Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

23 juillet 2017

Billevesée #291

Selon la liste des codes internationaux des plaques minéralogiques, la Suisse s'abrège en CH. Et sur Internet, un site suisse se termine en .ch (.fr pour la France, .uk pour l'Angleterre, vous voyez le truc).

Eh ben pendant longtemps, j'ai cru qu'on désignait la Suisse par les lettres CH parce que les Suisses francophones ont un accent (pour les non Suisses qui les écoutent, évidemment !) et qu'ils prononcent Chuiche au lieu de Suisse.

Voilà, j'ai un peu honte de vous avouer mes raisonnements d'enfant...

Alors, billevesée ?

Billevesee_Suisse CH

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21 juillet 2017

Revival

King_RevivalRoman de Stephen King.

Jamie Morton a 6 ans quand il rencontre le révérend Charles Jacobs. Trois ans plus tard, le pasteur quitte la ville après une terrible tragédie. Jamie le retrouve bien plus tard : alors qu’il est drogué et en très mauvaise posture, il est sauvé par l’ancien révérend reconverti en bateleur de foire. Charles Jacobs est toujours autant fasciné par l’électricité et en a fait son fonds de commerce. « L’électricité est l’une des portes que Dieu a ouvert vers l’infini. » (p. 31) Des années après, Charles Jacobs est devenu faiseur de miracles et soigne par l’électricité lors de grands rassemblements où se mêlent foi délirante et mystification. « Charles Jacobs était un Bon Samaritain. C’était aussi un savant à moitié fou. » (p. 146) Pour avoir été témoin du pouvoir de Jacobs, Jamie sait que manipuler l’électricité comme le fait le révérend est dangereux : chaque miracle vient avec un prix à payer, bien trop élevé. « L’enfer est pavé de bonnes intentions. […] Et de lumières électriques. » (p. 34)

L’hommage à Mary Shelley et à Lovecraf est évident. « Il existe vraiment une électricité secrète, et ses usages sont multiples. Je ne les ai simplement pas encore tous découverts, y compris celui qui m’intéresse le plus. » (p. 137) Sans être déplaisante, cette histoire aurait sans aucun doute été mieux traitée dans une nouvelle, format où Stephen King excelle. Ici, tout est trop long et la grande révélation horrifique du roman est mal amenée, presque bâclée et insérée au forceps dans une histoire qui aurait gagné à être plus subtile. Stephen King n’a pourtant pas besoin d’ajouter du gore et de l’hémoglobine pour conserver son titre de roi de l’horreur : souvent, ce qui terrifie le plus, c’est ce que l’on ne montre pas. Heureusement, il y a des phrases qui sauvent un peu l’ensemble, car elles sont du pur Stephen King. « Quand ça va pas fort et que vous voulez vous sentir mieux, traitez quelque chose de vieux tas de merde. En général, ça marche. » (p. 10) Revival n’est pas une totale déception, mais il n’entre clairement pas dans mon Top5 des livres de Stephen King. Étrangement, il a les défauts d’un premier roman ou d’un roman de jeunesse. Mais comme toujours, quand il s’agit de terrifier ou de faire sursauter, Stephen King n’a pas son pareil. Ici, à grand renfort de foudre et d’éclairs, il va vous faire détester l’électricité ! Ah, le bon vieux temps de l’éclairage à la bougie…

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19 juillet 2017

Bellefleur

Oates_BellefleurRoman de Joyce Carol Oates.

