Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

01 septembre 2014

Challenge Destination PAL : le bilan

Juillet et août sont consommés. De votre côté, en avez-vous profité pour consommer votre PAL ? Voyons vos bilans du challenge Destination PAL !

Destination PAL

À tout seigneur, tout honneur (et ouais !), je consomme par mon bilan. Je ne suis pas mécontente du résultat : 13 livres sur 18, et même 22 livres sur 18 puisque la saga des Pardaillan comptait 10 tomes. Je visais une réduction de 50 % : c'est largement atteint. YOUPI !

  1. Eichmann à Jérusalem, Hannah Arendt
  2. La ferme africaine, Karen Blixen
  3. La décision, Britta Böhler - Rentrée littéraire 2014
  4. Constellation, Adrien Bosc - Rentrée littéraire 2014
  5. Mangeclous, Albert Cohen
  6. Le début de la fin, Jasper Fforde
  7. Selon Vincent, Christian Garcin - Rentrée littéraire 2014
  8. Notre-Dame de Paris, Victor Hugo et Benjamin Lacombe
  9. En route, Joris-Karl Huysmans
  10. Différentes saisons, Stephen King
  11. Rose Madder, Stephen King
  12. Journal d'une femme adultère, Curt Leviant
  13. La ciociara, Alberto Moravia
  14. Les mots qu'on ne me dit pas, Véronique Poulain - Rentrée littéraire 2014
  15. A pas aveugles de par le monde, Leïb Rochman
  16. Le choix de Sophie, William Styron
  17. L'épée d'Ardenois, tome 3, Etienne Willem
  18. Les Pardaillan, Michel Zévaco (10 tomes)

Passons à vos bilans, j'attends les liens vers vos articles récapitulatifs. Merci aux participantes !

  • Virginy : Sa PAL | Sa PAL de fin d'été
  • Marie : Sa PAL | Sa PAL de fin d'été
  • Miss G : Sa PAL | Sa PAL de fin d'été
  • nathalie : Sa PAL | Sa PAL de fin d'été
  • Mélusine : Sa PAL | Sa PAL de fin d'été
  • Plaisir des mots : Sa PAL | Sa PAL de fin d'été
  • Miss Alfie : Sa PAL | Sa PAL de fin d'été

Et pour ceux/celles que ça intéresse, je relancerai ce challenge l'an prochain !

Posté par Lili Galipette à 08:00 - Mon Boudoir - Lignes d'affrontement [2] - Permalien [#]
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31 août 2014

Billevesée #140

Un nombre premier est un nombre qui, pour rester entier, ne peut être divisé que par 1 ou par lui-même . À première vue, il semble donc évident que tous les nombres premiers sont impairs puisqu'un nombre pair peut être divisé par 2. Donc, 1, 3, 5, 7, 11, 13, 17, 19, 23, 29, 31, etc. sont des nombres premiers.

Mais le nombre 2 est également un nombre premier puisqu'il ne peut être divisé que par 1 et par lui-même, à savoir 2 !

Alors, billevesée ?

Billevesee_2

Posté par Lili Galipette à 08:00 - Mon Boudoir - Lignes d'affrontement [8] - Permalien [#]
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30 août 2014

Mangeclous

Cohen_MangeclousRoman d’Albert Cohen.

Après avoir suivi les tristes premières amours de Solal, Albert Cohen nous ramène en Céphalonie pour suivre le quotidien de Mangeclous, Saltiel, Salomon, Mattathias et Michaël, ces cinq juifs de nationalité française aux caractères si particuliers. « Si je ne mentais pas, que me resterait-il ? » (p. 161) Au fil des pages, il sera question d’un chèque de trois cent mille drachmes, d’un message codé, de la possibilité d’un trésor, d’une lionne en liberté, d’un voyage vers Genève en passant par Marseille, d’un hideux marin se croyant bourreau des cœurs, d’un Juif emprisonné pour sa religion, de la Société des Nations et d’un gouvernement israélien. Avec les Valeureux, on parle d’amour comme on parle de pets, jugeant le premier à l’aune des seconds, la poésie des choses triviales n’ayant aucun secret pour ces cinq hommes aux manies étranges et ridicules.

