Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

27 avril 2015

Les oiseaux

Vesaas_OiseauxRoman de Tarjei Vesaas.

Mattis vit depuis toujours à la charge de sa sœur, Hege. Il ne travaille pas et est très peu capable de mener à bien une tâche. Au village, tout le monde l’appelle La Houpette. Et Mattis déteste ce surnom : il sait qu’il est idiot et qu’il cause du souci à sa sœur. « Une voix monta en lui : C’est moi qui ai fait grisonner Hege. Ainsi, peu à peu, la vérité l’accabla. Il eut profondément honte de sa conduite. » (p. 29) Mais les résolutions ne Mattis ne tiennent jamais longtemps. Il suffit qu’une bécasse passe au-dessus de la maison et il se prend à rêver que tout va changer. C’est là le grand défaut de Mattis : il rêve et il espère trop. « Je vais finir par me tuer à force de penser, répondit-il, et c’était la vérité. » (p. 260) Alors qu’il est devenu passeur sur le lac, il devient l’instrument de sa propre perte, du bouleversement de son existence et l’exécutant de sa plus grande peur : perdre Hege.

Mattis est une bouleversante figure d’idiot : avec sa conception tronquée du monde, il voit plus loin que les autres, mais il est incapable de faire comprendre ce qu’il a vu. Cassandre imbécile aux rêves exaltés, Mattis n’aurait sa place que dans un monde où il serait isolé avec sa sœur. Mais Hege, quasi mutique, exprime silencieusement et hargneusement son désir d’ailleurs et d’autre chose. Le récit est sous-tendu par un potentiel de violence qui vibre à chaque page et qu’un souffle pourrait faire éclater. Et pourtant, il ne se passe presque rien dans cette histoire, à peine quelques évènements quotidiens qui font frissonner l’ordinaire. Mais c’est compter sans la fureur incontrôlée des rêves de Mattis et les profonds tourments de l’attente résignée dans lesquels plonge Hege.

Du même auteur, je vous conseille Palais de glace. Et au sujet des rapports fraternels, avec un traitement différent, lisez L’honnête tricheuse de Tove Jansson.

Posté par Lili Galipette à 08:00 - Mon Alexandrie - Lignes d'affrontement [4] - Permalien [#]

26 avril 2015

Billevesée #174

Paris, affectueusement, on peut l'appeler Paname.

Mais d'où donc que ça vient ?

Très probablement du panama, ce chapeau portés par les ouvriers qui creusaient le canal du même nom, couvre-chef adopté par les Parisiens élégants des années 1900.

Alors, billevesée ?

Billevesee_Panama

 

 

Posté par Lili Galipette à 08:00 - Mon Boudoir - Lignes d'affrontement [5] - Permalien [#]
Tags :

24 avril 2015

Le livre d'un été

Jansson_Livre dun eteRoman de Tove Jansson.

Sophie passe l’été avec sa grand-mère et son papa sur une petite île du golfe de Finlande. La vieille femme fume en cachette, construit une réplique de Venise avec des brindilles et ne se prive jamais de faire une sieste. Insensiblement, Sophie grandit, s’interroge, se rebelle. La tendre connivence vire doucement à l’affrontement entre l’aïeule et l’enfant, la première étant lourde d’un savoir qu’elle ne peut pas partager, la seconde s’effrayant un peu de tout ce qui lui reste à connaître. « Il y a très longtemps, la grand-mère avait eu envie de raconter tout ce qu’elles faisaient, mais personne ne le lui avait jamais demandé. Et maintenant, elle en avait perdu l’envie. » (p. 77) Les journées s’écoulent lentement, chaque évènement devenant à lui seul une épopée, et le temps est davantage spectateur qu’acteur de l’histoire. Il assiste à l’inexorable décrépitude de la vieille, laquelle se sait fermement poussée vers la fin par une enfant pleine de vie.  « Je sais que je peux tout faire. J’ai pu tout faire pendant si longtemps et j’ai vu et j’ai vécu de toutes mes forces. Cela a été fantastique, je t’assure. Mais maintenant, c’est comme si tout m’échappait, je ne me souviens pas, je ne m’intéresse pas, et pourtant c’est justement maintenant que j’en aurais besoin. » (p. 81) La violence est pourtant sans éclat et ne reflète que le cours immuable du monde.

