Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

14 décembre 2018

In the cut

Moore_In the cutRoman de Susanna Moore.

Quatrième de couverture – Un soir, alors que Fiona, enseignante new-yorkaise, prend un verre avec l'un de ses élèves dans un bar miteux de son quartier, elle surprend les ébats amoureux d'un homme tatoué et d'une jeune femme rousse dont on retrouvera peu après le corps mutilé… Dernier témoin à l'avoir vue vivante, Fiona est d'abord suspectée puis interrogée par les deux inspecteurs chargés de l'enquête. Mais la menace se précise : une main en plastique sordide lui est adressée… Serait-elle la proie du maniaque qu'elle a surpris ? Ou bien victime du jeu pervers de l'un de ses élèves ou de l'inspecteur Malloy avec lequel elle entretient une relation trouble ? Considéré comme un classique du thriller érotique, In the cut offre une plongée dans les abysses de la psyché humaine.

Grande admiratrice du travail de réalisatrice de Jane Campion, j’étais curieuse de lire le roman dont elle s’est inspirée pour son film éponyme. Meg Ryan y est quasiment méconnaissable avec son nez refait (défait ?), mais l’alchimie avec Mark Ruffalo est parfaite, et je garde de ce film un souvenir frémissant et le désir de lire – enfin – La promenade au phare qui est si souvent cité par les personnages.

Mais le roman de Susanna Moore est un peu décevant. S’il tient toutes ses promesses de thriller érotique, il offre un pauvre traitement au protagoniste féminin. Le texte est certes très lucide sur la complexité des rapports amoureux, mais sans dépasser une sorte de premier degré assez tiède, entièrement incarné par le coupable. « Ils ont besoin de nous détester pour surmonter la peur terrible que nous leur inspirons. » (p. 79) C’est cependant avec intérêt que j’ai lu les entrées du dictionnaire argotique que Fiona tente de rédiger en se frottant à ses élèves et à la population bigarrée du métro new-yorkais. Bref, In the cut se lit vite et vaut surtout pour le matériau qu’il a offert à Jane Campion. Lisez le livre si cela vous tente, mais surtout, regardez le film !

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12 décembre 2018

La vie avant l'homme

Roman de Margaret Atwood.

Elizabeth est mariée avec Nate, mais elle a une liaison avec Chris. Nate a une liaison avec Martha. Chris se suicide. Lesje et William sont en couple, mais Lesje a une liaison avec Nate. Elizabeth a des liaisons avec beaucoup d’hommes. Nate sait que sa femme le trompe. Elizabeth sait avec qui son mari la trompe. Cependant, ils restent mariés parce qu’ils ont des filles et qu’aucun ne supporterait d’en être séparé.

La chronologie de ces évènements est malmenée tout au long du roman, alors suivez bien les titres des chapitres. Moi qui apprécie beaucoup les textes de Margaret Atwood, notamment C’est le cœur qui meurt en dernier où l’adultère est traité sur un mode burlesque tout à fait approprié, j’ai ici été très désappointée. Ce roman est profondément désespéré et lourd. L’insatisfaction est générale, tous les personnages se sentant piégés à des degrés divers, dans des situations diverses, par leur passé ou leurs peurs. Même l’humour est aussi désagréable qu’une craie qui raye un tableau : certes, cela brise l’immobilisme, mais on souhaite y échapper sans délai pour retrouver la torpeur.

L’adultère n’est pas honteux, mais il reste pesant. Il ne provoque pas d’exaltation et il est moins transgressif et passionnel qu’hygiénique. Il est même raisonnable et fait l’objet d’accord au sein du couple principal : que chacun batifole autant qu’il l’entend, mais qu’il ne porte jamais atteinte à l’équilibre des enfants. Cela est-il durable ? Pas certain… Margaret Atwood porte un regard féroce sur le couple et l’amour à l’ère contemporaine, à une période de grands bouleversements politiques, quand des élections portent René Lévesque à la tête du Québec en 1976. Et elle oppose aux misérables atermoiements du cœur la disparition de géants paléolithiques qui ne vivent plus que dans des musées. Déprimant, je vous ai prévenus !

