28 janvier 2012
Big Scary Monster
Il était une fois un monstre bleu. « This monster was bigger and scarier than any other creature and he knew it. » Il aime faire peur aux petits animaux qui jouent sur la montagne. Le jour où il descend dans la vallée, il est persuadé qu’il fera peur à tout le monde. Mais que voit-il ? Le monde semble bien différent vu d’en bas et celui qui faisait peur à tout le monde est maintenant le plus effrayé ! Vite vite, le voilà de retour sur sa montagne. Mais il est bien seul et il s’ennuie. À moins que…
Pas de doute, jouer à se faire peur est bien l’une des choses que préfèrent les enfants ! Avec ce bel album aux pages bien douces, ils seront servis ! Que ce soit le grand monstre bleu ou un immense lapin blanc, il y a de quoi frissonner de plaisir !
Encore une lecture en anglais bien facile, mais j’honore comme je peux le challenge de missbouquinaix ! À l’impossible, nul(le) n’est tenu(e) !
The Gruffalo
Album de Julia Donaldson, illustré par Axel Scheffler.
Une petite souris se promène en forêt. Elle croise un renard, une chouette et un renard qui l’invitent à dîner. La souris, maligne, décline : « I’m going to have lunch with a Gruffalo. » Chacun de s’étonner : qu’est-ce qu’un Gruffalo ? La description est terrifiante ! « Who si this creature with terrible claws and terrible teeth in his terrible jaws ? He has knobbly knees and turned-out toes and a poisonous wart at the end of his nose. His eyes are orange, his tongue is black ; he has purple prickles all over his back. » Mais il semble que la petite souris ait tout inventé. Sauf qu’à trop crier au loup Gruffalo, elle va finir par en rencontrer un ! Une fois encore, il lui faudra ruser pour ne pas devenir le plat de résistance !
Écrit et rimé comme une comptine, cet album est très facile à lire. Il est surtout très drôle et les dessins sont superbes. Quelle vilaine bête que ce Gruffalo ! Mais l’histoire nous apprend qu’une petite souris peut être plus forte que tous les vilains. Lauréat du prestigieux Smarties Book Prize Gold Award, The Gruffalo est un album jeunesse particulièrement réussi !
J’ai lu la version originale, en langue anglaise : je me demande ce que donnent les rimes en français… Et il paraît que Gruffalo a eu un fils : il a donc trouvé une Gruffallette ?
27 janvier 2012
Meuse l'oubli
Roman de Philippe Claudel. Lettre C du challenge ABC critiques de Babelio
Le narrateur aime Paule. Et Paule est morte. « Chaque matin, je redevenais veuf en m’éveillant du sommeil où l’alcool m’avait versé et courais dans les toilettes y dégueuler mes rêves. » (p. 16) Pitoyable Orphée, il convoque sans cesse le souvenir de sa belle qui sans cesse se dérobe et s’effiloche. Saturé de douleur, il quitte les lieux des souvenirs et s’installe à Feil, sur les bords de la Meuse. « Ici, ma douleur convient au granit des trottoirs et au brouillard du fleuve. » (p. 35)
Dans un village où le temps oscille entre immobilité et bond en avant, l’homme vit son deuil. Tout lui est Paule, tout est souvenir. « Le pull-over a gardé son parfum, je m’en persuade. Mes yeux ont gardé l’éclat de ses dents, ma peau a gardé la douceur de ses mains sur ma nuque et mes joues. » (p. 82) Les flots de la mémoire brassent tout : l’amour pour Paule, le manque de la mère et comment Paule l’a réconcilié avec les femmes. « Elle m’apprit ce qu’une femme peut donner quand elle installe en l’homme le brillant de sa vie et la venue de la joie. » (p. 95)
Sous les mots du narrateur, Paule devient une femme relique, elle qui était si vivante et charnelle. Rien que son prénom était une promesse de rondeur, de chaleur et de plaisir. « Pourquoi le mal nous reste-t-il quand le doux nous délaisse ? » (p. 146) La mort n’a pas tué le désir et l’homme manque surtout de la sensualité d’une femme qui semblait contenir tout ce que la vie a de savoureux. Devant sa solitude et son incomplétude, l’homme perd pied. « J’ai découvert combien il y avait peu de grâce au vide. » (p. 14)
Mais, patiente en ses méandres, la Meuse attend que l’homme dépose dans ses flots oublieux le fardeau de sa peine. Pas pour qu’il soit heureux, mais au moins pour qu’il ne soit plus en deuil. « Je vivrai maintenant dans l’incontinuité de Paule. » (p. 156) Cet émouvant roman sur la mort interroge le souvenir et ses douleurs. Il sonde les moyens d’endiguer l’amour et de reprendre pied dans la vie sans trahir ceux qui ne sont plus.
