Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

12 août 2020

Usagi Yojimbo - 9

Sakai_Usagi Yojimbo 9Bande dessinée de Stan Sakai.

Miyamoto Usaji croise un moine bouddhiste qui joue du shakukachi, flûte traditionnelle qui reproduit les sons de la nature. « C’est un son mélancolique, il vous hante… Mais il exprime l’esprit de notre terre. » (p. 7) Il paraît également qu’elle permet d’entendre la musique du paradis, et le pauvre moine l’apprend à ses dépens. Comme toujours le samouraï errant rend justice aux faibles et aux innocents. Il libère un village de cruels esclavagistes. Il combat toujours avec une force fine, mesurée et intelligente, ce qui lui assure une victoire méritée sur les brutes et les irréfléchis. La clairvoyance du courageux lapin lui permet aussi de voir quand un adversaire combat pour une cause noble, et de le respecter dans la victoire comme dans la défaite.

Un épisode de cette bande dessinée détaille la fabrication d’une lame d’épée. Cela tombe à propos pour rappeler qu’une arme de qualité ne peut être maniée que par un homme de valeur. Aussi, quand Usagi se fait dérober ses lames, c’est plus que son bien qu’il veut récupérer, c’est son honneur.

C’est avec plaisir que j’ai revu Gen, le samouraï chasseur de prime, ami comme chien et chat avec notre fier et beau lapin en kimono ! Et c’est avec angoisse que j’ai compris que la fin du volume 9 annonce le retour d’une ancienne menace. Prends garde, Usagi, de nouveaux dangers sont à venir !

Dans cet album, Stan Sakai s’essaie à des formes nouvelles, comme des cases plus grandes, longues sur deux pages. Chaque album reste un véritable plaisir de lecture et je reluque déjà les suivants sur les étagères des librairies…

Challenge Totem

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10 août 2020

L'élégance des veuves

Ferney_Elegance des veuvesRoman d’Alice Ferney.

Valentine et Jules. Mathilde et Henri. Gabrielle et Charles. Clotilde et Jules. Quatre couples sur plusieurs générations. Mariage, maternité, veuvage : trois états qui se succèdent systématiquement pour les femmes de cette famille, comme trois âges obligatoires. Mais ces femmes, justement, bien que meurtries dans leur corps et leur cœur, soudent le foyer, le portent à bout de bras. « Décidément ce sexe n’était pas si faible, qui traversait les tourments en gardant un calme indéfectible. » (p. 18) En dépit des chagrins et des deuils, elles semblent trouver un étrange bonheur dans la répétition et la monotonie, et surtout dans la douleur de l’enfantement et du temps qui échappe. La vie de ces femmes s’inscrit dans un cycle immuable qui serait vain, puisque jamais achevé, s’il ne relevait du sublime, voire du mystique. « En une année, celle de ses vingt ans, elle fut fiancée officiellement, mariée religieusement, installée bourgeoisement, ardemment fécondée et douloureusement accouchée : la vie de Valentine commençait à être ce qu’elle se devait d’être. » (p. 9)

C’est évidemment une autre époque que dépeint Alice Ferney, et une autre mentalité. Mon profond désir d’enfant ne prend jamais le pas sur mon féminisme, et il y a des phrases qui, même remises dans un certain contexte, me hérissent toujours le poil. « Les épouses étaient toutes accaparées par cette tâche : procréer. » (p. 8)

Il n’y a pas un mot de trop, une image superflue dans la description que l’autrice fait d’une certaine partie de la société, celle des bourgeois sûrs de leurs biens et convaincus de leur pérennité. Cette dernière est d’ailleurs confortée par la multitude d’enfants portés au monde à chaque génération. Pour que l’arbre généalogique soit solide, il faut que chaque embranchement se déploie largement.

Je découvre Alice Ferney avec ce texte à la prose sensible et gracieuse, ample et enveloppante. Et je ne compte pas m’arrêter à ce roman !