Le style est d’une grande délicatesse, forgé dans la poésie de la banalité et des petits riens. Ce roman présente la beauté des choses qui ont été toujours là, la mer, la forêt, la mousse et le vent. Comme je l’avais déjà constaté et apprécié dans L’honnête tricheuse, Tove Jansson fait montre d’une économie de mots qui parvient à tout dire : les ellipses, les silences et les interruptions sont lourds de sens et de sentiment. La fin du roman est comme une saison qui s’achève : on n’y croit pas vraiment, on espère que ça va continuer, mais il faut se rendre à l’évidence, il est temps de tourner la page.

Posté par Lili Galipette à 08:00 - Mon Alexandrie - Lignes d'affrontement [4] - Permalien [#]

22 avril 2015

Blanche-Queue

Dudley_Blanche-QueueAlbum jeunesse de Dick Dudley. Illustrations de Carol Wynne.

Blanche-Queue est un lapin curieux. Il regarde tout et s’interroge beaucoup. « Est-ce un joli nuage, doux et soyeux… ou un mouton un peu paresseux ? » Il y a tant de choses à découvrir dans la maison et tout autour !

J’aime les livres que l’on peut manipuler. Ici, je me suis régalée : il y a des languettes à soulever et des morceaux de tissu à toucher. Les questions vont par deux autour d’une même matière et permettent à l’enfant de faire des rapprochements entre les objets, les animaux et les formes. La surprise est au-rendez à chaque morceau de carton qu’il faut soulever et c’est un vrai plaisir de tourner les pages de ce petit album cartonné.

Challenge Totem

 

Posté par Lili Galipette à 08:00 - Mon Alexandrie - Lignes d'affrontement [2] - Permalien [#]
Tags :

21 avril 2015

Les petits vieux d'Helsinki mènent l'enquête.

Lindgren_Petits vieux dhelsinki menent lenqueteRoman de Minna Lindgren.

Dans la résidence du Bois du Couchant, des petits vieux passent leurs derniers jours entre parties de cartes, pilules et potins. La douce tranquillité des lieux est ébranlée par la mort d’un des employés et par les déclarations d’un pensionnaire qui prétend avoir été agressé sexuellement par son aide-soignant. Remontent alors des questionnements sur la gestion administrative de l’établissement et sur la facturation abusive de certains services proposés aux résidents. Siiri et Irma, deux des pensionnaires, décident d’en savoir plus, mais ce n’est pas facile quand il leur faut déjà plusieurs minutes pour quitter leur lit tous les matins.

Depuis Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire, on a compris qu’on ne peut plus cantonner les vieux dans les maisons de retraite. Mais le texte de Jonas Jonasson ne reposait pas sur l’humour sinistre qui anime le roman de Minna Lindgren. On trouve ici une compilation de tous les clichés que l’on s’attend à lire sur le troisième âge. Je ne suis hélas pas bon public face à ce genre de burlesque triste. « On mettait un appareil auditif aux vieux dans une seule oreille, uniquement pour prévenir tout le monde qu’ils n’entendaient pas. » (p. 46) Les pertes de mémoire, l’incontinence, le gâtisme, les déambulateurs et l’abus de faiblesse sur personnes vulnérables, ça ne me fait pas rire.

Le cœur incroyablement lourd, j’ai abandonné cette lecture après 150 pages. Mon avis n’est donc, forcément, pas représentatif. J’ai lu sur certains blogs que ce roman était réjouissant, drôle et loufoque. Alors ne vous fiez pas à mon seul ressenti et tentez votre chance avec ce roman.

Posté par Lili Galipette à 08:00 - Mon Enfer - Lignes d'affrontement [2] - Permalien [#]
Tags :


20 avril 2015

Petit enfer dans la bibliothèque

Fforde_7Petit enfer dans la bibliothequeRoman de Jasper Fforde.

Les OpSpecs ont été réhabilités et Thursday Next est persuadée qu’elle va obtenir la direction de l’OS-27, chargée des questions littéraires. Malheureusement, sa semaine ne va pas du tout commencer comme elle l’entendait. « Une semaine qui avait débuté par une expédition à Swindon pour y dénicher un boulot et s’était terminée par des torrents de feu purificateur tombant des cieux, une révision du budget opérationnel des services des bibliothèques du Wessex et par la mort de Gavin Watkins abattu d’un coup de feu par mon fils. » (p. 13) Il y a une autre apocalypse qui se prépare, Goliath n’en finit pas d’échafauder des coups fourrés et Thursday se débat avec des Thursday artificielles qui voudraient prendre sa place. Elle cherche aussi à se débarrasser du virus mental que lui a inoculé Aornis Hadès tout en essayant de convaincre sa fille, Tuesday, de mener l’existence normale d’une adolescente et de lâcher un peu ses mathématiques. Elle doit en même comprendre pourquoi son vieil ennemi, Jack Maird, détruit de très vieux livres et qui cherche à faire quoi avec la Matière Noire de la Lecture. Une semaine musclée en perspective, donc, mais c’est l’ordinaire quand on s’appelle Thursday Next.

