Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

02 mai 2016

Black Messie

Greggio_Black messieRoman de Simonetta Greggio. À paraître le 4 mai chez les éditions Stock.

« De l’irruption du mal dans le quotidien, aucun d’entre nous n’est à l’abri. Il y a une démarcation, un avant et un après. » (p. 179) Entre 1968 et 1985, l’Italie a tremblé devant les crimes atroces perpétrés par le Monstre de Florence. « Seize morts, des couples assassinés pendant leurs ébats amoureux. » (p. 13) Si un suspect a été arrêté, il s’est avéré qu’il n’était pas le coupable. Ainsi, le Monstre n’a jamais été appréhendé par les forces de l’ordre. Trente ans plus tard, quand de nouveaux meurtres tout aussi cruels sont accomplis, la ville tremble à nouveau. « Florence est une ville merveilleuse. Ici plus qu’ailleurs, le sang a coulé avec magnificence. Savez-vous que c’est là que les premières sociétés secrètes italiennes ont vu le jour ? » (p. 61) Jacopo D’Orto, le capitaine des carabiniers, reprend l’enquête et soupçonne rapidement Miles Lemoine, professeur d’histoire américaine au comportement d’autant plus suspect que sa fille a disparu. Parallèlement, on découvre l’existence d’un groupe au rituel secret, entièrement dévoué à la Vierge Noire. Et on cherche le lien entre un tableau de Botticelli, une chanson des Beatles et un tristement célèbre tueur en série américain.

Les narrateurs changent à chaque chapitre. La voix du capitaine se confond avec celle du professeur, avec celles des nombreuses victimes et celle du tueur, qui se surnomme Légion. « Qui suis-je ? Mon nom change pour les siècles des siècles. Mais toujours on m’appelle Légion. » (p. 62) Avec cette référence biblique, le tueur signifie que son visage est multiple et qu’il est impossible à arrêter parce que, toujours et partout, de nouveaux monstres se lèveront pour faire couler le sang. « Le mal se cachait dans les plis du réel, attendant tranquillement son heure. L’heure a sonné. Le massacre peut commencer. » (p. 319) J’ai ressenti une grande compassion pour Miles Lemoine, ce veuf tourmenté qui craint tellement qu’il arrive malheur à sa fille. Brisé par la mort de son épouse, hanté par un passé violent, Miles est un personnage ambigu fascinant et émouvant. « Revenir de chez les morts n’est pas la même chose qu’être vivant. » (p. 84)

Il y a quelques années, j’avais lu Étoiles : ce roman de Simonetta Greggio m’avait laissé une impression plutôt négative. Rien de tel avec Black Messie. Pourtant, les thrillers sur fond de complot et de religion ne sont pas ma tasse de thé. Mais ce roman est très difficile à lâcher. C’est autant le fait de la construction qui tient en haleine que du style qui est précis, voire cinglant, tout en étant extrêmement visuel et cinématographique. « Une rose sortit de la bouche de la crucifiée et roula aux pieds de Jacopo, qui se pencha pour la ramasser. Il n’en fit rien. Il attendit que ses larmes cessent, accroupi près de la morte, main tendue vers la fleur flétrie. » (p. 15) Ne cherchez pas de ressemblance avec Da Vinci Code, le roman de Simonetta Greggio est bien plus subtil et bien plus glaçant. Et qu’on se le dise, « Tout est abject aux yeux des abjects. » (p. 24)

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01 mai 2016

Billevesée #227

Pourquoi la souris informatique porte-t-elle ce nom d'animal ?

Oui, je me pose des questions existentielles...

La réponse est finalement assez simple et j'aurais pu la trouver en réfléchissant toute seule.

Les premiers appareils de ce type étaient reliés à l'ordinateur par un fil. La forme de l'objet et le long fil ressemblent au corps de ce petit animal.

Voilà, c'est bête comme chou.

Alors, billevesée ?

Billevesee_Souris ordinateur

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30 avril 2016

Cousine Phillis

Gaskell_Cousine PhillisNouvelle d’Elizabeth Gaskell.