D’une plume habile et pudique, traversée de fulgurances douloureuses et élégiaques, Philippe Claudel m’a une nouvelle fois mis dans les mains un roman qui remue le cœur et les tripes. La lueur d’espoir qui frémit au terme du texte est de celles sur lesquelles il faut souffler doucement pour ne pas les envoler ou les moucher. Un livre délicat et bouleversant.
26 janvier 2012
Taguée deux fois !
Je suis taguée par Cynthia : tag « être ses livres »
Et j’ai déjà répondu en 2009. Pfiou, ça ne nous rajeunit pas !

Je suis taguée par herisson: tag de l’abécédaire
Je le fais à ma sauce : attention tambouille hautement littéraire !
A – Attendre (et je suis patiente) de tomber sur le bon livre/auteur/mec/stylo/carnet
B – Billevesées, c’est le nouveau rendez-vous du dimanche. Venez nombreux !
C – Club des lectrices, je reste fidèle !
D – Défi des 1000, oui oui je remets ça !
E – Écrire… Oui, ça aussi c’est prévu…
F – Fidélité envers vos blogs et Babelio (oui, je sais, on s’en doutait)
G – Galipettes, encore et toujours entre les lignes.
H – Hiberner (juste une semaine, siouplé !)
I – Interview, j’essaierai d’en faire d’autres en 2012.
J – Je ne suis pas capable de remplir toutes les lettres.
K – Kobo et liseuse, à voir en 2012.
L – Lire, comme c’est bizarre.
M – Mayotte ? Non, je ne remets pas ça !
O – Organiser mon blog des semaines à l’avance, toujours.
P – Papivore et je ne me soigne pas.
R – Romans graphiques et bandes dessinées, je continue la découverte en 2012.
S – Salon du livre et autres. Je vais arpenter quelques allées cette année.
T – Tag ? Pas trop, pas trop, soyez sympa !
U – Une fois n’est pas coutume, je vous montre une photo de moi. Et puis non !
V – Vraiment, encore 4 lettres à remplir !
W – Wech wech ?
X – X comme classé X ? Non, mes galipettes sont très sages.
Y – Y’a que les idiots qui ne changent pas d’avis.
Z – Zola et le challenge Relisons les Rougon-Macquart.
Comme je suis un ange/une crème/un ange/une perle, je ne tague personne. Reprenne qui veut !
Du domaine des murmures
Roman de Carole Martinez. Prix Goncourt des lycéens 2011.
Une promenade en Bourgogne nous conduit dans les ruines d’un château que le temps a connu puissant. Dans un récit à rebours des siècles, nous entendons les pierres raconter l’histoire d’Esclarmonde. « La tour seigneuriale se brouille d’une foule de chuchotis, l’écran minéral se fissure, la page s’obscurcit, vertigineuse, s’ouvre sur un au-delà grouillant, et nous acceptons de tomber dans le gouffre pour y puiser les voix liquides des femmes oubliées qui suintent autour de nous. » (p. 15) Asseyons-nous et écoutons…
Esclarmonde, blonde enfant trop belle pour les exigences du monde, refuse l’homme que son père lui a choisi. En disant « non » devant les hommes et reniant le sang de son père, Esclarmonde embrasse un destin de recluse. En 1187, une fille qui se refuse au mariage pour préserver son union avec le Christ n’a d’autre choix que de soustraire au siècle. Emmurée dans une petite cellule attenante à la chapelle de Sainte Agnès, Esclarmonde croit échapper au malheur terrestre pour jouir d’une béatitude que seule mamort rendra plus sublime. « Je suis devenue la vierge des murmures. » (p. 17)
« J’avais charge d’âmes. » (p. 123) Ainsi parle celle qui revêt au yeux du monde un glorieux habit de sainte. Les pélerins se pressent contre les barreaux de sa petite fenêtre. « Tous ces êtres en mouvement venaient voir l’immobile et la vie passait devant moi, qui pourtant l’avais quittée. » (p. 52) Alors que tous lui prêtent des miracles et la mort-même semble reculer devant le pouvoir de sa foi, Esclarmonde se découvre pleine. Sa solitude de recluse n’en est plus une, mais pour combien de temps ?