On va dire que je ne suis jamais contente… Dans le tome précédent, je déplorais que l’intrigue se déroule presque exclusivement dans le Monde des Livres. Ici, c’est bien le contraire : pas une seule incursion dans les bouquins. Ce septième volume des aventures de Thursday Next reste dans l’univers de la fantasy, mais avec un penchant certain pour la science-fiction et les histoires de voyage dans le temps. « On prétend que l’industrie du temps fut supprimée parce qu’elle s’était avérée impossible à créer. » (p. 277) Petit enfer dans la bibliothèque reste un très bon thriller, parfaitement rythmé, toujours drôle, mais il me manque le grain de folie propre aux rencontres avec les personnages de fiction. Le tome 8 n’est pas encore traduit, mais son titre, Dark Reading Matter, laisse espérer quelques promenades du côté de la Grande Bibliothèque. Croisons les doigts – pas les flux, ça porte malheur !

Posté par Lili Galipette à 08:00 - Mon Alexandrie - Lignes d'affrontement [5] - Permalien [#]

19 avril 2015

Billevesée #173

La première loterie française fut organisée par François Ier qui avait l'idée d'utiliser cette pratique pour renflouer les caisses du Trésor royal.

Alors, billevesée ?

Billevesee_Loto

Posté par Lili Galipette à 08:00 - Mon Boudoir - Lignes d'affrontement [6] - Permalien [#]
Tags :

18 avril 2015

Bowie style

Paytress_Bowie styleOuvrage de Marc Paytress.

Impossible de passer à côté de David Bowie sans le voir. Outre le chanteur, il y a l’image qu’il affiche. Et peut-être qu’il n’y aurait pas de chanteur sans cette apparence qu’il n’a jamais cessé de soigner et de faire évoluer. « J’aime être bien habillé, mais je ne pense pas que ma réputation doive reposer sur mon style vestimentaire. » Il ne faut pas réduire David Bowie à ses extravagantes tenues de scène, à ses audacieux maquillages et à ses incessantes excentricités. « Le style, pour Bowie, est indissociable de l’art. Ce sont les livres qu’il lit, les tableaux qu’il achète, les films qu’il regarde. »  Il y a bien un style David Bowie : c’est un ensemble complexe et délicat que Marc Paytress tente d’embrasser dans son livre, à grand renfort de photographies, d’anecdotes, de références et d’extraits de presse.

Peintre, auteur, chanteur, mime, acteur, Bowie a quelque chose de l’homme-orchestre, de l’artiste ultime. Touche-à-tout talentueux et audacieux, en 50 ans de carrière, il n’a eu de cesse d’intégrer la nouveauté dans son art, voire de la devancer et de la créer. Au fil des images, on voit comment l’iconoclaste est devenu une icône, comment le profanateur est devenu une légende et comment l’avant-gardiste est devenu une référence.

On trouve de superbes photos de scène, des portraits et des clichés privés : la collection d’images de Marc Paytress est un gigantesque book où Bowie, mannequin un brin cabotineur, prouve que l’objectif lui va très bien. « Dans l’idée que Bowie s’en faisait, la célébrité n’était pas ce qui récompense une carrière artistique réussie ; c’était une composante inaliénable du processus créatif […]. C’était une conception ingénieuse et révélatrice. » Mais qu’on ne s’y trompe pas, en superposant les masques et les maquillages, David Bowie s’expose et se met en scène pour mieux se cacher de lui-même et de ses démons intimes.

Bowie style est un bel objet où j’ai retrouvé les magnifiques costumes de David Bowie que j’ai pu approcher lors de l’exposition David Bowie is, à la Philharmonie de Paris. Mais pour une biographie plus exhaustive de l’artiste, je vous conseille David Bowie de Jérôme Soligny, une des références françaises en la matière.