Paul Manning rencontre une branche familiale inconnue. Immédiatement sous le charme de sa jolie cousine, Phillis, il sait qu’elle ne sera jamais son épouse. « Qui ne l’aimerait pas, l’ayant vue comme je la voyais et pouvant apprécier ce caractère de jeune fille exceptionnel comme sa beauté ? » (p. 70) La jeune fille est instruite, savante, curieuse et dotée d’un caractère pur et noble, et elle éprouve pour ce nouveau cousin toute l’affection d’une sœur pour un jeune frère un peu turbulent. Le malheur viendra de ce que Paul introduit son ami Holdworth dans la paisible famille Holman. L’équilibre serein d’Hope-Farm en sera à jamais brisé.

Avec une originalité certaine, Elizabeth Gaskell fait le portrait d’une jeune fille idéale brisée par l’amour et l’inconstance d’un jeune homme qui s’est déclaré trop vite. La douce résignation et l’apaisement auquel elle se force après sa grande émotion sont superbement dépeints. Beaucoup comparent Elizabeth Gaskell à Jane Austen. Pour ma part, je ne vois rien de commun entre ces deux grandes auteures : la première reste grave quand la seconde insère avec subtilité une ironie dans tous ses textes. Si la comparaison ne tient pas selon moi, je reconnais l’immense talent des deux auteures et je refuse de choisir entre elles, comme cela semble être l’habitude chez certains lecteurs de textes britanniques.

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29 avril 2016

Ceux qui restent

Laberge_Ceux qui restentRoman de Marie Laberge. À paraître en mai chez les éditions Stock.

« Le 26 avril 2000, Sylvain Côté s’enlevait la vie. Il avait vingt-neuf ans. Si on lui avait dit combien de gens il marquerait par son geste, il ne l’aurait pas cru. » (p. 11) Après ces premières phrases, on pourrait s’attendre à un sombre roman sur le suicide et le deuil. Il n’en est rien. Ceux qui restent est un texte résolument humain, lumineux et riche d’espoir. Quinze ans après, des voix s’élèvent pour parler de celui qui a choisi d’en finir, un soir de printemps.

Charlène, la maîtresse de Sylvain, prend à partie ce chum qui s’est donné la mort après avoir quitté son lit. « Je t’ai-tu dit va chier ? Va chier. » (p. 36) Barmaid quarantenaire, elle ne s’attendait pas à voir débarquer le père de son amant dans son bar, ni à se lier d’amitié avec lui. Avec son parler franc (et si glorieusement québécois), elle manifeste une envie d’en découvre avec celui qui lui a brisé le cœur, mais elle ne peut dissimuler les trésors de tendresse qu’elle garde en réserve.

Vincent Côté s’interroge sur ses manquements en tant que père : n’a-t-il pas assez aimé son fils pour que celui-ci préfère la mort au réconfort que les siens pouvaient lui apporter ? « Quand ton propre enfant se tue avant d’avoir trente ans, disons que tu n’as plus beaucoup d’assurance pour dicter une conduite parentale à qui que ce soit. » (p. 26) Grâce à Charlène, il complète un peu l’image qu’il avait de son fils, mais il reprend aussi goût à l’existence. « Je ne te ferai pas subir l’odieux de me servir de toi pour justifier une incompétence à vivre. Je vais honorer la vie, je vais la choisir en toute conscience chaque jour. Je vais vivre, quel qu’en soit le prix. Je vais vivre, quel que soit le poids de mon cœur privé de toi. » (p. 165)

Muguette Côté ne s’est jamais remise d’avoir trouvé son fils, pendu dans la maison familiale. « Parfois, j’ai l’impression qu’un sabre puissant a fendu mon corps en deux. Chaque partie palpite, mais aucune n’est vraiment vivante. » (p. 31) Cette phrase de son mari s’applique aussi à celle qui, terrorisée à l’idée de perdre son époux, pensait naïvement qu’un bébé lui rendrait son mariage. En vain.

Mélanie-Lyne, la femme de Sylvain, a élevé leur fils en lui cachant la cause de la mort de son père. Surprotectrice, obsédée par la réussite et l’avenir de son garçon, elle occulte le deuil en étant une mère aux aguets, constamment inquiète. Quant à Stéphane, il a grandi sans son père, entouré de près par sa mère et son grand-père. Ressent-il un manque ? Difficile à dire. Toujours est-il qu’il se construit une existence d’homme à la marge.