Tout commence quand Mahalaleel, superbe chat mystérieux, pénètre chez les Bellefleur par un terrible soir d’orage et est immédiatement adopté par la grande et superbe Leah. À moins que tout commence quand Jedediah Bellefleur, des générations plus tôt, s’est retiré sur la montagne pour ne plus assister au bonheur de son frère et de sa belle épouse. Ou peut-être que tout a commencé encore quelques générations avant, quand Louis XV a exilé un Bellefleur vers la toute nouvelle Amérique. « Les Belleleur ne se trouvaient pas sur cette terre pour être aimés, mais pour accomplir leur destinée. » (p. 569)

Dans ce roman foisonnant et dense, il y a une chambre qui rend fou et conduit à la mort, une fille mariée à un ours, des morts brutales, des disparitions inexpliquées, des démons dans les montagnes, des mariages tardifs et/ou scandaleux, un clavicorde au son hostile, des rats plein les murs et des parents qui se disputent l’affection de leur enfant. Dans le manoir des Bellefleur, grande maison en décrépitude, où plusieurs générations se côtoient sans cesse, des gamins galopent dans les couloirs et les chambres fermées. Les animaux prennent une importance démesurée dans les affections humaines : le chat Mahalaleel, le cheval Jupiter ou l’araignée Love sont des membres à part entière de la famille – adorés ou détestés –, et autant d’émissaires de mort ou de malheur.

Dans cette longue chronique familiale qui présente une généalogie chahutée au fil des chapitres, on assiste à la lente déchéance d’une lignée, avec parfois quelques sursauts de volonté pour racheter les terres perdues, restaurer la grande fortune passée et rétablir la puissance du clan. Mais tout semble déjà trop tard pour les Bellefleur : il y a des secrets terribles qui entachent l’héritage familial et seule la disparition, si possible dans un grand fracas, semble acceptable. Chez les Bellefleur, les hasards de la vie et de la mort ont quelque chose de la malédiction familiale, héréditaire et inéluctable. « Cette malédiction, disait-on, était très simple : les Bellefleur étaient destinés à être des Bellefleur, depuis le ventre de leur mère jusqu’au tombeau et au-delà. » (p. 47)

Les Bellefleur ont des caractères hors norme. « Selon la croyance générale, le ‘sang’ des Bellefleurs était porteur d’une certaine mélancolie fantasque, d’une tendance à l’énergie et à la passion qui pouvait être contrariée à tout moment par une terrible désolation, par une carence étrange de l’imagination. » (p. 6) Sans être monstrueux ou difformes, ils ont quelque chose en trop ou en moins qui les distingue inexorablement du commun des mortels. Et, inévitablement, les familles alentour les haïssent autant qu’elles les craignent et les respectent. « Elle n’avait accepté de se marier avec un Bellefleur qu’à la condition que (car des bruits insensés courraient dans le nord du pays !) certaines pièces du château ne fussent jamais ouvertes, et qu’on ne s’étendit jamais sur certains malheurs. » (p. 273)

Follement gothique, flirtant avec le fantastique, Bellefleur est une merveille littéraire qui m’a rappelé Mon cœur mis à nu de la même auteure, mais aussi Les Buddenbrook de Thomas Mann.

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17 juillet 2017

Les hommes ne lisent pas de romance

Bally_Hommes ne lisent pas de romanceRoman de Nico Bally.

Roméo Galli est en galère : il ne peut plus payer son loyer et il n’a plus de boulot. Le temps de retomber sur ses pattes, il décide de revenir, vingt ans après, dans le village de son enfance et de revoir son père. Rien n’a vraiment changé à Croquignole-les Pins, si ce n’est que Lady Myrtille, la célèbre auteure de romances, vient de passer l’arme à gauche. Le petit village organise des funérailles officielles, mais sous les guirlandes de fleurs de la Fête du Printemps, Roméo trouve que cette histoire sent mauvais : et si Lady Myrtille n’était pas morte naturellement ? Le jeune journaliste mène l’enquête en se plongeant dans les livres de l’auteure, décidé à percer le mystère et à retrouver l’agitation salutaire de la ville rapidement. Mais Croquignole-les-Pins, sous ses airs immuables et lents, lui réserve des surprises, dont certaines ont un rapport avec l’amour !