« Dieu est grand, dit Mangeclous. Et moi aussi. » (p. 250) Tout à la fois grandiose et grotesque, Mangeclous est une caricature d’égocentrique, d’affamé et de radin. « Je suis victime du dévouement à ma cause personnelle et privée. » (p. 347) Lui et ses compères font montre d’un formidable orgueil et avancent dans le monde comme si chacun devait les connaître et les reconnaître. Sous couverts d’obscurs et lointains hauts faits, lesquels sont largement sujets à caution, les Valeureux portent le nom de Solal comme un oriflamme devant leur ouvrir toutes les portes. « Je suis un inconnu, moi ? Mais ne sais-tu pas qu’un livre tout entier appelé « Solal » a été écrit sur moi avec mon propre nom et que l’écrivain de ce livre est un Cohen dont le prénom étrange est Albert. » (p. 298) Pour faire valoir leurs prétendus droits et privilèges, ils usent et abusent de démonstrations et de récits logorrhéiques : ces avalanches de mots, ces cataclysmes verbaux se déploient dans un langage richement ampoulé et ridiculement fiorituré, l’invention lexicale n’étant pas la dernière des habitudes de nos cinq étonnants compères.

Agaçants, mais attachants, les Valeureux traînent avec eux une mélancolie identitaire et cultuelle : un bon juif est un juif triste, bourrelé de remords et de chagrin. Mais Mangeclous et sa clique savent effacer leur peine devant un buffet ou la promesse d’un profit. Puisque tout est toujours question d’argent ou de tractation, la générosité pourrait sembler impossible. Pourtant, les cinq cousins céphaloniens ont des trésors de bonté et d’abnégation dissimulés sous des dehors crasseux et retords. Et quand il est question de leur religion, même l’auteur y va de bon cœur dans la moquerie. « Allons, allons, c’est pas sérieux comme religion. Vous n’avez pas de Bonne Mère, pas de saints, rien du tout. Rien qu’un bon Dieu là, tout seul. C’est pas sérieux, voyons ! Et puis tu t’imagines que ça me fait plaisir que tu vas rôtir pour l’éternité. » (p. 229)

Sous la plume d’Albert Cohen, le portrait du juif est poussé à un tel extrême qu’il est impossible d’y croire, comme si, au moment de l’écriture, dans un contexte d’antisémitisme grandissant, l’auteur avait voulu tordre le nez aux clichés sur les juifs en les faisant s’écrouler sous leur propre incongruité. Et finalement, en lisant Mangeclous, on se dit que, non, ce n’est pas possible, les juifs ne sont pas comme ça et il ne faut pas les diaboliser. « Les Israélites de Céphalonie forment une espèce à part. Il serait injuste de généraliser. » (p. 102) Mangeclous est un monument comique, écrit avec une verve quasi épique et le texte est si truculent qu’il est à hurler de rire, sans se retenir, comme le ferait le héros éponyme, toute honte bue, gorge déployée et bravache, comme un immense pied de nez fait aux vilains pensants et étroits d’esprit.

J'ai déjà lu Belle du Seigneur. Je me réserve Les Valeureux pour la bonne bouche, un jour où j'aurai envie d'une lecture riche et sucrée comme une pâtisserie orientale.

Posté par Lili Galipette à 08:00 - Mon Alexandrie - Lignes d'affrontement [7] - Permalien [#]

28 août 2014

La trilogie des jumeaux

Kristof_Trilogie des jumeauxRomans d’Agota Kristof.

La guerre a éclaté. Une femme confie ses enfants, des jumeaux, à sa mère, à la campagne. Les garçons sont fusionnels et ne font rien l’un sans l’autre. Pour faire face à toutes les douleurs, ils décident de s’endurcir et se livrent à de cruels exercices. « À force d’être répétés, les mots perdent peu à peu leur signification et la douleur qu’ils portent en eux s’atténue. » (p. 27) De l’insensibilité à la cruauté, les jumeaux font l’apprentissage d’une résistance à toute épreuve. Mais il reste une chose qu’ils doivent surmonter : la séparation. L’un part donc, traverse la frontière, se rend dans l’autre pays. Lucas reste seul, sans Claus, dans la maison de la grand-mère. Il continue à écrire dans le grand cahier, pour que Claus sache qu’il ne l’a pas oublié. « Nous avons décidé de nous séparer. Cette séparation devait être totale. Une frontière n’y suffisait pas, il y fallait aussi le silence. » (p. 319) Lucas rencontre Yasmine et Mathias : il essaie de former une famille avec cette femme et cet enfant, mais sans Claus, il n’est que claudiquant, incomplet. « Je connais la douleur de la séparation. […] Le départ d’un frère avec qui je ne faisais qu’un. Il est parti. Il a traversé la frontière. » (p. 220) Quand vient l’heure de tomber les masques, il faut relire toute l’histoire et démêler le vrai du faux, le véridique de l’inventé.

