Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

28 novembre 2022

Les lettres qui ne sont jamais arrivées

Rosencof_Lettres qui ne sont jamais arriveesTexte de Mauricio Rosencof.

Détenu pendant onze ans dans une cellule exigüe de la dictature uruguayenne, le narrateur-auteur a survécu en écrivant mentalement des lettres à ses parents et en se remémorant son enfance à La Paz, dans une famille d’émigrés juifs polonais. « Dans cet endroit, mes pensées rebondissent. Les mots inscrits dans la pensée rebondissent. Parce que la possibilité  de pouvoir prononcer des mots, ce qui s’appeler les prononcer, même cela, ils ne l’autorisent pas. » (p. 93) Convoquant le souvenir d’autres disparus dans les camps de la mort, il fait parler les silences et les lettres qui n’ont jamais été écrites. Convoquer tant d’innocents, c’est emplir sa geôle de présence et lutter contre la solitude. « Dieu fasse que nos cris hantent la mémoire de ceux qui ne savent pas, de ceux qui savent et se taisent, de ceux qui ne veulent pas savoir. » (p. 24) L’homme se souvient de son voyage à Varsovie, sur les traces de son père, parti chercher l’inconnu pour finalement trouver une vérité éternelle. « Pourquoi un individu qui sait d’où il vient aurait-il besoin d’y revenir ? Mais ainsi en est-il des saumons. Des êtres humains aussi. » (p. 76)

Le récit de Mauricio Rosencof aurait pu être la longue et pénible description d’une plongée dans la folie. Il est plutôt la chronique d’une lutte victorieuse de l’esprit, la manifestation d’une résistance muette grâce aux mots non écrits. « Tu ne vas pas me croire : même quand je ne t’écris pas, mes lettres ne s’arrêtent jamais. Je ne pense pas à toi par la parole, mais par l’écriture. » (p. 70) Les lettres qui voyagent sans arriver, voire sans partir, ce sont tous ces êtres envoyés à la mort par la haine. Ceux qui sont revenus n’ont rien de commun avec ceux qui ont été embarqués et parqués comme des bêtes, quel que soit le dictateur à l’œuvre. « Il va de soi que chaque lettre qui parvenait à son destinataire représentait en soi, une aventure. Maintenant, décacheter celle qui réussit à te parvenir, c’est une autre histoire. » (p. 54 & 55) Faire parler ces rescapés, c’est forcément s’exposer à l’horreur, mais Mauricio Rosencof met en avant la force des gestes quotidiens et la puissance des souvenirs contenus dans les boîtes familiales. Le texte est bouleversant et profondément humain.

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25 novembre 2022

Billy Summers

King_Billy SummersRoman de Stephen King.

Billy Summers est un ancien marine devenu tueur à gages. À 44 ans, il décide de raccrocher après un dernier contrat à 2 millions de dollars. Mais voilà, tout le monde sait que le dernier contrat est toujours foireux. Il doit liquider Joel Allen, un autre tueur à gages, avant qu’il soit jugé : pour ce faire, il attend plusieurs mois, en se fondant dans le paysage sous une fausse identité. Il se fait passer pour un écrivain qui peine sur son premier roman. Voilà une couverture qui lui convient bien. « Billy est un gros lecteur, certes. Et il rêve parfois de se mettre à l’écriture, mais il n’a jamais rien produit, à l’exception de quelques petits textes sans intérêt, qu’il a jetés. » (p. 26) Ainsi, pendant de longues semaines, Billy commence à écrire son histoire et à exorciser son passé, en continuant à préparer son contrat et sa fuite. Homme intelligent et ne comptant que sur lui-même, le tueur a un mauvais pressentiment. Évidemment, une fois le coup fait, rien ne se passe tout à fait comme prévu. Cerise sur la malchance, Billy est désormais attaché à Alice qu’il a sauvée après une nuit sordide. Car Billy Summers a un code d’honneur. « Il ne s’occupe que des méchants. Ça lui permet de dormir la nuit. [..] Que des méchants le payent pour liquider d’autres méchants ne lui pose aucun problème. Il se voit comme un éboueur armé d’un flingue. » (p. 12) Pris dans un engrenage qu’il n’avait pas anticipé, Billy cherche l’issue finale.

