Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

24 juin 2019

Un poisson sur la Lune

Vann_Poisson sur la luneRoman de David Vann.

Jim Vann revient d’Alaska pour passer du temps dans sa famille. Dans son sac, un 44 Magnum et une boîte de munitions. « Il devrait se montrer moins attaché au revolver, y penser moins. » (p. 10) Depuis des années, Jim est gravement dépressif et suicidaire. En finir avec l’existence est devenu son obsession. Il n’entend pas les encouragements de son frère et de ses parents et même l’amour fou qu’il éprouve pour ses enfants, David et Cheryl, ne suffit pas à le convaincre de tenir le coup. « Le plus important à retenir, c’est que tu n’as pas les idées en place, en ce moment. Rien de ce que tu penses actuellement n’est la vérité. Tu souffres et ça déforme tout. Tu es comme une boussole à côté d’un aimant. Alors ne fais confiance à rien de tout ça. Fais simplement confiance à ta famille. On va t’aider à passer le cap. » (p. 27) Mais la pulsion de mort subsiste, résiste jusqu’à l’obsession, et elle contamine chaque geste du quotidien. Il n’y a que Jeannette, son ex-femme – sa deuxième ex-femme – qui pourrait l’aider. Du moins le croit-il, sans tenir compte des avertissements de ses proches. « Il ne pense qu’à Jeannette. Chaque fois qu’un instant n’est pas rempli par quelque chose, elle vient l’inonder, impossible d’arrêter. La douleur du besoin. » (p. 138)

Ceux qui ont lu Dernier jour sur terre savent que James Vann, le père de l’auteur, a mis fin à ses jours. Dans cette réflexion, David Vann racontait qu’il avait hérité des armes de son père et s’interrogeait sur la différence entre sa vie et celle d’un étudiant responsable d’une tuerie dans son école. Un poisson sur la Lune n’est pas une biographie ni un récit des derniers jours de James Vann, c’est bien un roman. Roman familial, roman filial. Évidemment, l’auteur a collecté des témoignages et a recoupé des informations pour écrire son texte, mais il faut prendre ce dernier comme une fiction. Car qui peut prétendre savoir ce qui tournait vraiment dans la tête de James Vann ?

Ce roman n’est certainement pas celui que je recommanderais à qui voudrait commencer à lire David Vann. S’il contient tout ce qui fait la saveur et la qualité de son œuvre, je l’ai trouvé moins fort, sans doute parce que trop personnel. Cependant, je conseille vivement la lecture des textes de David Vann : ils décrivent la nature humaine avec autant de réalisme que la nature tout court.

Quelques extraits pour finir :

« Aucun néant ne peut être assez vide pour effacer tout ce que nous avons aimé ou tout ce qui nous manque. » (p. 91)

« Ce que Jim voudrait, c’est trouver une utilité à son désespoir. Pourquoi son état merdique actuel ne pourrait-il pas s’avérer idéal pour autre chose ? » (p. 97)

« Ce qui importe désormais, c’est que Jim trouve le moyen de n’être que suicidaire, et pas tueur de masse. C’est le but ultime auquel il peut prétendre, le fruit d’une vie de dur labeur. Félicitations. » (p. 166)

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21 juin 2019

Dahlia noir et rose blanche

Oates_Dahlia noir et rose blancheRecueil de nouvelles de Joyce Carol Oates.

Dans cette compilation de textes publiés dans différents magazines et revues, vous trouverez :

  • Elizabeth Short et Norma Jeane Baker qui partagent une chambre dans un hôtel miteux ;
  • Une enfant qui se débrouille sans sa mère ;
  • Une enfant au corps couvert de bleus ;
  • Une remise de diplôme qui pourrait tourner à l’aigre ;
  • Un portefeuille perdu dans un train ;
  • Un oiseau piégé dans un aéroport ;
  • Un couple qui voyage en Italie ;
  • Des hyènes tachetées ;
  • Un homme qui suit un cours de biologie en prison ;
  • Des enseignants bénévoles en prison.

Des liens subtils se tissent d’une histoire à une autre. Il est question de vie, de mort, de famille, de couple, de solitude, de survie, de liberté, de perte de sens. « Tirer du plaisir de la consommation ! C’était presque une sensation érotique, ou cela pourrait l’être – cette idée que l’on doit bien valoir un article de luxe, si on peut se l’offrir. » (p. 168) Ce n’est jamais heureux, jamais joyeux. Ça l’est rarement dans les écrits de Joyce Carol Oates. Ça pourrait être déprimant, mais non : il y a dans la noirceur de ces histoires un je-ne-sais-quoi qui rappelle l’espoir. Ténu, mais présent.