Dans ces adresses au défunt, il y a des tentatives de faire enfin le deuil, des interrogations infinies et des quêtes de sens. Sylvain est cet absent qui prend tellement de place dans la vie de ceux qu’il a laissés. Colère, regrets, reproches, incompréhension, remords, culpabilité, tout cela se mêle dans les discours de ceux qui restent. « Les suicides, y nous refilent le problème. Y nous le laissent. » (p. 57) Quinze ans après la mort de Sylvain, il leur faut accepter ce décès et le fait de ne pas avoir été présents. Il leur faut aussi se pardonner et cesser de chercher des explications. « Que c’est long, comprendre le bon sens… Sortir de sa peine. Je dirais la sortir de soi. » (p. 103) Finalement, ceux qui restent finissent aussi par partir et le cercle de ceux qui se souviennent rétrécit. Sylvain ne disparaît pas, mais il change de statut : il n’est plus le suicidé, il redevient le fils, le père, l’amant, l’ami. Et peut-être aussi celui dont le chemin aurait pu être suivi par ceux qui restent. « La mort de quelqu’un qu’on aime, ça nous oblige à considérer comment on vit. À quel prix, à quel renoncement on consent. » (p. 148)

Connaît-on jamais vraiment ceux que nous fréquentons, qu’ils soient vivants ou morts ? « Sylvain s’est tué parce qu’il s’est tu. » (p. 26) Ce qui est certain, c’est que les relations humaines sont des petits miracles qui ne s’expliquent pas. Les connexions familiales, amicales et sociales résultent d’une alchimie indiscernable rare et précieuse. Quelle tendresse immense j’ai éprouvée pour Vincent, cet homme cabossé au cœur immense, avide d’aimer et de rendre grâce à l’existence. « Mon fils, mon Sylvain, je l’ai aimé. Je l’aime encore, d’ailleurs. D’un amour pétrifié par son suicide. Un amour criblé de questions, de culpabilité, d’insuffisances redoutées ou avérées. Je n’y échapperai jamais, à cette condamnation. » (p. 67)

Les dernières pages du roman confinent au sublime et vont me bouleverser durablement. J’aurais pu relever une phrase magnifique par page. « Je m’en veux quand même, parce que je voudrais tant que l’amour que j’éprouvais ait fait une différence. Mais ça ne le fait pas toujours. Et ça ne dépend pas toujours uniquement de nous. » (p. 500) Chaque mot interpelle et frappe au cœur, que l’on ait ou non fait l’expérience du suicide d’un proche. Parce qu’au-delà du suicide, ce qui reste, c’est l’absence et le vide béant qui reste à combler quand un proche disparaît, qu’il meurt ou qu’il déménage.

Pendant mon long séjour au Québec, j’ai dévoré tous les romans de Marie Laberge que j’ai pu trouver à la médiathèque où je travaillais. De retour en France, j’ai eu bien du mal à trouver des textes de cette excellente auteure québécoise dont la plume sensible et juste n’est pas sans me rappeler celle de Philippe Claudel quand il écrit sur le deuil, les morts et les vivants. Ceux qui restent est sans conteste un immense roman dont je ne peux que vous recommander la lecture.

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28 avril 2016

Guide de survie avec un chat - 80 listes pour vous faire miauler de plaisir

Pouhier&Jouffa_Guide de survie avec un chatTexte de Frédéric Pouhier et Susie Jouffa.

Pour cette chronique, je laisse la parole à Bowie (oui, mon chat a un compte Twitter, et alors ?), ma minette tyrannique d’amour. Voyons ce qu’elle a pensé de ce livre.

*****

Je prends du temps sur ma sieste du matin (et c’est un gros sacrifice) pour un billet coup de griffe. Je me demandais bien pourquoi Lili Galipette se marrait comme une baleine en lisant ce bouquin et en me regardant toutes les trois secondes. Ce n’est déjà pas facile de vivre avec elle au quotidien, mais s’il faut en plus que je me tape son mépris affectueux, je veux comprendre pourquoi. J’ai lu ce livre et j’en ai retenu quelques passages que je me dois de commenter. Un instant, je vais manger quelques croquettes.

Voilà, ça va mieux, je peux tenir jusqu’au premier goûter du matin. Voyons ensemble ces extraits.

