Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

03 août 2015

Oeuvres complètes - Raymond Radiguet

Radiguet_Oeuvres completesRecueil des œuvres de Raymond Radiguet.

Mort à vingt ans, étoile fulgurante du monde littéraire français, Raymond Radiguet est l’auteur d’une œuvre riche et variée. Proche de Jean Cocteau, de Max Jacob, d’André Breton ou encore de Tristan Tzara, Raymond Radiguet a laissé sa marque dans la littérature française. Poésie, théâtre, articles, romans, essais, le prodige trop tôt disparu a trempé sa plume dans de nombreux sujets.

Je ne vais pas détailler ses textes un par un, il y aurait trop à dire. Voici quelques morceaux choisis de ce bel ouvrage lourd et épais. Ouais, les œuvres complètes, ce n’est jamais du pipi du chat !

Ses poésies sont étranges : nourries de références classiques et littéraires, elles ont un rythme soutenu, avec un air d’écriture automatique. Il célèbre les jeunes filles, l’amour et le plaisir, mais aussi les vacances et les sottises. Il parle de miroir, de Narcisse, de Paul et Virginie. Il y a comme un rêve de retour aux douces prairies arcadiennes, le tout saupoudré d’humour, de légèreté et d’impertinence. Il en va de même de ses contes et nouvelles où il parle de Paris, de jeunes beautés, de légèreté et de plaisir de vivre.

 « Votre regard m’accompagne en train de plaisir. / Plus morte que vive sous le pont qui l’outrage, / La rivière roule des sanglots de plaisir / À la fin aux seuls compagnons de mes voyages. » (p. 45) Emploi du temps, in Les joues en feu.

« Plus doux et plus blancs que des moutons / Avance un troupeau de nuages / La bergère était de bon ton / Surtout chérissait les orages. / Tout à l’heure l’essentiel / Ce sera de ne pas se taire / Quand apparaîtra l’arc-en-ciel / Paraît-il l’écharpe du maire. » (p. 55) Hymen, in Devoirs de vacances.

Ses pièces de théâtre donnent dans le burlesque, la comédie de boulevard et la recherche de bons mots. En collaboration avec Cocteau ou Mallarmé, le jeune auteur a produit des pièces d’une grande drôlerie, très lucides sur leur époque, mais bienveillantes avec leurs protagonistes. Quand il dénonce ou qu’il pointe du doigt les défauts de ses compatriotes, Radiguet le fait toujours avec humour et bonhommie.

J’ai particulièrement apprécié ses articles. Il y parle de la guerre, de ses ravages au front comme à l’arrière. La conclusion de son texte sur la grippe espagnole est fameuse ! « Ainsi, à la moindre indisposition, certains accusent gravement un sympathique pays neutre, qui ne mérite aucunement d’être pris en grippe. » (p. 330) Il harangue gentiment et s’insurge avec humour : s’il prend position, il n’est pas prosélyte, et s’il accuse, il n’est pas juge et bourreau. C’est dans ses articles que j’ai trouvé son style le plus abouti, avec des formules délicieuses et impertinentes. « Ah ! que la vie est quotidienne. » (p. 366)

S’agissant de ses romans, je connaissais déjà Le diable au corps. J’ai préféré Le bal du Comte d’Orgel qui est une belle variation d’un thème littéraire déjà très connu et travaillé, celui du triangle amoureux. Un jeune homme, François de Séryeuse, s’éprend de la femme de son grand ami, le comte d’Orgel. Radiguet offre un roman où la psychologie des personnages est au premier plan : il est sans cesse question de sentiments, de doutes et de questionnements. « Il en est des êtres comme des mers. Chez certains, l’inquiétude est l’état normal ; d’autres sont une Méditerranée qui se s’agite que pour un temps et retombe toujours en la bonace. » (p. 639) En dépit de quelques lourdeurs dans le style, ce roman est tout à fait fascinant.