Posté par Lili Galipette à 08:00 - Mon Alexandrie - Lignes d'affrontement [5] - Permalien [#]

17 avril 2015

Le mystère du hareng saur

Fforde_6Le mystere du hareng saurRoman de Jasper Fforde.

Le Monde des Livres a bien changé après la Refonte : le voilà doté d’une véritable géographie. « Au large des côtes s’étend l’île du Compte d’Auteur, et au-delà du Compte d’Auteur s’étend l’île du Fandom. Au-delà du Fandom se trouve la Dissertation et encore au-delà l’Excuse pour n’avoir pas rendu sa dissertation. Celle-ci est souvent la plus lyrique, construite qu’elle est dans un état de panique et d’urgence en espérant échapper à une heure de colle. » (p. 429) Sur cette île de la Fiction, il y a des frictions sur certaines frontières, notamment entre le Roman Grivois et la Littérature Féminine. Les pourparlers de paix sont pour bientôt, mais Thursday Next a disparu et sans elle pour arbitrer le dialogue, il y a fort à parier qu’une guerre éclate entre les deux genres narratifs. Thursday5, qui est l’avatar de fiction de la célèbre détective, fait son possible pour la retrouver. Avec les Hommes en Plaid à ses trousses et Sprockett, un robot majordome, collé à ses basques, elle ne peut compter que sur elle-même pour remettre un peu d’ordre dans le Monde des Livres et combler le déficit en Métaphore.

Si j’ai passé un bon moment avec ce sixième volume des aventures de Thursday Next, je suis moins enthousiaste qu’à la fin de mes précédentes lectures. Premier point à noter : le traducteur a changé au volume précédent. Ce n’est plus Roxane Azimi qui officie, mais Jean-François Merle. Dans Le début de la fin, j’avais déjà ressenti un changement de ton et de rythme que j’avais réussi à occulter. Dans ce tome, c’est beaucoup plus difficile : je ne retrouve pas l’enthousiasme farfelu et la facilité lexicale des précédents tomes. Cela tient peut-être au texte original, mais à situations similaires – courses poursuites, quiproquos –, je préférais la plume de Roxane Azimi.

Deuxième point, ce volume se passe presque intégralement dans le Monde des Livres : ce qui faisait à mes yeux le charme des précédents volumes, c’est justement les aller-retour entre fiction et réalité et ce que cela supposait de situations compliquées, voire inextricables. Ici, immersion totale dans le monde fictionnel, jusqu’à l’overdose par moment. « J’ouvris la porte sur trois Dostoïevskicismes qui me dévisagèrent à travers un épais nuage de relativisme moral. » (p. 17) L’humour est toujours bien présent et l’intrigue se tient bien, avec un dénouement aussi retentissant que les précédents, mais tout de même, trop de fiction fatigue le lecteur.

Tout cela ne m’empêchera pas de lire le septième volume et advienne que pourra !

Posté par Lili Galipette à 08:00 - Ma Réserve - Lignes d'affrontement [2] - Permalien [#]

16 avril 2015

Lièvre et Ours vont à la pêche

Gravett_Lievre et ours vont a la pecheAlbum d’Emily Gravett.

Quelle belle journée ! Idéale pour aller pêcher ! Avec tout le matériel nécessaire, Lièvre et Ours vont au bord de la rivière. Hélas, si Ours aime pêcher, il n’est pas vraiment doué ! « Il pêche le chapeau de Lièvre. » Et d’autres choses insolites... Lièvre s’ennuie un peu et pendant qu’il fait des guirlandes de marguerites, Ours s’endort sur sa canne à pêche. Il faut être patient pour attraper un poisson, et quand ça mord, il faut être bien réveillé pour ne pas perdre sa prise !

Gravett_Lievre et ours vont a la peche_1

Voilà une charmante histoire magnifiquement servie par des illustrations superbes. Le petit lapin gris aux très longues oreilles et le grand ours roux et doucement hirsute forment un beau duo d’animaux. Le trait du crayon gras est doux et dense : sa couleur est profonde et très lumineuse. L’album lui-même est un très bel objet : carré avec sa couverture découpée, il offre de belles pages au papier épais et presque cartonné. Bref, voilà un vrai plaisir de lecture pour petites et grandes lectrices.

Challenge Totem

Posté par Lili Galipette à 08:00 - Mon Alexandrie - Lignes d'affrontement [2] - Permalien [#]
Tags : ,