée ?

Billevesee_Jeu de dames

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04 juillet 2015

Docteur Sleep

King_Docteur sleepRoman de Stephen King.

Qu’est devenu Daniel Torrence, rescapé de l’incendie de l’Overlook Palace à la fin de Shining ? Il a appris à lutter contre les spectres qui le hantaient, mais il s’est laissé prendre par le démon de l’alcool, comme son père avant lui. Pour Danny, la bouteille est la seule barrière qui, tant bien que mal, lui permet de tenir en respect les visions que lui envoie le Don. « Il redoutait de se perdre dans un labyrinthe de vies nocturnes fantômes et d’être incapable de retrouver la sortie. » (p. 124) Aide-soignant dans un hospice, il aide les mourants à gagner sereinement l’autre côté. On l’appelle Docteur Sleep. À sa manière, jour après jour, il fait sa part de bien.

Un matin, une enfant entre en contact avec lui : Abra n’a que quelques mois, mais elle possède déjà un Don surpuissant. Et Danny n’est pas le seul à sentir l’intensité de ce Don. Quelque part en Amérique, un groupe de voyageurs itinérants aux talents multiples décide de partir à la recherche d’Abra pour lui voler sa « vapeur ». Mené par Rose Claque, le Nœud Vrai sillonne le monde depuis des millénaires en se nourrissant de l’énergie d’enfants doués du Don.  Danny et Abra devront unir leurs forces pour échapper à cette menace et débarrasser le monde de cette engeance maléfique.

WAHOO ! Stephen King mène d’une main de maître ce récit parfaitement rythmé aux rebondissements maîtrisés. Non seulement il tisse un lien cohérent avec un des classiques de son répertoire, mais il crée de plus un nouveau monstre qui vient enrichir sa collection d’horreurs. Mais ce qui me frappe le plus dans cette œuvre, c’est l’amour et la connaissance que Stephen King a de son pays, de son époque et de sa culture. On le sent connecté et informé et c’est un plaisir de voir comment il intègre naturellement des références modernes dans son œuvre : qu’il s’agisse d’évoquer le dernier roman jeunesse à la mode ou la série télé qui fait fureur en passant par une légère diatribe contre les réseaux sociaux, Stephen King est plus que jamais un homme de son temps. C’est sans doute pour cette raison que son public se renouvelle tout en restant fidèle : le King est un érudit modeste, sans condescendance et plein d’humour. Et il l’a toujours été : ainsi, restant fidèle à lui-même, l’auteur ne peut que séduire et convaincre.

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03 juillet 2015

Paris

Huysmans_ParisRecueil de textes de Joris-Karl Huysmans.

La collection des Carnets des éditions de l’Herne est une merveille. Elle offre ici un petit ouvrage d’une grande valeur et d’une grande beauté : cette encre bleue ressort magnifiquement sur la page couleur crème.

Joris-Karl Huysmans est un esthète qui chérit sa ville tout en la craignant : comme devant une maîtresse trop belle pour laquelle il redouterait les effets du temps, il contemple Paris, ses passés et ses changements, inquiet de finir par ne plus reconnaître celle qu’il aime passionnément. « Pour les gens déjà vieux qui vécurent dans un monde d’hommes d’esprit, polis et gourmets, s’occupant d’art et de livres, le Paris contemporain apparaît hideux. » (p. 17)

En quelques phrases, ce génie au style unique déploie une vitupération délicate contre la modernité qui défigure les ruelles médiévales de Paris. Huysmans est-il contre le progrès incarné par Haussmman ? Huysmans VS Haussmann, combat de titans ! Et combat de deux visionnaires aux rêves opposés. Alors, oui, Huysmans vitupère, mais toujours avec un flegme de bon ton : il ne s’agirait pas de déranger son veston ou de froisser sa cravate. On reste élégant en toutes circonstances quand on s’appelle Joris-Karl Huysmans.

À lire Huysmans, la modernité ne fait pas que changer les façades parisiennes, elle avilit également l’âme des Parisiens qui ne pensent plus qu’à acheter, les grands magasins ayant hélas remplacé les églises en termes de temples où communient les masses. On comprend alors que c’est le converti qui s’exprime : exit la décadence et le satanisme, Huysmans prêche ici les déconvertis.

