Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

20 mai 2018

Potins #20

Hannah Arendt est une autrice allemande, naturalisée américaine, née en 1906 et décédée en 1975.

POTIN - Arrêtée en 1933 par la Gestapo, elle a été libérée grâce à la sympathie d'un policier. Elle a sans attendre quitté l'Allemagne.

Lisez : Eichmann à Jérusalem et le reste de son oeuvre aussi brillante que profondément humaine et humaniste.

Potins_Hannah Arendt

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15 mai 2018

Le chien qui aimait les livres

Roza_Chien qui aimait les livresAlbum de Bruno Roza (texte) et Antonin Roza (illustrations).

Cette histoire nous est racontée par Bill, le chien de la maison. « Sur le fait que je suis un chien pas comme les autres, il y a un point que je tiens à préciser. Moi, je me sens normal. » (p. 23) Aujourd’hui encore, il reste à la maison avec Jules, son jeune maître, qui souffre de crises d’angoisse en pensant à l’école. Bon, ça signifie qu’il faut partager le lit de Jules avec Cachou, le chat pas très aimable de la maison. Mais surtout, Bill sait que le petit garçon souffre et qu’il essaie d’exprimer sa peine dans la bande dessinée à laquelle il travaille. Dans son histoire, il est plus fort que le gamin qui le maltraite, et lui et tous ses copains peuvent enfin jouer tranquillement dans la cour de récréation. Et finalement, si c’était grâce à ce groupe, et non tout seul, que Jules parvenait à surmonter son angoisse ?

Roza_Chien qui aimait les livres_1

Gros coup de cœur pour les petits dessins du chien et du chat disséminés dans les pages. Et aussi pour l’humour involontaire du chien qui réagit souvent au premier degré. « Maman était montée sur ses grands chevaux, toujours invisibles pour moi, mais c’est vrai que j’entendais parfaitement la cavalcade. » (p. 65) Voilà un magnifique album qui parle de la brutalité à l’école et de la force de l’amitié. La narration portée par le chien apporte une distanciation naïve sur un sujet grave et permet d’aborder ce dernier avec plus de douceur. C’est une histoire à mettre dans toutes les bibliothèques d’école.

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13 mai 2018

Potins #19

Jean Genet est un auteur français né en 1910 et décédé en 1986.

POTIN - Il a commis son premier vol à 10 ans.

Lisez : Notre-Dame des Fleurs, Le condamné à mort.

Potins_Jean Genet

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11 mai 2018

Alice automatique

Noon_Alice automatiqueRoman de Jeff Noon.

À la poursuite du perroquet de sa tante, Alice tombe dans une horloge et passe de 1860 à 1998. Ce qui se passe ensuite ? Alice cherche les pièces manquantes d’un puzzle. Elle parle avec des animaux et d’autres créatures étranges. « La néomonie, c’est une maladie terrible qui mélange animaux et humains en combinaisons nouvelles. » (p. 39) Elle rencontre sa peur jumelle (oui, peur). Elle cherche à comprendre à quoi servent les points de suspension. Mais surtout, elle doit retrouver son histoire pour retourner dans son époque. « Alice, tu es à la fois une personne réelle et un personnage imaginaire et comment tuer l’imagination ? Peut-être y a -t-il un petit moyen pour que ton histoire se poursuive… même si cela impliquerait d’aller à rebours de toutes les règles de la vie, de la mort et de la narration. » (p. 108)

Jeux de mots, glissements de sens et invention lexicale sont au rendez-vous ! Vous rencontrerez Quentin Tarantula et peut-être portera-t-il un pentalon. Un pentalon ? Ben oui, un pantalon à cinq jambes. Mais ce roman n’est pas seulement absurde et étrange, il est aussi stimulant, drôle et provocateur. En témoignent les incises de l’auteur et les devinettes auxquelles il invite le lecteur à réfléchir avant de poursuivre sa lecture. Parce qu’il est parfois très important de se poser un peu pour cogiter… « Le problème, chez toi, Alice, c’est que tu comprends toujours tes actes une fois qu’il est beaucoup trop tard. » (p. 31)

Hommage évident à l’œuvre de Lewis Carroll, que vous croiserez sous son vrai nom dans ce roman, Alice automatique est un plaisir pour les linguistes amateurs, pour les amoureux du classique original et pour tous ceux qui ont des termites dans la tête. J’avais beaucoup aimé Descendre en marche du même auteur. Avec cette nouvelle lecture, je contresigne mon goût pour la SF psychédélique britannique.

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08 mai 2018

Le pouvoir

Alderman_PouvoirRoman de Naomi Alderman.