Quand vient le jour où on lui arrache ce qui la comblait, Esclarmonde est prête à tout renier : son engagement religieux, sa promesse éternelle et sa foi vacillante. Que lui importe désormais de suivre les traces de son père parti en Terre-sainte mener une croisade qui périclite dans le sang et la boue ? Que lui importe donc de tenir la Mort en respect si la vie elle-même lui est retirée ? « À défaut de croire en Dieu, j’ai commencé à croire en moi, en la force de ma parole dont je voyais chaque jour croître l’incroyable pouvoir. » (p. 166) Voilà que la sainte devient démone, mauvaise femme à la langue de fiel, elle dont la voix était à elle seule une bénédiction. Mais n’est-ce finalement pas une épreuve de foi, une dernière épreuve d’amour ?
Ce superbe récit est nourri de merveilleux. Entre les pages déambulent une géante verte aux courbes superbes et le cruel spectre d’un cheval blanc. On entend aussi la voix des anges quand ils se penchent sur les mains stigmatisées d’un enfant et sur l’éclat extraordinaire du soleil de Palestine. Carole Martinez mêle avec un talent éblouissant des légendes bourguignonnes, une hagiographie fictive et une célébration du verbe. Le verbe, c’est celui d’Esclarmonde qui repousse les murs de sa cellule, celui de Dieu quand il daigne se faire entendre et c’est surtout celui de l’auteure qui porte ce récit sur les ailes de la poésie. Dans ce roman où le murmure se veut la racine de toute parole et son élan premier, Esclarmonde s’adresse à nous d’une voix fantôme qui s’échappe de la mousse des pierres effondrées.
Perdue dans les confins d’une maladie qui s’éternise et me vide de mon énergie, j’ai trouvé dans ce superbe roman un souffle qui m’a emportée, qui a sublimé ma veille et m’a émue au-delà des larmes. Bouche bée, muette, sans même un murmure, j’ai lu et relu certaines phrases jusqu'à m’engourdir les yeux. Poésie pure et lumière, la plume de Carole Martinez chante une femme exceptionnelle : que nous importe alors que tout ne soit que romance ? Si certains aspects de cette éblouissante histoire m’ont rappelé le très beau roman de Clara Dupont-Monod, La passion selon Juette, il y a dans Du domaine des murmures une forme de littérature après laquelle je cours sans cesse. Et quand je la trouve enfin, c’est le souffle coupé que je la contemple.
Un grand merci à Stéphanie de Paris-ci par la culture qui m'a permis de gagner ce livre. Je vous conseille son site et son magazine, le tout est une d'excellente qualité culturelle ! Par ailleurs, j'avais déjà apprécié la plume de l'auteure avec Le coeur cousu et je m'en suis d'autant plus délectée avec ce roman qu'il est dédicacé de sa main. C'est peu de choses, mais c'est une si belle attention !Merci Stéphanie, merci Carole.
25 janvier 2012
La puissance des corps
Roman de Yann Queffélec. Lettre Q du challenge ABC critiques de Babelio.
Un gamin se fait enlever sur une plage bretonne. Pour le colonel Rémus, son tuteur, c’est Martinat, le magnat de l’entreprise Paneurox, qui se venge. Pour retrouver l’enfant, Rémus engage Onyx, une nénette pas épaisse et un peu étrange. Entre ces deux-là, c’est la guerre à couteaux tirés, d’autant plus que les méthodes de Rémus sont de celles qui mettent Onyx face à ses dégoûts.
Rémus a des relations compliquées avec les femmes, surtout la sienne qui est enceinte et dont l’enfant ne l’intéresse pas. Rude et maladroit, il sait qu’il s’y prend mal. « Les femmes savent tout, mais elles veulent des mots. Tant que les phrases n’ont pas franchi nos lèvres, elles n’existent pas. » (p. 130) Et ces phrases, Rémus ne sait pas les dire.
