Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

26 janvier 2022

Le papier peint jaune

Perkins Gilman_Papier peint jauneNouvelle de Charlotte Perkins Gilman.

La protagoniste tient un journal intime. Malade des nerfs, elle se repose pendant plusieurs semaines dans une maison isolée que son époux, John, a louée. L’homme est médecin, attentionné, mais aussi très strict : il empêche toute sortie et tout divertissement à son épouse. « John se moque de moi, bien sûr, mais que peut-on attendre d’autre du mariage ? » (p. 21) Dans la chambre où elle dort et qu’elle ne quitte presque pas, un hideux papier peint jaune en lambeaux l’obsède. « Ce papier me regarde comme s’il avait conscience de son influence. » (p. 36) La folie s’empare rapidement de l’esprit fragile de la protagoniste : elle voit des choses dans le papier et se donne pour mission de combattre ce monstre unidimensionnel.

En peu de pages et avec une économie de mots remarquable, l’autrice dépeint la naissance de la folie avec une précision qui glace le sang. Le plus terrible est d’apprendre en fin d’ouvrage que Charlotte Perkins Gilman a vécu une expérience similaire de neurasthénie, d’enfermement et d’affamement intellectuel. « Ce texte n’a pas été écrit pour rendre les gens fous, mais pour les empêcher de le devenir. Et ça a marché ! » (p. 187) Ce que l’autrice dénonce, ce sont des pratiques aliénantes, à base d’inactivité forcée, décidées et imposées par des hommes qui ne savent pas et ne cherchent pas à savoir comment mieux traiter les femmes.

La mise en page est une merveille et joue également sur les nerfs du lecteur, avec des pages blanches déstabilisantes, des décalages de lettres, des phrases hachées, et surtout ce papier peint jaune qui envahit progressivement tout l’espace, tout comme il gangrène irrémédiablement l’esprit de la narratrice. Détail qui a son importante, il faut couper les pages non massicotées pour progresser dans l’histoire. Le lecteur trace ainsi activement son chemin dans le livre et le huis clos mental de l’héroïne, mais ce geste ralentit aussi la découverte de l’intrigue et entretient le suspense. Le parallèle est grand entre l’action du lecteur et celle de la femme : le premier coupe le papier, la seconde l’arrache. Les deux sont aux prises avec la même matière, dans un but identique : découvrir ce qui se cache derrière le papier.

Je ne peux que saluer l’extraordinaire travail des éditions Tendance négative, maison bénévole qui a offert un superbe écrin au texte de Charlotte Perkins Gilman. De cette autrice, je vous conseille évidemment la lecture de Herland. Et je range sans aucune hésitation Le papier peint jaune sur mon étagère de lectures féministes.

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24 janvier 2022

Polly

Melquiot_PollyRoman graphique de Fabrice Melquiot et Isabelle Pralong.

« Polly est né.e avec une ziziette. Quelque chose qui n’est pas un zizi, ni une zézette, mais la rencontre de l’un avec l’autre. » Polly est intersexe. Ses parents voudraient ne pas choisir, mais les médecins imposent une vision binaire : on naît soit homme, soit femme. « C’est un garçon raté. […] Il nous faut déterminer son sexe d’élevage.[…] Plus tard, nous entreprendrons de le réparer. » Ces paroles froides sont suivies d’années d’opération et de douleurs physiques. Mais face à la nécessité morbide de classer, d’assigner, d’empêcher et d’imposer une voie, Polly est seul.e. L’enfance se passe, l’adolescence aussi, et elles entraînent des flots de questions. Jeune adulte, enfin, Polly ose se demander pourquoi iel devrait choisir entre être homme et femme et affirmer qu’iel peut être les deux, ou aucun des deux ! « Le refus de cocher, c’est là que son cri a son petit volume, c’est là que les murmures de Polly se souviennent qu’ils sont déjà des cris. » En libérant de l’injonction de choisir, Polly reprend en main son existence et se donne toutes les chances de la rendre exceptionnelle.

Les pages font la place belle à la couleur sans texte et au blanc. L’absence de texte, ce n’est pas le vide, c’est tout l’espace qui reste à conquérir, c’est l’immense champ des possibles ouvert devant Polly. J’ai découvert Fabrice Melquiot avec Diane, pièce de théâtre autour de la vie de la photographe Diane Arbus. Je le rencontre différemment au travers du support dessiné, et pour mon plus grand plaisir. Polly est une œuvre moderne, intelligente et sensible.