Voilà un bel ouvrage qui m’a offert quelques heures de bonne lecture au son d’une charmante langue française qui a, parfois, délicieusement vieilli.

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02 août 2015

Billevesée #188

Dans les églises, le retable est une pièce ornementale verticale qui se trouve derrière l'autel : il peut être orné de peintures ou de sculptures.

Point étymologique (ça faisait trop longtemps !!!) : le mot "retable" est une contraction de l'expression latine "retro tabula altaris", soit à l'arrière de la table d'autel, derrière l'autel.

Alors, billevesée ?

Billevesee_Retable

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31 juillet 2015

Le livre des illusions

Auster_Livre des illusionsRoman de Paul Auster.

Dévasté par la mort accidentelle de son épouse et de ses enfants, David Zimmer se lance à corps perdu dans l’écriture d’un essai sur les films d’Hector Mann, acteur et réalisateur du cinéma muet, étrangement disparu sans laisser de traces. Le livre est publié et il rencontre un beau succès. David enchaîne avec une traduction des Mémoires d’outre-tombe de René de Chateaubriand. Mais il est contacté par l’épouse d’Hector qui lui demande de venir au Nouveau-Mexique : Hector Mann est mourant et il a émis le souhait que les films qu’il a réalisés en secret soient détruits à sa mort. « Pour autant que je sache, Hector est le premier artiste à créer son œuvre avec l’intention consciente, préméditée, de la détruire. » (p. 251) Peu décidé à faire le voyage, il se soumet cependant à Alma, une jeune femme énigmatique qui est bien décidé à le faire venir au Nouveau-Mexique. Pendant le trajet, Alma raconte à David la vie d’Hector depuis sa disparition d’Hollywood.

En chemin vers une œuvre dont le temps est compté, David saisit plus que jamais la fragilité du temps. Le roman est l’histoire de plusieurs deuils et de la reconstruction des individus. « J’avais les idées si confuses que je ne savais comment porter son deuil, sinon en me maintenant en vie. » (p. 374) En écrivant son livre sur Hector Mann et en s’intéressant à son histoire, David s’appuie sur le muet comique pour se sauver du tragique indicible.

Je me suis un peu ennuyée avec ce roman, même si j’y ai retrouvé le talent de Paul Auster et sa puissance narratrice. Il y a une intertextualité intéressante, de nombreuses références, mais je n’ai pas retrouvé le souffle habituel. Tant pis !

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29 juillet 2015

Dernier jour sur terre

Vann_Dernier jour sur terreTexte de David Vann.

Le 14 février 2008, Steve Kazmierczak entre dans un amphithéâtre de son université et tire sur les élèves. L’auteur repart de l’enfance du criminel pour essayer de comprendre comment il est devenu un tueur de masse fasciné par les armes. À treize ans, David Vann a lui-même reçu en héritage les armes de son père après son suicide. À l’instar de Steve, David a été un adolescent mal dans sa peau, mal intégré. « J’avais à peine treize ans, j’étais en cinquième, mais c’était bien assez âgé pour comprendre l’élan d’une vie, assez âgé pour comprendre qu’il était possible de devenir celui qu’on n’avait pas envie d’être. » (p. 47) Très tôt, Steve éprouve des troubles mentaux et enchaîne les traitements médicamenteux. Fortement impressionné par la tuerie de Columbine et maladivement fasciné par les tueurs en série ou de masse, Steve se laisse entraîner par ses névroses et ses angoisses.

En faisant le portrait de Steve, David fait son autocritique : comment deux enfants ayant pris le même départ dans la même société peuvent-ils avoir des itinéraires et des fins aussi différentes ? Dans ce texte, l’auteur révèle un peu plus de lui-même. On comprend d’autant mieux ses romans. Sukkwan Island, Désolations, Impurs et Goat Mountain, déjà forts et percutants, prennent encore plus de poids et de sens.