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07 août 2020

Oona et Salinger

Beigbeder_Oona et SalingerTexte de Frédéric Beigbeder.

En 1940, J. D. Salinger rencontre Oona O’Neill. Lui n’a encore rien publié. Elle est la fille du très célèbre dramaturge Eugene O’Neill (dont je suis tellement admirative, mais c’est un autre sujet) et gaspille son argent dans des soirées trop arrosées. Il a 21 ans, elle en a 16. Il tombe immédiatement et durablement amoureux, mais elle se lasse rapidement. Leur amour n’est jamais consommé et s’achève quand Salinger s’engage pour combattre en Europe. Arrivée sur la côte Ouest, Oona fait des débuts vite achevés au cinéma et épouse Charlie Chaplin, de 36 ans son aîné. Séparés par l’Atlantique et par la guerre, les anciens tourtereaux vivent sous des flashes différents, ceux des bombes et ceux d’Hollywood. Finalement, ce qui est ici raconté, c’est ce qui suit une non-histoire d’amour.

Contrairement à tant de lecteurs, je n’ai pas apprécié L’attrape-cœurs et je préfère de très loin les nouvelles de J. D. Salinger. Par ailleurs, j’ai cessé de lire Frédéric Beigbeder depuis plusieurs années, notamment parce que son recours maniaque et creux au name-dropping m’insupporte. De fait, lire Beigbeder qui écrit sur Salinger, c’était un peu du masochisme… Son cynisme et sa désinvolture sonnent faux, mais pas sa condescendance de « vieux con » si j’ose dire. « Voyez, jeunes lectrices, que le passé sert à quelque chose. » (p. 39) En écrivant sur un autre auteur, Frédéric Beigbeder se regarde écrire, se morfond sur la société moderne, s’accable de vieillir, fustige l’inconstance de la jeunesse.

Je retiens tout de même son talent pour raconter une histoire sur laquelle il n’y avait rien à dire. Plus que combler les blancs, il les a coloriés et bariolés parce que la fiction est parfois plus vraie que la réalité. Je retiens quelques jolies phrases, mais je doute vraiment de jamais rouvrir un livre de cet auteur…

« Quand elle souriait, deux fossettes se creusaient dans ses joues, et l’on se disait qu’au fond, la vie était presque supportable à condition d’avoir toujours les yeux brillants. » (p. 27)

« Il n’est pas sorcier d’imaginer ce qu’il pensait : « Mais qu’est-ce qu’elle a de plus que les autres, cette fille ? Pourquoi sa tête de souris m’inspire-t-elle comme ça ? Pourquoi est-ce que j’adore instantanément ses sourcils et sa tristesse ? Pourquoi je me sens si con et si bien à ses côtés ? Qu’est-ce que j’attends pour lui prendre la main et l’emmener loin d’ici ? » (p. 35)

« L’amour est plus beau quand il est impossible, l’amour le plus absolu n’est jamais réciproque. Mais le coup de foudre existe, il a lieu tous les jours, à chaque arrêt d’autobus, entre des personnes qui n’osent pas se parler. Les êtres qui s’aiment le plus sont ceux qui ne s’aimeront jamais. » (p. 46)

« L’amour sait faire semblant de s’en foutre alors qu’on ne s’en fout pas. C’est se chercher sans se trouver. Ce petit jeu, s’il est bien pratiqué, peut occuper toute une vie. » (p. 62)

« Embrasser la fille qu’on vénère le plus au monde est une victoire, mais si la fille vomit juste après, comment faut-il le prendre ? » (p. 67)

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05 août 2020

Raboliot

Genevoix_RaboliotRoman de Maurice Genevoix.

