Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

18 mars 2019

L'outsider

Roman de Stephen King.

Le corps du jeune Frankie Peterson est retrouvé partiellement dévoré et souillé. Tout accuse Terry Maitland, l’entraîneur de baseball. « Il n’a pas une tête de monstre, hein ? / C’est rarement le cas. » (p. 57) Pour Ralph Anderson, policier en charge de l’enquête, l’arrestation du coach aurait dû être le premier pas vers une résolution judiciaire rapide. Cependant, les preuves se contredisent : d’interrogatoires en analyses, d’alibis en dépositions, la certitude fait place au doute. Et voilà que l’enquête prend un tournant inattendu, entraînant la mort de nombreux innocents. Devant l’ampleur du drame et du mystère, Ralph est perdu. « J’ai déjà commis des erreurs dans ma carrière, mais pas aussi graves. C’est comme si j’étais devenu aveugle. » (p. 134) Peu à peu, il devient évident que le vrai coupable n’a pas été appréhendé et qu’il n’en est pas à son coup d’essai. « Il se peut qu’on résolve cette affaire, […], mais je ne sais pas si on aimera ce qu’on risque de découvrir. On s’engage dans une forêt profonde. » (p. 316) Avec l’avocat de la famille Maitland et Holly Gibney (lisez Mr Mercedes, Carnets noirs et Fin de ronde), Ralph Anderson se lance dans une enquête tortueuse où chaque nouvel élément est plus improbable que le précédent. « Cet inconnu, je veux que vous le trouviez. Ne le laissez pas s’échapper uniquement parce que vous ne croyez pas à son existence. » (p. 505)

Avec ce roman autrement plus abouti que son précédent, Sleeping Beauties, Stephen King ajoute un nouveau monstre à sa collection déjà bien fournie. D’une certaine façon, il n’en finit pas d’explorer la figure du vampire, depuis Salem et Docteur Sleep. Les quelque 700 pages du roman se dévorent. Cela tient à la brièveté des chapitres, au dynamisme des échanges et à la variété narrative : on passe tantôt d’un dialogue à un interrogatoire, tantôt d’une description à un rapport médicolégal. Et tout s’enchaîne très bien. Sans réussir à mettre le doigt sur ce qui fonde cette intuition, j’ai le sentiment que L’outsider ouvre une suite, soit pour Ralph Anderson, soit pour Holly Gibney. Je serais assez étonnée que Stephen King s’en tienne là avec la créature qu’il a tiré du folklore latino-américain.

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17 mars 2019

Potins #63

Alain Damasio est un auteur français né en 1969.

POTIN - Dans sa jeunesse, il s'est isolé afin de se consacrer uniquement à l'écriture.

Lisez : La horde du contrevent, La zone du dehors, Novak et son Ai-Phone.

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15 mars 2019

Bolchoi Arena - 1 : Caelum Incognito

Bande dessinée de Boulet et Aseyn.

« Ça va être flippant, tu te sens prête ? » (p. 5) Grâce à son amie Dana, Marje découvre le Bolchoï, une plateforme de réalité virtuelle où chacun, via son avatar, peut devenir ce qu’il veut : explorateur, coureur de rallye ou vaillant chevalier. « Laisse-les te tuer, bon sang ! / Mais c’est stupide ! Je vais pas crever juste pour être polie ! / Tu n’as rien à perdre ! Tu te laisses mourir et demain on y retourne, loin de ces installes ! » (p. 41) La jeune doctorante prudente souhaitait initialement explorer Titan et d’autres planètes pour enrichir sa thèse, mais elle devient rapidement, et à la surprise de tous, une excellente joueuse. « La science ne se fait pas dans le vide. Il faut de la patience, mais aussi de l’imagination. Ce sont nos rêves qui sont le moteur. La science n’est qu’un outil à leur service. » (p. 115) Son enthousiasme ne fait que croître quand de nouvelles zones sont débloquées dans le Bolchoï : les potentialités pour investir et coloniser sont infinies. Et Marje se découvre une ténacité et un goût de la victoire qu’elle a bien du mal à canaliser.

