Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

01 avril 2015

Max et la poule en chocolat

Wells_Max et la poule en chocolatAlbum jeunesse de Rosemary Wells.

Pâques est arrivé ! Quelqu’un a déposé une belle poule en chocolat dans le jardin, mais pour la gagner, il faut ramasser le plus d’œufs possible. Max espère bien avoir la poule, mais pour le moment, il n’y a que sa sœur Marie qui trouve des œufs. « Max partit à la chasse aux œufs, mais il trouva une flaque, et c’est tout. » Et il n’a décidément pas de chance parce qu’il trouve plein de choses dans le jardin, mais aucun œuf. Tant pis, Max veut la poule et il l’aura.

Hum hum hum… Voilà une histoire bien peu morale. Max est un petit lapin qui se moque des règles, qui n’en fait qu’à sa tête et qui n’est pas puni. Certes, sa sœur est une petite donneuse de leçons plutôt agaçante, mais le comportement de Max a tout de celui d’un gourmand impénitent ! Alors que le Carême touche à sa fin, je me demande si ce petit lapin mérite vraiment des œufs en chocolat !

Les lapins de Rosemary Wells n’ont rien de charmant avec leur gros visage et leurs oreilles épaisses, mais le lapin de Pâques tel qu’il est représenté a quelque chose d’un dandy généreux qui est tout à fait séduisant.

Une autre d’histoire de Max et Mary : Max's Breakfast

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30 mars 2015

Délivrez-moi !

Fforde 2_Délivrez-moiRoman de Jasper Fforde.

Thursday Next a vaincu Achéron Hadès, elle a enfermé un des agents du groupe Goliath dans un poème d’Edgar Allan Poe et elle a libéré son oncle Mycroft et sa tante Polly. Depuis qu’elle a changé la fin de Jane Eyre – ce qui lui vaut un procès – et sauvé le roman, elle est célèbre, mais le feu des projecteurs, ce n’est pas son truc. Elle préférerait vivre tranquillement avec son mari, Landen, et continuer à travailler chez les LittéraTecs. D’autant plus qu’on annonce que la découverte d’un manuscrit d’une pièce inédite de Shakespeare, que et tout le monde veut découvrir ce fameux Cardenio. Thursday Next découvre aussi que les changements d’entropie et les coïncidences ne sont jamais gage de tranquillité. « Il y a un peu trop de coïncidences autour de moi en ce moment… je pense que quelqu’un cherche à me tuer. » (p. 123) De plus, son père revient du futur et lui annonce que le monde va être détruit jusqu’à devenir une étrange bouillie rose. Et voilà que Landen disparaît, éradiqué par le groupe Goliath qui veut récupérer son agent. Mais pour libérer Jack Maird du Corbeau, Thursday doit entrer dans le livre, ce qui est bien difficile puisque le portail de la prose a été détruit. Sous la tutelle de Miss Havisham, elle découvre la Jurifiction. « La Jurifiction est une agence interne aux romans et son rôle est de préserver l’intégrité des œuvres de fiction populaire. » (p. 188) Ah, et en plus, Pickwick, son dodo domestique, a pondu un œuf.

Deuxième volet des aventures l’agent Thursday Next. C’est toujours aussi délicieux de se promener de livre en livre au gré de l’imagination débordante de l’auteur. Les personnages de classiques deviennent des personnages de son roman et la frontière entre monde extérieur et monde des livres s’atténue. Si vous voulez communiquer en toute discrétion, utilisez donc les notes de bas de page. En arrière-plan, le grand méchant prend de l’ampleur : le groupe Goliath a tout du vilain conglomérat avide aux desseins machiavéliques. « Ce que vous avez un mal fou à comprendre, c’est que Goliath est tout ce dont vous aurez jamais besoin. Tout ce dont chacun aura jamais besoin. Notre production va du berceau au cercueil. » (p. 116) On trouve encore des personnages aux noms à pleurer de rire, comme Diane Chassereiss ou Sassan LeRoussi, avocat de son état. Un grand bravo à la traductrice, Roxane Azimi, qui nous permet de nous régaler de bons mots et autres drôleries stylistiques. La suite très vite !