Quatrième de couverture – On l'appelle Raboliot parce qu'il ressemble à un lapin de rabouillère (nid de garennes). Braconnier passionné, hardi, sûr de lui et de son adresse, rien ne peut l'empêcher d'obéir à ce besoin de chasse nocturne qui l'empoigne chaque soir. Le gendarme Bourrel, cependant, a failli le prendre sur le fait. Excité par le danger, Raboliot multiplie les imprudences et va jusqu'à narguer ouvertement Bourrel. Dès lors, entre les deux hommes, commence une lutte sans merci. Traqué, Raboliot doit fuir, vivant dans les bois comme un loup. Au bout de trois mois, accablé de solitude, torturé par le désir de revoir sa femme et ses enfants, Raboliot revient chez lui… et c'est le drame. Raboliot est sans doute le plus représentatif des romans que Maurice Genevoix, conteur exceptionnel, consacra à son terroir, la Sologne.

J’ai commencé ce roman sur la promesse du mot « lapin »… C’est un peu léger, je sais !

Contrairement aux romans de Bernard Clavel dont j’apprécie vraiment le style terroir, ça n’a pas pris avec ce texte de Maurice Genevoix. La faute en outre à la quatrième de couverture bien trop bavarde… Cette manie d’annoncer la fin des histoires, même des classiques, c’est très agaçant ! J'ai donc bravement abandonné cette lecture à la page 50 !

Je retiens cependant une phrase cinglante : « Un putois a beau être fin, il n’est pas libre de ne pas puer. » (p. 12) Si ce n’est pas de la caractérisation de personnage, en bonne et due forme et qui rhabille pour l’hiver, je ne sais pas ce que c’est !

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03 août 2020

Insolente veggie - Une végétalienne très très méchante

BBande dessinée de Rosa B., tirée de son blog.

L’autrice/dessinatrice est végétalienne depuis plus de 10 ans. Elle n’a pas de carence ni sa langue dans sa poche. Pour défendre son choix alimentaire et répondre aux questions/commentaires rarement bienveillants des carnistes, elle a pris la plume. Et, à l’instar de la viande, elle ne mâche pas ses mots. Son agressivité est hilarante, mais surtout parfaitement justifiée, parce que ses arguments sont valides et pertinents, mais qu’ils se heurtent à la bêtise et aux raisonnements fallacieux des carnistes. « Le carnisme est une idéologie violente et meurtrière et doit donc être combattu ! » (p. 76)

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Depuis 2017, je suis végétarienne pour diverses raisons, principalement écologiques et antispécistes. Je tends de plus en plus vers le végétalisme, en éliminant les œufs de mon alimentation et les produits dérivés du lait. « En gros, les œufs sont les règles des poules. » (p. 22) J’avoue que ma gourmandise me donne l’excuse de ne pas arrêter le fromage… mais je tente des fromages végétaliens et certains commencent à me convaincre. Un autre engagement est d’avoir viré de ma salle de bain et de mes placards ménagers tous les produits testés sur les animaux. Exit aussi les chaussures et sacs en cuir, les fringues en laine, les bougies à la cire d’abeille, etc. Objectivement, je sais que le végétalisme/véganisme est la seule solution pour être en accord avec mes principes. Et il ne tient qu’à moi d’y parvenir. « Nous, ce qu’on veut, c’est que ce soit interdit de faire du mal aux animaux ! » (p. 24) Est-ce que ça fait de nous des bobos ? Peut-être, mais mieux vaut être bobo que collabo du massacre de millions d’animaux chaque année. « Je ne mange qu’un tout petit peu de viande ! / Cool ! Du coup, je ne suis qu’un tout petit peu mort ! » (p. 91)

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Beaucoup de personnes me demandent ce que je mange depuis que j’ai arrêté de consommer des cadavres d’animaux. Je réponds toujours que ce qu’il faut retenir dans « végétarien », c’est « végé », pas « rien ». « Alors toi tu imposes ton alimentation à ton enfant ! Moi je ne ferais jamais ça ! Il faut les forcer à manger de la viande, c’est important pour la croissance ! » (p. 62) Si vous saviez comme je me régale avec mes dhals de pois chiches, mes tartes aux légumes, mes cookies sans œufs et autres ! Et je n’ai jamais été en meilleure santé que depuis que j’ai arrêté la viande : cholestérol quasi disparu, plus d’anémie, beaucoup moins de problème de digestion, etc.