La générosité froide et automatique du/des protagonistes est effrayante, tout comme leur histoire aux accents si vrais et pourtant si faux. « Ne me remerciez pas. il n’y a aucun amour et aucune bonté en moi. » (p. 233) Qui sont Lucas et Claus ? Existent-ils ? Où est la vérité dans leur histoire ? Qu’y a-t-il dans ce grand cahier ? « Je suis convaincu, Lucas, que tout être humain est né pour écrire un livre, et pour rien d’autre. Un livre génial ou un livre médiocre, peu importe, mais celui qui n’écrira rien est un être perdu, il n’a fait que passer sur la terre sans laisser de trace. » (p. 256) Les trois parties de cette trilogie ne sont en fait que trois versions de la même histoire, celle d’un drame si bouleversant qu’il a fallu écrire sur les mots pour les faire taire. « J’essaie d’écrire des histoires vraies mais, à un moment donné, l’histoire devient insupportable par sa vérité même, alors je suis obligé de la changer. » (p. 335) Les dialogues sont terriblement efficaces, incisifs et décisifs. S’il y a beaucoup de mensonges entre les lignes, les répliques disent beaucoup. « Quelqu’un qui n’existe pas ne peut pas revenir. » (p. 276)

J’ai lu ce roman une première fois, il y a près de 10 ans. Déjà, le texte m’avait éblouie, bouleversée, retournée. Forcément, une histoire de jumeaux et de séparation… Cette relecture est tout aussi poignante, le choc est le même. Ce superbe roman, une nouvelle fois, m’a mise KO.

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26 août 2014

Victor Hugo

Swysen_Victor HugoBande dessinée de Bernard Swysen.

Le 27 février 1802, Victor-Marie Hugo voit le jour à Besançon. De son enfance ballotée entre Marseille, la Corse, Paris et l’Italie, tiraillé entre ses deux parents pareillement adultères, Victor Hugo garde une peine secrète, celle de ne pouvoir accommoder toutes les personnes qu’il aime. Il en ira de même avec les femmes de sa vie, Adèle Foucher et Juliette Drouet, l’épouse et l’amante. Dans la sphère publique, Victor Hugo est d’abord un royaliste conservateur avant de devenir farouchement bonapartiste, mais anti Napoléon III : du lys à l’aigle, l’auteur célèbre ses idéaux politiques à grand renfort d’odes et de poésies. « La poésie, c’est l’expression de la vertu ; une belle âme et un beau talent poétique sont presque toujours inséparables. Les vers seuls ne sont pas la poésie. La poésie est dans les idées et les idées viennent de l’âme. Les vers ne sont qu’un revêtement élégant sur un beau corps. » (p. 30) Très tôt écœuré et engagé contre la peine de mort, il prône l’éducation au lieu de la répression. Exilé par l’empereur, mais adoré par le peuple, lui, le chef de file des romantiques et le défenseur des libertés, devient légendaire de son vivant.

Cet ouvrage est très complet, très dense, à tel point que certaines planches sont sensiblement indigestes. Bernard Swysen a voulu tout représenter de l’homme, de l’auteur et du politicien. Aussi passionné dans ses affaires privées que sur la place publique, Victor Hugo n’est pas un personnage que l’on traite en quelques pages et il me semble que cette biographie dessinée aurait gagné à être présentée au moins en deux volumes. Le dessin est très classique et permet une reconnaissance aisée des personnages : qu’il s’agisse de la famille Hugo ou des personnalités qui ont partagé la vie de l’écrivain, les visages sont nets, mais je déplore des expressions parfois juste ébauchées ou au contraire presque caricaturales. Le livre s’achève sur un livret biographique, bibliographique, iconographique et historique tout à fait intéressant et bien plus digeste que certaines pages. Cette œuvre reste un bel ouvrage, mais je la déconseille aux lecteurs qui voudraient découvrir Victor Hugo : il faut déjà connaître l’auteur et ses engagements pour ne pas se perdre au milieu des planches.

Swysen_Victor Hugo_1

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24 août 2014

Billevesée #139

Serge Reggiani, avant d'être acteur et chanteur, a suivi les traces de son père en devenant apprenti coiffeur. Heureusement qu'il a vu la petite annonce du Conservatoire de Paris !

Cette anecdote n'a en fait pour objectif que d'introduire une chanson de cet auteur qui me touche particulièrement et que je voulais partager aujourd'hui, date anniversaire de mon cher papa.