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29 mars 2015

Billevesée #170

Je vous retranscris un dialogue que j'ai eu avec mon médecin.

Doc - "Vous avez un peu de cholestérol. Rien d'inquiétant, mais il faut faire attention, réduire les aliments à risque comme le fromage ou le chocolat."

Moi - "Vous avez l'adresse d'un bon psy ? Parce que c'est un coup à me faire tomber en dépression." Petit rire.

Doc - Aucune réaction. Juste un regard vide et blasé au-dessus de la feuille de mes résultats d'analyses.

Moi - "Hum... Bon, d'accord, je vais faire attention."

Tout ça pour dire que l'humour est bien la chose la plus mal partagée au monde. Je ne prétends pas être un comique troupier, mais tout de même, ma blague n'était pas si mauvaise.

Si ?

Je vais reprendre du chocolat pour me remettre.

Roh, ça va, je rigoooole !

Alors, billevesée ?

Billevesee_Humour1  Billevesee_Humour2  Billevesee_Humour3

Trois images pour le prix d'une. Je vais bien réussir à vous faire rigoler, non mais !

 

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27 mars 2015

L'affaire Jane Eyre

Fforde 1_Affaire Jane EyreRoman de Jasper Fforde.

Thursday Next est un agent du Service des Opérations Spéciales, ou OpSpecs, affectée à la Brigade littéraire connue sous l’appellation OS-27. « La plupart du temps, nous avions affaire au commerce illégal, au non-respect des droits d’auteur et aux fraudeurs en tout genre. » (p. 13) Son père est un ChronoGarde qui a été éradiqué, mais qui continue à lui rendre visite et à bidouiller deux ou trois choses dans le passé et dans le futur. Son oncle est un fameux bricoleur qui fabrique en amateur de drôles de trucs et autres machines électriques. Elle a un dodo prénommé Pickwick, créé à partir d’un kit de clonage illégal. Quand le manuscrit original de Martin Chuzzlewit, roman de Charles Dickens, disparaît, tout le monde suspecte Achéron Hadès, méchant parmi les méchants. « Il est capable d’entendre son propre nom – même chuchoté – dans un rayon de plus de mille mètres. Il s’en sert pour détecter notre présence. » (p. 38) Et rien ne va plus quand Hadès enlève Jane Eyre et menace de la faire disparaître. Thursday Next, récemment affectée à la brigade des LittéraTecs de Swindon, est chargée de neutraliser Hadès. Pour ce faire, il lui faut entrer dans les livres grâce au Portail de la Prose inventé par son oncle Mycroft. Mais attention, entrer dans les livres est délicat : il ne s’agirait pas de modifier l’intrigue, n’est-ce pas ?

Vous n’avez pas tout compris à ce qui précède ? C’est normal ! Bienvenue dans la fantaisie loufoquement littéraire de Jasper Fforde. L’auteur vous invite à le suivre au milieu des classiques de la littérature mondiale, dans un texte qui tient à la fois du thriller, de la science-fiction et de l’uchronie. Figurez-vous qu’en 1975, la guerre de Crimée fait toujours rage et que le groupe Goliath entend bien donner l’avantage à l’Angleterre grâce à une nouvelle gamme de fusils à plasma. Quant à la paternité des textes attribués à Shakespeare, elle est largement discutée et remise en question par les aficionados de Francis Bacon.