Bref, go vegan ! Et lisez les bandes dessinées et le blog de Rosa B.

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La corrida...

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31 juillet 2020

Le cauchemar d'Innsmouth

Lovecraft_Cauchemar dInnsmouthNouvelle de H. P. Lovecraft.

Le narrateur raconte la nuit d’épouvante qu’il a passée à Innsmouth, alors qu’il était un jeune homme à la découverte du monde. « J’éprouve un étrange désir de dire tout bas les effroyables heures que j’ai passées dans ce lieu malfamé et malchanceux, havre de mort et de monstruosités impies. » (p. 4) Dans ce port quasi abandonné du Massachusetts, mais où la pêche est étonnamment abondante, on parle de pirates, de rites satanistes et de sacrifices odieux pour justifier la prodigalité des flots. Comment expliquer que les habitants, si peu nombreux, semblent malades et portent ce qu’il convient d’appeler « le masque d’Innsmouth » ? D’où viennent les bruits étranges et que signifie la langue incompréhensible qui se murmure dans le noir ? Avez-vous vraiment envie de rester pour le découvrir ?

Lovecraft est une des grandes inspirations de Stephen King et il était temps que je découvre enfin son œuvre. J’y ai évidemment trouvé ce qu’il est aisé de lui reprocher : son racisme, sa xénophobie ou encore son obsession malsaine envers la difformité. Si je m’en tiens uniquement à l’auteur, laissant de côté l’homme, je salue la maîtrise du suspense et le talent pour les descriptions qui, sans déborder d’épithètes, sont sans équivoque ! Et quel plaisir, si je peux dire, de faire enfin la rencontre de Cthulhu… Affaire à suivre, vous vous en doutez !

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29 juillet 2020

Les lapins de la Couronne d'Angleterre - Le complot

Montefiore_Lapins de la couronne_ComplotRoman de Santa Montefiore et Simon Sebag Montefiore. Illustration de Kate Hindley.

Timmy Poil-Fauve est un jeune lapin maigrichon et qui porte un cache-œil pour corriger sa vue. Il écoute avec admiration les histoires d’Horatio, vieux briscard tout couturé qui vit seul, loin de la garenne. Il est question des lapins de la Couronne, groupe secret de contre-espionnage et de défense qui a fait allégeance à la famille royale d’Angleterre, et ce depuis le roi Arthur ! « Sans ces braves chevaliers, les rois et les reines d’Angleterre n’existeraient plus depuis longtemps. Ils n’imaginent pas le mal que ces lapins d’élite se sont donné pour les préserver du danger. » (p. 18) Quand Timmy découvre un odieux complot fomenté contre la reine par les Ratzis, il n’a pas le choix : il doit se rendre à Londres, dans les terriers creusés sous Buckingham Palace, pour avertir les lapins de la Couronne. Et il va prouver à tous qu’il y a du courage et de l’intelligence même dans le plus malingre des petits lapins. « Nous avons juré de protéger la famille royale à tout prix. Nous ne pouvons pas laisser les rats entrer dans la chambre de la reine. » (p. 150)

Le roman s’achève sur la promesse d’un tome 2 et les retrouvailles de deux frères. Can’t wait, comme on dit dans la langue de Shakespeare. Les dernières pages sont truffées d’anecdotes et d’informations sur ce charmant petit animal aux longues oreilles. « Chaque fois qu’un lapin entend ces mots ‘la reine’, il s’assoit sur son derrière et utilise ses oreilles pour faire la révérence. » (p. 18) OK, ça, c'est faux...

Les illustrations de Kate Hindley m’ont charmée, notamment parce qu’elles m’ont rappelé celles de Quentin Blake, illustrateur renommé des romans de Roald Dahl. Et je suis complètement gaga des patounes en bas de page ! Le roman est un pastiche drôle et tendre des romans d’espionnage à la James Bond, et j’ai vraiment hâte de lire la suite !