Mais qu’on ne s’y trompe pas, l’auteur ne jette pas la pierre, conscient d’avoir péché tout autant que les autres. Non, quand il parle du peuple parisien, il le fait avec une tendresse goguenarde et une bienveillance sévère. Allez, on le sait qu’il aime les grisettes qui se recoiffent avant de quitter l’atelier et qu’il apprécie la compagnie des joyeux soiffards qui s’attablent dans les goguettes.

Une promenade dans les parcs et devant les étals, un regard sur un lampadaire et la balade est déjà terminée. Mais qu’elle fut belle et plaisante en présence de cet auguste monsieur qu’est Joris-Karl Huysmans.

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01 juillet 2015

Challenge Destination PAL : édition 2015 - Ma PAL d'été

Cette année, pour le challenge Destination PAL, je ne participe pas avec toute ma PAL, mais avec une sélection savamment opérée au sein de celle-ci !

Destination PAL

  1. Le livre des illusions, Paul Auster
  2. Les valeureux, Albert Cohen
  3. Le joueur, Fedor Dostoievski
  4. L'idiot, Fedor Dostoievski
  5. Duma Key, Stephen King
  6. Le livre de la jungle, Rudyard Kipling
  7. Les grands-mères, Doris Lessing
  8. Oeuvres complètes, Raymond Radiguet
  9. Dernier jour sur terre, David Vann

Neuf ouvrages, c'est peu, me direz-vous ! Mais les oeuvres de Raymond Radiguet, ça pèse un max ! Et je fais ce que je veux : je veux me garder du temps pour la piscine !

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30 juin 2015

Wake up ! Wake up ! - A Springtime Lift-the-Flap Book.

Davis_Wake up wake upAlbum de Nancy Davis.

Voilà le printemps, la nature se réveille doucement. Le petit lapin ouvre les yeux et croque une carotte. Il file réveiller le poussin et le papillon. « The snow has melted, the sun is shining, and the flowers are blooming. » Il ne neige plus, mais il y a quelques averses printanières… qui ne durent jamais longtemps!

Voilà un joli petit album cartonné très facile à manipuler par des petites mains. C’est un plaisir de soulever les petites languettes et de découvrir ce qui s’y cache. Est-ce une coccinelle ou une pâquerette ? Soulève donc, pour savoir !

Challenge Totem

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29 juin 2015

La tempête du siècle

King_Tempete du siecleScénario de Stephen King.

Une tempête s’approche de Little Tall Island, petite île du Maine. Des tempêtes, les iliens en ont déjà vu et ils savent se serrer les coudes quand il le faut. « Et nous sommes capables de garder un secret, quand il le faut. C’est que nous avons fait en 1989. Les gens qui habitent ici n’ont pas ouvert la bouche. » (p. 27) Cette phrase, c’est le narrateur, Mike Anderson, qui la prononce au début de son récit, mais alors que la tempête est passée depuis plusieurs années. Qu’est-ce donc que les habitants de Little Tall Island ont caché après cette fameuse tempête ? Qui est André Linoge, cet inconnu à la canne à pommeau d’argent ? Et pourquoi répète-t-il sans cesse « Donnez-moi ce que je veux, et je m’en irai. » (p. 106) Oui, que veut Linoge, cette sinistre créature arrivée en même temps que la tempête ? Comment connaît-il tous les secrets, toutes les hontes et toutes les culpabilités des habitants ? Alors que la tourmente fait rage, Linoge met les iliens face à leurs pêchés, il les rend fous et les pousse à commettre leur pire, répétant qu’il veut qu’on lui donne ce qu’il veut. L’issue de la tempête sera tragique, le déchaînement des éléments n’étant qu’une brise au regard de ce qui va se jouer dans la salle de l’hôtel de ville, quand les habitants seront confrontés au choix le plus sinistre de leur existence.

Je me souviens avoir vu le film avec mon frère : nous étions alors tous minots, mais nous gardons de ce visionnage un souvenir hilare. Le jeu des acteurs était atroce et la mise en scène pas moins mauvaise. Mais à découvrir le scénario, je suis surtout nostalgique d’une époque où nous regardions ensemble les pires nanars en pleurant de rire. Pour parler du texte lui-même, je salue la maîtrise de Stephen King : il connaît sa Bible, surtout le chapitre de l’Apocalypse qui, étymologiquement, signifie « révélation ». C’est bien ce qui se passe ici : les iliens voient leurs secrets révélés, puis leurs peurs et leurs lâchetés. Finalement, entre solidarité et survie, le choix sera dramatique et Linoge, en cavalier solitaire, mène à bien sa tâche macabre.