J’avais lu ce premier volume en 2005 – pfiou, ça ne nous rajeunit pas… – et je le redécouvre avec le même bonheur. J’y ai même pris plus de plaisir, car j’ai depuis lu un certain nombre de titres cités dans l’intrigue. L’érudition de l’auteur est mise au service de l’humour, tant dans les situations que dans la construction des personnages. Que pensez d’une femme qui s’appelle Paige Turner ou d’un autre qui s’appelle Millon De Floss ? Bon, c’est vrai, il faut savoir un peu d’anglais pour comprendre, et moi j’ai pouffé à de nombreuses reprises en lisant ce bouquin ! Et je vais continuer à glousser et à me régaler avec la suite de cette série hautement littéraire !

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25 mars 2015

Les Lapinos prennent le train

Anonyme_Lapinos prennent le trainAlbum jeunesse de Pierre Couronne.

Ce matin, les Lapinos partent en voyage et ils vont prendre le train ! Il faut monter les bagages dans le wagon et veiller à ce que tout le monde soit bien assis. « Dans le train, quel beau voyage ! On peut dormir ou manger, regarder le paysage, lire ou même dessiner ! » À l’arrivée, tout le monde est bien content du voyage et encore plus de retrouver Papi et Mamie Lapinos.

J’aime prendre le train. Ce moyen de transport m’a toujours fascinée, il me berce, il me fait réfléchir, il me fait rêver. La citation choisie plus haut illustre tout à fait ma conception du voyage sur les rails : le train est un espace de liberté qui offre un champ de possible tout à fait fascinant. Tout en restant un espace public, le train permet des activités très personnelles, presque intimes, que ne permettent pas le métro ou l’avion. Pour en revenir à l’album en question, je suis sous le charme de ces bouilles de lapin et de l’écriture cursive utilisée pour raconter l’histoire.

D'autres histoires de Lapinos : Les Lapinos à Lapinpinland - J'apprends l'heure avec les Lapinos

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23 mars 2015

Charly 9

Teule_Charly 9Roman de Jean Teulé.

L’attentat contre son cher Coligny a mis le jeune roi Charles IX très en colère. Et voilà que sa mère, Catherine de Médicis, lui demande d’accepter le massacre de tous les protestants venus assister à la noce entre Marguerite et Henri le Béarnais. L’attentat contre Coligny était justifié selon la reine mère : il faut à tout prix éviter que la France intervienne en faveur des protestants dans les Pays-Bas espagnols. « Lutter en Flandres contre la très dévote Espagne reviendrait à engager la France du côté des huguenots et à s’attirer la colère du pape. » (p. 11) Las, contraint, faible, Charles IX consent au massacre, mais c’est pour mieux s’en repentir au cours de l’année qui suit, année qui verra sa lente descente dans la folie, jusqu’à la mort. « Une seule nuit a détruit ma vie. Qu’à tous les diables soient données les religions. » (p. 50)

Le nom de Charles IX renvoie sans cesse à la Saint-Barthélemy. Je connais cette histoire grâce à Alexandre Dumas, j’ai aimé la relire sous la plume truculente, goguenarde et hussarde de Jean Teulé. Cet auteur aime trousser l’Histoire, la chahuter un peu pour mieux la raconter. Prend-il des libertés avec l’époque, le style, la véracité ? Sans aucun doute. Et alors ? Mieux vaut une Histoire débraillée et vivante qu’une Histoire hiératique et poussiéreuse !

Je vous conseille la bande dessinée Charly 9, adaptée de ce roman.

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22 mars 2015

Billevesée #169

Parlons d'une ville que j'ai appris à aimer, Grenoble. Parlons surtout de son nom. J'avais imaginé une origine à base de "grès" et de "noble", rapport aux montagnes qui entourent la ville. Oui mais voilà, les massifs environnants sont principalement composés de calcaire.

Donc, aujourd'hui, je pompe tout à Wikipedia qui vous explique le pourquoi du comment.

"Le toponyme a beaucoup évolué. Dans l'Antiquité la bourgade se nommait Cularo, nom d'origine celtique dont la signification est sujette à diverses interprétations. La ville, dotée de remparts, deviendra Gratianopolis sous le règne et en l'honneur de l'empereur Gratien, nom progressivement altéré en Grenoble. La ville fut rebaptisée Grelibre à la Révolution et ne reprendra son nom Grenoble (Grenoblo en franco-provençal) que sous le premier Empire."