Sans tirer à boulets rouges sur le droit des Américains à porter une arme à feu, l’auteur émet des réserves et souligne la nécessité de mieux encadrer la détention et le maniement des armes. « Acheter un Glock 19., quelques chargeurs supplémentaires, entrer dans une salle de classe et tirer sur les gens – nous n’avons encore rien mis en place pour empêcher quelqu’un de commettre un tel acte. C’est un droit américain. » (p. 111) C’est un portrait d’une Amérique malade que David Vann nous offre, d’une Amérique qui doit s’amender. « La fréquence des fusillades en établissements scolaires aux États-Unis augmente, et notre capacité à tendre la main pour aider au lendemain de ces tragédies devrait sensiblement s’améliorer. » (p. 229)

Dérangeant, très documenté, jamais accusateur ou pathétique, Dernier jour sur terre est un texte puissant et nécessaire.

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27 juillet 2015

Une partie de chasse

Desarthe_Partie de chasseRoman d’Agnès Desarthe.

Ce lapin est persuadé de pouvoir échapper aux chasseurs. « La menace est gravée en chacun de nous. La menace est notre destin. » (p. 9) Mais un bond trop tard et le voilà dans la gibecière de Tristan. Tristan qui n’a pas pu échapper à cette partie de chasse à laquelle sa femme Emma l’a convaincu de participer. Pour s’intégrer. Mais avec Dumestre, Farnèse et Peretti, Tristan n’est pas à l’aise. Il ne comprend pas les blagues et il s’en veut d’avoir blessé le lapin. Quand Dumestre tombe dans une faille et se blesse, Tristan reste et raconte son histoire pour distraire le chasseur de sa douleur. Alors que le lapin ne connaît que l’immédiat, Tristan est doué d’une mémoire qui pèse, de souvenirs qui blessent. Il y a la mère disparue si jeune, la solitude, la rencontre avec Emma, la tristesse du couple au quotidien. Sous l’orage qui ravage la région, Tristan s’enterre dans un terrier avec Dumestre : revenir dans la tiédeur de la terre, comme une tentative désespérée d’oublier et de ne plus souffrir. « Qu’est-ce que c’est, cette chose qui file, qui nous échappe et qui s’en va ? […] Disons que c’est votre jeunesse, fait le lapin, avant de disparaître. » (p. 162)

Ce court roman est un conte cruel qui malmène les hommes. Il y a des ogres invisibles venus du passé, des secrets trop lourds pour les frêles épaules d’un jeune homme trop amoureux de l’amour. Dans son dialogue muet avec le lapin, Tristan perd sa supériorité : l’humain est-il vraiment plus fort que l’animal ? « J’ai trouvé ce qui nous sépare, toi et moi. Vous et nous. La conscience de votre propre finitude, vous l’avez, je l’accepte, je le constate, mais ce qui vous manque, c’est la conscience de la finitude de l’autre. L’amour naît de là. » (p. 130)

Alors que la première moitié du texte m’a enchantée, j’ai terminé le roman en soufflant d’impatience. Tout commençait si bien avec la relation intime et secrète du lapin et du jeune homme, mais l’auteure a ajouté des histoires parallèles si tristes et si pesantes qu’elles ont fait ployer le délicat équilibre initial jusqu’à noyer le tout dans un pathos de mauvais aloi. In extremis, un dernier bond du lapin offre une fulgurance bienvenue dans cette masse étouffante de 160 pages.

Challenge Totem

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26 juillet 2015

Billevesée #187

En architecture, la marquise est un auvent vitré placé au-dessus d'une porte ou d'une vitre afin de servir d'abri.

Cette pièce à la fois ornementale et utilitaire était à l'origine une pièce de toile tendue à l'entrée d'une tente ou d'un bâtiment pour assurer une protection contre les intempéries.

Alors, billevesée ?

Billevesee_Marquise

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24 juillet 2015

Duma Key

King_Duma KeyRoman de Stephen King.