Je commence par une mise au point : Nico Bally utilise autrice en tant que féminin d’auteur. Désolée, mais je ne peux pas : pour moi, c’est auteure, même si l’Académie ne veut pas ! Parlons du roman : il est frais et sympathique, mais je préfère ses aventures loufoques à base de chat masqué et de lapin pirate ! D’ailleurs, les personnages que j’ai préférés dans ce texte sont Lizzy et Mister Darcy, à savoir un chat et un lapin très câlin. Cela dit, j’ai apprécié la description de Croquignole-les-Pins, panier de crabes où l’on est maire et docteur de père en fils/fille, où tout le monde connaît tout le monde et où beaucoup de Croquignolais ont plusieurs métiers, comme notaire/avocat/maître-nageur.

J’ai lu beaucoup de romances étant jeune, mais on ne m’y reprendra plus, en dépit des qualités que leur trouve l’auteur. « C’est un peu un manuel pour apprendre à aimer. Tout le monde devrait le lire ! Tout le monde devrait lire des romances. Ça aide à gérer les crises, à comprendre ses émotions. » (p. 69) Quant à savoir si les hommes devraient en lire, je laisse le mot de la fin à Nico Bally. « Les hommes ne lisent pas assez de romances, à mon avis. Alors qu’ils se plaignent de ne pas comprendre les femmes ! Il suffit de lire, voilà tout ! » (p. 86)

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16 juillet 2017

Billevesée #290

Le benchmark est un point de référence servant à effectuer une mesure. Le terme vient du vocabulaire professionnel des géomètres et désigne à l'origine un repère de nivellement. (Merci Wikipedia)

En gestion et en économie, le benchmarking (mon dieu que c'est laid !!!) est la confection d'un étalonnage pour mesurer diverses performances. (Remerci Wikipedia).

En gros, on compare l'objet qui nous intéresse avec d'autres dans son domaine.

Si vous lisez entre les lignes les parenthèses, vous avez dû comprendre mon aversion pour ce mot et ses dérivés.

Et dire qu'il en existe en français, tellement plus charmants à l'oreille. Comme étalonnage ou parangonnage.

Parangonnage... Que j'aime ce mot !

Un rapport avec "parangon" ? Évidemment !

Alors, billevesée ?

Billevesee_Benchmark

 

 

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14 juillet 2017

Et ça ! Ça se met où ?

Dampoigne_Et ca ca se met ouTexte de Marie Dampoigne.

Marie, étudiante en histoire de l’art, avait besoin d’un petit boulot pour payer ses études et son loyer. Dans le sex-shop pas loin de chez elle, elle trouve un emploi de nuit. La voilà vendeuse au royaume des accessoires en tout genre, du lubrifiant, des DVD érotico-pornographiques. Vendeuse seulement ? Oh non, elle est aussi baby-sitter, pet-sitter, secouriste, psychologue, guerrier jedi, conseillère hors pair. « Les vendeurs sont là pour examiner vos symptômes, faire un diagnostic et vous donner une ordonnance. La visite au sex-shop est un peu un suppositoire : au début, c’est désagréable, mais on se sent mieux après. » (p. 21)

Les histoires de Marie sont vraies et hilarantes, mais avant tout humanistes et souvent touchantes. Face au désir et au plaisir, il n’est pas toujours facile d’assumer des pulsions qui sont pourtant très humaines. Dans de courts récits de ses diverses expériences avec la clientèle noctambule/gênée/décomplexée/incognito (rayez la mention inutile), elle s’attaque à l’eau chaude et à l’huile de coude aux clichés qui entourent encore les sex-shops pour les décrasser et les faire voler en éclats. Le sex-shop se renomme love store et on est loin des boutiques sombres tenus par des patrons bedonnants et libidineux. Le sexe est un commerce, et comme on sait, le plus vieux du monde. Dans la société de consommation qui nous entoure, il était inévitable qu’il se pare de néons et s’installe dans des gigastores. Les vendeurs/vendeuses, en revanche, n’y sont pas consommables. On peut regarder, mais on ne touche pas. « C’est un métier noble, semblable en tout point à celui d’un psychiatre et d’un sexologue, le remboursement de la Sécu en moins ! » (p. 51)