 Alors, billevesée ?

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22 août 2014

Les Pardaillan

Cycle romanesque de Michel Zévaco.

Je présente à la suite tous les tomes de ce cycle : il y a donc un risque certain que je dévoile des éléments de l’intrigue.

Zevaco_Les PardaillanLes Pardaillan

Jeanne de Pienne et François de Montmorency nourrissent un tendre amour, mais un amour interdit : enfants de deux familles ennemies, ils espèrent pourtant que leur union apaisera les haines. Hélas, un jaloux s’en prend à leur enfant qui ne doit la vie sauve qu’au chevalier de Pardaillan. Seize ans plus tard, Loïse a grandi, mais elle ignore tout de son père. Dans le même temps, Jean de Pardaillan, fils du chevalier, s’est installé à Paris et il est secrètement épris de sa jolie voisine. Et à la cour de France, Catherine de Médicis presse son fils, Charles IX, de débarrasser le royaume de France de tous les protestants. Assistée de Ruggieri, son conseiller italien, et de toutes ses espionnes, la reine mère fomente des assassinats, tisse des toiles cruelles et élabore des plans visant à asseoir sur le trône son fils préféré. « Nous pouvons, nous devons mentir puisque le mensonge est le fond même de tout gouvernement solide. » (p. 235)

Dans un style enlevé et rebondissant, Michel Zévaco pose le décor de sa grande fresque de cape et d’épée. Entre secret de famille et secret d’État, la France est un panier de crabes bien dangereux. Heureusement, il existe des héros valeureux comme les Pardaillan chez qui l’honneur est un héritage sacré. « Un bon fils doit imiter les vertus de son père. » (p. 75) En utilisant la grande Histoire pour écrire son histoire, l’auteur met à l’honneur une « famille réputée dans le Languedoc pour ses hauts faits et sa pauvreté. » (p. 500) qui, entre réalité et légende, a sans nul doute sa place dans la littérature.

Zevaco_Epopee damourL’épopée d’amour

Nous retrouvons Pardaillan père et fils à l’instant précis où nous les avions quittés. François de Montmorency a enfin retrouvé son épouse et sa fille après dix-sept ans de séparation. Et Jean de Pardaillan pense pouvoir enfin vivre librement son amour pour la jeune Loïse. Mais c’est compter sans les troubles qui agitent la cour de France. Les royales ambitions du duc de Guise, le mariage entre Henri de Béarn et Marguerite de Valois et les machinations de Catherine de Médicis se télescopent à la veille de la Saint-Barthélémy. « Je rêve de nettoyer d’un seul coup le royaume que je destine à mon fils. Je rêve de rétablir l’autorité de Rome pour consolider l’autorité de mon Henri. » (p. 37) La haine de Catherine de Médicis pour les huguenots tient surtout à un secret personnel que la reine protestante Jeanne d’Albret a découvert et dont l’incarnation pourrait un jour venir accuser la reine mère. Voilà pourquoi cette dernière tient tant au massacre des réformés. Et tant pis si un ou plusieurs de ses fils doivent mourir pour que sa royale puissance ne soit pas ébranlée.

Le premier volume avait bien introduit les nombreux personnages de cette saga, le deuxième volume se charge d’approfondir leurs relations et les péripéties qui les frappent. Les amoureux sont sans cesse séparés et leurs sentiments sont mis à l’épreuve. Chantage, menace, mensonge, tout est bon pour briser les liens d’amour. Mais les Pardaillan, rapière à la main et noblesse au cœur, défendent toujours les faibles, les tendres et les justes. 

Zevaco_FaustaLa Fausta

Près de vingt ans ont passé depuis les noces de Jean de Pardaillan et de Loïse. Henri III a bien du mal à garder son trône. Henri de Béarn est pressenti pour lui succéder, mais le duc de Guise est plus ambitieux que jamais et il faut compter avec le duc Charles d’Angoulême, fils illégitime de Charles IX. Dans les rues de Paris, la jeune Violetta, enfant illégitime recueillie par un bourreau, attise les désirs des hommes. Et une nouvelle menace est arrivée d’Italie : la princesse Fausta, descendante de Lucrèce Borgia, a été élue par un conclave secret et veut faire scission au sein de l’Église. Elle voudrait aussi être reine de France et projette de couronner le duc de Guise avant de l’épouser. « Et, lorsque je regarde en moi-même, je ne vois qu’une jeune fille épouvantée de voir que la nature s’est trompée en lui donnant le sexe qui est le nôtre, plus épouvantée encore de découvrir, sous ses aspirations insensées, la faiblesse d’une femme. » (p. 179) Jean de Pardaillan n’est pas homme à laisser de telles aspirations menacer la sécurité du trône de France. Il s’oppose donc à la belle intrigante. Mal lui en prend : cette vierge guerrière développe pour lui de vénéneux sentiments. « Pardaillan, tu vas mourir parce que je t’aime ! » (p. 429)