Avec son hommage à Émile Zola dès la première page, puis à Charles Dickens et à tant d’autres auteurs, Stephen King annonce la couleur : ici, la création littéraire est reine. Et le King rédige une déclaration d’amour à la fiction et à son pouvoir suspensif. Les longs chapitres consacrés à l’attente de Billy mettent le lecteur dans le même état que le personnage : entre impatience et nécessité de prendre le temps, cette préparation semble longue, mais s’écoule finalement bien plus vite que l’on croirait. Et l’enchaînement des événements après le coup de feu mortel donne au récit un autre rythme : nous étions sous les remparts de Troie à attendre que le conflit s’achève, nous voilà sur les flots, poursuivis par un danger encore plus grand. Cette lente mise en place de l’intrigue m’a rappelé 22/11/63 et les années que le protagoniste vit avant l’événement qu’il tente de modifier. Le ressort se tend lentement et son relâchement est inexorable.

Avec ce nouveau texte, Stephen King critique sans compromis la guerre en Irak et les politiques menées par George W. Bush et Donald Trump. Pas de monstre fantastique dans ce roman et rien de surnaturel, sauf peut-être cette discrète évocation de l’Overlook et d’un tableau qui semble animé. Ici, les créatures monstrueuses sont bien humaines : elles violent, elles tuent des civils, elles agressent des enfants, elles pensent que l’argent leur confère un pouvoir absolu. Tueur à gages des méchants de papier qu’il crée, Stephen King règle ses comptes avec une société consumériste et aux valeurs déclinantes.

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23 novembre 2022

Le brassard

Briand_BrassardBiographie de Luc Briand.

Sous-titre : Alexandre Villaplane, capitaine des Bleus et officier nazi

Alexandre Villaplane a été le premier capitaine de l’Équipe de France, lors de la première Coupe du Monde de football en 1930, en Uruguay. Voilà un nom dont on voudrait se souvenir, que l’on voudrait célébrer. « Alexandre Villaplane est un authentique Européen d’Algérie, mais il le cache. Art de l’esquive, du dribble avec la vérité, qui dit beaucoup du personnage. » (p. 56) Hélas, l’as du ballon rond s’est tristement illustré pendant la Deuxième Guerre mondiale, et le sous-titre résume tout ce qu’il faut comprendre. Il est passé à l’ennemi, et quel ennemi ! On ne parle pas d’un tir malheureux contre son camp, mais d’une trahison irréversible. Joueur doué, capable des meilleures fulgurances, mais aussi inconstant, flambeur et noctambule, attiré par la facilité et prompt aux magouilles, Villaplane va de club en club et doit rendre des comptes à la justice. Acheteur d’or pour la Gestapo, en contact avec la pègre, il fait son trou pendant les premières années du conflit. « Ce sont les temps heureux pour les voyous. Ils doivent toutefois faire preuve d’un sens pratique certain pour sentir l’évolution des attentes de l’occupant à leur égard et ne pas tomber en disgrâce. Pour avoir négligé cet aspect, Villaplane va payer le prix fort. » (p. 173) Sa naturalisation allemande ne le sauve pas et il est fusillé à la Libération. Lui qui a tant changé de maillot a fini par endosser la mauvaise chemise et, du brassard de capitaine des Bleus au brassard à croix gammée, son palmarès est peu glorieux.

Historiquement très riche, cette biographie retrace aussi la naissance du football international et professionnel. La bibliographie finale montre combien l’auteur s’est documenté sur son sujet. J’avoue avoir ressenti une certaine lassitude devant la litanie des résultats sportifs. En revanche, je salue la précision avec laquelle Luc Briand a reconstitué le parcours de ce footballeur de triste mémoire. Cette lecture entre en résonnance certaine avec Le nageur d’Auschwitz et rappelle plus que jamais l’importance du devoir du mémoire, par respect pour les victimes.

Lu dans le cadre du prix Sport Scriptm 2022.

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21 novembre 2022

Ténébreuse - Livre Premier

Hubert_Tenebreuse-Livre premierBande dessinée d’Hubert et Mallié.