Je vous laisse avec des extraits de ce roman, pour que vous vous fassiez une idée.

« Il entre dans la chambre, brisant le fil invisible qu’elle tend ordinairement en travers du seuil, pour le maintenir au-dehors. » (p. 9)

« Elle déteste que l’on détienne un pouvoir sur elle. Nate ne possède pas ce genre de pouvoir. Il ne l’a jamais eu. Elle l’a épousé facilement, comme on met une chaussure. » (p. 21)

« Le sable coule dans son corps en sablier, depuis sa tête jusqu’à ses pieds. Quand tout aura coulé, elle sera morte. Enterrée vivante. Pourquoi attendre ? » (p. 101)

« Je suis une adulte, et je refuse de me considérer comme la seule somme de mon passé. Je puis faire des choix et en subir les conséquences, même si elles diffèrent parfois de ce que j’avais imaginé. Cela ne signifie pas que je doive aimer cela. » (p. 111)

« Il va téléphoner à Lesje, la revoir. Il ne la reverra pas. Il est le roi des cons, il a tout gâché, elle ne voudra jamais la revoir. Il faut absolument qu’il la revoie. » (p. 151)

« Je crois à la nécessité de demeurer civilisés dans ce genre d’affaires. » (p. 165)

« Avant, il voulait être protégé. Il voulait une femme qui fût une porte qu’il pouvait franchir et refermer derrière lui. Tout avait été parfait tant qu’elle avait bien voulu faire semblant d’être une cage, Nate une souris et son cœur un fromage. » (p. 183)

« Pourquoi se battre pour Elizabeth quand elle sait visiblement fort bien choisir ce qu’elle veut ? Et l’a déjà fait. » (p. 198)

« Si Lesje vit avec un type révélant un tel mauvais goût dans le choix de ses cravates, elle ne vaut vraiment pas la peine d’être vaincue. » (p. 206)

« Dans le cours normal des choses, elle serait indifférente à cette liaison. Elle ne se sent nullement comme le chien du jardinier : si elle n’a pas envie de tel ou tel os, ceux qui en veulent peuvent bien le prendre. » (p. 231)

« Je veux sentir que je vis avec toi. […] Pas avec toi et ta femme et tes enfants. » (p. 274)

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10 décembre 2018

Usagi Yojimbo - 2

Bande dessinée de Stan Sakai.

Pendant une grande partie de ce deuxième volume, nous suivons les années d’apprentissage du samouraï, auprès de Katsuichi, vieux senseï aussi sage qu’exigeant. « L’épée est l’âme du samouraï et le symbole de sa position. Apparaître en public sans elle est une disgrâce, car derrière l’âme se trouve l’esprit. Quand tu frappes, frappe d’abord avec ton esprit. » (p. 18) On voit le jeune Miyamoto avec ses oreilles encore libres du catogan des samouraïs (et c’est absolument trop mignon !). Il raconte sa jeunesse à Gen, compagnon plus ou moins gredin dont il ne cesse de croiser la route. « Tu n’es pas un ami ! Tu es un tricheur et un manipulateur, indigne de confiance et… / OK, j’accepte tes compliments. Maintenant, je te laisse m’offrir un verre et tu pourras continuer à me raconter ton histoire. » (p. 54) Le lapin ronin détaille également les circonstances qui l’ont conduit à entrer au service de maître Mifune, seigneur auquel il est resté fidèle jusqu’à la mort de celui-ci, et même au-delà.