« Un enfant ne pissera pas dans votre sac pour vous montrer son mécontentement. Un chat oui. » (p. 17) Je proteste : je n’ai jamais uriné dans le sac de Lili Galipette. Dans son cabas à roulette pour les courses, oui. Mais le sac à main, non.

« Inutile d’aller courir avec votre chat. Il est comme vous, il déteste ça. » (p. 22) J’aime courir. Dans tout l’appartement. Entre 22 h 04 et 22 h 13. Juste quand Lili Galipette vient de s’endormir. Oui, c’est une parfaite coïncidence.

DSCN0006

Ça, c'est moi quand j'étais toute petite. Je suis choupi, hein ?

Ah, il paraît que les chats ont des pouvoirs. « Le pouvoir de vous faire fondre même quand vous êtes en colère contre lui. Le pouvoir de transformer la nourriture en vomi. » (p. 29) Vrai pour le premier. Hop, un petit retournement sur le dos, on s’étire artistiquement vers l’oreiller, un coup de tête à la peluche préférée, et l’affaire est dans le sac. Le second est vrai aussi. Et alors, ça pose un problème ?

« Témoignage d’un propriétaire de chat - Il paraît qu’un chat a parcouru plus de mille kilomètres pour rentrer chez lui. Le mien, tu lui décales sa litière de trente centimètres et il chie sur la moquette. » (p. 30) Heureusement qu’il n’y a que du carrelage dans l’appart de Lili Galipette. Et je suis hyper propre d’abord ! Quand ma litière est trop sale, je fais mes besoins dans le lavabo ou dans l’évier. Tout de même, vous ne direz pas que je n’y mets pas du mien !

DSCN0760

Je suis canon, n'est-ce pas ?

« Son chat, c’est un peu son bébé. Alors réfléchissez-y deux fois avant de l’inviter en week-end romantique à Florence en lui disant : Ton chat peut bien rester seul trois jours. » (p. 69) Perso, j’aimerais bien que Lili Galipette me lâche la grappe de temps en temps, du moment qu’elle est là à 7 h 05, 9 h 32, 11 h 49, 15 h 12, 18 h 30 et 21 h 59 pour me donner mes croquettes. Sinon, pas de problème, elle peut partir en week-end quand elle veut.

« Avant, vous aviez une maison, dorénavant vous vivez chez lui. Mais dans sa grande mansuétude, votre chat vous laisse continuer à rembourser les traites de votre crédit. » (p. 124) Lili Galipette loue un appart minuscule… et encore heureux qu’elle paye le loyer ! Je ne vais pas dormir dans les gouttières, moi ! Déjà qu’elle m’a trouvée dans une poubelle, Lili Galipette n’a pas intérêt à nous faire crécher sous les ponts !

Voilà, il fallait rectifier deux ou trois choses. Je laisse le mot de la faim (il est l’heure de ma bouffe) à Lili Galipette.

*****

Non, je ne me moquais pas du tout de mon chat ! Je l’ai simplement retrouvé dans toutes les situations décrites par les auteurs. Ces listes écrites à deux voix sont hilarantes et très réalistes. Le cahier d’exercices final permet de se défouler et de compléter ce que les auteurs ne savent pas de notre chat. Parce que si les matous partagent un plan de conquête du monde bien rôdé, ils ont chacun une manière particulière de nous faire tourner chèvre !

Pour les amoureux des chats, je recommande Éloge du chat de Stéphanie Hochet et Le petit dictionnaire amoureux des chats de Frédéric Vitoux.

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Guide de survie avec un chat - 80 listes pour vous faire miauler de plaisir

Pouhier&Jouffa_Guide de survie avec un chatTexte de Frédéric Pouhier et Susie Jouffa.

Pour cette chronique, je laisse la parole à Bowie (oui, mon chat a un cmpte Twitter, et alors ?), ma minette tyrannique d’amour. Voyons ce qu’elle a pensé de ce livre.

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Je prends du temps sur ma sieste du matin (et c’est un gros sacrifice) pour un billet coup de griffe. Je me demandais bien pourquoi Lili Galipette se marrait comme une baleine en lisant ce bouquin et en me regardant toutes les trois secondes. Ce n’est déjà pas facile de vivre avec elle au quotidien, mais s’il faut en plus que je me tape son mépris affectueux, je veux comprendre pourquoi. J’ai lu ce livre et j’en ai retenu quelques passages que je me dois de commenter. Un instant, je vais manger quelques croquettes.