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21 janvier 2022

Classe tous risques

King_Classe tous risquesAnthologie dirigée par Stephen King et Bev Vincent.

Le piège quand on est (un peu) (beaucoup) obsédée par un auteur, c’est de se ruer sur tout ce qui porte son nom, sans se préoccuper vraiment du contenu. Je pensais donc lire un recueil de nouvelles écrites par le maître de l’horreur… et pas tout à fait ! Avec l’aide de Bev Vincent, Stephen King a rassemblé des textes d’auteurs morts ou vivants autour d’un thème commun : les voyages en avion. L’auteur du Maine n’est pas à l’aise dans les airs, et c’est un euphémisme ! « Vous avez le temps de méditer sur la fragilité du corps et sur ce fait irréfutable : vous finirez par redescendre. » (p. 6)

Parmi les auteurs réunis dans cette anthologie, vous trouverez Richard Matheson, Arthur Conan Doyle ou encore Peter Tremaine. Et pour les histoires, si vous aimez vous envoyer en l’air et en crever de peur, vous serez servis ! Sous le haut patronage du roi des frissons, aucun vol n’est une promenade de santé… Attachez votre ceinture, repérez les issues de secours et c’est parti !

Dans cette anthologie, vous trouverez :

  • Une cargaison composée de cercueils d’enfants ;
  • Des créatures volantes extraordinaires ;
  • Un monstre qui démonte l’aile de l’avion à 20000 pieds d’altitude ;
  • Un passager qui sait qu’un accident va avoir lieu et ne peut pas l’empêcher ;
  • Un homme seul dans un avion ;
  • Une marchandise dangereuse dans la cabine ;
  • Une équipe de choc qui prend les commandes quand nécessaire ;
  • Des événements tragiques survenant au sol et compromettant l’atterrissage ;
  • Un homme volant dans l’antique empire de Chine ;
  • Des zombies ;
  • Un passager mort dans les toilettes de l’avion ;
  • Un expert en turbulences ;
  • Une femme qui tombe d’un avion en vol.

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19 janvier 2022

La bibliomule de Cordoue

Lupano_Bibliomule de CordueBande dessinée de Wilfrid Lupano et Léonard Chemineau.

Intronisé calife à 11 ans, le jeune Hachim a délégué le pouvoir au vizir Muhammad Amir. Ce dernier est assoiffé de pouvoir et de domination. Pour régner sans partage sur le califat, il veut effacer l’héritage culturel des précédents califes, et il commence en brûlant les livres de la bibliothèque de Cordoue. « Le plus grand centre scientifique de l’Occident ! Le temple de tous les savoirs qui attire des savants et des philosophes de Bagdad et de Constantinople ! » (p. 51) L’érudit et dodu bibliothécaire Tarid tente de sauver un maximum d’ouvrages, aidé de la copiste Lubna et de son ancien assistant, le vaurien Marwan. Les livres rescapé des flammes sont entassés sur le dos d’une vieille mule indocile et têtue, et le chemin sera semé d’embûches et de rebondissements pour les mettre en sécurité.

Avec cette aventure rocambolesque et picaresque, les auteurs proposent une histoire terriblement drôle par moments, mais surtout riche de sens et d’avertissements. Le contexte est ici celui d’un Islam radicalisé et obtus, mais l’Histoire a souvent vu des civilisations détruire les cultures étrangères, pour la plus grande perte de l’Humanité. J’ai dévoré cette bande dessinée qui m’a rappelé, une fois encore, la valeur des livres et du savoir qu’ils offrent.

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17 janvier 2022

May le monde

Jeury_May le mondeRoman de Michel Jeury.

