Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

24 février 2020

Là où chantent les écrevisses

Owens_La ou chantent les ecrevissesRoman de Delia Owens.

En 1952, Kya a six ans quand sa famille commence à se déliter. Sa mère part la première, suivie de ses frères et sœurs, et enfin de son père, jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’elle. « Pourquoi celui qu’on a abandonné, celui qui saigne encore, devrait-il assumer la charge du pardon ? » (p. 232) Seule dans la petite maison au cœur du marécage, terrifiée, mais débrouillarde, la gamine survit et grandit, aussi sauvage que l’étendue humide dans laquelle elle se cache. « Un marécage n’ignore rien de la mort, et ne la considère pas nécessairement comme une tragédie, en tout cas, pas comme un péché. » (p. 12) Kya connaît le marais comme sa poche et l’étudie avec une minutie toute scientifique. En 1969, quand le corps de Chase Andrews est retrouvé au pied de la tour de guet, celle que tout le monde appelle la Fille des marais devient rapidement la première suspecte. « Si c’est un meurtre, l’assassin a su y faire. Le marais a bouffé et englouti toutes les preuves, s’il y en avait. » (p. 168)

En construisant le roman selon deux lignes temporelles, celle de la petite Kya d’une part et celle de l’enquête autour de la mort de Chase d’autre part, l’autrice ménage un suspense parfaitement maîtrisé. Aucune intrigue ne prend le pas sur l’autre, car elles se nourrissent mutuellement. Le portrait féminin est délicat et très fouillé et il est impossible de ne pas s’attacher à cette enfant blessée, mais résiliente, farouche et courageuse. Avec ce premier roman qui fait la part belle aux descriptions naturalistes, Delia Owens signe un coup de maître.

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21 février 2020

Quand les animaux s'en vont...

Lebon_Quand les animaux sen vontOuvrage de Valérie Lebon

Sous titre : Accompagner les animaux en fin de vie grâce à la communication animale – Communiquer avec les animaux défunts

Valérie Lebon est communicatrice animalière. En présentiel ou avec une photo, elle prend contact avec les animaux vivants ou morts. Par la télépathie, elle entend leurs souhaits ou leurs messages, notamment leurs dernières volontés. « La façon dont un animal conclut sa vie est trop souvent notre décision personnelle alors qu’il faudrait ici prendre l’avis du principal intéressé. » (p. 71) Son travail entre dans une approche holistique des soins à donner à nos animaux de compagnie ; suivi vétérinaire régulier, alimentation adaptée, confort de vie, etc. Dans le monde réel et dans le monde astral, les animaux ont des choses à nous dire, et Valérie Lebon assure le lien entre nous et eux, parfois pour comprendre un malaise, parfois pour réussir à dire adieu. « Il est temps de prendre ce temps entre quatre yeux avec votre compagnon animal. […] Il est bon de verbaliser tout ce que vous souhaitez lui dire avant qu’il rende son dernier souffle. » (p. 89)

Les humains qui ont des animaux de compagnie savent combien il est douloureux de perdre un compagnon à poils ou à plumes. C’est une peine souvent indicible, car mal comprise par ceux qui n’accordent pas une telle importance aux animaux. « Leur amour inconditionnel nous nourrit et nous enveloppe d’une infinie douceur à chaque instant de la vie, dans les bons comme dans les mauvais moments. Leur présence nous procure un bien-être comme bien peu d’individus savent le faire. » (p. 13) Faire le deuil d’un chat, d’un chien, d’un lapin ou autre, c’est long et ça ne doit pas être pris à la légère. Dans mon cœur, il reste pour toujours une place pour Polka, Poupée, Sucette, Hussard et Pitrou. Et je refuse d’imaginer le jour où mon amour de Bowie me quittera.

« Je vous invite à ne rien croire de tout ce que vous avez absorbé dans cet ouvrage, sans valider par le ressenti de l’expérience et/ou par le discernement de comment ça vibre en vous. » (p. 192) L’autrice fait bien de conclure son ouvrage par cette mise en garde. Malgré toute l’envie que j’ai de communiquer avec mon chat, j’ai très souvent l’impression que cela reste impossible et que tout n’est que coïncidence ou hasard quand Bowie réagit dans mon sens ou anticipe mes mouvements. J’apprécie surtout le message de Valérie Lebon quant à nos responsabilités en tant qu’espèce soi-disant dominante. Cela va dans le sens de mon végétarisme et de ma démarche écologique globale en faveur des animaux. « Il nous appartient en tant qu’humains, de mettre fin au massacre et à la brutalité à l’égard du règne animal ! Il nous appartient de cesser d’y contribuer par nos comportements, nos attitudes égoïstes et notre indifférence. » (p. 74)

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17 février 2020

Miroir de nos peines

Lemaitre_Miroir de nos peinesRoman de Pierre Lemaitre.