Marie Dampoigne est de mes très chères amies et je l’ai toute entière retrouvée dans ces pages, surtout son ton qui oscille entre érudition, humour fin et gouaillerie, titi parisien avec un master en histoire de l’art et un diplôme ès sex-shop ! Ne me reste plus qu’à pousser la porte d’un de ces magasins puisqu’après tout, là où il y a de la gêne, il n’y a pas de plaisir ! Je vous laisse sur la phrase qui m’a fait cracher ma citronnade (et non pas ma purée, bande de dégoutants !) sur ma liseuse ! Et la citronnade, c’est un peu poisseux… « Vous avez du lubrifiant issu du commerce équitable ? » (p. 41) Mais comme dit l'un de mes amis : le sexe, ce n'est pas sale, sauf quand c'est bien fait.

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12 juillet 2017

Frères et soeurs - Histoire d'un lien

Lett_Freres et soeurs histoire dun lienEssai de Didier Lett.

Quatrième de couverture – La relation fraternelle est au centre des systèmes de parenté en Occident. Brassant toutes les sources disponibles - mythes, contes, romans, journaux intimes, codes de lois, chroniques, récits de miracles, fabliaux, testaments, images -, ce livre est le premier à proposer une synthèse sur l'histoire du lien très particulier qui unit frères et sœurs, depuis les fondements mythologiques jusqu'au début du XXIe siècle, à travers certains thèmes cruciaux qui se retrouvent à toutes les périodes : gémellité, affection, inceste, fratricide, querelles d'héritage...

Un frère jumeau et deux petites sœurs également jumelles, voilà avec qui j’ai grandi, avec bonheur, mais pas toujours. Les disputes, voire les rivalités ont été le lot quotidien de ma fratrie (et de mes parents, ne les oublions pas !), mais j’ai des souvenirs indélébiles avec ces trois personnes qui, en plus de mes parents, ont fait de moi qui je suis. En tant qu’individu, je suis sœur de L., N. et ML. Et ce n’est pas prêt de changer : (BEST) BIG SISTER FOREVER !

C’est avec plaisir et attention que j’ai lu ce court essai très documenté et bourré de références. J’y ai trouvé un tas de futures lectures et je suis ravie d’y avoir retrouvé Les météores, superbe roman de Michel Tournier mettant en scène des jumeaux (comme c’est bizarre…)

Didier Lett m’a aidée à faire le point sur certains qualificatifs souvent mésusés ou intervertis. Sont germains les enfants issus des mêmes parents. Sont utérins les enfants issus de la même mère (ça, c’était facile !). Et sont consanguins les enfants issus du même père.

Je ne suis pas très versée, ni vraiment friande de psychanalyse, mais avec des mots et des concepts simples, Didier Lett montre comment la relation (ou la non-relation) adelphique est importante dans la construction de la personnalité et de l’identité des individus.

Sans jamais être pontifiant, l’auteur balaie près d’un millénaire de relations adelphiques et c’est tout à fait passionnant ! Quelques extraits pour vous en convaincre.

« Dans la relation adelphique, comme dans tous les liens de parenté, il convient toujours de maintenir la bonne distance. Une haine farouche ou un amour trop grand provoque deux terribles menaces, familiale et sociale : le fratricide et l’inceste. » (p. 13)

« La fratrie est le creuset où se développe le jeu entre semblable et différent, où chaque membre tente de se différencier, d’acquérir sa propre identité, de s’individualiser. » (p. 122)

« Si la notion de fraternité, hier et aujourd’hui, a servi de modèle à d’autres relations de personnes liées par une affection forte ou par des devoirs réciproques, si elle est devenue une vertu cardinale de notre société contemporaine, c’est bien parce qu’il s’agit d’une relation perçue par la société comme l’une des plus affectives, faite de complicités, de jeux, d’engagements inébranlables. » (p. 148)

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10 juillet 2017

L'oeil le plus bleu

Morrison_Oeil le plus bleuRoman de Toni Morrison.