Quatrième de couverture – May a dix ans. Peut-être est-elle en train de mourir. Le Dr Goldberg l’a envoyée en vacances dans la maison ronde, au milieu de la forêt, rejoindre quatre locataires, Thomas et Lola, Nora et la docteure Anne. Ils sont chargés en fait de distraire les enfants malades. Et de leur apprendre le monde. Un monde qui ressemble au nôtre. Mais qui n’est pas le nôtre, qui en est prodigieusement distinct et distant, sur une autre « brane ». Où tout, en réalité, est différent, subtilement ou violemment. Le Dr Goldberg vous expliquera ça. Encore heureux qu'il y ait le changement, sans lequel la vie ne vaudrait pas d'être vécue. La langue de ce roman est étrange. Ce n’est pas tout à fait la nôtre. C’est celle d’un autre univers, parallèle si l’on veut, autorisé par la théorie des cordes, et où les personnages ont la faculté de passer d’un monde à l’autre, voire peut-être de créer des mondes, la faculté de changer. May le monde est peut-être le monde que la petite May mourante est en train de se créer pour y vivre (qui sait ?) à jamais.  Peu de romans de science-fiction sont aussi bouleversants. Aucun n’a jamais été aussi loin dans l’originalité en s’attaquant aux règles mêmes du langage sans jamais sombrer dans l’inintelligibilité ou l’obscurité.

J’ai lu ce roman pour la première fois en 2010. À l’époque, je n’avais pas compris grand-chose et je pensais encore que je n’aimais pas la science-fiction. En 12 ans, j’ai eu le temps de revenir sur cette certitude bien mal fondée. J’apprécie vraiment la SF, désormais, et je voulais retenter ce roman étrange et insaisissable. Insaisissable, il le reste, mais je considère maintenant cela comme une qualité : ça donne aux lecteurs le champ libre pour tisser des liens entre tous les univers où évoluent les personnages. « Tu seras une infinigie de mondes […]. Et une infiniade de mondes contient chacun de nous. Et chacun de nous contient une infinitude de mondes. » (p. 13) Comme lors de ma première lecture, j’ai été séduite par la plasticité de la langue pratiquée par l’auteur : les mots dérivent d’autres langages, sont proches de mots que l’on connaît et à peine un peu différents pour susciter l’étonnement. C’est un jeu fascinant autour et pour l’écriture. Enfin, cette fois encore, j’ai apprécié le discours écologique qui sous-tend le texte. La jeune May déplore une Terre malmenée par l’homme et rêve d’un monde plus doux et plus respectueux de la nature, avec l’humain en nombre raisonné et contrôlé.

Bref, 12 ans après ma découverte de ce texte, je l’ai bien plus apprécié. « Encore heureux qu’il y ait le changement, sans lequel la vie ne vaudrait pas d’être vécue. » (p. 14)

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14 janvier 2022

Tant pis pour l'amour - Ou comment j'ai survécu à un manipulateur

Lambda_Tant pis pour lamourBande dessinée de Sophie Lambda.

« On était des enfants lumineux, les villageois ignorants qui dansent au milieu du champ de bataille des tristes pierres amorphes du quotidien. » Voilà, ça, c’est le début. La passion, l’amour parfait. Passée cette présentation idyllique, il y a l’envers du décor et le parfait cauchemar. Sophie raconte ses 8 mois de relation avec Marcus, un homme aussi beau que manipulateur, aussi attentionné que dangereux. Après les promesses et la dévotion absolue des débuts, le prince charmant laisse place à un être violent qui enchaîne les mensonges et les rages sans fondement. En un claquement de doigts, pour une broutille, pour un rien, l’homme idéal devient odieux. « Des accusations éventées de toutes pièces qui ne visent qu’un but : provoquer une émotion, le plat préféré de cet ogre insatiable. » Et il oublie tout quelques heures après, persuadé que rien n’est grave. Et pendant ce temps, Sophie essaie de comprendre, mais perd pied et met sa santé mentale et physique en danger. Elle doute d’elle-même, de ses intuitions, de ses ressentis viscéraux et cherche à se persuader que l’amour est plus fort que ça. Sauf que non : si l’amour abîme autant, il porte mal son nom. « On peut cacher tout ce qu’on veut sous un tapis, ça sera toujours un tapis avec plein de trucs en dessous… » Le pire est que, même après la rupture, Sophie souffre encore, voire davantage. Elle ne comprend toujours pas et ne se remet pas des blessures laissées par celui qu’elle a réussi, in extremis, à quitter.