Dans ce dernier tome de la trilogie Les enfants du désastre, vous trouverez :

  • Un médecin suicidaire,
  • Une femme très belle, mais seule,
  • Un couple heureux, mais sans enfants,
  • Un enfant adopté et maltraité,
  • Deux militaires déserteurs un peu par hasard,
  • Une femme au cœur fragile,
  • Un mystificateur de génie,
  • Un cafetier bourru en Charentaises,
  • Un homme qui a volé une fortune,
  • Des milliers de réfugiés,
  • Un gros chien.

Cette foule est précipitée et bringuebalée par la Drôle de guerre et par l’exode. « Cette guerre, on ne savait plus ce qu’elle voulait faire. » (p. 357) Éclatent des secrets de famille et surviennent des retrouvailles douces et tendres. L’intrigue se déroule sur trois lignes de front : l’officielle qui mène au feu, la faussement sécurisée de l’arrière et la mouvante sur les routes. « Les civils s’enfuient, les militaires, eux, font retraite, nuance ! »(p. 176) Pierre Lemaitre montre une nouvelle fois la mocheté de la guerre et ce que certains humains savent en tirer de beau. En cela, la figure de Désiré est hilarante. Mais j’avoue une préférence pour Louise, cette trentenaire qui se cherche une famille. L’auteur ne manque pas de critiquer les manœuvres politiques et la propagande martiale, et l’on pourrait lire dans ses attaques des arguments pour accuser notre propre gouvernement. « En temps de guerre, une information juste est moins importante qu’une information réconfortante. Le vrai n’est pas notre sujet. Nous avons une mission plus haute, plus ambitieuse. Nous, nous avons en charge le moral des Français. » (p. 101)

J’ai peut-être un peu moins apprécié ce troisième tome que les deux premiers de la trilogie. Mais j’ai encore passé un savoureux moment avec la plume de Pierre Lemaître et les personnages qu’il malmène avec tendresse. Évidemment, si ce n’est pas fait, lisez Au revoir là-haut et Couleurs de l’incendie.

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14 février 2020

Bible du yoga

Iyengar_Bible du yogaTexte de B. K S. Iyengar.

J’ai commencé à pratiquer le yoga en septembre. D’abord pour reprendre une pratique sportive non agressive pour mon corps tout déglingué, ensuite pour apaiser mon esprit pas moins déglingué. Dès la première séance, coup de foudre pour cette discipline. J’ai réappris à me tenir debout : c’est la première des postures d’équilibre et elle est loin d’être innée ! Outre les deux heures de pratique en salle chaque lundi, j’essaie de pratiquer chez moi, à mon rythme. Je maîtrise plus ou moins bien les asana (postures), mais je progresse et je prends un vrai plaisir à sentir mon corps fonctionner sans souffrir. « La bonne façon de faire les asana procure une sensation de légèreté et de joie aussi bien dans le corps que dans l’esprit et une impression d’unité du corps, de l’esprit et de l’âme. » (p. 80) Tous les lundis matins, enfiler mon legging et un t-shirt (toujours rigolo parce que c’est cool !) me procure une impatience joyeuse qui me porte toute la journée !

Dans son ouvrage qui tient autant que du guide spirituel que du manuel d’exercice, B. K. S. Iyengar a décrit chacune des très nombreuses postures du yoga qu’il pratiquait, avec des photographies explicatives. Le yoga Iyengar prône des valeurs simples : travail, compassion, charité, humilité, entraide, détachement, etc. Les 8 piliers du yoga ne sont pas sans me rappeler les 10 commandements bibliques et ma foi catholique que j’essaie de vivre dans une pratique moderne, lumineuse et humaniste. Il n’est pas question de conversion ou de prosélytisme, simplement d’une découverte riche de sens et de mystères à décrypter.

Je vous laisse avec de nombreux extraits de l’introduction de ce livre. Cette lecture a enrichi mon début d’année 2020 !

