Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

21 avril 2019

Potins #68

Margaret Atwood est une autrice canadienne née en 1939.

POTIN - Elle a participé au projet de bibliothèque de futur de l'Écossaise Katie Paterson en lui confiant le manuscrit d'un de ses romans qui ne sera publié qu'en 2114.

Lisez : La servante écarlate, Captive, C'est le coeur qui lâche en dernier, La trilogie du dernier homme, La vie avant l'homme, Lady Oracle.

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19 avril 2019

Chi, une vie de chat - 1

Kanaka_Chi une vie de chatManga de Kanami Kanata.

Une petite chatte perd sa mère et ses frères et sœurs alors qu’ils se promenaient. Elle veut retrouver sa maison, mais elle ne sait pas où elle est. Un petit garçon la remarque et hop, voilà la bestiole recueillie par une gentille famille. Le chaton veut toujours rentrer chez lui, mais entre la pluie et les chiens à l’extérieur, il a du mal à braver l’extérieur. « Ze vais me cacher ici encore un peu… » (p. 18) Baptisée Chi, la petite chatte vit toutes les premières fois d’un nouvel animal de compagnie : visite chez le vétérinaire, découverte de la litière, jeux et câlins. Mais attention, les animaux sont interdits dans l’immeuble : il va falloir être discret et ne pas se faire repérer.

Bon. C’est mignon. C’est très mignon. Trop mignon. Kawaï, comme disent les Asiatiques. De manière générale, j’ai horreur – souverainement horreur – qu’on prenne les animaux pour des êtres stupides, et donc qu’on les fasse parler ou agir comme des crétins. Bref, je vais laisser cette lecture à son public cible, à savoir les enfants, même si ça m’agace un peu qu’on leur serve du mignon couillon.

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17 avril 2019

Les formidables aventures de Lapinot - Vacances de printemps

Bande dessinée de Lewis Trondheim.

Encore un voyage dans le temps et l’espace pour Lapinot. Le voici jeune homme de bonne famille dans l’aristocratie anglaise, en 1870. Voilà qu’il croise Miss Nadia, son amour d’enfance, mais aussi Richardson et MacTerry, ses rivaux de toujours. Lui qui désespère de se voir imposer le métier de peintre par ses parents alors qu’il ne rêve que de science, il se prend à analyser en détail son état sentimental nouveau. « Vous êtes comme tout le monde, n’est-ce pas ? Vous vous demandez comment l’amour vient aux amoureux, et pourquoi tous les cœurs épris lui sont reconnaissants d’être réduits en esclavage ? » (p. 3) Reste à savoir si notre cher ami aux longues oreilles et aux longs pinglots saura reconquérir son ancienne amoureuse face à d’autres prétendants.

Les amours et les rivalités d’enfance, c’est toujours mignon, mais aussi un peu niais. Comme ici la campagne anglaise et le romantisme nunuche des balades en barque. Mais avec l’humour qu’on lui connaît, Lewis Trondheim injecte un peu de piquant et d’amertume dans la belle aquarelle, et tout devient d’un coup beaucoup plus sympa. Mais que ne donnerais-je pas pour consoler un pauvre pinpin au cœur triste !

Challenge Totem

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15 avril 2019

Le mangeur de livres

Malandrin_Mangeur de livreRoman de Stéphane Malandrin.

Tournons-nous vers le Portugal et vers le quinzième siècle. Suivons le narrateur, Adar. Avec son frère Faustino, ce gamin court les rues pour trouver à manger. Attrapés par un inquiétant curé et enfermés dans une crypte, les jeunes chapardeurs affamés croient leur dernière heure venue. « C’est après ce qui précède qu’arriva ce qui suit. » (p. 73) Adar engloutit un codex et le voilà désormais incapable de résister aux ouvrages faits en vélin. Sa voracité entraîne une transformation surprenante, tant physique que spirituelle. « À défaut de le lire je le mangeais, et […] il m’enchanta si bien que je suis devenu le livre et que le livre est devenu moi, et que je m’avalerai après m’être écrit car je dois me manger moi-même pour être complet. » (p. 95) Le monstre passe en procès devant un tribunal ecclésiastique, mais ce n’est pas là que s’arrête le destin fabuleux d’un livre maudit ni celui du gamin qui l’a dévoré.