Arzhur est un chevalier déchu qui vend son bras et son épée à qui les demande. Trois vieilles l’engagent pour ce qui semble être une mission simple. « Dans un sombre château, une jeune fille de sang royal est retenue prisonnière. » (p. 4) Islen, la princesse, semble finalement avoir bien peu besoin d’être secourue : c’est désormais aux trois démones qu’elle doit échapper, avec l’aide d’Arzhur, pour rejoindre son père. « Les animaux ont des sentiments et des pensées à leur manière. C’est horrible de les tuer pour les manger. » (p. 21) Proche de la nature et de toutes les formes du vivant, Islen maîtrise mal le pouvoir immense et destructeur qu’elle a hérité de sa mère. Quand sa couronne de papillons s’anime, le pire est à craindre. Terrifiée par ce don et fatiguée de se conformer aux attentes royales, Islen n’est pas une demoiselle en détresse. Et nous en saurons plus dans le deuxième livre.

Je sais déjà le second opus m’est offert par une amie pour mon anniversaire. Comme je suis sage, j’attends pour ouvrir le paquet et lire la suite du destin d’Islen et d’Arzhur, mais l’impatience est immense ! Les dessins de Mallié sont superbes, organiques et riches de textures et de couleurs. Je piaffe de poursuivre ma lecture de cette fable écologique et qui bat en brèche les clichés narratifs du preux chevalier et de la délicate princesse.

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18 novembre 2022

Gens de boxe

Ballester_Gens de boxeTexte de Pierre Ballester.

L’auteur propose une galerie de portraits . Oui, évidemment quelques noms de boxeurs apparaissent, mais ici, ce n’est pas le sportif ganté qui est sous les feux du projecteur : ce sont tous les acteurs qui forment, en quelque sorte, un deuxième rang de cordes autour de l’espace où les boxeurs s’affrontent. « S’écarter du carré du ring pour élargir le cercle, remonter les ondes de choc, recueillir les impacts à l’autre bout de la caisse de résonnance. » (p. 7) Pierre Ballester est allé à la rencontre de ceux qui font la boxe, sans short ni gants rembourrés. Speaker, arbitre, matchmaker, entraîneur, médecin, chercheur de sponsor, propriétaire de salle, photographe sportif, organisateur de rencontres, animateur, fonction officielle : tous composent une famille aux liens plus ou moins lâches, réunis autour des sportifs et pour le noble art. « Ces différents profils apportent une autre compréhension de la boxe une fois rassemblés. » (p. 209)

Agrémenté d’une photographie de la personne présentée, chaque portrait est une mine d’informations et éclaire un peu le microcosme de la boxe. L’ouvrage se lit rapidement et sans déplaisir, mais les jeux de mots un peu faciles, d’abord primesautiers, sont finalement attendus et lassants.

Lu dans le cadre du prix Sport Scriptm 2022.

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16 novembre 2022

Si les hommes avaient leurs règles

Besse_Si les hommes avaient leurs reglesBande dessinée de Camille Besse et Éric La Blanche.

Le titre de cette bande dessinée est un hommage à l’essai de Gloria Steinem. Cela peut sonner comme une boutade, mais la féministe américaine avait clairement démontré que ce retournement de situation ne serait pas à l’avantage des femmes. « Les menstruations deviendraient une manifestation de virilité enviable et dont on peut se vanter. Mais surtout, elles serviraient de justification au pouvoir des hommes. » (p. 2) Aux femmes, toujours la douleur d’enfanter, mais sans avoir de règles. Aux hommes, la gloire de saigner chaque mois et ainsi de se purifier. Oubliez deux minutes l’absence de logique biologique et imaginez un peu le pouvoir que ce sang régulier donnerait aux hommes. Au-delà de la première rigolade, l’exercice de pensée fait froid dans le dos. Les auteurs réécrivent avec pertinence des épisodes religieux et historiques en intégrant les menstruations masculines. Le sang est désormais synonyme de pouvoir. « Tout le monde sait que Superman a des super-règles ! Pourquoi il aurait un slip rouge, sinon ? » (p. 26)

Dans cette démonstration par l'absurde, la moindre situation quotidienne relative aux règles devient un cauchemar masculiniste. « Chez moi, c’est du maousse. Des litrons d’hémoglobine tous les 28. Et niveau protection, c’est simple : y a pas ma taille. Les ‘flux abondants’, pour moi, ça taille fillette. » (p. 3) Cela vous fait sourire ? Ou cela vous met mal à l’aise ? Dans les deux cas, c’est la preuve que vous voyez l’oppression systémique dont souffrent les femmes depuis des millénaires. Que les femmes soient menstruées ou qu’elles soient privées de ce cycle mensuel, ce sont les hommes qui gagnent à tous les coups.