Ce tome d’apprentissage est plutôt sombre et s’attarde un peu sur les agitations politiques du Japon, mais moins que le précédent. Il s’agit surtout de comprendre comment Miyamoto est devenu un ronin et pourquoi il reste fidèle au code des samouraïs. « Pourquoi l’as-tu tué ? Pour l’argent ? / Bien sûr que non ! C’était une dette d’honneur. / Ah ! L’honneur ? Je ne connais pas ce mot ! L’argent, ça, je peux comprendre ! » (p. 8) Parce que l’honneur, c’est également savoir punir ses amis quand ils trahissent le bushido. Cependant, cette bande dessinée ne manque pas d’humour et d’une certaine légèreté. Stan Sakaï introduit des créatures du folklore japonais, comme des fantômes qui offrent l’hospitalité ou des kappas, ces démons aquatiques dont le crâne ouvert rempli d’eau ne doit jamais se vider. Et Miyamoto croise aussi la route d’un étrange dragon cracheur de feu nommé Zylla, ou peut-être Godzylla…

Il y a bien des animaux dans ces pages : lapin évidemment, phacochère, rhinocéros, lion, chat, ours, loup, renard, blaireau, tigre ou encore souris. Et toujours ces sortes de lézards/dinosaures sortis d’une époque préhistorique. Entre parenthèses sont proposées les traductions des mots japonais utilisés. C’est bien plus pertinent qu’un lexique en fin d’ouvrage ou que des notes de bas de page, car cela ne brise pas le rythme de lecture de cases en cases.

Je poursuis avec bonheur ma découverte du brave Usagi Yojimbo avec ce deuxième volume et les suivants m’attendent déjà dans la pile à lire !

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09 décembre 2018

Potins #49

Roger Hargreaves est un auteur et illustrateur britannique né en 1935 et décédé en 1988.

POTIN - Il était passionné par le cricket.

Lisez : Monsieur Malchance, Madame Double, Le 4e Docteur, Monsieur Bagarreur, Monsieur Étourdi, Monsieur Maladroit, Monsieur Rigolo, Madame Bonheur et la sorcière, Madame Sage, Monsieur Farceur, Mr. Nosey, Madame Têtue va jusqu'au bout, Madame Chipie et la sirène, Monsieur Noël, Madame Noël, Madame Géniale, Madame Anniversaire.

(Oui, je sais que tous ces titres ne sont pas de lui, mais certains de son fils qui a repris la série après la mort de son père... Mais bon, comme ça, vous avez l'embarras du choix !)

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07 décembre 2018

Ulice le lapin

Osmond_Ulice le lapinBande dessinée de Nathalie Osmond (scénario) et Romuald Reutimann (dessins).

Dans le potager d’Ulice le lapin, les tartocarotiers, les saladiers et les buissons de sorbets au radis ne poussent pas. Son voisin lui conseille d’acheter des nuages pour que leur pluie arrose les plants. Sur le chemin du retour du marché, la voiture d’Ulice emprunte un extraordinaire ruban de route qui emmène le lapin plus loin qu’il aurait pensé se rendre. Il rencontre alors de nombreuses personnes : en les aidant, il peut aider ensuite d’autres personnages. Au terme de cette belle chaîne de générosité et d’entraide, Ulice est finalement récompensé.

Avec ce court album sans paroles, je découvre un petit héros aux longues oreilles dont j’ai hâte de connaître les autres aventures. Heureusement, d’autres volumes de cette jolie bande dessinée sont déjà sortis et je pourrai bientôt lire la suite de cet Ulice au pays des merveilles (J’ai essayé, mais je n’ai pas réussi à retenir ce jeu de mots…)

Challenge Totem

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05 décembre 2018

Rêve de fer

Roman de Norman Spinrad.

