Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

21 novembre 2014

[Concours] Gagnez 1 affiche du livre "Tick Tock " de Vahram Muratyan

En partenariat avec les éditions Stock, je vous propose un concours à l'occasion de la parution de Tick Tock de Vahram Muratyan.

La présentation du livre - Aujourd’hui, autrefois, au revoir. Premières et dernières fois. Bientôt, plus tard ou jamais. Libre, perdu ou retrouvé…
Vahram Muratyan explore l’air du temps et collectionne souvenirs personnels, mémoire collective, observations fugitives d’ici et d’ailleurs. Justes, sensibles et désopilantes, ses réflexions graphiques, hautes en couleurs, sont une véritable célébration du temps présent.

TickTick_Couverture

Vous voulez gagner une affiche du livre ? Il va falloir faire preuve d'imagination. Je vous propose trois illustrations tirées du livre. À vous d'imaginer un court dialogue, en deux répliques, pour développer le texte déjà présent dans l'image.

Vous pouvez choisir une image, deux ou les trois. Il y a 10 affiches à gagner, donc 10 heureux gagnants à venir ! Postez vos propositions en commentaire en précisant le numéro de l'image.

Le concours s'ouvre aujourd'hui et s'achèvera dimanche 30 à midi. Publication des résultats dimanche dans l'après-midi. J'attends vos commentaires !

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19 novembre 2014

L'humour est dans les prés

Tastet_Humour est dans les presRecueil de caricatures de Philippe Tastet.

Les tracas agricoles ne manquent pas. Entre les lourdeurs de l’administration, la concurrence des pays européens, la précarité du métier, les paysans ont de quoi faire triste mine. Il y a aussi les loups, les ours, la PAC, les écologistes, l’urbanisme, la traçabilité, les scandales alimentaires, les syndicats paysans, la crise économique… Les paysans sont dépassés et déprimés, les animaux sont hilares et goguenards.

Philippe Tastet est un dessinateur de presse dont le trait à la fois caricatural et expressif évoque bien des vérités. Ce recueil est particulièrement drôle parce qu’il est doucement cruel et tellement vrai.

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17 novembre 2014

De cape et de crocs - Acte XI : Vingt mois avant

Ayrolles_De cape et de crocs_tome 11Bande dessinée d’Alain Ayroles et Jean-Luc Masbou.

Pour retrouver mon avis sur les 10 premiers actes de cette fabuleuse saga en bulles, cliquez sur le lapin !

Ayrolles_De cape et de crocs_tome 11_1

La question est sur toutes les lèvres depuis l’entrée en fanfare, dans l'acte I, du petit Eusèbe, lapin condamné aux galères : quelle est son histoire ? Pour connaître le crime dont il est accusé et la punition dont il est affligé, il fallait tout reprendre depuis le début. « Je me rends à Paris muni d’une lettre de recommandation de la main de mon père destinée à Monsieur de Roquefort afin que celui-ci m’intègre dans une de ses compagnies de gardes des cardinaux. » (p. 4) Eusèbe est donc un provincial venu tenter sa chance dans la capitale. Mais tout tourne mal bien avant Paris. Eusèbe s’attire les foudres du grand Veneur, Monsieur de Limon qui, bientôt promu à de plus hautes fonctions, n’aura de cesse d’exprimer sa vindicte envers le plus mignon petit lapin jamais vu dans une bande dessinée. Comme de bien entendu, les gardes du Cardinal s’opposent aux mousquetaires du Roi. De la casaque pourpre à la casaque azur, ou même couvert de chaînes, Eusèbe n’a de cesse de prouver sa valeur.

Dans le premier volet de ce dyptique qui rend hommage à Eusèbe, on croise également des personnages fascinants, comme Colvert, roué ministre comploteur, ou Monsieur de Lisière, poète affamé. Il est d’ailleurs grandement question de poésie dans cet album, sous toutes ses formes : épigrammes, sonnets ou pamphlets, la muse n’en finit pas d’être titillée. Et même Eusèbe s’y met : « Le soir dans le jardin, je dîne de carottes / Dont je fais au matin un chapelet de crottes. » (p. 46) Charmant, n’est-ce pas ? Mais Eusèbe n’est pas qu’un poète, c’est aussi un ambitieux, à sa manière. « Il ne me reste plus, pour devenir un parfait lapin du monde, qu’à me procurer une maîtresse et un bel habit ! » (p. 48) Hélas, les grands plans de notre ami aux longues oreilles ne vont pas se dérouler comme attendu. Le voilà en bien fâcheuse posture à la fin de ce onzième opus et ses retrouvailles avec un personnage qui n’a pas encore fait son entrée sur scène ne s’annoncent pas sous les meilleurs augures.