« Le yoga est une science pragmatique dont l’origine se perd dans la nuit des temps. Il a évolué pendant des millénaires, et traite globalement du bien-être de l’homme sur les plans physique, moral, mental et spirituel. » (p. 7)

« La pratique du yoga développe un sens fondamental de la mesure et des proportions. Elle nous ramène à notre propre corps, notre premier instrument, et nous apprenons à en jouer, à en tirer le maximum de résonance et d’harmonie. » (p. 11)

« C’est une technique idéale pour prévenir les maladies physiques et mentales et protéger le corps en général en développant une sensation inébranlable d’assurance et de sûreté de soi. » (p. 13)

« Les asana maintiennent la force et la santé du corps et son harmonie avec le cosmos. Finalement, le yogi se libère des impressions physiques. Il triomphe de son corps et en fait le digne véhicule de l’âme. » (p. 21)

« Le corps est, pour le yogi, l’instrument essentiel de sa réalisation. […] Si son corps tombe malade, l’élève n’avancera pas. La santé physique est importante pour le développement mental, car le fonctionnement normal de l’esprit repose sur le système nerveux. Une maladie du corps ou du système nerveux rend l’esprit agité ou inerte ou hébété ; la concentration ou la méditation deviennent impossibles. » (p. 26)

« L’étude du yoga ne ressemble pas à la préparation d’un diplôme ou d’un grade universitaire que l’on désire obtenir dans un temps déterminé. » (p. 32)

« Le sisya [disciple] doit valoriser avant tout l’amour, la modération et l’humilité. L’amour engendre le courage, la modération crée l’abondance et l’humilité conduit au pouvoir. » (p. 34)

« Le yogi renonce à tout ce qui l’éloigne du Seigneur. […] Le yogi ne renonce pas à l’action. » (p. 36)

« Le yogi pense que tuer ou détruire une chose ou un être est une insulte à son créateur. » (p. 37)

« Le yogi s’oppose au mal qui est dans l’homme, non à l’homme lui-même. […] Le yogi sait que la bonne façon d’agir est d’aider une personne tout en combattant le mal qui est en elle. La bataille sera gagnée, car il le combat avec amour. » (p. 39)

« Plus importante que la purification physique du corps, est la purification de l’esprit pour le libérer d’émotions telles que haine, passion, colère, convoitise, cupidité, illusion et orgueil. Plus importante encore est la purification de la pensée […]. Cette purification intérieure apporte le rayonnement et la joie. » (p. 45)

« L’ignorance n’a pas de commencement, mais elle a une fin. Il y a un commencement, mais pas de fin à la connaissance. » (p. 49)

« Mieux que ses paroles, les actions d’un homme sont le miroir de sa personnalité. Le yogi a appris l’art de consacrer toutes ses actions au Seigneur, si bien qu’elles réfléchissent la divinité qui est en lui. » (p. 51)

« La voie du yogi est aussi étroite que le fil du rasoir, elle est difficile à suivre, et peu nombreux sont ceux qui la trouvent. Le yogi sait que les voies, soit de la déchéance, soit du salut se trouvent en lui-même. » (p. 60)

« Les qualités demandées au novice sont la discipline, la foi, la ténacité et la persévérance dans un entraînement régulier et sans interruption. » (p. 75)

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10 février 2020

10 contes du Japon

Martin_10 contes du japonRecueil de contes rassemblés et complétés par Rafe Martin. Illustrations de Fred Socahrd

L’imaginaire du Japon est nourri par les spiritualités shinto et bouddhistes, mais aussi de légendes et de figures ancestrales. Il y a des esprits et des fantômes partout, des puissances et des dieux tantôt facétieux, tantôt cruels. Ces contes prônent la bienveillance envers le vivant et rappellent que protéger la nature, c’est s’en attirer les meilleures grâces. La magie est au cœur de chaque être : arbre, poisson, chat, oiseau, tous peuvent exaucer les promesses ou être l’instrument d’une juste colère supérieure.

Les morales de ces contes sont souvent des rappels et des mises en garde. L’homme est appelé à honorer ses promesses et à faire preuve de générosité envers toute chose. La curiosité est souvent fustigée, elle qui brise secret et silence et entraîne de tristes conséquences. « Père, mère […], je comptais rester toujours avec vous. Mais vous m’avez vue sous mon véritable aspect. Je suis la grue prise au piège que tu as sauvée, père. Je voulais vous récompenser de votre bonté. Je ne vous oublierai jamais, mais maintenant que vous savez la vérité, je ne peux demeurer davantage avec vous. » (p. 73) Face à la fugacité de l’existence, les transformations des êtres ne sont que plus spectaculaires et illustrent comment tout passe pour revenir autrement.

Chaque conte est précédé un haïku qui insuffle poésie et profondeur dans la lecture à venir. Devant certains textes, je n’ai pu m’empêcher de penser aux sublimes Nouvelles orientales de Marguerite Yourcenar, notamment « Comment Wang-Fô fut sauvé ». Je ne me lasse jamais des histoires immémoriales, éternelles et renouvelées.