Parfois, il s’en faut de peu pour que l’histoire change. Dans cette dystopie, Adolf Hitler a émigré aux États-Unis en 1919 et il est devenu un illustrateur et un auteur de science-fiction renommé. Il observe avec tristesse et colère la révolution communiste qui s’est étendue à toute l’Europe, notamment l’Allemagne qui est désormais sous domination soviétique, ce qu’il déplore dans son roman le plus célèbre, intitulé Le seigneur du Svastika, « cette œuvre de fiction belle aux yeux d’innombrables lecteurs tel un flambeau d’espérance en ces temps de ténèbres et de terreur. » (p. 11)

Dans un univers post-apocalyptique, Feric Jaggar est un Purhomme déterminé à nettoyer la Terre des mutants et des Dominateurs et de rendre aux humains dont le code génétique est pur la pleine maîtrise du monde. « La pureté génétique est la seule politique de survie humaine ! » (p. 24) En s’alliant à d’autres Purhommes, il fonde les Chevaliers du Svastika, puis les soldats du Svastika, mieux connus sous les initiales SS. Avec ses valeureux camarades, il mène des batailles et des massacres, prend la tête du pays d’Heldon et impose sa suprématie politique. « Aussi longtemps que Heldon se gardait génétiquement pure et appliquait rigoureusement ses lois sur la pureté raciale, l’espoir demeurait de voir la Terre redevenir un jour le fief de la race humaine. » (p. 19) Feric met en œuvre un rigoureux programme de sélection génétique, procède à des purges à tous les niveaux du pouvoir, contrôle l’armée et met sur pied l’extermination organisée de ceux qui ne sont pas jugés dignes de se reproduire. « Ils mènent tous une existence sordide et misérable ; ils sont génétiquement incapables d’amélioration. Sans aucun doute, l’euthanasie serait un service à rendre à ces malheureux, aussi bien que la solution la plus réaliste pour nous. Mais j’insiste absolument sur le fait que cette tâche doit être menée avec le minimum de souffrances, le maximum d’efficacité, et au meilleur coût. » (p. 201)

Logiquement, le résumé de ce roman fictif devrait vous rappeler quelque chose… Il ne s’agit pas simplement d’une réécriture SF de Mein Kampf ou du parcours d’Adolf Hitler. Rêve de fer s’ouvre et s’achève sur un appareil critique – évidemment fictif – du roman de celui qui n’est jamais devenu le Führer, mais qui en a très certainement rêvé. Les analyses mettent en avant le délire pathologique et psychotique de l’auteur, moquent son obsession phallique et déconstruisent ses thèses grotesques. « Son devoir d’homme pur était clair : user de tout son pouvoir pour restaurer la rigueur des lois de pureté génétique, œuvrer à leur application rigoureuse, voire fanatique, et faire plein usage de toutes les chances que lui offrirait le destin pour servir cette cause sacrée. » (p. 36 et 37) Ce faisant, c’est Norman Spinrad qui, avec une large dose d’ironie, d’humour noir, mais surtout de réalisme, met en garde contre les dérives idéologiques de certains et la facilité qu’ont les foules d’y adhérer. Il rappelle que l’humanité n’est jamais à l’abri de retomber sous le joug d’un leader mégalomaniaque et dangereux, tout en espérant qu’elle saura s’en protéger. « Nous avons de la chance qu’un monstre comme Feric Jaggar demeure à jamais enfermé dans les pages de la science-fiction, rêve enfiévré d’un écrivain névrosé nommé Adolf Hitler. » (p. 275)

Rêve de fer est une dystopie intelligente, férocement drôle par certains aspects, mais surtout parfaitement lucide. Maintenant, regardez qui les Brésiliens viennent d’élire à leur tête et dites-moi que la littérature est seulement de la littérature et que les hommes apprennent de l’Histoire…

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03 décembre 2018

Pas de côté

Chiarello_Pas de coteRecueil de poésie de Fanny Chiarello.