Il est à nouveau questions d’amours échevelées et passionnées. « Bohémienne ou princesse, du moment que vous l’aimez, elle est l’étoile qui vous guidera. » (p. 58) Pour les besoins des affaires d’État ou des affaires personnelles, les enfants sont perdus, volés, échangés. Quant à Pardaillan, alors qu’il cherche l’assassin de son épouse, il croise de vieilles connaissances, règle de vieilles dettes et solde de vieux comptes. Le chevalier, avec la prestance que l’on connut à son père, ne fait que ce qui est juste, dût-il affronter la Bastille ou les pièges les plus cruels.

Zevaco_Fausta vaincueFausta vaincue

Jean de Pardaillan a évidemment survécu au piège tendu par Fausta et il aide son ami Charles d’Angoulême à retrouver Violetta, son amante disparue. « Cher ami, […] vous êtes le cœur le plus généreux, le bras le plus terrible, l’esprit le plus fécond en ressources. » (p. 91) À la cour, il est plus que jamais question de tuer Henri III et de prendre le trône. Reste à savoir quel comploteur parviendra en premier à cette sinistre fin. Les guerres de religion ne sont pas achevées et il reste au peuple une envie de sang et de massacre. Manipulé et aveuglé par la haine, le moine Jacques Clément, fils d’Alice de Lux, espionne sacrifiée par Catherine de Médicis, pourrait être le régicide que tant attendent. Mais si Jean de Pardaillan se tire toujours des pires faux pas, il est aussi un habitué des sauvetages royaux, tout en gardant un front modeste et un cœur brave.

Fausta, en matière de complots et de machinations, pourrait largement en remontrer à la défunte Catherine de Médicis. Seul l’amour semble pouvoir vaincre et faire plier cette diablesse italienne aux aspirations royales et pontificales. Ce quatrième volume des Pardaillan ne manque pas de souffle et le feuilleton se lit avec avidité et intérêt. À peine achevé ce volume, il est impératif d’attraper le suivant !

Zevaco_Pardaillan et FaustaPardaillan et Fausta

Alors que Fausta est emprisonnée à Rome, au palais de Saint-Ange, elle se découvre enceinte et accouche du fils de Pardaillan. L’enfant est confié à une servante et Fausta est condamnée à mort. « Fils de Fausta ! Fils de Pardaillan ! Que seras-tu ? Ta mère, en mourant, te donne le baiser d’orgueil et de force par quoi elle espère que son âme passera dans ton être. » (p. 8) Après Paris, c’est à Rome et en Espagne que se montent les intrigues. Le pape Sixte-Quint est à la merci de la Sainte Inquisition, en la personne d’Inigo d’Espinosa, grand inquisiteur d’Espagne. Alors qu’Henri de Béarn n’est pas tout à fait assis sur le trône, le roi Philippe d’Espagne a des prétentions sur la couronne de France. Évidemment, Fausta se tire d’affaire et elle poursuit ses ambitieux projets avec toujours la même haine chevillée au cœur à l’encontre de Pardaillan. Lequel ne manque pas de rappeler qu’il n’est pas homme à se laisser tuer. « C’est pour vous répéter qu’il est assez dans mes habitudes de me tirer d’affaire. » (p. 56)

Pardaillan croise, affronte et soutient tour à tour tous les puissants de son époque : rois, nobles, papes, sans orgueil ni bravade, il choisit simplement à qui il s’attache et à qui il offre son épée. « L’épée du chevalier de Pardaillan se donne, mais ne se vend pas. » (p. 136) En Espagne, il rencontre Miguel de Cervantès et le mélancolique auteur a tôt fait de prêter les traits du valeureux chevalier à un certain hidalgo qui combat les moulins. Noble de cœur, courageux et loyal, le chevalier Jean de Pardaillan est un héros sans peur et sans reproche, à l’image d’un certain d’Artagnan. Sans aucun doute, la lignée des Pardaillan est autant historique que littéraire.