Montefiore_Lapins de la couronne_Complot-1

Les lapins qui partent à l’aventure, j’aime ça, de Watership Down à Usagi Yojimbo, en passant par Pierre Lapin qui se faufile dans le jardin du vieux McGregor ! Forcément, si un texte mélange des lapinous et les légendes arthuriennes, il a de fortes chances de me séduire ! Ajoutez à cela les noms des lapins d’élite, et je fonds ! Clooney, Nelson et Belle de Patte vous entraînent dans les souterrains et les salons de Buckingham ! Mais attention à ne pas croiser la Meute, car les terribles chiens de la Reine ne rechignent jamais à se mettre un lapin sous la dent !

Bref, vivement le tome 2 !

Challenge Totem

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27 juillet 2020

Anders Zorn - Le maître de la peinture suédoise

Collectif_Anders Zorn le maitre de la peinture suedoiseCatalogue d’exposition.

Aquarelliste, portraitiste mondain, graveur et photographe, Anders Zorn a marqué son époque. Et mon esprit !

Aussi à l’aise dans les salons parisiens que dans les forêts de sa Suède, il a su capturer l’éclat particulier de Paris, saisir la beauté nouvelle des pays qu’il a visités et rendre éternels le folklore et la nature de son pays. Ce sont d’ailleurs ses toiles que je préfère, dans lesquelles je trouve le vert le plus chaud jamais vu. « Les magnifiques paysages environnant le lac Siljan, composés de forêts profondes et de montagnes bleutées, les claires soirées d’été, les costumes folkloriques et les pittoresques maisonnettes en bois sont autant de souvenirs d’enfance qui s’ancrèrent dans la mémoire de Zorn et nourrirent son imaginaire. » (p. 13)

Collectif_Anders Zorn le maitre de la peinture suedoise_Le port dAlger   Collectif_Anders Zorn le maitre de la peinture suedoise_La gardeuse de vaches

Le port d'Alger - La gardeuse de vaches

En 2017, c’est sans doute l’exposition qui m’a le plus émue. Et j’ai tant regretté de ne pas avoir acheté le catalogue. L’avoir trouvé d’occasion m’a donc emplie d’une joie sans pareille ! Comment ne pas tomber béate d’admiration devant les tissus qu’il peint ? On croirait entendre la soie craquer et le velours murmurer.

Collectif_Anders Zorn le maitre de la peinture suedoise_Autoportrait en rouge   Collectif_Anders Zorn le maitre de la peinture suedoise_En deuil

Autoportrait en rouge - En deuil

J’ai replongé dans les toiles de cet artiste suédois, toujours aussi fascinée par son talent pour peindre la lumière et l’eau. Surtout l’eau ! Elle est mouvante, vivante sur la toile, et le peintre a su rendre sa musique.

Collectif_Anders Zorn le maitre de la peinture suedoise_Le clapotis des vagues   Collectif_Anders Zorn le maitre de la peinture suedoise_Vacances dete

Le clapotis des vagues - Vacances d'été

Je ne me lasserai pas ce catalogue d’exposition et encore moins de cet artiste. Au point que j’envisage d’acquérir une reproduction d’une de ses toiles. Reste à savoir laquelle je préfère…

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24 juillet 2020

Sur face

Dorgeval_Sur faceLivre de photographies de Martin d’Orgeval. Texte d’Erri de Luca.

S’il ne fallait retenir qu’un mot pour définir cet album, ce serait « élégance ». Élégance soulignée par la mise en page qui n’a pas peur du vide, du grand blanc silencieux de feuilles entières. Élégance de la lumière qui déborde jusqu’à la saturation de l’objectif et, au-delà, de l’œil du spectateur.

Je suis complètement charmée par la monomanie poétique que montre l’artiste pour les détails, qui va jusqu’à l’abstraction. D’une image complète, il extrait des morceaux et fait zoomer l’objectif. Plus qu’un rapprochement vers le sujet, c’est presque un plongeon dans la pellicule.