Si elle avait de jolis yeux bleus, Pecola est persuadée que ses parents ne se battraient plus et qu’elle serait plus heureuse. « Une petite fille noire qui brûle d’avoir les yeux bleus d’une petite fille blanche, et l’horreur au cœur de son destin n’a d’égal que le mal de son accomplissement. » (p. 141) Pauvre Pecola, son rêve reste inaccompli et sa jeune existence est marquée par l’indicible. Claudia, dont les parents ont un temps hébergé la gamine, raconte cette histoire où violence et résignation se mêlent étroitement, tristement, inévitablement. « Les insultes faisaient partie des ennuis de l’existence. » (p. 108) Dans la rue et à l’école, les petites filles noires admirent les jolies métisses à la peau claire et aux cheveux souples, comme si la beauté donnait la seule place valable dans l’échelle sociale. Et pourtant, elles sont encore si jeunes, toutes ces mômes. Elles comprennent si peu les jeux plus ou moins sages des adultes. Mais elles pressentent que quand elles comprendront, l’innocence sera perdue. « Que nous manquait-il ? Pourquoi était-ce si important ? Et alors ? Franches et dépourvues de vanité, nous nous aimions encore. Nous nous sentions bien dans notre peau, ce que nos sens nous faisaient découvrir nous réjouissait, nous admirions notre crasse, nous cultivions nos cicatrices, et nous ne pouvions comprendre cette indignité. » (p. 52 & 53)

Différentes voix et différentes histoires constituent le premier roman de Toni Morrison qui, en substance, contient tous les thèmes et toute la force de ses futurs écrits. « De nouveau la haine mêlée à la tendresse. La haine l’empêchée de la relever, la tendresse l’a obligée à la couvrir. » (p. 115) Entre sordide et sublime, on trouve le viol, l’inceste, la pédophilie, l’identité, la solitude et les mille façons de souffrir que connaissent les pauvres et les oubliés. Pecola est une figure sacrificielle bouleversante, agneau noir et boiteux immolé en vain. « Nous étions si beaux quand nous avions chevauché sa laideur. Sa simplicité nous décorait, ses remords nous sanctifiait, grâce à sa douleur nous rayonnions de santé, grâce à sa maladresse nous pensions avoir le sens de l’humour. Son défaut de prononciation nous faisait croire à notre éloquence. Sa pauvreté nous rendait généreux. Nous utilisions même ses rêves éveillés pour imposer le silence à nos cauchemars. » (p. 142) L’œil le plus bleu est une élégie troublante, presque l’éloge funèbre des rêves perdus de toutes les petites filles.

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09 juillet 2017

Billevesée #289

L'infirmité, étymologiquement, c'est le contraire de la fermeté.

Ça vous paraît évident ? Eh ben, je viens juste de le comprendre.

C'est tout pour moi, bonne journée.

Alors, billevesée ?

Billevesee_Infirmite

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07 juillet 2017

Ça

King_ÇaRoman de Stephen King.

À Derry, dans le Maine, il y a tous les 27 ou 28 ans une vague de disparitions et de mutilations d’enfants. « Qu’est-ce qui vient se nourrir à Derry ? Qu’est-ce qui se nourrit de Derry ? » (p. 148) En 1958, tout commence avec l’atroce assassinat du petit George. Le coupable est Grippe-Sou, clown terrifiant tapi dans les égouts. Suivent d’autres morts tout aussi révoltantes et sanglantes. Jusqu’à ce qu’une bande de gamins décident de combattre le monstre qui a fait de Derry son garde-manger et son terrain de chasse. Bill, Mike, Rick, Stanley, Edie, Ben et Beverly, cibles d’un groupe de gosses qui les martyrisent, font preuve d’un courage exceptionnel et repoussent le monstre dans sa tanière. Et ils font une promesse sacrée, un serment indestructible. « Nous avons tous promis que nous reviendrions si ça recommençait. Je crois que c’est qui se passe. » (p. 69) 27 ans plus tard, en 1985, ils reviennent tous à Derry pour tenter de détruire Ça une bonne fois pour toutes, sachant qu’ils risquent leur vie.