Voilà, ça va mieux, je peux tenir jusqu’au premier goûter du matin. Voyons ensemble ces extraits.

« Un enfant ne pissera pas dans votre sac pour vous montrer son mécontentement. Un chat oui. » (p. 17) Je proteste : je n’ai jamais uriné dans le sac de Lili Galipette. Dans son cabas à roulette pour les courses, oui. Mais le sac à main, non.

« Inutile d’aller courir avec votre chat. Il est comme vous, il déteste ça. » (p. 22) J’aime courir. Dans tout l’appartement. Entre 22 h 04 et 22 h 13. Juste quand Lili Galipette vient de s’endormir. Oui, c’est une parfaite coïncidence.

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Ça, c'est moi quand j'étais toute petite. Je suis choupi, hein ?

Ah, il paraît que les chats ont des pouvoirs. « Le pouvoir de vous faire fondre même quand vous êtes en colère contre lui. Le pouvoir de transformer la nourriture en vomi. » (p. 29) Vrai pour le premier. Hop, un petit retournement sur le dos, on s’étire artistiquement vers l’oreiller, un coup de tête à la peluche préférée, et l’affaire est dans le sac. Le second est vrai aussi. Et alors, ça pose un problème ?

« Témoignage d’un propriétaire de chat. Il paraît qu’un chat a parcouru plus de mille kilomètres pour rentrer chez lui. Le mien, tu lui décales sa litière de trente centimètres et il chie sur la moquette. » (p. 30) Heureusement qu’il n’y a que du carrelage dans l’appart de Lili Galipette. Et je suis hyper propre d’abord ! Quand ma litière est trop sale, je fais mes besoins dans le lavabo ou dans l’évier. Tout de même, vous ne direz pas que je n’y mets pas du mien !

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Je suis canon, n'est-ce pas ?

« Son chat, c’est un peu son bébé. Alors réfléchissez-y deux fois avant de l’inviter en week-end romantique à Florence en lui disant : Ton chat peut bien rester seul trois jours. » (p. 69) Perso, j’aimerais bien que Lili Galipette me lâche la grappe de temps en temps, du moment qu’elle est là à 7 h 05, 9 h 32, 11 h 49, 15 h 12, 18 h 30 et 21 h 59 pour me donner mes croquettes. Sinon, pas de problème, elle peut partir en week-end quand elle veut.

« Avant, vous aviez une maison, dorénavant vous vivez chez lui. Mais dans sa grande mansuétude, votre chat vous laisse continuer à rembourser les traites de votre crédit. » (p. 124) Lili Galipette loue un appart minuscule… et encore heureux qu’elle paye le loyer ! Je ne vais pas dormir dans les gouttières, moi ! Déjà qu’elle m’a trouvée dans une poubelle, Lili Galipette n’a pas intérêt à nous faire crécher sous les ponts !

Voilà, il fallait rectifier deux ou trois choses. Je laisse le mot de la faim à Lili Galipette : il est l’heure de ma bouffe. Oui, le mot de la faim, tout à fait !

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Non, je ne me moquais pas du tout de mon chat ! Je l’ai simplement retrouvé dans toutes les situations décrites par les auteurs. Ces listes écrites à deux voix sont hilarantes et très réalistes. Le cahier d’exercices final permet de se défouler et de compléter ce que les auteurs ne savent pas de notre chat. Parce que si les matous partagent un plan de conquête du monde bien rôdé, ils ont chacun une manière particulière de nous faire tourner chèvre !

Pour les amoureux des chats, je recommande Éloge du chat de Stéphanie Hochet et Le petit dictionnaire amoureux des chats de Frédéric Vitoux.

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27 avril 2016

À la table des hommes

Germain_A la table des hommesRoman de Sylvie Germain.