Alors oui, on peut gentiment se marrer en tournant les pages, se bidonner devant le nouveau sens donné à « Les Anglais débarquent », mais on doit surtout continuer de réclamer la gratuité des protections hygiéniques pour tout·es et des moyens supplémentaires pour la recherche consacrée aux maladies féminines. C’est urgent et ça, il n’y a pas de quoi en rire. Je vous renvoie à Ni folles ni douillettes – L’endométriose, un combat quotidien ou encore à l’excellente BD jeunesse Les règles de l’amitié - #SangTabou. Évidemment, l’ouvrage de Camille Besse et Éric La Blanche a déjà sa place sur mon étagère de lectures féministes.

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14 novembre 2022

Nature aquatique

Nevry_Nature aquatiqueTexte de Guillaume Néry.

En 2015, en raison d’une erreur humaine, Guillaume Néry frôle la mort en mer de Chypre, à plus de 120 mètres de profondeur. Après cet accident, il met fin à sa carrière d’apnéiste. « Je découvre ma vulnérabilité : je peux mourir en plongeant. » (p. 14) Minutieusement, l’auteur passe en revue les jours qui ont précédé sa plongée quasi fatale. Une fois pesés le risque, la peur et l’audace, le danger subsiste toujours, jamais complètement maîtrisé, impossible à circonscrire. « Quand la sécurité devient la source du danger, c’est qu’il faut changer de système. » (p. 81 & 82) Le plongeur détaille les réactions physiologiques d’un corps qui s’enfonce, mètre par mètre, à coup de palmes, sous l’eau. Dans l’eau. Dans les profondeurs salées, là où la pression est à la limite du supportable, Guillaume Néry se sentait chez lui, mais sans oublier que cet environnement ne l’accueillait que momentanément. « Je ne suis pas chez moi ici. Je reste un simple visiteur. Il est temps de repartir. » (p. 114)

L’alerte écologique lancée par l’auteur résonne clairement : le temps n’est plus à l’attente, il faut agir. Mais à l’inverse de l’immédiateté tyrannique des réseaux sociaux et du monde contemporain, il faut prendre le temps : celui de la préparation, celui de la réflexion, celui de la prudence, comme pour une apnée périlleuse. L’action est nécessaire, mais elle s’anticipe. « Quand l’impatience a eu raison de moi, elle m’a invariablement condamné à l’échec. » (p. 134) J’ai beaucoup apprécié les pages où Guillaume Néry raconte sa communion quotidienne avec la mer, abolie pendant le confinement, avec la longue attente des retrouvailles.

Pour moi qui nage au mieux comme un petit chien et qui suis incapable de réguler mon souffle, ce récit est fascinant. Effrayant également. J’admire les silencieux athlètes des profondeurs, les corps qui se rêvent un instant cétacés ou dauphins.

Lu dans le cadre du prix Sport Scriptm 2022.

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11 novembre 2022

Le nageur d'Auschwitz

Leblond_Nageur dauschwitzRoman de Renaud Leblond.

Enfant en Algérie, Alfred Nakache avait peur de l’eau. Jeune homme, il remporte toutes les compétitions en France et en Europe. Médaille après médaille, il s’assure l’admiration des Français et l’inimitié de Jacques Cartonnet, son éternel rival des bassins. Mais en janvier 1944, avec son épouse Paule et leur fille Annie, Alfred est dans un train pour l’Allemagne. Son statut de champion lui vaut quelques égards et il profite de son emploi au dispensaire pour aider d’autres prisonniers. « N’oublie pas, Alfred, que tu es recordman du monde de natation. Ils ne te regarderont jamais comme les autres. » (p. 150) Les chapitres ne sont pas chronologiques, mais retracent parfaitement le parcours du nageur, champion progressivement interdit de compétition en raison de sa religion. « D’un trait de plume, il n’est plus rien. Ni français, ni algérien. Juif. Et, partout, indésirable. » (p. 123) Dans le camp, il nage pour la galerie nazie, mais aussi au nez et à la barbe des gardiens, refusant de se voir retirer cette liberté qu’il conquiert dans l’eau.