Rabelaisien, grotesque et merveilleux, ce roman s’aligne sans peine sur les plus grands classiques du réalisme magique, mais flirte aussi avec l’absurde inquiétant de Kafka. Par bien des aspects, le roman met l’eau à la bouche. Parmi les grands lecteurs, nombreux sont ceux qui s’autoproclament bibliophages, mais le personnage de Stéphane Malandrin est hors compétition. « Je suis mangeur de livres ; je les consomme comme du bon pain, j’en fais des tartines et des mouillettes, j’en fais des rondelles de saucisse, des tripailles, des pâtés, je suis passé maître dans l’art d’accommoder les livres. » (p. 7 & 8) Pour son premier roman pour adultes, Stéphane Malandrin fait fort : son style est précis, efficace et marquant. Ai-je dévoré ce livre ? Oh oui ! Et je parie que vous ferez de même !

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14 avril 2019

Potins #67

James Ellroy est un auteur américain né en 1948.

POTIN - Considéré comme un des plus grands auteurs vivants de romans noirs, il est pourtant très peu lu et apprécié aux États-Unis.

Lisez : Le quatuor de Los Angeles, composé du Dahlia noir, Le grand nul part, L.A Confidential et White Jazz.

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12 avril 2019

Le coeur est un chasseur solitaire

McCullers_Coeur est un chasseur solitaireRoman de Carson McCullers.

Mike Kelly est une gamine qui ne rêve que de musique et qui grandit subitement. « Cet été fut une expérience sans précédent dans l’existence de Mike. Il ne s’était rien produit qui puisse de décrire par des pensées ou par des mots – mais la sensation de changement n’en était pas moins réelle. » (p. 92) Biff Brannon est un brave propriétaire de bar qui voudrait aider tous les misérables. Le Dr Copeland est un noir qui porte un grand projet pour ses frères de couleurs. « Les visages souffrants de ses congénères se dressaient en une masse croissante devant ses yeux. Et […] il sentait son cœur se soulever d’un amour furieux, inapaisable. » (p. 177) Jake Blount est un communiste qui tente de convaincre les ouvriers du pays du bien-fondé de la théorie marxiste. Et au centre se trouve John Singer, un sourd-muet qui les écoute tous et qui devient le dépositaire de leurs grands projets. Mais lui ne pense et ne se consacre qu’à son ami Spiros Antonapoulos, enfermé en hôpital psychiatrique. « Derrière chaque instant de sa vie éveillée, son ami était présent. Et cette communion souterraine avec Antonapoulos s’était développée et transformée comme s’ils n’étaient pas séparés physiquement. » (p. 286) Au cours d’une année qui pourrait tout aussi bien durer un siècle, les espoirs et les renoncements meurtrissent les cœurs et mettent en lumière les solitudes et les chagrins intimes.

Il y a des drames terribles dans ce roman très pessimiste et résolument triste : des amis séparés, un noir emprisonné, une enfant gravement blessée, un racisme latent et vicieux qui imprègne tout, des dialogues perdus puisque confiés à un muet. Et ces drames se déroulent au son des échos lointains de la sinistre montée du fascisme en Europe. Hélas, bien que j’aie vu toute la beauté et toute la puissance de ce roman, me voilà très triste de ne pas avoir été émue. Je ne sais pas ce qui m’a tenue à l’extérieur de cette œuvre qui a des airs certains de Steinbeck, notamment dans la tendresse désespérée que l’auteure porte à ses personnages. Ai-je lu ce texte trop tard ? Trop tôt ? Je ne sais le dire. En revanche, je sais que je relirai dans quelques années.

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10 avril 2019

Les formidables aventures de Lapinot - Amour et intérim

Bande dessinée de Lewis Trondheim.

C’est l’été et Lapinot cherche un boulot. Richard lui propose d’intégrer Damoclès, une entreprise aux méthodes et aux métiers peu orthodoxes, qui œuvre dans un but finalement assez peu catholique. « À prendre les êtres humains pour des insectes sur lesquels vous avez le droit de vie et de mort, c’est vous qui finirez écrasé comme une mouche. » (p. 46) Lapinot préfère s’abstenir, mais voilà qu’il trouve une mallette contenant un million de francs. En cherchant à la rendre à son propriétaire, Lapinot prouve à nouveau qu’il est un vrai bon gars, mais il se met dans une situation délicate où sa droiture lui cause des problèmes de conscience. Et il est toujours hésitant quant à la conduite à tenir avec Nadia : va-t-il enfin se lancer ?

Ce tome est bourré de phrases prophétiques, de situations ubuesques et de réflexions sur le sens de vie et de la justice. Comme d’hab’ avec Lapinot, me direz-vous ! Tout à fait, vous répondrai-je ! Et c’est justement ce qu’on aime !

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08 avril 2019

Une saison amère

Roman de John Steinbeck.