Onyx est sauvage, toujours la main sur sa lame, toujours dans le combat. « Dire oui, c’était contraire à ses principes. Elle faisait des choses, éventuellement elle agissait, mais dire oui, c’était plier, s’aligner, commencer à demander pardon à quelqu’un qui méritait qu’on lui tranche les nerfs, pour la peine. Dire oui, c’est balancer. Dire oui, c’est perdre et elle était déjà assez perdue comme ça. » (p. 168) Cette indépendance farouche, Onyx la tire d’une enfance que l’on devine âpre et grise. Elle court après sa revanche, après sa vengeance. Ah, si elle pouvait s’illustrer… « C’était mal connaître Onyx qui ne perdait jamais de vue qu’elle était une personne quelconque. Foutue ni bien ni mal, une gueule passe-partout, elle ne pouvait inspirer que des sentiments quelconques à des êtres dépourvus d’intérêt. C’était en fait son unique folie, l’orgueil : un mal qui lui rongeait les sens. Être belle, ô mortels, être belle, ô mortels, comme un rêve de pierre…, pour les voir tous baver, se traîner à ses pieds. » (p. 172)
Voilà un roman bien bordélique ! On passe de la fraude alimentaire de bêtes malades aux coulisses d’un pouvoir présidentiel que l’on découvre plein de trahisons et de mensonges. Il y a aussi cette légère anticipation puisque nous sommes en 2013, le rapt d’un enfant réfugié d’Afghanistan et les relents de mazout d’un cargo que beaucoup voudraient envoyer par le fond. Si Rémus m’a profondément agacée, voire écœurée, j’ai beaucoup aimé le personnage d’Onyx qui m’a un peu rappelé celui de la désormais célèbre Lisbeth Salander de Millenium. Toutefois, je ne garderai pas un souvenir marquant de ce roman, trop éparpillé et parfois inutilement vulgaire.
23 janvier 2012
Les petits chevaux de Tarquinia
Roman de Marguerite Duras. Lecture de janvier du Club des lectrices.
Vacances en Italie, entre la plage et les montagnes. Sara, Jacques, l’enfant, Ludi, Gina, Diana et l’homme au bateau passent leurs journées écrasés par le soleil, sans cesse indécis quant au programme de la journée. « Il n’y avait rien à faire, ici, les livres fondaient dans les mains. Et les histoires tombaient en pièces sous les coups sombres et silencieux des frelons à l’affût. Oui, la chaleur lacérait le cœur. Et seule lui résistait, entière, vierge, l’envie de la mer. » (p. 18) Du lever au coucher, la chaleur est discutée, haïe et fuie. Les journées s’écoulent mollement entre deux verres de bitter campari, une partie de boules et l’espoir de la pluie. L’indolence saisit chacun et en même temps la haine de cette indolence. « Le mal vient de ce qu’on fait tout trop tard, on dîne trop tard, on joue aux boules trop tard. Alors le matin on ne peut pas se lever et on se baigne trop tard, tout ça recommence... » (p. 204)
À se côtoyer de si près et à ne rien faire, les esprits s’échauffent et les disputes éclatent au sein des couples. Il n’y a guère que le projet d’un voyage jusqu’à Tarquinia, pour voir les chevaux sur les tombes étrusques, qui donne une perspective à ce séjour étouffant. Il y a aussi l’ébauche d’une histoire d’amour, les continuels reproches de la bonne, les caprices de l’enfant et l’histoire des deux vieux qui ont entassé dans une caisse à savon les morceaux du corps de leur fils, sauté sur une bombe de la dernière guerre.
La chaleur omniprésente et étourdissante se pose comme moteur de la non-action ou comme anti-moteur de l’action. Elle enraye toutes les volontés et retarde tous les projets. D’elle naissent la lassitude et l’écœurement. On perçoit une violence latente et un drame en suspend, comme un ressort qui se ramasse et attend le bon moment pour se détendre. Mais ce n’est pas dans ces pages qu’il sautera, tel le diable hors de sa boîte.