Lambda_Tant pis pour lamour-1

Cette bande dessinée, c’est la victoire de Sophie sur une relation malsaine et destructrice. C’est un puissant message d’espoir et d’encouragement. L’ours en peluche Chocolat, compagnon de la narratrice/autrice, est un ressort comique indispensable, mais rapidement, il dépasse cette fonction. Il devient la Cassandre de Sophie, celui qui représente tous les drapeaux rouges qu’il aurait fallu prendre en considération. « C’est pas de la jalousie. Il dit des choses et il fait l’inverse… » L'ours Chocolat, finalement, c’est la voix de l’ironie tragique du théâtre grec, celle qui sait tout. Mais à l’inverse de la destinée antique, rien n’est inéluctable : le malheur n’est pas certain, il n’est pas définitif. Avant tout, il faut accepter avoir été une victime et ne plus rien laisser passer au bourreau. « Tant qu’on pense que les manipulateurs ne sont que des pauvres gamins à problèmes, mais qu’au fond, ils sont gentils, on leur pardonnera tout. » L’ouvrage s’achève sur un annuaire de numéros d’aide et d’urgence. Il faut que cette bande dessinée circule, largement. Et comme des milliers d’autres lectrices, j’ajoute mes remerciements à l’interminable liste de ceux déjà reçus par l’autrice.

Cette lecture m’a sauvée et je remercie du fond du cœur les deux amies qui m’ont conseillé ce livre. J'ai aimé cet homme, bien plus fort que je me le permettais, et en arrêtant de m'aimer. Et, sans doute, je l'aime encore, sans bien savoir pourquoi. Mais j'ai ouvert les yeux. J'ai fini de croire à ses mensonges qui me faisaient passer en un instant de la personne la plus exceptionnelle à la pire des femmes, cruelle et sans coeur. J'ai fini de croire que tout ce que nous vivions était unique et nouveau, alors qu'il avait déjà vécu tout ça exactement de la même manière avec d'autres avant moi et qu'il se comportera encore très exactement de la même façon avec d'autres après moi. J'ai fini de croire que ses sentiments pour moi étaient de l'amour. Quand on aime, on ne blesse pas volontairement l'autre, on ne le bourre pas de coups (métaphoriquement pour mon cas) pour s'assurer qu'il va résister, on ne pousse pas l'autre à partir pour lui reprocher ensuite de l'avoir fait et lui reprocher de refuser de donner une autre chance. Quand on aime, on ne réduit pas l'autre à la moitié de ce qu'il était. Quand on aime, on ne dévaste pas quelqu'un au point de lui faire envisager le suicide comme seule porte de sortie. Quand on aime...

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12 janvier 2022

Les aventures des cent huit lapins

Green_Aventures de cent huit lapinsAlbum d’Adam Green (texte) et Leonard Weisgard (illustrations).

« Il était une fois, dans une ville abandonnée, une fabrique de jouets abandonnée. » Le lieu est une aubaine pour un lapin, puis deux, puis trois… jusqu’au nombre annoncé dans le titre ! Chaque étage regorge de surprises et tous les lapins s’en donnent à cœur joie. Tous sauf un, toujours à la marge et plutôt circonspect devant les comportements étranges de ses compagnons. C’est finalement dans le sous-sol que ce petit lapin trouve ce qui le réjouit.

Ce vieil album est mignon, mais je peine à lui trouver un sens ou une morale. S’il s’agit de dire que le bonheur réside dans l’habitude et la normalité, je ne suis pas convaincue par le message ! Je vais plutôt retenir les dessins surannés qui rythment les pages et la délicieuse odeur de cave qui émane de cet album trouvé dans une boîte à livres.

Challenge Totem

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10 janvier 2022

La montagne magique

Mann_Montagne magiqueRoman de Thomas Mann.

Pour se reposer après les semaines épuisantes consacrées à la préparation de son examen d’ingénieur, le jeune Hans Castorp quitte Hambourg pour un sanatorium de Davos. Il y rejoint son cousin Joachim, soigné depuis plusieurs mois pour une faiblesse pulmonaire, et est censé n’y passer que trois semaines. « La patrie et l’ordre étaient non seulement loin derrière lui, mais surtout enfouis à des lieues sous ses pieds, et son ascension continuait de l’en éloigner. En suspend entre eux et l’inconnu, il se demandait ce qu’il deviendrait là-haut. » (p. 9) D’abord étonné par les habitudes des malades et des convalescents et désorienté par le rythme de cette vie consacrée aux soins et au repos, Hans finit par trouver ses marques et sa place, d’autant plus qu’il développe une maladie qui le contraint à rester plus longtemps dans les hauteurs. La compagnie morbide du jeune homme est aussi fascinante que dérangeante. Les longs argumentaires de Settembrini alternent avec les envolées fougueuses de Naphta. Et Hans s’embourbe dans une relation amoureuse des plus complexes avec l’affolante Clavdia Chauchat.