Après un grave accident de voiture, amputé du bras droit, Edgar Freemantle part se reposer à Duma Key, petite île de Floride. Pour se remettre du traumatisme physique, des séquelles sur son esprit et de son récent divorce, Edgar dessine et se découvre un talent inquiétant. Ses œuvres sont très belles, fascinantes, mais lourdes d’une menace indicible. « Ce sont des représentations imaginaires, […]. Des ombres. / Les ombres, je connais. Faut juste faire attention à ne pas leur laisser pousser des dents. Parce qu’elles peuvent. Et des fois, quand on tend la main pour remettre la lumière, on se rend compte qu’il n’y a plus de courant. » (p. 542 & 543) (Voilà une phrase qui est du Stephen King tout craché !)

Face au golfe du Mexique, Edgar sublime un cliché pictural, celui du coucher de soleil, obéissant aux démangeaisons de son membre absent, de son membre fantôme. « Les fantômes sont-ils capables d’écrire sur une toile ? » (p. 608) Et voilà que ses œuvres deviennent des révélations et des messages qu’il ne comprend pas toujours, ou trop tard. « Peindre, c’est voir, il me semble. » (p. 413) Il y a quelque chose à Duma Key qui exalte le talent des artistes, pas toujours pour le meilleur. Une petite fille en a fait l’amère expérience des décennies plus tôt. « Tout bien considéré, Duma Key n’a jamais porté chance aux filles. » (p. 142) Edgar veut percer le secret de cet étrange bateau qu’il peint sans cesse sur le soleil couchant. Pour remonter aux origines du mystère et vaincre le mal qui ravage l’île, il s’enfonce dans la jungle étouffante de Duma Key et va à la rencontre d’un monstre antique et terrifiant.

Comme souvent dans les romans du King, le pire se noue en sourdine et se trame ici dans l’ombre projetée par les beaux palmiers de la Floride. L’épouvante au soleil, en quelque sorte. Et, en dépit des indices semés par le narrateur et par l’auteur, le motif apparaît quand il est trop tard pour intervenir. En cela, Stephen King a tout compris du destin et de la fatalité tels que les voyaient les Antiques, et ça tombe plutôt bien puisqu’il parle d’un mal venu du fond de la mythologie.

Duma Key est un texte très visuel et très dynamique : le récit est cinématographique et les chapitres sont des plans séquences très bien montés. En ajoutant un monstre mythologique à sa collection d’horreurs, Stephen King prouve une nouvelle fois, s’il était besoin, qu’il connait ses lettres et que sa culture est composite, à la fois populaire, classique et underground. Il y a beaucoup de l’auteur dans ce récit, beaucoup de choses qui le composent et le caractérisent : accident de voiture, relations familiales, affres de la création, etc. Et il y a une pique bien sentie adressée à un certain président américain républicain, digne fiston de son sinistre père. Ainsi, en dépit du monstre venu de la mer et de la terreur qui déferle sur la grève, Duma Key est drôle, fûté et primesautier.

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22 juillet 2015

L'idiot

Dostoievsky_Idiot1Roman de Fédor Dostoievski.

Après des années passées en Suisse pour soigner son épilepsie, le prince Léon Muichkine rentre en Russie, sans un sou en poche, mais avec une lettre de recommandation et un nom. Il espère que la générale Epantchine, Muichkine par son ascendance, l’aidera à entrer dans le monde. Mais Léon, bien que doté d’une honnêteté sans faille et d’une intelligence plutôt vive, fait également montre d’une gentillesse et d’une naïveté qui confinent à l’idiotie. Il rencontre des petits bourgeois arrivistes et des fonctionnaires hypocrites, tout un petit monde où les masques ne restent jamais longtemps en place et où les secrets, toujours, remontent à la surface.