« Ce recueil est le journal d’une relation vécue de juin 2016 à février 2017. Sa première version était beaucoup plus volumineuse puisqu’il réunissait nos deux points de vue […], qui se faisaient écho ou s’égratignaient. Nous l’avions intitulé Pas de deux. Voici Pas de côté, mon chemin solitaire dans cette histoire, des prémices aux derniers soubresauts. » (p. 9)

La narratrice parle de cette merveille qu’est l’amour naissant, des emballements cardiaques qu’il suscite et des papillons abdominaux qu’il relâche. « puis enfin / rien ne peut plus se mettre entre nous sur la voie 46 / un acarien essaierait en vain » (p. 33) Il y a des voyages en train pour s’atteindre et s’étreindre, de longues attentes que les caresses tentent d’effacer, des réflexions sur la vie en général, des instantanés d’existence. « elle a du charnu – un charmant charnu – mais qui sait si elle n’en est pas complexée si elle ne tend pas à s’en délester par la course à pied / car certaines filles, c’est ainsi, ne savent pas voir le charme de leur charnu et souffrent pour tenter de le conjurer / elles courent moins vite que moi » (p. 14) Mais l’amour, c’est aussi parfois ou souvent de la peine, de tristesse et du désenchantement. Il peut prendre la forme d’une ancienne relation qui peine à s’éteindre ou simplement celle de la mort d’un chat, compagnon de nombreuses nuits et de longues années. « le samedi matin est violent quand je croise dans l’escalier le squelette de celle que je détruis en existant » (p. 18) L’autrice sait pousser des coups de gueule contre la bienséance et réaffirmer le droit au chagrin, mais aussi chercher à échapper à ce dernier. « vous êtes nombreux à me dire / comment gérer la douleur / alors ce qu’on va faire c’est que / je vous la confie / vous me la rendrez quand elle sera / mieux éduquée / moi, je vais apprendre une langue étrangère » (p. 71)

Qu’il est difficile d’écrire sur la poésie. Mais qu’il a été doux et bon de se plonger dans ce recueil ! En fin d’ouvrage, Fanny Chiarello émaille ses mots de photos d’extérieur, comme s’il s’agissait pour elle de se réapproprier la géographie de son quotidien, d’en évacuer l’autre pour pouvoir à nouveau le parcourir sans frémir à chaque pas. C’est simple, c’est fort, c’est beau. Cette poésie non rimée, cette prose poétique qui se hâte, n’a pas le temps de reprendre son souffle : en une inspiration, elle veut tout dire. Et en cela, la poétesse ne s’embarrasse pas de ponctuation ou de majuscule. Tout doit couler, tout doit s’enchaîner. Et il n’est que les retours à la ligne qui marque la page et offre un petit répit dans l’affolement amoureux. Ah, et sinon, c’est une histoire d’amour lesbienne, mais on s’en fout. C’est une histoire d’amour.

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02 décembre 2018

Potins #48

Anne Brontë est une autrice anglaise née en 1820 et décédée en 1849.

POTIN - Son roman, La châteleine de Wildfell Hall, est considéré comme l'un des premiers romans féministes. Le jugeant contraire à la morale, sa soeur Charlotte en a interdit la republication après le décès d'Anne.

Lisez : Agnes Grey, La châteleine de Wildfell Hall.

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30 novembre 2018

La vraie vie

Dieudonne_Vraie vieRoman d’Adeline Dieudonné.

La jeune narratrice vit dans une maison hideuse avec ses parents et son petit frère. Le père est un chasseur violent et cruel. « Son goût pour l’anéantissement allait m’obliger à me construire en silence, sur la pointe des pieds. » (p 71) La mère est à peine plus vivante qu’un organisme unicellulaire. « Ma mère avait le regard d’une vache à qui on aurait expliqué le principe d’indétermination de Heisenberg. » (p. 68) Heureusement, les enfants s’aiment et se soutiennent, et le rituel du marchand de glace fait entrer un peu de magie dans leur quotidien. Jusqu’au drame qui transforme le petit garçon en une bête assoiffée de sang et de douleur. La narratrice sait qu’elle doit tout tenter pour sauver son frère. « Alors j’ai décidé que moi aussi j’allais inventer une machine et que je voyagerais dans le temps et que je remettrais de l’ordre dans tout ça. » (p. 26) La jeune fille se passionne pour la physique quantique, mais sait qu’elle doit avancer avec prudence pour ne pas perdre définitivement son frère, ni déchaîner la fureur de leur père. Les années passent et elle ne lâche pas son plan, en dépit des difficultés et des pièges que lui tend la vie. Cependant, quand on est sur la mauvaise branche de sa vie, peut-on tout se permettre au motif que l’on pourra tout effacer en revenant en arrière ?