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19 juin 2019

Usagi Yojimbo - 4

Sakai_Usagi Yojimo 4Bande dessinée de Stan Sakai.

Miyamoto Usagi recroise le chemin de la valeureuse Tomoe, de Gen l’opportuniste, du farouche cochon aveugle et des ninjas nekos. Tous doivent s’allier pour déjouer le complot du seigneur Tamakuro envers le shogun et mettre de côté leurs rancœurs personnelles. « Nous autres ninjas sommes aussi des gens d’honneur. Nous avons notre propre code, tout comme vous avez le code guerrier, le bushido. » (p. 97) Il s’agit d’éviter une guerre civile et de préserver l’équilibre des forces entre les seigneurs, même si l’usage des armes à feu fait défavorablement pencher la balance du mauvais côté. L’affrontement final sera terrible et les pertes douloureuses.

Avec ce quatrième volume, l’auteur développe une histoire unique en plusieurs chapitres et c’est assez plaisant de ne pas sauter du coq à l’âne comme dans les volumes précédents qui enchaînaient une succession d’aventures. Les combats sont toujours très dynamiques et très visuels, magistralement servis par le noir et blanc. Et cerise sur le gâteau, la préface élogieuse d’Alejandro Jodorowsky donne ses lettres de noblesse à un cycle romanesque et à un personnage des plus attachants.

Challenge Totem

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17 juin 2019

Elle se fit élever un palais...

Eluard_Elle se fit elever un palaisPoème de Paul Éluard. Illustrations : bois gravés de Serge Rezvani.

« Elle se fit élever un palais qui ressemblait à un étang dans une forêt, car toutes les apparences réglées de la lumière étaient enfouies dans des miroirs, et le trésor diaphane de sa vertu reposait au fond des ors et des émeraudes, comme un scarabée. »

Ce poème aux accents mythiques, voire mythologiques, est une folie amoureuse, sensuelle et même érotique. Sublimé par les portraits de femmes quelque peu callipyges et terriblement énigmatiques dessinés/gravés par Serge Rezvani, le texte est précieux et délicat.

Eluard_Elle se fit elever un palais

Produit en 16 exemplaires en 1947, le poème jouit d’une belle diffusion avec le fac-similé créé à l’occasion de la 21e fête de la librairie. Mon exemplaire m’a été offert par Fabienne, âme et libraire de Place Ronde.

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16 juin 2019

Potins, la fin ?

J'ai fait le tour des auteurs dont je souhaitais parler.

Alors non, ce n'est pas vraiment la fin des potins. Je suis certaine de découvrir d'autres auteurs qui me feront battre le coeur et les yeux un peu plus vite et dont je voudrais parler ici. Je le ferai, mais occasionnellement.

Et je ne reprends pas pour autant les billevesées. Pas pour le moment, en tout cas, même si j'ai très envie de revenir vous parler de tout et n'importe quoi.

Mais je frôle un peu l'obligation de bloguer en ce moment et je refuse de me laisser entraîner là-dedans.

Si je blogue, c'est pour le plaisir. Il est donc préférable de me supprimer toute obligation hebdomadaire.

Cela ne signifie pas que je publierai rien le dimanche, mais il s'agira sans doute de chroniques littéraires, tout simplement. Au moins pour un temps.

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14 juin 2019

Élévation

King_ElevationNouvelle de Stephen King.

Scott Carey maigrit, mais sans perdre de poids. « Ce n’est pas que je n’ai rien vu de pareil : à mon avis, personne n’a jamais rien vu de pareil. C’est impossible, point final. » (p. 11) Avant, le premier de ses problèmes était les crottes que les chiens de ses voisines lesbiennes laissent sur sa pelouse. Voisines avec lesquelles il essaie de repartir sur un meilleur pied. Parce que Scott est un homme sympa et qu’il aimerait que Castlerock reste la petite ville charmante qu’il connaît. Désormais, son souci majeur, c’est savoir quand il atteindra le Jour 0 : le jour où la balance lui dira qu’il ne pèse plus rien.

Rien à voir avec La peau sur les os et pas de malédiction lancée par une vieille gitane. Stephen King n’explique pas pourquoi son personnage s’allège, mais il en profite pour égratigner l’Amérique bienpensante et porter un sérieux de coup de pied dans les valseuses de la lesbophobie. C’est d’autant plus réjouissant que, en ancrant son histoire à Castlerock, il ne manque pas de faire référence à d’autres histoires de son œuvre. Élévation n’est sans doute pas le meilleur texte du maître de l’horreur, mais c’est un texte doudou, qui sent bon le King et qui console quand on n’a rien d’autre à se mettre sous la dent.