Zevaco_Amours du ChicoLes amours du Chico

En Espagne, Jean de Pardaillan a rencontré le Chico, un jeune nain courageux. À son habitude, le chevalier arrange les affaires de cœur de ses amis et il est bien décidé à réunir le Chico et la coquette Juana. Il se mêle aussi des affaires du Torero, fils illégitime du roi d’Espagne. « Le chevalier de Pardaillan est au-dessus du commun des mortels, même si ces mortels ont le front ceint de la couronne. » (p. 118) À la cour espagnole, la succession est ouverte. Fausta cherche à nouveau un roi à couronner et à épouser. « Elle serait reine, impératrice, elle dominerait le monde par lui – car il ne serait jamais qu’un instrument entre ses mains. » (p. 45) Pauvre Pardaillan qui se trouve à nouveau sur le chemin de l’ambitieuse Italienne : par sa faute, il sera livré à l’Inquisition et se frottera à de bien vilaines machines.

Dans chaque volume, Michel Zévaco se saisit d’une époque et des personnages qui l’ont marquée pour dresser un décor splendide dans lequel faire évoluer ses propres personnages. Son style picaresque et épique fait mouche à chaque page. Il est sans cesse question d’amour, de loyauté, de revanche. « On venge les morts, avant de les pleurer ! » (p. 36) Dans ce tome, Fausta déploie le pire d’elle-même et chaque fois que ses folles ambitions viennent se heurter à la tranquille prestance de Pardaillan, le personnage gagne en fol orgueil et en cruauté. 

Zevaco_Fils de PardaillanLe fils de Pardaillan

Nouveau bond de près de vingt ans. Henri IV est enfin roi de France, mais l’amant de sa femme, Concino Concini, et l’épouse de celui-ci, Léonora Galigaï, ourdissent de sombres projets à son encontre. « Le roi mort, son règle, à lui, Concini, commençait sous le couvert de Marie de Médicis. » (p. 82) Henri IV n’en a pourtant cure : il vient de retrouver la fille naturelle qu’il a eue avec une ancienne maîtresse. Quant à Jean de Pardaillan, il n’a jamais vu le fils qui lui est né de ses violentes amours avec Fausta. Dans les rues de Paris, le jeune Jehan le Brave, bien qu’un peu truand, est noble d’esprit et de cœur. Et son cœur, justement, est tout épris de Bertille, la belle enfant du roi. « Et c’était merveilleux, admirable. Ce lion avouant naïvement qu’il avait eu peur… parce qu’une enfant venait de se pâmer devant lui. » (p. 111) Jean de Pardaillan, Jehan le Brave, voilà deux cœurs faits pour se connaître et se reconnaître.

Serment d’amour, serment de mort : les amoureux ne peuvent vivre les uns sans les autres. Ces sentiments exaltés parsèment le texte : chez Zévaco, on n’aime jamais tranquillement, en tout cas pas quand on est jeune. Il faut de la passion, de la fougue. Et les haines sont à la hauteur de ces amours brûlantes : les enfants sont utilisés pour atteindre les parents et certaines vengeances attendent des années avant de blesser.

Zevaco_Trésor de FaustaLe trésor de Fausta

Nul ne sait où Fausta a dissimulé les millions qu’elle a laissés derrière elle en quittant la France. « Si riche qu’elle a pu cacher, aux environs de Paris, dix millions destinés à son fils, sans que l’abandon de cette somme énorme parût avoir diminué ses immenses revenus. » (p. 181) Ce fabuleux trésor attise les convoitises : Henri IV s’en servirait bien pour faire la guerre à l’Allemagne et affermir son trône ; la Galigaï et Concini sauraient les faire fructifier pour parvenir à leurs fins ; le pape enfin en aurait bien besoin pour se prémunir contre l’Espagne. En France, la menace régicide pèse toujours sur Henri IV et un certain Ravaillac entre en scène. Évidemment, Pardaillan père et fils se sont retrouvé et reconnus. « Il me semble que le fils de Pardaillan fait honneur à son père ! » (p. 106) La lignée des Pardaillan continue !

Dans ce tome, l’intrigue est plus lente à déployer ses méandres. Tous les efforts des protagonistes sont pour une fois tournés vers un trésor plus matériel que l’amour. Il y a toujours de la romance dans l’air, mais il y a aussi l’envoûtante et vénéneuse mélodie des pièces d’or qui s’entrechoquent. À qui ira cette fortune perdue ? Qui en fera le meilleur usage ? Une fois encore, les chevaliers de Pardaillan se montrent dépourvus d’avidité, eux pour qui la réussite n’est jamais matérielle.