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07 février 2020

L'âge de la lumière

Scharer_Age de la lumiereRoman de Whitney Scharer.

Lee Miller est jeune. Elle est belle. Les objectifs l’adorent. Mais elle veut passer derrière. Loin de son Amérique natale, elle espère réaliser son rêve dans le Paris de 1929. « Lors de son premier été à Paris, elle ne connaissait pas encore le pouvoir des photos, la façon dont un cadre crée une réalité, dont une photographie devient un souvenir qui devient vérité. » (p. 28) Sa rencontre avec Man Ray est décisive. L’artiste devient son maître, son amant. Lee devient son assistante et sa muse. Le couple côtoie Paul Eluard, Pablo Picasso, Jean Cocteau, Salvador Dali et tout ce que Paris compte d’artistes et d’intellectuels surréalistes. Les années passent et la jeune Américaine se forme. « Lee observe toutes ces vies autour d’elle et commence à redevenir elle-même – ou à devenir elle-même, pour la première fois. Ses paupières sont comme l’obturateur d’un appareil photo ; quand elle cligne des yeux, un mouvement, une image s’impriment dans son esprit. De temps à autre, une de ces images mérite d’être conservée, de sorte qu’elle la fixe sur la pellicule. Toutes les photos qu’elle prend ainsi semblent vivantes et inattendues. Et Lee elle-même se sent plus vivante que jamais du seul fait de les prendre. » (p. 366) Devenue reporter de guerre, à Buchenwald, elle perd une part d’elle-même. « Il y a matière à photos partout où se pose le regard, des compositions d’horreurs. » (p. 147) Plus de 30 ans après sa rencontre avec Man Ray, elle ne sait quoi faire quand on lui propose de relancer sa carrière de journaliste en écrivant un long portrait de son ancien amant. « Le sujet, c’est Man Ray / Justement pas, pense Lee. Et ça a toujours été le problème. » (p. 28 & 29)

Dans ce roman historique, l’autrice présente la relation intense et dévorante entre l’artiste déjà renommé et celle que l’histoire aurait pu oublier, tant le premier s’est approprié le travail de la seconde. Whitney Scharer joue sur les deux faces de la photographie, entre art et reportage, qui sont deux formes de vérité. « L’un après l’autre, les correspondants de presse. Lee reste. Elle doit porter témoignage. Elle a les poches remplies de boîtes de pellicule, de grenades à envoyer pour publication. » (p. 290) Le récit est très bien rythmé et très agréable à lire. Peut-être un peu trop romancé à mon goût, mais je pinaille : le roman offre un beau portrait d’une artiste.

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05 février 2020

Le sauvetage de Choupinou

Chichester Clark_Sauvetage de ChoupinouAlbum d’Emma Chichester Clark.

Imelda est une petite fille très bruyante, très capricieuse et toujours en colère. Son jouet préféré, c’est Choupinou, un adorable lapin en peluche. Mais l’enfant n’est pas tendre avec le joujou, et un jour, ce dernier n’en peut plus et s’enfuit. Furieuse, Imelda réclame qu’on lui retrouve son jouet. Ses parents, béats d’admiration devant leur petit monstre à couettes, lui offrent un vrai lapin. Mais surprise, l’animal est loin d’être une peluche docile et s’avère être un justicier implacable. « Nous devons parler d’Imelda. » Si la fin de l’histoire n’est pas heureuse pour l’affreuse gamine, elle l’est sans aucun doute pour Choupinou.

Enfant, j’étais convaincue – sans doute comme tous les mômes – que mes jouets étaient vivants, surtout mes peluches. Je ne pense pas avoir été un bourreau de joujou, sauf peut-être toute petite, mais il me semble avoir été une petite fille très précautionneuse avec ses jouets. Pas étonnant qu’Imelda m’ait été autant antipathique ! Il faut dire que le dessin y ait pour beaucoup. Les parents de la mioche sont charmants alors que la gosse a un nez de cochon et des cheveux coiffés à la diable. Abandonne tout espoir, petit jouet qui entre dans cette chambre ! J’ai souvent pensé que la tendresse avec laquelle un enfant traite ses jouets en dit beaucoup sur la façon dont il se comporte en société. Mais bon, je ne suis pas pédopsychiatre, alors je range mes théories fumeuses et je vais border mon doudou pour ne pas qu’il prenne froid.

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03 février 2020

Les frères Karamazov

Dostoievski_Freres Karamazov_mangaManga de Hiromi Iwashita, librement adapté du roman de Fiodor Dostoïevski.