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28 juin 2015

Billevesée #183

La demoiselle d'honneur entoure et accompagne la future mariée lors des noces.

J'insiste sur le terme "demoiselle" : autrefois, seule une jeune fille vierge et non mariée pouvait remplir cet office. Elle représentait l'état que la fiancée du jour était sur le point de quitter.

C'était le rôle idéal pour les jeunes soeurs de la famile ou les compagne d'école/de couvent de la fiancée.

Alors, billevesée ?

Billevesee_Demoiselle d'honneur

 

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27 juin 2015

Le faucon déniché

Nogues_Faucon denicheRoman jeunesse de Jean-Côme Noguès. Illustrations de Chantal Cazin.

Martin est un des fils du bûcheron Brichot : les ventres crient souvent famine dans l’humble demeure et il faut travailler durement pour gagner son pain. Cela n’empêche pas le jeune gardien d’oies d’avoir un rêve, « cette grande envie qu’il avait, lui, pauvre petit paysan, de posséder un oiseau qui lui appartiendrait, un oiseau magnifique qui ne tuerait que pour vivre et qui ne se poserait sur le poing que pour obéir à l’amitié. » (p. 15) Le jour où il déniche un jeune faucon, il décide de le garder en secret et de l’élever libre pour qu’il partage ses jeux. Hélas, le fauconnier du château ne le voit pas de cet œil : le faucon hobereau en question est un superbe animal qu’il destine au seigneur Guilhem. Il va en faire une machine à tuer sur commande. Séparé de son cher oiseau et jeté dans une geôle, Martin est malheureux et révolté par tant d’injustice. Quel besoin le seigneur a-t-il d’un autre faucon ? Est-il juste que les nobles du château tuent pour se distraire des dizaines de lièvres et de perdrix alors que les serfs, au village, ont faim et subissent la menace des envahisseurs ? L’audace et le courage de Martin n’auront alors d’égales que sa tristesse et son amitié perdue.

J’ai lu ce roman en CM1 avec une enseignante qui était très exigeante, passionnée par son métier et dotée d’une forte volonté de transmettre. Cette « maîtresse » n’est pas pour rien dans ma passion des livres : elle m’a poussée vers une version jeunesse de La chanson de Roland et a souvent encouragé mon envie d’écrire. Je n’ai jamais oublié ce roman de Jean-Côme Noguès et je savais que je voulais le relire. Le voilà qui tombe dans mes mains et je reviens des années en arrière, dans une classe d’école primaire où j’avais tout à apprendre. Le plaisir et l’émotion de la lecture sont intacts et j’ai savouré ce très bon texte pour enfants. Avec son vocabulaire riche et sa grammaire complexe mais accessible, Le faucon déniché prend les jeunes lecteurs pour ce qu’ils sont : des esprits curieux et intelligents qui peuvent comprendre un texte même si des mots ou des tournures de phrases leur échappent. Non à l’abêtissement ! Et une chaude recommandation pour ce roman qui parle d’amitié animale, de courage et d’injustice.

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26 juin 2015

Roadmaster

King_RoadmasterRoman de Stephen King.

Le jeune Ned Wilcox est bouleversé par la mort de son père, policier fauché par un ivrogne sur le bord de la route. Il passe beaucoup de temps dans les bureaux de la Compagnie D., auprès des anciens collègues de son père. Un soir, les membres de la Compagnie D. racontent à Ned l’histoire de la Buick Roadmaster garée dans le Hangar B. Pour Sandy, Shirley, Eddie et les autres, cet engin n’est pas une voiture, mais un vaisseau convoyeur, un portail intelligent, vivant et malveillant ouvert sur un univers extraterrestre. « Tu veux dire que la Buick cicatrise ? […] Qu’elle est capable de se guérir toute seule ? » (p. 152) Régulièrement, la voiture expédie des créatures mortes ou vivantes sur le sol du Hangar B, mais elle semble également aspirer des créatures dans un autre monde. Personne ne sait comment cela fonctionne et personne ne relâche son attention quand il s’agit de cette Buick démoniaque. « Avec la Buick, l’important n’était pas ce qu’on savait, mais ce qu’on ignorait. » (p. 179) À mesure que le récit progresse, Ned est convaincu que son père est mort par la faute de cette voiture et même que cette voiture est l’unique responsable de sa disparition. « Je ne crois pas aux coïncidences, je crois seulement qu’il y a des chaînes d’évènements qui deviennent de plus en plus longues, de plus en plus fragiles, jusqu’au moment où elles sont rompues par l’effet de la malchance ou de la malveillance humaine. » (p. 11)