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12 juin 2019

Globule, une vie de jeune lapin

Mamemoyashi_Une vie de jeune lapinManga de Mamemoyashi.

Dans Globule, une vie de lapin, l’auteur présentait son quotidien et ses habitudes avec sa petite lapine. Ici, il parle des premiers jours et des premières fois, quand il a juste adopté la bestiole adorable. Le jeune maître de ce lapin aux yeux étrangement globuleux observe son animal et essaie de le comprendre. Le lagomorphe a son petit caractère et s’illustre dans de très beaux sauts twistés. Quelle émotion quand Globule accepte les premières caresses, voire en réclame ! Quelle joie de la voir à l’aise dans un nouvel appartement ! « Elle mangeait avec entrain, crottait avec le même entrain… Globule était bel et bien devenue la maîtresse des lieux. » (p. 72) Avec la peur de mal faire et l’envie de couvrir les besoins de son lapin, Mamemoyashi raconte humblement ce qu’un maître doit être, l’animal de compagnie n’étant ni un jouet ni un objet. Évidemment, gros coup de cœur !

Challenge Totem

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10 juin 2019

Challenge Destination PAL : ma PAL 2019

Voyage bien ordonné commence par soi-même : voici ma PAL ! Cette année, je privilégie une liste. Si j'en viens à bout, je lirai d'autres titres de ma PAL que j'ajouterai au fur et à mesure !

Destination PAL

Ma sélection (oui, je sais, elle est minuscule, mais je fais ce que je veux ! Et il y a un pavé dedans !)

  1. Graine de sorcière, Margaret Atwood
  2. Vox, Christina Dalcher
  3. Le soleil des rebelles, Luca di Fulvio
  4. Le mur invisible, Haushofer Marlene
  5. Wild, Cherryl Strayed
  6. Les délices de Tokyo, Durian Sukegawa
  7. Guerre et paix, Leon Tolstoi (3 tomes)
  8. Tous les hommes du roi, Robert Penn Warren

Les lectures en plus

Posté par Lili Galipette à 09:00 - Mon Boudoir - Lignes d'affrontement [4] - Permalien [#]
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Challenge Destination PAL : édition 2019

On remet ça ? Ok, on remet ça !

Les blogueurs à destination de leur PAL sont priés de se présenter au ponton d'embarquement !

 

Destination PAL

 

 

Les règles ?

On prend les mêmes et on recommence, et surtout on continue à ne pas se prendre la tête !

Pour participer, communiquez-moi votre PAL dans les commentaires. J’accepte les liens vers des pages de blog ou les GoogleDoc, mais pas les documents Word ou PDF, ni les mails. Vous pouvez présenter toute votre PAL ou seulement une PAL d’été : à vous de fixer votre objectif ! Nous sommes là pour nous amuser, pas pour entrer en compétition avec nous-mêmes ou les autres.

 Ensuite, il n’y a plus qu’à lire ! À la fin du challenge, vous comparerez votre PAL de départ et votre PAL d’arrivée. Je ne tiendrai pas la liste de vos lectures : moi aussi, je serai en vacances (enfin, non, pas vraiment, mais bon, je n'ai pas que ça à faire...) ! Je vous demande donc de créer un article pour recenser vos lectures estivales et les liens vers vos articles. À la fin du challenge, c’est les liens vers ces articles que je recenserai en bas de cet article. (Oui, c'est le quasiment même texte que les années précédentes... Pourquoi réinventer l'eau chaude ?)

 

Les dates ?

Le challenge commence le 20 juin. Certains d'entre vous sont en congés plus tôt que les autres, autant qu'ils en profitent pour bouquiner ! Il s'achève le 1er septembre, mais comme je suis un capitaine de bord très sympa, vous avez jusqu'au 30 septembre pour me donner le lien vers votre article récapitulatif. Et comme je suis une blogueuse hyper compréhensive, vous pouvez publier les articles de vos lectures estivales jusqu'au 30 octobre.

 

 Alors, qui embarque sur mon paquebot ?

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09 juin 2019

Potins #75

Sorj Chalandon est un auteur français né en 1952.

POTIN - Son roman, Mon traître, s'inspire de son amitié avec Denis Donaldson, assassiné en 2006.

Lisez : Le petit Bonzi, Une promesse, Mon traître, La légende de nos pères et tout le reste de son oeuvre, comme je m'apprête à le faire au cours des prochains mois.

Potins_Sorj Chalandon

Posté par Lili Galipette à 08:00 - Mon Boudoir - Lignes d'affrontement [2] - Permalien [#]
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