J’ai besoin de résumer le roman ou tout le monde est au point ? Bon, rapidement alors. Un père débauché et alcoolique. Quatre fils qui ont tous un motif de ressentiment à son encontre. Un parricide : quel fils est coupable ? « Il faut être un fils indigne pour frapper son père ! » (p. 25)

J’avais abandonné la lecture du roman de Dostoïevski parce que, hein, bon, le style du bonhomme est plus étouffant qu’un sandwich à la purée. Je suis donc ravie d’avoir abordé l’histoire par un autre support. Pas certaine que le manga traduise toute la profondeur du roman, mais il a le mérite de rendre l’intrigue très dynamique. Sans les rendre simplistes, il présente clairement les leitmotivs littéraires que sont l’argent, la foi et l’amour. Et surtout, il met très bien en perspective la colère des paysans russes envers les propriétaires à la fin du 19e siècle. Sans aucun doute, le manga pourra mener des lecteurs vers le roman. Ce ne sera pas mon cas, Fiodor et moi, ça ne colle pas.

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31 janvier 2020

Civilizations

Binet_CivilizationsRoman de Laurent Binet.

Et si les Vikings s’étaient installés en Amérique du Sud ? Et Si Christophe Colomb n’était jamais revenu de son voyage vers les Indes ? Et si les Incas avaient traversé l’Atlantique avant les conquistadors ? Et s’ils avaient établi leur domination sur l’Europe ? « Nous allons voguer vers un nouveau monde, pas moins riche que le nôtre, gorgé de terres. » (p. 73) C’est que propose Laurent Binet dans son uchronie. On y voit un Atahualpa qui rallie ceux que Rome exclue et persécute et qui se paye le luxe de convertir un roi anglais, un certain Henri VIII, au culte du soleil. « La vraie Jérusalem n’est plus à Jérusalem, mais à Cuzco, au-delà de la mer Océane, où se trouve le nombril du monde. » (p. 249)

L’auteur propose un exercice de style ludique et très maîtrisé où tout est inversé pour être réinventé. Le Nouveau Monde, c’est donc l’Europe, et les Incas, nouveaux conquistadors, cherchent à s’y installer, toujours plus loin vers l’Orient. C’est le Far East, en quelque sorte ! Atahualpa écrit les histoires royales d’Europe, sous l’œil de Titien, Michelangelo ou encore Vermeyen qui illustrent ses hauts faits, ses alliances, ses mariages. « L’histoire nous a appris qu’au fond, peu d’événements prennent la peine de s’annoncer, parmi lesquels un certain nombre se plaisent à déjouer les prévisions, et qu’en définitive, la plupart se contentent de survenir. » (p. 84)

Saga nordique, journal intime, épopée élégiaque, correspondance entre grands de ce monde, narration au long court, Laurent Binet explore divers genres littéraires pour constituer son Histoire inventée de l’Europe. C’est brillant, souvent jouissif tant on se régale des trouvailles historiques de l’auteur. « Personne, ne l’ayant vu lui-même, ne pourra croire ce que j’ai vu, et pourtant je peux assurer mes Seigneurs Princes que je n’exagère pas de la centième partie. » (p. 33)

Dans La septième fonction du langage, l’auteur m’avait enchantée par sa plume mordante et son talent pour les rebondissements. Même chose avec Civilizations qui a des airs de jeux de gestion : si je balance des légions d’Incas sur l’invincible armada de Charles Quint, qui gagne ? Au terme de cette lecture, Binet gagne et remporte mon cœur de lectrice une nouvelle fois !

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29 janvier 2020

Croc Croc la carotte

Yiqun_Croc croc la carotteHistoire originale de Fang Yiqun, racontée par Véronique Massenot et illustrée par Clémence Pollet.

La neige a tout recouvert. Petit Lapin a bien du mal à trouver de quoi se nourrir, mais voilà qu’il découvre deux belles carottes. Il en garde une pour lui et offre la seconde à Petit Singe. « Que fait-il dehors, par un temps pareil ? Qu’il rentre vite, j’ai un joli cadeau pour lui ! » Petit Singe était aussi parti en quête de nourriture, tout comme Petit Chevreuil et Petit Ours. Chacun ayant trouvé de quoi manger, la carotte passe de main en main.

Ce joli album aux illustrations douces et colorées montre une belle chaîne de générosité. Il démontre comment un acte charitable initial est toujours récompensé. La morale est sage et simple, à base de karma et d’équilibre du monde. Et de toute façon, qui n’aime pas les carottes ?

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