À la suite d’un bombardement aux allures de cataclysme, un porcelet survit tant bien que mal dans une nature plutôt hostile. Il trouve des nourrices occasionnelles que la mort lui ravit rapidement. « Pour tout vivant, avoir un corps familier, bienveillant, contre soi, est rassurant. » (p. 16) Le petit cochon apprend très vite qu’il doit se méfier de l’homme, vivre loin de lui et profiter de chaque instant. « Le goret aime à paresser, à ruminer la jouissance d’être en vie, d’appartenir à la terre, de respirer l’espace, de faire peau avec les éléments, chair avec le monde. » (p. 24) Et voilà qu’une nuit, le jeune cochon se transforme et devient homme. « Il ignore tout autant où il est, ce qu’il est, ce qu’il fait. Il avance dans un monde soudain frappé d’extrême étrangeté. » (p. 37) Il faut maintenant intégrer le monde des hommes, se plier à leurs pratiques, adopter leur langage et leurs comportements. Nommé Babel par la communauté qui l’a recueilli, il apprend à devenir un homme et à faire reculer l’animal qui est en lui. « Il lui faut compenser l’amenuisement de son odorat en s’emparant du langage comme d’un instrument d’exploration des choses et des gens, en faire une faculté de perception, un sixième sens qui ramasse et concentre les cinq autres. Une arme pour comprendre tout ce qui se dit, et ce qui se trame dans ces dires. […] Nommer pour prendre à son tour la parole et tenter de survivre parmi ses congénères si imprévisibles, déconcertants, comme il le devient de plus en plus à lui-même… » (p. 65) Babel rencontre des humains meilleurs que d’autres, plus ouverts, plus amicaux et qui ne connaissent pas la haine. À la table des hommes, il y a à boire et à manger : encore faut-il apprendre à reconnaître les mets qui nourrissent et ceux qui assoiffent, les convives de bonne compagnie et ceux qu’il vaut mieux éviter.

Encore un très beau roman de Sylvie Germain, cette auteure qui n’en finit pas de me ravir et de m’émerveiller. En parlant d’animaux, elle parle d’humanité et d’amour. La nature n’est jamais loin dans ce roman, comme la corneille amie de Babel qui se pose sur l’épaule ou comme les fleurs qui décorent les tables et les sépultures. « Il faut bien ruser avec le chagrin fou de la séparation. Et il faut vaille que vaille essayer de sauvegarder une capacité d’émerveillement devant le monde, et d’amitié entre humains. » (p. 179) Pétri de réalisme magique et d’histoire contemporaine tragique, ce roman m’a beaucoup rappelé Le livre des nuits, chef-d’œuvre de Sylvie Germain. Il n’est pas toujours aisé de se reconnaître humain et d’accepter cette condition d’où sourd trop souvent une cruauté intarissable. « Certains jours, en prenant connaissance de l’actualité ou de bas faits du passé, il ressent une honte cuisante d’appartenir à l’espèce humaine. La plus féroce des bêtes sauvages paraît inoffensive en comparaison, sa nuisance reste limitée et dénuée de calcul, et d’orgueil et de duplicité. » (p. 151)

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26 avril 2016

La chatonaute : A Space Cat Odyssey

Leaute_ChatonauteNouvelle de Pierre Léauté.

Félicette menait une vie heureuse dans les rues et sur les gouttières de Paris. Attrapée par la fourrière, elle est sélectionnée pour intégrer un programme scientifique. « Ah, nous avions l’air fin, flanqués d’une électrode au sommet de la tête. » (p. 3) La France s’est lancée dans la course à l’espace : pas question de se laisser dépasser par les États-Unis ou l’URSS. Félicette, avec d’autres chats, participe à un projet de biologie spatiale. Les Russes ont envoyé un chien dans les étoiles, les Français enverront un chat. Le voyage de Félicette l’emmènera plus loin que prévu.

Cette nouvelle prend place entre des chapitres du roman Guerre aux grands. Cette parenthèse centrée sur un petit animal est en réalité une violente dénonciation des expériences sur les animaux. Tels sont les mots de l’auteur : « La chatonaute est une nouvelle dédiée à Félicette et à tous les animaux que la barbarie a sacrifiés au nom du progrès humain. » (p. 14) Je suis assez vivement engagée dans la cause animale : non aux expériences et aux trafics ! Cette nouvelle est simple, un brin loufoque, mais le franc-parler de Félicette a le mérite d’exposer des vérités qu’il ne faut pas se cacher. « Oui, nous souffrons autant que vous nous faites souffrir ! Vous apprenez votre métier de bourreau sur vos compagnons les plus fidèles ! Alors, dites-moi, messieurs les penseurs, sommes-nous des esclaves puisque vous êtes nos maîtres ? » (p. 14) Le texte se conclut sur une photo de Félicette, premier chat envoyée dans l'espace par les Français, qui porte une diode sur la tête. Croyez-moi, c’est bien triste et pitoyable.