Zevaco_Fin de PardaillanLa fin de Pardaillan

Marie de Médicis est régente du royaume de France. Le futur Louis XIII n’a que quatorze ans. Autant dire que l’infâme Concini a encore de belles années pour comploter à la tête du pays. « Je vous sais homme de précaution, Concini, et n’êtes-vous pas le vrai roi de France ? » (p. 153) Et pourtant, voilà qu’un de ses vieux secrets ressurgit : il a eu une enfant qu’il croyait morte. Mais la jolie Muguette est bien vivante et elle embaume Paris de ses petits bouquets de fleurs. Elle a recueilli Loïse, petit bébé qui fut arraché à ses parents, Jehan et Bertille de Pardaillan. Comme de bien entendu, Jean et Jehan de Pardaillan cherchent l’enfant et leurs pas les ont conduits à la capitale où ils retrouvent Odet de Valvert, leur cousin, lequel est épris, évidemment, de Muguette. Si une enfant perdue n’était pas une peine suffisante, voilà que Fausta refait surface. « Ah ! Misère de moi, voilà Fausta revenue, et du coup voilà les contretemps et les ennuis qui s’abattent dru comme grêle sur moi. » (p. 158) Fausta et Philippe III d’Espage complotent pour s’emparer du trône de France et l’impitoyable Italienne tente de s’allier à Charles d’Angoulême, fils bâtard du défunt Charles IX.

D’un monarque à l’autre, les Pardaillan savent toujours où donner de l’épée et à qui prêter main-forte. Évidemment manichéenne, la répartition des personnages n’en est pas pour autant simpliste tant l’auteur sait manipuler ses héros au gré des péripéties. Hélas, il n’est bonne compagnie qui ne se quitte. Pour valeureux et exemplaire qu’elle soit, la lignée des Pardaillan doit faire, sous la plume de Zévaco, ses adieux à la littérature. Heureusement, il reste un tome pour profiter des personnages !

Zevaco_Fin de FaustaLa fin de Fausta

Charles d’Angoulême envisage de s’emparer du trône de son père. Fausta est grandement accueillie à la cour de France en sa qualité d’émissaire du roi d’Espagne. Nous avons vu qu’Odet de Valvert a le même sang noble, fier et bouillant que ses illustres cousins Pardaillan. Il vole donc au secours de sa belle Muguette qui est aux prises avec la Galigaï. L’épouse de Concini fait montre d’une intelligence fourbe et perverse pour assurer à son époux le pouvoir royal. Et, encore et toujours, Jean de Pardaillan, doit affronter Fausta qui n’a de cesse de vouloir l’occire. « N’oublions pas, n’oublions pas un instant que Fausta, dans l’ombre, rôde sans cesse autour de nous, guettant la seconde d’oubli fatal qui lui permettra de tomber sur nous, rapide et inexorable comme la foudre, et de nous broyer. » (p. 56) Comprendra-t-elle enfin qu’elle s’attaque à plus fort qu’elle ? « À chacune de nos rencontres, j’ai voulu bassement, traîtreusement, meurtrir le chevalier de Pardaillan. Et chaque fois, lui, il a dédaigné de me frapper. »(p. 309 & 310) L’ultime rencontre de la princesse Fausta et du chevalier Jean de Pardaillan s’achève dans une formidable explosion à faire trembler les soubassements de Paris. Quelle sera donc leur fin ?

Dans cet ultime volume, Michel Zévaco se garde bien de conclure les intrigues royales : l’Histoire n’a pas besoin de lui pour continuer sa marche aveugle. Mais c’est avec talent qu’il ferme les portes qu’il avait ouvertes pour ses personnages. L’avenir est enfin serein pour les Pardaillan, illustre lignée dont quatre générations ont servi le royaume de France. Et l’auteur réserve même une éventuelle possibilité de retour à l’un de ses protagonistes. Qui sait ? Quand il n’y en a plus, il y en a peut-être encore…

Avec ses dix tomes, la délicieuse relecture estivale du cycle romanesque des Pardaillan me permet sans peine de signer une nouvelle participation au défi des 1000 de Fattorius ! Faisons le compte des pages.

510 + 510 + 442 + 442 + 350 + 382 + 318 + 316 + 314 + 315 = 3899 pages. Allez, en comptant la relecture de ce billet démesurément long, ça donne 3900 pages !

1000

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20 août 2014

Notre Dame de Paris

Hugo&Lacombe_Notre dame de parisRoman de Victor Hugo. Édition illustrée par Benjamin Lacombe.