Avec ses bonus en réalité augmentée, cette bande dessinée offre une aventure plus que dépaysante, et ce en dépit d’un look un peu rétro. Je n’ai pas reconnu le trait de Boulet, mais j’ai eu l’impression de lire l’une des vieilles BD que mon grand-père gardait dans son bureau. Entre hypermodernisme et vintage cool, le premier volume de Bolchoï Arena pose les bases d’une histoire qui tient en haleine. Et j’ai plutôt hâte de lire la suite des mésaventures de Marje. « Je croyais qu’on ne pouvait pas avoir mal dans le Bolchoï ? » (p. 66)

Un grand merci à Rakuten pour l'envoi de cette bande dessinée.

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13 mars 2019

Les formidables aventures de Lapinot - Slaloms

Bande dessinée de Lewis Trondheim.

Lapinot, Richard, Pierrot et Titi se retrouvent à la montagne pour quelques jours à dévaler les pistes. Richard, surtout, est très enthousiaste et décidé à profiter de la poudreuse autant que possible, et qu’importe la rumeur selon laquelle un loup rôderait dans les massifs. Les quatre amis font la connaissance de Nadia. Si Lapinot tombe sous son charme, il a trop de vague à l’âme pour envisager une relation. Et il a déjà un défi à relever : rattraper Richard dans un schuss, son ami empruntant les pistes les plus complexes ! Et notre ami lapin craint vraiment de croiser le prédateur sur les pistes. « Dis-moi, Lapinot, tu cherches des traces du loup ou tu calcules sur combien de centaines de mètres on dégringolerait en cas de chute ? / Je cherche des traces du loup. Mais c’est vrai que la deuxième question est intéressante. » (p. 28)

Avec cet album numéroté zéro, Lewis Trondheim introduit les personnages que l’on suivra pendant de nombreux albums. Et dès les premières cases, Lapinot gagne mon cœur avec une réplique à l’humour de lapin. « Alors là, non !! 19 francs les chips à la carotte, c’est un vrai scandale ! Imagine que quelqu’un en veuille vraiment… » (p. 4) Il ne faut pas se laisser tromper par l’apparente légèreté de cette bande dessinée qui aborde avec délicatesse la condition adulte, les relations amoureuses, le rejet des responsabilités et la capacité de celles-ci à nous rattraper, etc. Bref, grâce à ma bibliothèque de quartier, me voilà partie pour dévorer toutes les fabuleuses aventures de Lapinot !

Challenge Totem

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11 mars 2019

Paradigma

Petersen_ParadigmaRoman de Pia Petersen.

À Los Angeles, le quartier ultra défavorisé de Skid Row s’oppose au luxe clinquant de Beverly Hills. Et la fracture entre ces deux univers est d’autant plus marquée que se prépare la cérémonie des Oscars, avec ce qu’elle suppose de paillettes et de démesure. Derrière son blog, Lila dénonce ce monde où être pauvre revient à être coupable : coupable de sa propre misère, coupable du poids que cela fait porter sur la société, coupable de l’image que cela renvoie de la société. Bref, coupable. Et Lila veut que les mentalités prennent conscience. C’est essentiel pour briser le paradigme erroné sur lequel repose le monde moderne capitaliste. « Les pauvres doivent être vus. En rendant les chiffres visibles, on rend aussi visibles l’aperçu de ce qu’est le monde et les choix que les hommes ont faits. Elle est persuadée que le problème du monde est une question de choix et non pas de fatalité et elle sait ce qu’elle veut faire. Il suffit d’une personne pour changer le monde. » (p. 48 & 49) Lila n’est pas une idéaliste : c’est une hacktiviste, une révolutionnaire informatique. À coup de hashtags, elle organise une grande marche silencieuse.