Abominations sorties du coffre d’une voiture, tempêtes électriques, morts violentes, sinistres accidents de la route, disparitions inexpliquées, tout est au rendez-vous de ce très bon volume du roi de l’épouvante. Mais ici, ce qui terrifie le plus, c’est le mode de narration. Au lieu de nous faire suivre les évènements à mesure qu’ils se déroulent, l’auteur les présente comme s’étant déjà produits et les convoque grâce aux souvenirs conjugués de différents narrateurs. Nous sommes donc en présence d’une parfaite histoire qui fait peur, du genre que l’on raconte aux (grands) enfants. Et Stephen King mobilise tout le talent dont il est doté pour livrer un récit qui fait froid dans le dos, la puissance évocatrice de ce récit a posteriori étant soutenue par la multiplicité de narrateurs. Et le meilleur est à venir puisqu’après cinq cents pages de souvenirs, il reste le pire, ce qui n’a pas été vécu, ce qui reste à raconter. Les cent dernières pages du roman sont donc la conséquence inévitable du ressort tendu sur les cinq cents premières. Du grand art, je vous dis !

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24 juin 2015

Le théorème du perroquet

Guedj_Theoreme du perroquetRoman de Denis Guedj.

Pierre Ruche, vieux libraire en fauteuil roulant, reçoit une imposante cargaison de livres de la part d'Elgar Grosrouve, vieil ami qu’il croyait perdu depuis des années. Entouré de Perrette Liard et de ses trois enfants, Max et les jumeaux Jonathan et Léa, ainsi que d’un perroquet fort bavard et amnésique, il tente de percer le mystère de cette bibliothèque. Pourquoi Elgar lui a-t-il envoyé ses précieux ouvrages de mathématiques ? Quelle menace pesait sur lui en Amazonie ? A-t-il vraiment résolu deux des plus grandes énigmes mathématiques de tous les temps ? Pour percer le mystère qui entoure l’histoire d’Elgar, la petite famille de la librairie Mille et une feuilles va remonter aux origines des mathématiques et s’attaquer aux fameuses conjectures de Fermat et de Goldbach.

Que ce roman fait du bien ! Il est charmant et drôle et il est indéniable que l’auteur aime ses personnages, ce qui a tendance à se faire un peu rare dans certains romans contemporains. Non seulement il les aime, mais il les a faits complexes et attachants. « L’oiseau semblait ne se souvenir de rien. Ce qui en faisait un spécimen unique : il était le seul perroquet qui répétait ce qu’il n’avait jamais entendu. » (p. 22) Entre aventure, thriller et histoire de famille, on suit chaque personnage, ses secrets, ses désirs et ses interrogations. Et il est impossible de ne pas les aimer, à notre tour. Je retiens cette très belle pensée sur les jumeaux. « Ce que chacun des enfants Liard apercevait dans l’autre, c’était justement ce qui n’était pas le même : les infimes différences qui mieux que tout disaient leur forme commune ! […] Ils n’étaient pas pareils comme deux livres imprimés, mais comme deux copies du même scribe. En un mot, ils se disaient qu’ils étaient les mêmes à si peu près que ça valait le coup qu’ils soient deux. » (p. 295 & 296)

J’ai retrouvé dans ces pages l’intelligence et la tendresse présentes dans La formule préférée du professeur et Le bizarre incident du chien pendant la nuit. Sous la plume de Denis Guedj, il est indéniable que les mathématiques racontent des histoires. Agrémenté de schémas et de formules très claires, l’auteur invite son lecteur à jouer avec les chiffres, les formes et les démonstrations. Ah, si mes professeurs m’avaient présenté les mathématiques de cette façon, j’aurais peut-être brillé un peu plus dans cette matière. « Les mathématiques sont simples […]. C’est leur application qui est compliquée. » (p. 56) Mais avec un professeur comme Denis Guedj, j’annonce un zéro faute !

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