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25 avril 2016

La terre qui penche

Martinez_Terre qui pencheRoman de Carole Martinez.

En 1361, deux siècles après la vie recluse d’Esclarmonde, la jeune Blanche est fiancée à Aymon, le fils simplet du seigneur du domaine des Murmures. Libérée de son père, un homme brutal qui refusait de l’instruire et qui la battait régulièrement parce qu’elle parlait dans son sommeil, Blanche entrevoit un avenir heureux au domaine des Murmures, ce château qui penche vers la Loue. « Il ne veut pas faire de moi une lettrée, la faute au diable qui entre dans les âmes des filles qui savent lire. » (p. 15) L’enfant veut apprendre à lire et à écrire son nom pour prendre pleinement possession et ne plus laisser les hommes cruels tenter de s’en emparer. « Je suis BLANCHE et je serai mon domaine, mon château, ma maîtresse ; nul ne me pliera plus dès que je serai grande et que mes tétons auront poussé, pas même le diable. » (p. 35) Un jour, dans la nuit et la forêt, elle a tué le diable et a gagné un cheval puissant qui la protège. Dans son univers fait d’enfance, de baignade et d’attente, il y a un ogre, des petites filles mortes qui courent dans les champs en robe rouge, une vieille cuisinière qui prépare les repas les plus délicieux, une fée qui vit dans la rivière et qui emporte les hommes. Et quand un enfant manque de mourir, c’est la nature qui s’éteint. « Le jardin fane et il me semble que la forêt elle-même souffre de ton absence et que tout défleurit. » (p. 143)

De fabuleuses créatures parcourent ce texte, comme ces figures paternelles qui s’opposent : le veuf inconsolé incapable d’être père et le guerrier adouci dévoué à son enfant. Il y a Aymon, l’idiot lumineux et tendre. Il y a la Loue, cette rivière meurtrière et inconscience qui avale les petits comme les guerriers. Et surtout, il y a la vieille âme et la petite fille, deux facettes d’un même être. « La vieille âme, tout effilochée, écoute l’enfant qu’elle a été des siècles plus tôt sans se lasser de ses petits mensonges. » (p. 29) Entre rêve, magie et légende, la vieille âme tente de recomposer les souvenirs qu’elle a gardés, elle essaie de renouer avec la petite fille qu’elle a cessée d’être si jeune. « Nous sommes mortes à douze ans et, depuis, j’ai vieilli, infiniment, à regarder le monde sans en être. » (p. 12)

La terre qui penche est un conte éblouissant nourri de vieilles chansons, de traditions oubliées, de récits fabuleux et de superstitions tenaces. « Oui, gare à l’enfer, gare à l’enfer où l’esprit reste captif d’une chair qu’il a perdue ! » (p. 21) J’ai retrouvé avec un plaisir intense le style large, riche et flamboyant de Carole Martinez, déjà tellement apprécié dans Le cœur cousu et Du domaine des Murmures. La fin du roman est sublime et renvoie à une phrase des premières pages. « Et moi, qui suis une si vieille âme – voilà près de six siècles que je hante ces forêts –, comment pourrais-je me fier à ma mémoire ? » (p. 12) Comme sur un palimpseste éternel, une histoire peut toujours en cacher une autre. Il faut tendre l’oreille pour ne pas la manquer et oser l’imaginer. Ou alors, si on préfère, on peut recommencer l’histoire depuis le début.

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24 avril 2016

Billevesée #226

Dans le potager, le mot "légume" est masculin.

Mais pas dans l'expression "une grosse légume" : pourquoi ?

Le terme "légume" était autrefois féminin et il l'est resté dans cette locution.

Et sinon, une grosse légume, c'est un gros bonnet, une huile ou un ponte.

Alors, billevesée ?

Billevesee_Grosse legume

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