Ce roman arrive dans une période socialement lourde en France. Le fait que l’intrigue se déroule aux États-Unis n’a pas d’importance : elle est vraisemblable et légitime partout où l’injustice sociale règne. Il n’est plus temps que les gens aient peur de devenir ou d’être pauvres, angoisse qui a pour corollaire insupportable la toute-puissance de l’argent. Les richesses doivent être partagées entre tous et ne plus rester à la main des multinationales qui privatisent les ressources naturelles et amputent d’autant les droits fondamentaux de l’être humain. « Être riche est devenu une vertu. Pas question de partager ses biens. Ce n’est plus considéré comme un mal mais comme un droit. » (p. 134) Finalement, le Big One que Los Angeles redoute tant, ce terrible séisme qui doit détruire la ville construite sur une faille, c’est une marée humaine qui va le créer. Cependant, une question demeure : qu’advient-il après la révolution ? « Se battre pour un monde qui n’est plus, c’est se battre contre un monde qui est. » (p. 62)

J’avais déjà beaucoup apprécié Instinct primaire et Un écrivain, un vrai de Pia Petersen. Cette autrice a un vrai talent pour tailler des portraits précis et pertinents. Mon seul regret avec Paradigma est le triangle amoureux : je n’ai pas trouvé qu’il nourrissait le propos de façon pertinente. Mais c’est un détail. Avec son nouveau roman, Pia Petersen pose quelques questions brûlantes d’actualité sur la valeur du monde. « C’est impératif de retrouver le sens des mots et le sens des choses et de créer le modèle qui corresponde à la réalité que l’on veut. » (p. 307)

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10 mars 2019

Potins #62

Michèle Lesbre est une autrice française née en 1939.

POTIN - Elle a été institutrice et directrice d'école maternelle.

Lisez : Victor Dojlida, une vie dans l'ombre, Un lac immense et blanc, La petite trotteuse, Le canapé rouge, Écoute la pluie.

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08 mars 2019

Comme convenu - 2

Bande dessinée de Laurel.

Suite des mésaventures de Laurel, Adrien, Cerise et Brume aux États-Unis ! Rien n’a vraiment changé depuis le tome 1, mais Laurel et son compagnon s’accrochent à un dernier espoir : obtenir une carte verte qui leur permettra de travailler n’importe où aux États-Unis – puisqu’ils n’ont pas les moyens de rentrer en France – et de quitter BOULAX. En attendant, Joffrey et Luc continuent leur odieux chantage, leurs crises d’autorité et leurs demandes irréalistes. « Pourquoi restons-nous diplomates ? Pourquoi ne tapons-nous pas du poing sur la table ? Pourquoi ? Parce que nous sommes les seuls qui avons tout à perdre. » Cette situation est si pesante que Laurel y laisse sa santé : la lassitude et la fatigue laissent place à un sentiment dépressif profond et à une certaine tendance à compenser avec la nourriture.

Heureusement, Laurel, Adrien et Cerise ont réussi à quitter la maison qu’ils partageaient avec leurs employés pour un lieu rien qu’à eux. Mais pour Laurel, le pire reste à venir. Bien qu’associée de l’entreprise BOULAX, sa situation devient de plus en plus précaire. Pour la jeune femme, la seule solution pour surmonter cette situation et ces mois de souffrance, c’est rédiger sur son blog personnel cette histoire hallucinante et tellement improbable, mais pourtant complètement vraie. Autre point positif : le jeu Caterpillar que Laurel et Adrien ont créé connaît un démarrage fulgurant et une réussite qui se confirme pendant des semaines. Hélas, une nouvelle preuve de l’incompétence de Luc et Joffrey menace cette réalisation. D’ailleurs, d’après le portrait qui en est fait, ce dernier est tyrannique, narcissique, incohérent, autoritaire, agaçant, déraisonnable, de mauvaise foi, agressif, magouilleur, menteur. Bref, « Joffrey est un gigantesque taré. » Les problèmes financiers n’en finissent pas et la situation des auteurs de BD en France n’incite vraiment pas à revenir dans l’Hexagone. Par chance, le dossier de demande de carte verte progresse.