Il est bien inutile de détailler la sublime histoire inventée par ce génie que fut Victor Hugo. Sur le parvis de la cathédrale Notre Dame de Paris, les passions s’affrontent : la belle Esmeralda rêve du fringant capitaine Phébus, tandis que dans l’ombre, le difforme Quasimodo et le sombre Claude Frollo brûlent d’amour pour la gitane aux pieds légers. La vénérable cathédrale est plus qu’un lieu ou un décor : membre à part entière du roman et de l’intrigue, cette majestueuse dame de pierre se dresse impassible et immuable devant les agitations humaines.

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Cet ouvrage est un très bel objet. Le mérite premier en revient au texte de Victor Hugo qui, quelle que soit sa présentation, est toujours sublime. Dans le cas de ladite édition, les dessins de Benjamin Lacombe font merveille, même si Esmeralda est bien trop gracile à mon goût sous le pinceau de l’illustrateur. Quasimodo est tout à la fois grotesque et émouvant, comme la plume de Victor Hugo l’a créé. « Avec toute cette difformité, je ne sais quelle allure redoutable de vigueur, d’agilité et de courage ; étrange exception à la règle éternelle qui veut que la force, comme la beauté, résulte de l’harmonie. » (p. 61) Quant à Notre Dame de Paris, elle est gothique et effrayante, mais étrangement protectrice derrière ses bras de marbre. Doré sur la tranche et la reliure, ce livre est un trésor.

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18 août 2014

Le roi disait que j'étais diable

Dupont-Monod_Roi disait que jetais diableRoman de Clara Dupont-Monod. À paraître le 20 août.

Aliénor d’Aquitaine a treize ans quand elle épouse Louis VII, roi de France. Immédiatement, elle sait que cet homme ne lui convient pas. « Je connais deux moments où les rois sont ridicules. Lorsqu’ils sont en colère et lorsqu’on les épouse. Ils découvrent combien ils sont petits. » (p. 14) Arraché du séminaire où il se destinait à la prêtrise, Louis est un homme au caractère pacifique, plus amateur de prières et de paroles que d’actions. Au contraire, en Aliénor bouillonne le sang d’une lignée bagarreuse et puissante, toujours prompte à la fête, à l’amour ou à la bataille. Aliénor est une femme forte, bien trop puissante pour son époux qui, transi d’amour, tente de résister à son épouse pour sauver son trône. « On ne peut pas tenir un royaume les yeux enfiévrés, le cœur ourlé d’amertume. » (p. 79) D’abord portée en triomphe par le peuple, Aliénor devient la cible des ragots et des accusations. Tout le monde sait qui porte la couronne au sein du couple royal, mais personne ne veut de cette femme qui a la prestance d’un roi. « La voilà, celle qui possède dix fois le royaume de France. Celle qui donne des ordres, chevauche comme un homme et ne craint pas le désir qu’elle suscite. Qui colore ses robes. N’attache pas ses cheveux. » (p. 59) Trop belle, trop vivante, trop présente, Aliénor dérange.

Le récit est porté par les voix croisées d’Aliénor et de Louis, chacun commentant les actions de l’autre. Ces deux paroles en regard ne se rencontrent jamais et c’est hélas ce qui précipite la perte de ce couple mal assorti : incapables de se comprendre, les époux royaux ne peuvent que s’éloigner l’un de l’autre, chacun étant attiré par des horizons différents. Clara Dupont-Monod invente les premières années d’Aliénor, personnage historique qui prête tant aux légendes et à l’imagination. Maîtresse femme jamais soumise à ses désirs, Aliénor fait rêver : à l’instar de Cléopâtre, elle est une reine qui n’a pas besoin de roi.

Après avoir savouré La passion selon Juette et La folie du roi Marc, j’ai retrouvé avec un plaisir immense la plume de Clara Dupont-Monod : cette auteure sait convoquer le Moyen Age et l’animer devant nos yeux. Ne craignant jamais de se frotter à la légende, ni de mettre en branle des sentiments puissants, elle signe un texte qui s’ajoute au fabuleux palimpseste qui entoure la belle et fière Aliénor.

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17 août 2014

Billevesée #138

Le fez est un chapeau de feutre en forme de cône tronqué. Pour la petite info supplémentaire, ce couvre-chef est grandement apprécié par le Docteur incarné par Matt Smith dans la série Doctor Who.

Comme son nom l'indique, le fez a pour possible origine la ville marocaine de Fez.

Alors, billevesée ?

Billevesee_Fez

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