Tant de choses brillantes dans ce roman ! La construction avec les allers-retours entre passé et présent, la façon de différer l’action présente par le récit d’actions passées, le jeu sur les souvenirs et la mémoire qui revient progressivement et qui apporte les éléments nécessaires à la survie et à la victoire, la profondeur de tous les personnages, le récit des précédents drames qui ont ensanglanté la ville, etc. « Je sens les souvenirs qui ne demandent qu’à émerger. Comme des nuages remplis de pluie. Sauf qu’il s’agirait d’une pluie immonde. Les plantes qui pousseraient après seraient monstrueuses. » (p. 145) Il y aussi la multiplicité des représentations de l’horreur : une voix sinistre dans les canalisations, du sang qui gicle, des photos vivantes, des momies, des loups-garous, une maison hantée, etc. « Il y avait d’autres choses, des choses auxquelles il était resté des années sans penser, frissonnant juste en dessous de la surface. Des choses sanglantes. Une obscurité. Une certaine obscurité. » (p. 72) De toute façon, quand on ouvre un roman de Stephen King, on sait qu’on part pour une bonne histoire, dense, riche et émouvante. 

Ça, c’est la peur terrible tapie dans le noir, dans la cave, dans le placard. C’est la main griffue, la main puissante, la main gluante qui vous attrape le bras. Ça, c’est la terreur primitive qui ne disparaît pas quand on allume la lumière ou quand on cesse d’être un enfant. Ça, c’est la source et l’aboutissement de tous les cauchemars. « Il ne fait aucun doute que tous nous savons depuis l’enfance ce que nous fait le monstre lorsqu’il nous attrape au fond des bois : il nous dévore. C’est peut-être la chose la plus épouvantable que nous sommes capables de concevoir. Mais en fait, c’est de foi et de croyance que vivent les monstres, non ? […] La nourriture donne peut-être la vie, mais la source de la puissance se trouve dans la foi, non dans la nourriture. Et qui est davantage capable d’un acte absolu de foi qu’un enfant ? » (p. 870)

Mais si l’horreur est au centre de l’intrigue, elle est surtout rehaussée par la puissance de l’amitié qui lie les sept gamins devenus grands. Cette relation multiple est crédible, émouvante et fait naître la nostalgie chez le lecteur qui lit le roman aujourd’hui. On pense forcément aux Goonies et à tous les autres films présentant des bandes de gamins qui pédalent comme des dératés sur des bicyclettes et qui achètent des sodas pour quelques cents. L’amitié est un moteur et une arme, une source de puissance extraordinaire à laquelle Ça ne s’attendait pas, pas plus qu’il ne s’attendait à ce qu’on lui tienne tête. « Peut-être vaut-il toujours la peine de mourir pour eux, s’il faut en venir là. Bons amis, mauvais amis, non. Rien que des personnes avec lesquelles on a envie de se trouver ; des personnes qui bâtissent leur demeure dans votre cœur. » (p. 773)

Il ne faut jamais dire jamais. J’avais promis que je ne lirai jamais ce roman. Je n’ai pas spécialement peur des clowns, mais j’ai souvent entendu que Ça est un roman absolument horrifique. Je confirme : c’est de loin le texte de Stephen King le plus terrifiant que j’ai lu. J’ai mal dormi pendant plusieurs jours et, désormais, je me tiens loin de la bonde du lavabo quand je me brosse les dents. Si vous avez lu le roman, vous comprendrez… Mais pourquoi me suis-je donc décidée à ouvrir ce livre ? Parce qu’une adaptation sort dans les cinémas à la rentrée. Et comme j’ai prévu d’aller hurler de peur dans une salle obscure, accompagnée d’une amie, je voulais lire le texte original avant.

Et en plus, je signe une nouvelle participation au Défi des 1000 de Fattorius avec ce roman dont la version numérique compte 1122 pages.

Défi des 1000

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