La famille d’Ethan Allen Hawley possédait autrefois une grande partie de la ville de New Baytown. Désormais, Ethan est commis dans l’épicerie qui appartenait à son père. Son épouse Mary et ses enfants Allen et Ellen savent plus ou moins subtilement lui reprocher leur pauvreté et la perte de leur niveau social. « L’argent effacerait les sourires méprisants sur les visages de tous ces affreux bêcheurs. / Personne ne méprise les Hawleys. / C’est ce que tu crois ! Tu ne le vois pas, c’est tout. / Peut-être parce que je ne cherche pas à le voir. » (p. 50) Alors, et bien qu’il s’enorgueillisse d’être un homme de valeur, Ethan met en place un plan retors pour rendre aux siens le confort matériel dont ils rêvent. Du week-end de Pâques au week-end du 4 juillet de l’année 1960 se noue un drame patient aux conséquences nombreuses.

Difficile de trop en dire sans détailler le plan complexe d’Ethan. « Je voudrais bien connaître le secret des affaires. / Je peux vous dire tout ce que je sais en une phrase. L’argent attire l’argent. / Voilà qui ne m’aide pas beaucoup. » (p. 77) Tout commence avec un tirage de tarots, s’agrémente d’une proposition de pot de vin et d’un héritage de 5 000 dollars, et repose sur un projet plus ou moins secret porté par la municipalité. Si Ethan met de côté ses principes, allant jusqu’à envisager le pire, il ne peut se départir d’un remords profond. « Et si j’oubliais les règles un moment, je savais que j’en conserverais des cicatrices, mais celles-ci seraient-elles pires que les stigmates de l’échec que je portais ? Être vivant, de toute façon, c’est avoir des cicatrices. » (p. 122) Dans les monologues qu’il adresse aux objets ou aux disparus, il pèse le bien-fondé de sa démarche tout en repoussant les avances de Margie Young-Hunt. « Dans les affaires comme en politique, un homme doit tailler son chemin à grands coups de machette à travers la foule pour devenir Roi de la Montagne. Une fois arrivé là-haut, il se montrer grand et magnanime, mais il doit d’abord arriver là-haut. » (p. 198)

J’avoue ne pas comprendre pourquoi la narration passe en un chapitre de la troisième à la première personne, mais j’ai apprécié ce roman qui ne ressemble pas aux Raisins de la colère ou À l’est d’Eden. John Steinbeck démontre une nouvelle fois à quel point il aime dépeindre les petites gens et leurs tourments moraux. S’il le fait ici avec un cynisme nouveau, ce dernier reste imprégné de tendresse et de commisération. À l’instar d’Hamlet qui ne sait pas s’il doit vraiment embrasser le destin qu’on lui a tracé, Ethan s’engage avec réticence sur le chemin escarpé de la richesse et rien n’assure qu’il atteindra sa destination. Un grand roman très humain, comme toujours avec Steinbeck.

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07 avril 2019

Potins #66

Marguerite Duras est une autrice française née en 1914 et décédée en 1996.

POTIN - Dans un entretien donné à Bernard Pivot, elle a estimé que Jean-Paul Sartre n'avait jamais écrit.

Lisez : L'amant, La douleur (j'ai lu ces deux-là bien avant l'ouverture de mon blog !), Un barrage contre le Pacifique, Moderato Cantabile, Les petits chevaux de Tarquinia, Let à peu tout ce qu'elle a écrit !

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05 avril 2019

Bacchantes

Roman de Céline Minard.

« Un vin exceptionnel doit être ouvert, décanté et apprécié dans des conditions elles-mêmes exceptionnelles. » (p. 20) Un typhon se rapproche de Hong Kong. Tout le monde se confine pour laisser passer le cataclysme. Mais l’inspectrice Jackie Thran est sur le pied de guerre pour gérer un braquage pour le moins original. Un groupe de femmes en talons aiguilles a infiltré la plus grande cave du monde et piégé les bunkers enterrés qui abritent des bouteilles inestimables. Et elles sont facétieuses, ces braqueuses : elles jouent avec les grands crus, les malmènent et elles ont des exigences farfelues. Ethan Coetzer, le propriétaire de la cave, est prêt à tout pour sauver sa superbe collection et savourer encore un précieux verre. « On devrait toujours boire comme ça. […] Conscient. Nu. Dévalisé. » (p. 67) Mais que veulent-elles, ces femmes que la police tente d’identifier le plus vite possible ? Pourquoi avoir choisi cette cave ?

Férocement drôle et fulgurant comme un coup de feu, ce très court roman ne s’embarrasse pas de fioritures. Il va au plus court, au plus percutant. Céline Minard réinvente la figure antique/mythologique des adeptes antiques du dieu du vin. Comme elles, faites fi des conventions et des carcans : libérez-vous, osez tout. Et jetez-vous sur ce roman qui vous surprendra jusqu’au dernier mot !

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