Dans le genre lent, chaud et contemplatif, j’ai de loin préféré Le désert des Tartares de Dino Buzatti. Voilà le premier roman de Marguerite Duras qui me déplaît. Les pages se tournent finalement sans difficulté, mais quel ennui ! C’était peut-être le but recherché, faire partager au lecteur l’indolence assommée des personnages. Mais ce n’est pas ce que je recherche dans un roman. J’attends d’une œuvre qu’elle m’éveille à un ailleurs et à un autre que je ne connais pas, pas qu’elle me renvoie à la vacuité d’une existence dont j’ai suffisamment conscience.
22 janvier 2012
Billevesée du dimanche #4
La longueur de la pointe de la poulaine, chaussure emblématique du Moyen-Âge, était proportionnelle à la qualité sociale de celui qui la portait. Autant dire qu'à cette époque, il valait mieux avoir le pied long !
Ceux qui pensent que les Moyennageux voulaient compenser quelque chose se gourent : Freud n'était pas encore né pour dire des bêtises !
Alors, billevesée ?
20 janvier 2012
Les morues
Tout commence avec la commémoration de la mort de Kurt Cobain. « S’il nous voyait maintenant, une bande de trentenaires parvenus qui se souviennent du grunge une fois par an, il se tirerait une deuxième balle. » (p. 9) Tout s’enchaîne avec l’enterrement de Charlotte. Tous ses amis d’enfance sont sous le choc : pourquoi s’est-elle suicidée puisque tout lui réussissait ? Et la question devient : s’est-elle suicidée ? Pour Ema, la meilleure amie de Charlotte, quelque chose cloche. En fouillant dans ses affaires et dans son boulot, Ema découvre une affaire d’économie et de politique qui la dépasse. Avec l’aide de Fred, elle mène une enquête dont les conclusions ne seront pas de celles qui apaisent.
Les Morues, ce sont trois femmes et un homme. Il y a Ema la sadomaso, Alice la barmaid accro aux réseaux sociaux, Gabrielle la superbe descendante de la favorite du Vert Galant et Fred qui boit trop de Nesquik. Les Morues sont résolument féministes et rédigent une Charte qui prône l’indépendance de la gente féminine, mais aussi sa libération des clichés en tout genre. Oui, les hommes sont des enfoirés, mais ils sont comme ça, non ? Aux femmes d’assumer ce qu’elles veulent sans accuser les hommes d’être des obstacles. « Les femmes ne pouvaient pas demander aux hommes de s’occuper de leur émancipation. […] Pour les Morues, il paraissait évident que les réflexes sexistes dont on accusait les hommes, c’était d’abord chez les femmes qu’il fallait les traquer. Tous ces automatismes enfouis, larvés et fruits d’un long conditionnement. Mais il était foutument plus difficile, car honteux, de se reconnaître un comportement de femme soumise que de balancer aux hommes qu’ils étaient des machos en puissance. » (p. 33 et 34) Ni pute, ni soumise ? Ça va plus loin que ça : c’est toute une réflexion sur la sexualité au féminin que l’auteure met en branle. Accrochez-vous à vos soutifs les filles, ça démarre au quart de tour !
Si le personnage principal semble être Ema, il ne faut pas négliger l’importance de Fred à qui plusieurs chapitres sont consacrés. Petit génie adoré par ses parents, en conflit permanent avec son grand frère Antoine (l’ex d’Ema), Fred se satisfait de son boulot de secrétaire qui lui laisse tout loisir de rêver à des nymphettes qu’il aime richement pourvues en courbes mammaires. Alors qu’il n’aspire qu’à la banalité, Fred semble incapable d’y parvenir. « Mais par un curieux paradoxe, cette volonté d’être comme tout le monde suffisait à faire de Fred quelqu’un de marginal. Et chaque jour, il butait sur cette aporie. » (p. 52) Pas facile d’avoir conscience de sa différence et de l’impossibilité de la réduire ou de s’en accommoder…
Avec une large part laissée à la culture sous toutes ses formes, ce roman tape large et juste. À l’heure d’Internet et des blogs, le rapport à l’art et à la responsabilité artistique – et donc à l’anonymat – sont donc remis en question. Plus largement, Titiou Lecoq interroge sur l’expérience artistique. « Plus qu’à la qualité intrinsèque et a-temporelle d’une œuvre, il croyait à une conjonction plus ou moins miraculeuse mais profondément temporelle, à la rencontre à un moment x entre un public et une œuvre dans laquelle ce dernier puisse s’identifier et reconnaître ses aspirations et ses dégoûts. Et la forme même du blog se prêtait plus que toute autre à ce processus d’appropriation. » (p. 266) Nul doute que si on m’avait proposé une telle réflexion pendant mes années prépa, je n’aurais pas décroché des cours de théorie littéraire ! Je sais le passé (et le présent) de blogueuse de Titiou Lecoq et cette réflexion n’en est que plus pertinente.