Je m’intéresse depuis très récemment à l’art photographique, grâce aux conseils éclairés et à la passion communicative de Place Ronde. Je découvre donc Martin d’Orgeval et son travail avec cet ouvrage. Et face à la douceur du grain de l’image, j’ai envie de m’exclamer « Que la lumière soie ! »

Dorgeval_Sur face_Tableau ebloui

Tableau ébloui

Je ne sais pas parler de photographie, mais Erri de Luca sait. « Ce que j’écris sont les impressions laissées sur une personne peu impressionnable. » Ici, l’auteur se fait le révélateur du travail du photographe. Il en parle simplement, mais magnifie les évidences. « Martin voit la poussière autour des choses, il les recouvre de cellules de lumière. » J’ai maintenant furieusement envie d’apprendre à lire l’image aussi bien que l’auteur italien ! Notamment pour comprendre la beauté saisissante de l'image ci-dessous.

Dorgeval_Sur face_Neige rouge

 Neige rouge

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22 juillet 2020

Le sport des rois

Morgan_Le sport des roisRoman de C. E. Morgan.

Fils unique d’un homme tyrannique et d’une mère muette, Henry Forge grandit dans les relents racistes du Kentucky, au sein d’une propriété agricole dont il sait qu’il héritera, mais qu’il veut transformer. Finies les monotones étendues de céréales : Henry veut élever des chevaux de course. Mais dans les années 1950, un jeune homme peut encore difficilement s’opposer à l’autorité brutale du patriarche. « Les gens appellent cela un sport, mais je vais te dire une chose : ce soi-disant sport n’est guidé que par l’obsession, et il n’y a rien que les hommes faibles aiment davantage que de se laisser aller à leurs obsessions. » (p.58) À force de volonté, Henry mène à bien son projet. Désormais, à la tête du domaine Forge, c’est lui qui impose sa tyrannie : il cherche la perfection génétique en toutes choses, tant pour produire le pur-sang le plus parfait que pour maîtriser sa descendance. Sa fille Henrietta le subit pendant une enfance solitaire, privée de mère et de tendresse. « Tu ne ressembleras à aucune autre fille. […] Car je ne te laisserai pas faire. » (p. 137) Quand Allmon Saughnessy, repris et épris de justice, orphelin noir et ambitieux, arrive au domaine Forge, il brise un cercle pervers et rebat les cartes d’un jeu trop longtemps truqué. « Qu’est-ce qu’il venait faire ici ? Il venait chercher les choses qu’on lui avait volées, les choses auxquelles il n’avait pas le droit de toucher. » (p. 374)

L’autrice décrit sans concession le racisme profond et structurel qui règle encore en Amérique. « Depuis toujours, la race noire a besoin de nous pour trouver un sens à la conduite de la vie. » (p. 59) C’est toute une vision du Sud du pays qu’elle présente, sans ménager les égos boursouflés de ceux qui fondent leur légitimité sur un billet jauni du Mayflower. La critique est acide : les différences de classe, de chance ou de naissance ne valent que parce que le système les entretient. Ce qui m’a surtout frappée, c’est la façon dont s’opposent frontalement et au fil des générations l’obsession de la lignée et la haine du père. Cela m’a rappelé Le fils, de Philipp Meyer.

Sur la forme, immense bravo. L’autrice maîtrise les ellipses et le temps narratif, entremêlant passé et présent, récit des origines et changement de point de vue, sans jamais perdre son lecteur, et même en attisant encore plus sa curiosité. Je ne m’intéresse pas aux courses ni à l’élevage des chevaux, mais C. E. Morgan a su capter mon attention. Et à chaque Derby, une chanson résonnait en moi, la tristissime Stewball d’Hugues Aufray. Quand une œuvre écrite suscite l’émotion par support interposé, c’est que sa portée dépasse largement ses pages. Et ça mérite d’être salué !

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