Happée. Je ne peux pas me décrire autrement tout au long de cette lecture. J’ai été fascinée par cette communauté étrange et forcée dans les montagnes. « Ce sont de jeunes gens, le temps ne compte pas pour eux, et ils vont peut-être mourir. Alors pourquoi veux-tu qu’ils prennent un air sérieux ? » (p. 65) La décomposition psychique alliée à l’atmosphère débilitante des lieux crée un malaise croissant et une angoisse diffuse qui ne lâchent pas le lecteur. « Ici, on révise ses conceptions. » (p. 12) Pris par la dilution du temps, Hans ne sait plus redescendre, revenir à la vie normale, et la durée de son séjour à Davos excède tout bon sens.

Thomas Mann m’a déjà séduite avec La mort à Venise et Les Buddenbrook. C’est un triplé gagnant avec La montagne magique qui me laissera longtemps une impression profonde.

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07 janvier 2022

Nous avons toujours vécu au château

Jackson_Nous avons toujours vecu au chateaRoman de Shirley Jackson.

Mary-Katherine et Constance Blackwood vivent avec leur vieil oncle Julian dans la grande maison familiale, loin de la ville, isolées dans une terreur qui a pris racine après le retentissant procès pour meurtre qui a agité leur famille. « Les gens du village nous haïssent depuis toujours. » (p. 8) Quand elle n’est pas obligée de descendre en ville pour ravitailler la maison, la très jeune Mary-Katherine passe sa journée en jeux et manies d’enfant, tandis que Constance veille au fonctionnement millimétré de la maison et aux soins de l’oncle grabataire. Les deux sœurs font tout pour se préserver des rumeurs et du scandale, mais la journée funeste qui a précipité leur destin est sans cesse ressassée par Julian qui, bien que sénile, se veut le témoin fidèle des événements. « Nous ne demandons rien à personne. N’oublie jamais ça. » (p. 27) L’arrivée inopportune et intéressée du cousin Charles Blackwood bouleverse le quotidien reclus de la maison.

Entre candeur et cruauté, ce roman gothique distille tout au long des pages un malaise constant. Entre ces deux sœurs liées à tout jamais par un secret terrible, la folie guette, nourrie par les obsessions et la solitude. Shirley Jackson m’a déjà délicieusement angoissée avec La loterie et autres contes noirs. Même plaisir avec ce roman que j’ai dévoré en une matinée !

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05 janvier 2022

Pourquoi les lapins ne fêtent pas leur anniversaire

Louchard_Pourquoi les lapins ne fetent pas leur anniversaireAlbum d’Antonin Louchard.

Zou, le lapin rescapé de l’album Pourquoi les lapins ne portent pas de culotte, décide de partir à l’aventure ! « C’est l’automne, saison singulière où l’air se refroidit quand les couleurs se réchauffent. » Le petit animal veut explorer le monde, voir plus loin que le champ qu’il a toujours connu. Après seulement quelques heures de marche, il découvre un groupe de lapins qui vit en quarantaine, abrité par une épaisse haie de ronces couvertes de baies. Cette réclusion est motivée par une précaution sanitaire, après qu’un terrible virus a décimé les lapins. Cette communauté aux airs bien nets de dictature ne se nourrit que de carottes bleues. Et elle est franchement hostile aux étrangers. Une fois encore, Zou s’est mis dans un sacré pétrin…

Comme dans son album précédent, Antoine Louchard propose une histoire que je ne ferai pas lire à des enfants ! C’est faussement naïf et délicieusement cynique, surtout quand on obtient enfin la réponse à la question contenue dans le titre. J’espère que Zou connaîtra d’autres aventures, toujours à base de « pourquoi » un peu loufoque !

Challenge Totem

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