Toujours aussi saisissant, ce témoignage est édifiant. Si je ne m’étais pas déjà lancée dans le monde de l’entreprise avant de lire cette bande dessinée, je n’aurais jamais sauté le pas. Par bonheur, l’écureuil est de retour ! Cette adorable sale bête est toujours un contrepied aux pires situations et apporte un peu légèreté dans les moments les plus douloureux. « Les débats stériles étaient quotidiens. Il fallait batailler pour tout, c’était infernal. » Je ne sais pas s’il est prévu un troisième volume pour conclure l’épopée américaine de Laurel et sa famille, mais je serais ravie de la lire !

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06 mars 2019

Inventer les couleurs

Roman de Gilles Paris. Illustrations d’Aline Zalko.

Hippolyte vit seul avec son papa depuis que sa maman est partie avec le voisin. La vie n’est pas très gaie à Longjumeau : papa rentre épuisé de son travail à l’usine et il boit beaucoup. Alors, pour rendre la vie plus belle, Hippolyte sort ses crayons. « J’adore dessiner. Je mets de la couleur partout. » (p. 13) Et heureusement, à l’école, il retrouve Gégé, Fatou, les jumelles et tous ses copains. Là, il est un garçon comme tous les autres : il joue, il découvre la vie et il s’interroge. « Je me demande pourquoi on dit gros mots pour ‘connard’ ou ‘pouffiasse’. Ces mots n’ont rien de gros. Ils sortent de la bouche comme une envie de faire pipi. Une urgence. » (p. 20) Pendant une journée, on suit le quotidien d’un petit bonhomme qui, à sa hauteur et à sa manière, essaie de transformer le monde et de l’inonder de beauté.

L’histoire est simple et c’est très certainement ce qui en fait sa force. En peu de mots, on comprend une réalité sombre, voire sordide, mais la pudeur du texte s’attache à préserver l’innocence. Et les mots soudain prennent une dimension unique, magique, magnifique, quand ils sont mis en regard des illustrations qui donnent à voir les mille nuances du banal, mais aussi du bonheur. Cette courte lecture est sans aucun doute à mettre entre toutes les mains des petits et des grands lecteurs, que ce soit pour l’émotion de son histoire ou pour la beauté de ses images.

  

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04 mars 2019

California Dreamin'

Roman graphique de Pénélope Bagieu.

La voix la plus mémorable du groupe The Mama’s and the Papa’s, c’est évidemment celle de Cass Elliot, dite Mama Cass. Cette gamine en surpoids chantait avec son cher papa, fou d’opéra, et voulait en faire son métier. « Je serai la grosse la plus célèbre du monde. » (p. 46) Pour ça, il faut partir, quitter la famille et tenter sa chance à New York. Là-bas, elle fume trop, elle boit trop, elle mange toujours trop et elle découvre la drogue. Mais Cass Elliot ne doute de rien et tente tout pour accomplir son rêve. Lumineuse et drôle, riche d’une énergie inépuisable et d’un espoir chevillé au corps, elle passe de groupe en groupe, tentant d’imposer sa voix dans le folk et dans le rock, pour finalement devenir unique. « Sur scène, les gens ne veulent qu’elle. Et chaque spectateur a l’impression que Cass chante pour lui, et lui seulement. » (p. 120) Chaque chapitre est raconté par un membre de sa famille, un ami ou un artiste qui a croisé sa route. California Dreamin n’est pas l’histoire du groupe The Mama’s and the Papa’s qui a mis un certain temps à se former, mais bien celle d’Eliott Cass, chanteuse dont on ne finit pas de fredonner les titres marqués de sa voix.

Que l’on apprécie ou non le dessin crayonné de Pénélope Bagieu et ce choix du noir et blanc, impossible de ne pas vibrer à la lecture de l’histoire de la chanteuse. Extravertie, extravagante, exubérante, expressive : bref, extraordinaire, Mama Cass est inoubliable.

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03 mars 2019

Potins #61

Wilkie Collins est un auteur britannique né en 1824 et décédé en 1889.

POTIN - L'inscription de sa pierre tombale l'identifie comme l'auteur de La femme en blanc.

Lisez : La femme en blanc, Armadale, Secret absolu, L'hôtel hanté, La piste du crime, Pauvre Miss Finch, Pierre de Lune.

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