Une prochaine fois, il faudrait que je vous parle de ma passion pour l'évolution des mots : passer de Gratianopolis à Grenoble donnerait une belle démonstration lexicale, à base de diphtongaison et d'ellision !

Alors, billevesée ?

Billevesee_Grenoble

 

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21 mars 2015

L'École des Loisirs fête ses 50 ans !

Le Salon du Livre de Paris, qui se tient ces jours-ci Porte de Versailles, consacre une exposition à l'École des Loisirs, spécialisée dans les ouvrages pour la jeunesse. J'ai grandi entourée des petits personnages peuplant les livres de cette maison d'édition. J'ai oublié le nom de certains, mais tous m'évoquent des souvenirs.

Quelques photos de cette belle exposition.

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La petite fille endormie avec le chat est une illustration de Komako Sakaï, artiste que j'aime particulièrement. Voir L'arbre à confiture ou Le lapin en peluche.

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À gauche, Loulou !

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À droite, Claude Ponti, toujours !

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Oui, bien sûr !

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Voyez la délicatesse de ce paysage de neige !

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20 mars 2015

Sac d'os

King_Sac dosRoman de Stephen King.

Depuis la mort de son épouse, Mike Noonan, écrivain à succès, est en manque d’inspiration. « J’ai peur d’écrire. […] J’ai même peur d’essayer. » (p. 98) Reclus à Sara Laughs, sa maison en bordure du Dark Score, il se débat avec ses démons, ses cauchemars et son chagrin. « Je me dis que je vendrais volontiers mon âme immortelle pour être capable d’écrire à nouveau. » (p. 76) En parlant du diable… Quand il rencontre la jeune Mattie et sa fille Kyra, Mike ne sait pas encore qu’il va déchaîner la fureur meurtrière de Max Devory, grand-père de la fillette et richissime tyran qui à la main mise sur les environs. Sur fond de garde d’enfant s’ouvre un bal de spectres, à la fois victimes et meurtriers, au son de la voix évanouie de Sara Tidwell, chanteuse de blues assassinée des décennies plus tôt. Il y a des secrets aux allures de malédiction autour du lac Dark Score et Mike Noonan, bien malgré lui, va devenir un pantin entre les mains du passé furieux.

Considéré comme un des chefs-d’œuvre de Stephen King, Sac d’os est un texte riche et d’une impressionnante ampleur. Outre la terreur qu’il sait si bien manier, l’auteur explore les méandres du chagrin et du deuil, et la puissance paralysante de ces deux émotions. « C’est ainsi que nous fonctionnons : un jour à la fois, un repas à la fois, une souffrance à la fois, une respiration à la fois. » (p. 365) Mike Noonan est un avatar de Stephen King et l’on sent combien l’auteur explore ses propres peurs et ses angoisses. Il porte également quelques coups de griffes au monde de l’édition, où les succès critiques existent en premier lieu dans les listes du New York Time. Un brin vachard, Stephen King n’en reste pas moins lucide et il est tout à fait humble sur ce qui concerne le travail de l’écrivain. L’inspiration n’est jamais acquise et la création est un processus fragile. « Je pleurais de chagrin pour les années vides que j’avais passées sans Johanna, sans ami, sans mon travail. Je pleurais de gratitude car ces années paraissaient terminées. » (p. 335)

J’ai trouvé quelques longueurs dans ce roman et quelques situations/passages un peu bourratifs, mais Sac d’os est un roman tout à fait terrifiant à base d’enfants sacrifiés, de culpabilité collective et de fantômes hurleurs.

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19 mars 2015

Le sculpteur

McCloud_SculpteurRoman graphique de Scott McCloud.