Les femmes se découvrent un nouveau pouvoir : un fuseau placé sous leur clavicule envoie de l’électricité. Désormais naturellement armées, elles se défendent des hommes, voire les attaquent et les soumettent. « Cette fille est une sorcière ! C’est comme ça qu’une sorcière tue un homme. » (p. 34) Avec cette foudre au bout des doigts, les femmes peuvent détruire, mais aussi protéger et guérir. Elles se constituent en groupes et peu à peu en gouvernement et même en religion. « C’est la Mère et non le Fils qui est l’émissaire des Cieux. Nous devons appeler Dieu « Notre Mère ». Dieu Notre Mère est descendue sur Terre incarnée dans le corps de Marie, qui a renoncé à Son enfant afin de nous libérer du péché. Dieu a toujours dit qu’Elle reviendrait sur Terre. Et Elle est aujourd’hui revenue pour nous enseigner Ses voies. » (p. 108) Évidemment, les hommes refusent ce renversement des forces : ils crient au complot, à la fake news, au terrorisme. Devant ce recul de leur suprématie, ils ripostent, se vengent et font escalader la violence. « Elles nous haïssent tous. Elles veulent notre mort. » (p. 55)

Le parallèle entre ce roman et Sleeping Beauties est inévitable : le pouvoir aux femmes, et gare aux hommes ! Ce roman m’a beaucoup rappelé les épisodes de Buffy contre les vampires, quand toutes les femmes deviennent des potentielles (comprendre des potentielles tueuses de vampires). « Les adolescentes peuvent réveiller ce truc chez les femmes plus âgées. Et elles peuvent se le transmettre. » (p. 88) Avec pertinence, cette fiction souligne le pouvoir de l’image et de la diffusion, mais aussi les dérives de la mémoire et comment l’on manipule l’Histoire.

À la fin de son roman, l’autrice remercie Margaret Atwood pour son soutien, et la filiation entre les deux femmes est évidente. Le pouvoir, c’est un peu un préquel de La servante écarlate avec un renversement des chromosomes X et Y. « Ces filles ne se distinguaient en rien des autres, elles n’étaient ni plus populaires, ni plus drôles, ni plus jolies, ni même plus intelligentes. Si quelque chose les avait réunies, c’est qu’elles étaient celles qui avaient le plus souffert. » (p. 108) Naomi Alderman invente une nouvelle Genèse après un Cataclysme et des millénaires de domination aveugle et brutale. Mais (et c’est un mais tonitruant), je trouve dommage que ce roman soit aussi pessimiste, voire déprimant. Les femmes au pouvoir ne changent rien et elles font aux hommes ce qu’elles ne voulaient pas qu’ils leur fassent. « Le pouvoir de faire mal, c’est la seule chose qui vaille. » (p. 69) Ma déception tient sans doute à mon irrépressible optimisme et à mon espoir de voir émerger un monde sans opposition de genre.

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06 mai 2018

Potins #18

Ann Radcliffe est une autrice britannique née en 1764 et décédée en 1823.

POTIN - Elle apparait dans une nouvelle d'Edgar Allan Poe, intitulé Le portrait ovale.

Lisez : Les mystères d'Udolphe.

Potins_Ann radcliffe

 

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04 mai 2018

Sucre noir

Bonnefoy_Sucre noirRoman de Miguel Bonnefoy.

Dans ce roman, vous trouverez :

  • Une frégate échouée au sommet d’une forêt,
  • Le trésor perdu du capitaine Henry Morgan,
  • Des champs de canne à sucre
  • Une jeune fille rêveuse,
  • Un chercheur d’or,
  • Un couple infertile,
  • Une distillerie de rhum,
  • Une enfant née du feu,
  • Une maisonnette fermée à clé et interdite,
  • La passion, la fièvre, l’embrasement.

Voilà, débrouillez-vous avec ces éléments, je n’en dis pas davantage sur cette aventure époustouflante. Les vies y défilent en un paragraphe, au gré d’un style riche et profond, bringuebalées par une ironie dramatique hautement cruelle. Les destins sont obscurs, fulgurants et amers. Impossible de ne pas penser à l’immense Cent ans de solitude de Gabriel Garcia Marquez. Cette filiation dans le réalisme magique est évidente, mais Miguel Bonnefoy ne se laisse pas écraser par le maître du genre. Il crée un univers extraordinaire et archaïque où la modernité pénètre difficilement, où les statues émergent du sol, où l’or se mêle à la végétation et où la mélasse ne colle pas seulement aux doigts, mais aussi aux existences.

Si ces trois extraits ne vous convainquent pas de lire ce roman, c’est à désespérer !

« Maria Dolores annonce qu’elle a noyé son cœur dans un tonneau de rhum. Récompense à qui viendra le boire. » (p. 23)

« La canne à sucre, c’est comme l’espoir. […] Il faut la brûler pour qu’elle repousse avec plus de force. » (p. 51)

« Si les étoiles étaient en or, je creuserais le ciel. » (p. 69)

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01 mai 2018

Au bonheur des lapins

Nimier_Au bonheur des lapinsAlbum de Marie Nimier et Béatrice Rodriguez.