Voilà un premier roman qui mérite largement tous les prix et éloges qu’il reçoit ! C’est vif, dynamique, très bien écrit et parfaitement construit. L’héroïne n’est pas invincible, mais elle est indestructible, avec un espoir fou chevillé au corps. Cette histoire de famille tyrannisée par une brute domestique pourrait être banale et fade, mais elle est lumineuse et inoubliable. Tout comme la plume de l’autrice et son talent pour les analogies. « J’aimais la nature et sa parfaite indifférence. Sa façon d’appliquer son plan précis de survie et de reproduction, quoi qu’il puisse se passer chez moi. Mon père démolissait ma mère et les oiseaux s’en foutaient. Je trouvais ça réconfortant. Ils continuaient de gazouiller. » (p. 60 & 61) Et je rassure ceux qui auraient des craintes : ce n’est pas un roman de science-fiction. À moins que…

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28 novembre 2018

Les animaux fantastiques : Les crimes de Grindelwald - Le livre du film

Scénario de J. K. Rowling.

Gellert Grindelwald s’échappe de prison alors qu’il devait comparaître en Europe pour ses crimes. À Paris, il entreprend de recruter des sorciers afin de mettre en œuvre son projet : imposer la toute-puissance des sorciers sur les êtres non-magiques, le tout enrobé dans un discours aussi séducteur que menteur. « On raconte que je déteste les Non-Magiques. Les Moldus. Les Non-Maj. Les Sans-Charmes. […] Je ne les déteste pas du tout. […] Mon combat n’est pas motivé par la haine. Je dis que les Moldus ne sont en rien inférieurs, seulement différents. » (p. 268 & 269) Albus Dumbledore envoie Norbert Dragonneau en France pour retrouver Croyance, le jeune homme perdu du premier film, pour éviter que Grindelwald ne l’utilise à de terribles desseins.

Alors que le premier film m’avait enchantée, ce deuxième épisode – toujours réalisé par David Yates – m’a beaucoup déçue. Mon reproche principal est qu’on ne voit pas assez d’animaux fantastiques et trop peu de vraie magie. Mon aversion grandissante pour Johnny Depp n’aide pas, mais il y a surtout un gros problème au niveau du rythme, avec des ellipses maladroites et des transitions bancales entre scènes et époques. Enfin, trop d’histoires et de personnages se croisent et la révélation finale qui se veut tonitruante est simplement inacceptable pour tout bon lecteur de la saga Harry Potter. D’un point de vue plastique, en dépit de quelques effets spéciaux grotesques et d’une scène d’introduction visuellement incompréhensible, le film est très beau. Et cela tient notamment à l’esthétique Art Nouveau qui se prête à la dissimulation de symboles. J’espère donc que Les crimes de Grindelwand est seulement un faux pas dans le cycle de 5 films envisagé par J. K. Rowling et David Yates. Quoiqu’il soit, et bien que leurs personnages aient été sous-exploités dans ce deuxième opus, Eddie Redmayne et Jude Law sauront toujours m’attirer dans les salles obscures.

Pour en revenir au livre du film et parler uniquement de l’objet, aucune déception ! La couverture dessinée par le duo de graphistes MinaLima est superbe : douce, épaisse, dorée et pleine d’éléments à décrypter et à retrouver dans le film. Et quand vous ouvrez le livre, vous êtes accueillis par une constellation du plus bel effet. Un glossaire des termes cinématographiques permet de se familiariser avec le déroulement d’un film et la mise en scène. Et chaque page est bien plus qu’une feuille de scénario : c’est une expression modernisée de l’Art Nouveau. Bref, un bien beau bouquin qui rattrape la déception d’un film moyen.

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