Ce qui semblait dès la couverture être un roman girly aux portes de la chick-litt ou un autre roman tiède sur des trentenaires en mal de vivre emprunte au thriller politico-économique, au Kâma-Sûtra (ou pas loin) et aux traités sur les vertus de l’alcool et de la miurge. D’une page à l’autre, on passe des classiques très policés étudiés à l’école aux must-have musicaux du rock. J’ai trouvé quelque chose de puissamment cathartique dans cette lecture, même si c’est assez difficile à expliquer. Disons que Titiou Lecoq a réussi à mélanger tout ce que j’aime et à le rendre parfaitement digeste. Je lui tire mon chapeau parce que quand j’envisage de mixer du chocolat, une Calzone, une Guinness et un thé à la cerise, je doute vraiment du résultat ! Bref, je n’ai pas boudé mon plaisir et je recommande ce roman à ceux qui aiment voir plus loin que le bout de leur nez tout en considérant que leur nombril reste une chose vachement importante !
Un grand merci à Pierre de
pour l'envoi de ce livre !
19 janvier 2012
Georgie Soichot, à Renaud
Roman graphique de Maureen Wingrove.
Georgie est une vieille dame élégante. Du fond d’un auguste fauteuil, elle s’adresse à Renaud, son amour juvénile. Cette première histoire d’amour, bien que brisée, n’a rien perdu de sa puissance au fil des années. Plus vivace qu’un simple souvenir, ce sentiment absolu a nourri toute une vie.
« Tu aimais me serrer contre toi, fort contre ton cœur. Tu m’enlaçais pour mieux me contenir… » Ce premier amour était de ceux qui forgent un cœur. Couple trop superbe pour durer et s’accommoder de la routine, Georgie et Renaud ont joué jusqu’au bout leur partie d’amour. « Parce que ça avait toujours été à celui qui serait le plus fort, à celui qui n’aurait pas mal. À celui qui dominerait l’autre. »
Maureen Wingrove, que la Toile connaît mieux sous le nom de Diglee, s’est inspirée de l’histoire d’amour de sa grand-tante Georgie Soichot pour créer un album souvenir délicat et émouvant. En noir et blanc, presque en négatif, l’image célèbre un passé capturé sur pellicule. Revisité au hasard d’une discussion entre deux générations, le passé ressurgit et déploie toute la force d’une histoire d’amour aux accents un peu mythiques.
La jeune auteure exprime avec humilité et délicatesse ce que lui a offert cette plongée dans les souvenirs d’une autre. Et l’on comprend parfaitement ce qu’elle dit. C’est comme ouvrir les vieux albums photos de nos parents. « J’aime les histoires des autres. Surtout celles qui appartiennent au passé, et qui résonnent aujourd’hui aux oreilles de ceux qui les ont vécues, avec la même force, la même chaleur qu’il y a cinquante ans. Qu’y a-t-il donc à prendre dans ces vieilles histoires ? Je ne sais pas. Des réponses peut-être. De l’espoir. Quelque chose de fragile, mais de terriblement réconfortant. Je ne sais pas précisément ce que je cherche en fouillant le passé. Mais je sais que ce que j’y trouve n’a pas d’égal. »
Ce très court album imprimé sur un très beau papier est un régal pour les yeux et les cœurs exigeants. L’amour n’est pas que petites fleurs et voiles de dentelle. Il se niche aussi là où le cœur pleure. « L’amour le plus fort ne réside pas exclusivement dans la tendresse et la compréhension. Il va parfois se loger bien plus loin, dans la violence et la perte de soi… Dans l’absence. » Qu’on se le dise.

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Q1: Orgueil et ..., de Jane Austen ?
1. Modestie
2. Vantardise
3. Innocence
4. Préjugé
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Thème : humour
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