Des jardins parfumés de Constantine et aux fosses putrides d’Auschwitz, ce roman vrai nourrit le devoir de mémoire. Il montre aussi à quel point le sport peut être dévoyé par ceux qui le mettent au service d’une idéologie nauséabonde et excluante.  Pierre de Coubertin lui-même assure que l’esprit olympique est respecté par Hitler. » (p. 89) La qualité littéraire de ce texte est limitée, mais sa puissance historique est indéniable. Renaud Leblond, fondateur du prix Jules Rimet, dédié aux littératures sportives, signe un bel ouvrage.

Lu dans le cadre du prix Sport Scriptum 2022.

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09 novembre 2022

Peloton maison

Fournel_Peloton maisonRecueil de textes de Paul Fournel.

J’ai longtemps pensé que le peloton, c’était la masse des cyclistes incapables de se démarquer et contraints de rouler roue contre roue jusqu’à la ligne d’arrivée. Récemment, j’ai compris qu’il n’en est rien et l’ouvrage de Paul Fournel a fini de m’éclairer sur la force de cette masse mouvante dont s’échappent les vainqueurs. « J’aide les autres à gagner, c’est un gros boulot. » (p. 43) Les équipes cyclistes comptent des sprinteurs, des équipiers, des grimpeurs et des leaders. Chacun a son rôle pour porter un gagnant sur le podium. « Le sprint est un sport individuel qu’on pratique en équipe. » (p. 27)

Dans ces chroniques/nouvelles qui se déroulent comme les étapes du Tour de France, l’auteur explique le mystérieux langage – par mots et par signes – et la stratégie des coureurs. Remporter le maillot jaune est le Graal, mais courir ensemble est le plus important. « Je voudrais voir ce dont je suis capable dans ce peloton à l’intérieur duquel si peu, au final, courent vraiment pour gagner. » (p. 34) Chaque texte est un instantané de route et une déclaration d’amour au bitume. Cela donne une composition chorale qui est un bel hommage aux humbles tâcherons du peloton, heureux d’être membres d’une équipe qui pousse le leader vers la victoire. Je ne m’attendais pas à autant de poésie dans un livre parlant de roue, de crampes, de chutes, de montées et de freins. L’espace de quelque 200 pages, j’ai été embarquée dans la rassurante et vivante maison du peloton, pour mon plus grand plaisir !

Lu dans le cadre du prix Sport Scriptum 2022.

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07 novembre 2022

Alice Milliat, pionnière olympique

Chandre_Alice MIlliatBande dessinée documentaire de Didier Quella-Guyot (scénario), Laurent Lessous (documents), Chandre (dessins) et Marie Millotte (couleurs).

Championne d’aviron à une époque où le sport était l’apanage des hommes, Alice Milliat s’est toujours battue pour obtenir que les femmes fréquentent les stades et les gymnases, et pas simplement dans les gradins ou en supportrices. « Si vous pensez que le sport féminin est un signe d’indécence morale, de dépravation des moeurs et d’exhibitionnisme, autant vous le dire : vous vous trompez. » (p. 35) N’hésitant pas à s’opposer frontalement au baron Pierre de Courbertin, fondateur des Jeux olympiques modernes, et à la misogynie du CIO, Alice Milliat a créé des compétitions dédiées aux femmes où celles-ci excellent et battent record sur record. « Vous êtes en tout cas la preuve que le mâle n’est pas fort par nature et qu’il a besoin de s’entraîner pour être performant. Une ‘faible’ femme se débrouille très bien quand elle est entraînée. […] On ne naît pas championne, on le devient. » (p. 17)

Les pages de la bande dessinée alternent avec des planches documentaires qui présentent des documents d’archives et des précisions historiques. Je découvre notamment – et avec une immense colère – la mise sous tutelle du sport féminin par les instances principalement dirigées par des hommes. « On les ajoute en mini-jupe, pour divertir le public… Elles sont hyper musclées, hyper fortes, et leur tenue vestimentaire les rabaisse seulement à de jolies filles et les hommes ne voient même plus leur performance sportive. » (p. 9) L’ouvrage est très pédagogique, parfait pour un jeune public ou pour tout lecteur qui voudrait découvrir le sujet. La qualité littéraire est moindre, mais l’hommage rendu à cette femme qui a consacré sa vie à démocratiser le sport est sincère et vibrant.

J’ai retrouvé avec intérêt Violette Morris, sportive adulée du début du siècle, puis personnage controversé pendant la Deuxième Guerre mondiale. Dans cette collection de BD documentaire, j’avais déjà apprécié David Bowie en BD.

Lu dans le cadre du prix Sport Scriptm 2022.

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