David Smith, sculpteur en mal d’inspiration, approche de la trentaine avec le sentiment aigre et découragé d’être un artiste raté. Son vieux rêve de gosse lui semble bien loin désormais. « Et moi, je suis ‘supersculpteur ». Je modèle ce que je veux avec mes mains. » (p. 15) Le rêve va devenir réalité quand David rencontre un personnage à la fois familier et inconnu qui lui propose un marché singulier : il sera capable de créer ce qu’il veut avec ses mains, mais il n’aura que 200 jours pour en profiter avant de mourir. Hélas, il est bien connu qu’un marché faustien est par définition et par nature un marché de dupe : alors qu’il pense n’abandonner que sa vie, David va aussi devoir renoncer à son grand amour, Meg, qu’il rencontre juste après avoir conclu le pacte fatal. Alors qu’il court après la reconnaissance et la célébrité, il laisse échapper l’essentiel. « Je peux le faire. Je ne serai ni perdu ni oublié. » (p. 188)

Le personnage principal est défini par son art, à tel point que le titre du livre n’est pas son nom, mais son métier. Il est obsédé par la réussite et voit le succès comme l’achèvement de son existence. Nombreux sont les points qui l’opposent à Meg. Alors que la jeune femme n’est que vie et mouvement, David est l’attente minée par l’obsession de l’échéance. Il n’a que 200 jours, alors il crée et il aime dans l’urgence, avant le glas, avant le clap de fin. Mais à vivre sans prendre son temps, David ne vit qu’à moitié. À la fois réflexion sur la création et l’art, Le sculpteur est aussi un regard doux-amer porté sur l’existence et la fragilité des choses. « Tu as l’impression de livrer une bataille vouée à l’échec – et c’est le cas. » (p. 478) Ars longis, vita brevis, disaient les Antiques.

McCloud_Sculpteur_1

New York, ville de verre et d’acier, est un gigantesque piège à loups dont les mâchoires de bitume ne demandent qu’à se refermer sur le pauvre fou qui a bradé sa vie pour l’art. Plus qu’un décor, la ville est un théâtre et devient même la matière première de la folle créativité du sculpteur. « Je peux modeler n’importe quel matériau simplement en le touchant. Même les parties avec lesquelles je ne suis pas en contact direct. » (p. 320) On voit alors David s’élancer dans la nuit, tel un justicier masqué de l’art, mais il est un superhéros sombre dont les élans créateurs se troublent de pulsions destructrices.

Scott McCloud a un talent particulier pour dessiner la foule et sa cacophonique solitude. David est souvent perdu dans la page, mais il en reste le point de mire, comme si la multitude ne s’amassait que pour mieux l’encadrer. Toute en camaïeux de bleu, blanc et noir et portée par un trait affirmé et précis, l’image reste simple tout en étant incroyablement précise. L’économie de couleurs permet de sublimer les détails et fait planer sur la lecture un petit air glacé, un peu inquiétant, comme un avant-goût de l’étreinte macabre qui attend le protagoniste. Les pleines pages sont superbes, dynamiques et rayonnantes, même les plus sombres. Je me suis perdue dans certaines d’entre elles qui, agrandies, feraient de magnifiques tableaux. Un dernier mot sur la beauté et la finesse des visages : il suffit parfois à Scott McCloud d’une ombre à peine déposée pour exprimer un sentiment. Visuellement, Le sculpteur emprunte au comics, au cinéma et aux peintres flamands classiques. Le résultat est spectaculaire et émouvant à plus d’un titre.

McCloud_Sculpteur_2

J’aime les mythes littéraires et leurs différentes réécritures. À propos de Faust, je vous conseille notamment la lecture de Marguerite de la nuit de Pierre Mac Orlan. Ici, Scott McCloud revisite le mythe avec élégance, perspicacité et modernité. Il s’est attaqué à un monument et a produit un livre superbe, massif comme un bloc de marbre, mais ciselé comme un chef-d’œuvre.

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