Pablo est peintre et il crée des tableaux très vivants : les liserons s’échappent du cadre et le lac déborde de la toile. Dans son atelier qui tient à la fois de la chambre d’enfant et de la cabane dans les arbres, il est heureux. Il est encore plus heureux dans son beau jardin qui produit de beaux légumes, notamment du persil. Mais un matin, plus un brin de cette herbe si délicieuse ! Pablo mène l’enquête : c’est la faute d’un lapin ! « Mais pas n’importe quel lapin… Un lapin qui lui tire la langue, un lapin qui lui montre son derrière, bref, un lapin qui se moque de lui. » Pablo est bien décidé à débarrasser son jardin de cette bestiole !

Lapin Toucour a fui la forêt, bien trop dangereuse depuis que les chasseurs l’ont investie. Par chance, il a trouvé un beau jardin doté d’un beau potager, plein de ce persil si tendre dont il est friand. Il y a aussi un homme qui vit à côté du jardin. Il est bien aimable, ce grand bonhomme : il lui donne ses déchets pour en faire du mobilier, il inonde son terrier pour en faire une piscine, etc. Quelle chance il a d’avoir un voisin si accommodant !

Nimier_Au bonheur des lapins_1

Dans quel sens commencer cet album ? Soit par l’histoire de l’homme, soit par l’histoire du lapin, à vous de voir ! Inutile de vous faire un torticolis, retournez le livre à 180° et reprenez votre lecture. Au final, vous lirez la même histoire, mais soit du point de vue de Pablo, soit du point de vue de Lapin Toucour. Ne vous y trompez pas : il n’y a pas un récit négatif ou un récit positif, mais plutôt une convergence des intérêts des deux protagonistes.

Ce très bel album, ludique et inspirant, est un vibrant plaidoyer pour le vivre-ensemble et l’ouverture aux autres qui sont des sources d’inspiration et d’inépuisables ressources pour mener une vie riche et heureuse.

Challenge Totem

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29 avril 2018

Potins #17

Michel Tournier est un auteur français né en 1924 et décédé en 2016.

POTIN - Il a choisi son épitaphe qui dit ceci : « Je t'ai adorée, tu me l'as rendu au centuple, merci la vie ! ».

Lisez : Gaspar, Melchior et Balthazar, Gilles et Jeanne, Les météores, Éléazar ou la Source et le buisson, La goutte d'or, L'aire du Muguet, Le roi des Aulnes, Le coq de bruyère, Le vol du vampire, Vendredi ou les limbes du Pacifique.

Potins_Michel Tournier

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27 avril 2018

Entrez dans la danse

Teule_Entrez dans la danseRoman de Jean Teulé.

Le 12 juillet 1518, Strasbourg se met à danser. Et ne s’arrête pas pendant des semaines. Personne ne sait d’où vient cette frénésie de mouvement qui s’empare tout autant des pauvres que des bourgeois. Est-ce une épidémie, une malédiction ? Pendant un moment, on en vient à oublier la famine et la menace turque et on ne parle que de ces exaltés qui dansent jusqu’à l’épuisement, puis reviennent sur la place publique pour se trémousser encore et encore. « Celui-là, à terre, ne danse plus. Il est guéri ? / Non, il est mort. » (p. 19) C’est à croire que rien ne sera épargné à la ville : ni les maladies, ni les catastrophes naturelles, ni les scandales d’anthropophagie. « Ah, l’Enfer est ici. L’autre me fait moins peur. » (p. 18) Les religieux, les savants et les astrologues ne savent que faire. Le maitre et l’évêque se refilent le bébé et, dans une querelle où n’auraient pas démérité Peppone et Camillo, ils tentent tout pour que ces foutus Strasbourgeois arrêtent de se déhancher. « Je me demande ce qui pourrait nous sauver et le sentiment de mon impuissance m’écrase. Tout va mal et le niveau risque encore de tomber. » (p. 57)

À partir d’un fait divers que la quatrième de couverture résume tout entier, Jean Teulé reconstruit une époque et y plonge le lecteur. Et toujours avec cette verve et cette langue verte et polissonne qui se foutent de la bienséance. « Strasbourg sans une goutte de bière donne une idée de l’Enfer. » (p. 85) C’est une façon de dépoussiérer l’histoire et de l’épicer un peu. C’est comme ça qu’on aurait aimé l’apprendre à l’école. Franchement moins chiante et carrément plus vivante ! « Cette année ne se révèle pas avare de malheurs de plus en plus dingues… » (p. 23) Et surtout, Entrez dans la danse donne envie d’entrer dans une bibliothèque ou une librairie et de rafler tout ce qui existe sur le sujet. Enfin, même si le rapprochement peut sembler audacieux, ce roman m’a beaucoup rappelé On achève bien les chevaux d’Horace Mac Coy : c’est la même misère hagarde et désespérée qui se retrouve sur la piste de danse. Parce que quitte à crever, autant le faire en tapant des pieds.

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