Voilà longtemps que je n’avais pas abandonné un roman, mais 250 pages m’ont suffi ! Je reconnais le style, le talent et la puissance, rien que cette phrase est un délice. « Voilà qu’elle me tient pour un gredin parce que je la prends, elle, la maîtresse d’un autre, si ouvertement pour son argent, mais elle ne se doute même pas qu’un autre l’eût peut-être trompée d’une façon bien plus ignoble. » (p. 196) Et pourtant, hélas, je n’accroche pas. Rares sont les auteurs du 19e siècle qui me résistent : hélas, Dostoievski le fait, le sacripan ! J’avais apprécié Crime et châtiment et il me reste Le joueur… Avec ses dialogues interminables, ses récits rapportés et ses anecdotes impromptues, le début du premier tome de L’idiot m’a lassée par son manque d’action. Dommage pour cette fois, je réessayerai plus tard !

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20 juillet 2015

Les Valeureux

Cohen_ValeureuxRoman d’Albert Cohen.

C’est avec joie que j’ai retrouvé Saltiel, Mangeclous, Salon, Michaël et Mattathias, les cousins de Solal, ces truculents juifs de Célaphonie. « Ils étaient l’aristocratie de ce petit peuple confus, imaginatif, incroyablement enthousiaste et naïf. » (p. 80) Au début du roman, Mangeclous a pour projet de de suicider, mais il décide finalement que la perte de lui-même lui serait une trop grande peine à supporter et une immense perte pour le monde. Et il a tant de projets de fortune, tant d’idées grandioses dont il a le devoir de faire profiter l’humanité. Il est toujours le même filou baratineur, le même entourloupeur magouilleur, mais son cœur et sa générosité, finalement, sont immenses. « Mangeclous n’aimait pas l’argent, mais l’idée de l’argent et en parler beaucoup et se rengager de ses capacités. Son amour de l’argent était poétique, innocent et en quelque sorte désintéressé. » (p. 32) Après s’être autoproclamé recteur de l’Université de Céphalonie qu’il a créée, il la dissout quand Solal envoie un chèque à ses cousins et les invite à le rejoindre à Genève. Et voilà les cinq Valeureux qui s’embarquent pour un périple, avec force victuailles dans leurs poches. « Quoi de plus beau que manger ? Le seul inconvénient étant qu’ensuite tu n’as plus faim, ce qui est dommage. » (p. 157)

Le narrateur/auteur s’adresse au lecteur pour justifier son texte et son amour pour ses personnages. « Mais qu’y puis-je si j’aime aussi mes Valeureux qui ne sont ni adultes, ni dignes, ni sérieux, ni de peu de paroles ? J’écrirai donc encore sur eux, et ce livre sera mon adieu à une espèce qui s’éteint et dont j’ai voulu laisser une trace après moi, mon adieu au ghetto où je suis né, ghetto charmant de ma mère, hommage à ma mère morte. » (p. 91) Comment ne pas les aimer, ces Valeureux si doués de la plume et de la rhétorique ? Mangeclous donne une leçon de séduction en réécrivant Anna Karénine et il écrit des épîtres majestueuses et interminables aux grands de ce monde. On ne peut qu’apprécier le ton goguenard et attendri du narrateur et grincer des dents quand il évoque l’antisémitisme qui a ravagé l’Europe. Devant ce constat désolé, on comprend d’autant mieux l’affection de l’auteur pour ses héros. Et on se prend également d’affection pour lui, car on le voit vieux, malade et mourant. Quand il s’adresse à sa Bien-Aimée, on entend presque le Cantique des Cantiques.

Après la grande beauté de Solal et de Belle du seigneur et la truculence débonnaire de Mangeclous, Albert Cohen clôt son cycle avec un dernier chef-d’œuvre, une dernière pique, une pointe sublime, un pied de nez à la littérature et à l’histoire : ses Valeureux seront éternels au nom de tous les juifs disparus.

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19 juillet 2015

Billevesée #186

Vous ne le savez probablement pas, mais quand vous vous réunissez avec un nombre restreint d'amis fidèles pour passer un moment agréable et festif, vous ressuscitez la goguette, pratique attestée depuis le XVe siècle.

Il y avait des milliers de goguettes en France au début du XXe siècle.

Alors, billevesée ?

Billevesee_Goguette

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