De Vingt ans après à Vingt mois avant, la référence à Alexandre Dumas crève la page et nous promet une belle plongée dans les romans de cape et d’épée, là où les mousquetaires croisent le fer et où les complots s’ourdissent dans l’ombre. Parfaitement à la hauteur des dix précédents volumes, cet opus célèbre la littérature classique, mais également l’humour. Le neuvième art n’est pas loin d’avoir trouvé son fleuron.

Challenge Totem

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16 novembre 2014

Billevesée #151

Aujourd'hui, parlons d'une franche injustice.

Il y a 26 lettres dans l'alphabet français (Tenons-en au français pour aujourd'hui). Pour ceux qui ne suivent pas, les voici, les jolies !

A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z

Il y a 10 nombres dans le système numéral arabe. Les voici pour les nuls en maths.

0 1 2 3 4 5 6 7 8 9

Avec les 26 lettres, on peut écrire une quantité de mots en français et dans d'autres langues.

Avec les 10 nombres, on peut écrire une infinité de chiffres.

Voilà l'injustice, la différence entre quantité et infinité ! Quel que soit l'ordre dans lequel on dispose les nombres et la fréquence à laquelle on les répète, on obtiendra toujours un chiffre. En revanche, on n'obtient pas toujours de mots en juxtaposant des lettres de façon aléatoire, et encore moins en les alignant à l'infini.

Ainsi, 45474861537465512687412674595294892584562520665558125871321486765412212722176512711487845258645652751651351857984 existe et est parfaitement lisible (en prenant une grande inspiration).

Mais gnjfbfagbrzbjbebhepbvebpehpfkbkjbeaenaabrgjbruopbvnvncvdpzgjaefbsxnùqsglhjerhlgiruogbvuzcnrùuynvuvtypcgnixnruicrpgncx n'existe pas, même en prenant une grande inspiration.

Vous, je ne sais pas, mais moi, ça me semble tout à fait injuste !

Alors, billevesée ?

Billevesee_Chiffre et lettre

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14 novembre 2014

Lapingouin - Ma première nuit chez Tortuchon

Boisseau_Lapingouin_Premiere nuit chez tortuchonAlbum jeunesse de Carole-Anne Boisseau et Galaxie Vujanic.

Lapingouin est invité à passer la nuit chez Tortuchon. Il prépare son sac avec beaucoup de soin. Il ne faut rien oublier pour passer une belle soirée chez son ami ! « N’oublie pas ton dentifraîche à la carotte ! / Surtout que lui, il utilise un dentifraîche à la truffe, et moi, je n’aime pas ça. » (p. 11) Chez Tortuchon, à l’heure du bain, c’est dans une baignoire pleine de boue que les deux amis s’amusent ! « C’est trop bien d’aller dormir chez son copaingouin : on peut jouer à des choses pas comme à la maison. » (p. 17) Mais est-ce si facile de s’endormir ailleurs que dans son lit, quand on ne connaît pas les ombres, ni les odeurs ?

Comme dans Les chocozoeufs de Pâques, j’ai adoré trouver les « vrais faux mots rigolos » inventés par les auteures : ça donne une histoire très drôle et que les tout-petits peuvent comprendre sans aucune difficulté. Les dessins sont toujours adorablement mignons et les pages sont pleines de petits détails très chou, comme les numéros de page accompagnés de créatures hybrides, comme ce lapin-sirène ou cet écureuil-bigorneau. On rencontre l’ânster de Tortuchon, petite bestiole qui tourne dans sa roue en faisant hi-han. La maison-fraise de Matortue et de Pacochon est à croquer, littéralement. Voilà encore un bel album qui célèbre l’amitié au-delà des différences. C’est une très jolie histoire pour accompagner les petits au moment du coucher.

Challenge Totem

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12 novembre 2014

L'île du point Némo

Blas de robles_Ile du point nemoRoman de Jean-Marie Blas de Roblès.

Ici, il est question :

  • d’une bataille entre Alexandre le Grand et Darius,
  • d’un dandy opiomane,
  • d’une gouvernante bien sous tous rapports, mais qu’il ne faut pas chercher,
  • d’un certain John Shylock Holmes,
  • d’un majordome noir au front balafré,
  • de trois pieds coupés chaussés de baskets,
  • d’un nombre restreint d’unijambistes,
  • du diamant volé de Lady MacRae,
  • de B@bil Books, l’entreprise de Monsieur Wang,
  • d’une jeune fille endormie depuis plus de dix ans,
  • de fiacres et de tablettes tactiles,
  • d’un mari qui bande mou, au grand désespoir de son épouse un brin nymphomane,
  • de la lecture à voix haute dans les fabriques de cigares,
  • d’un homme enfermé dans un sous-sol, avec son épouse endormie, des livres et des journaux,
  • d’une femme qui a jadis peut-être été un homme,
  • d’un jeune hacker qui milite pour la liberté des livres et des histoires,
  • des amours platoniques entre le susdit et sa jolie compagne de travail,
  • d’un voyage à bord de l’Orient-Express,
  • d’un voyage en dirigeable,
  • d’un voyage en bateau,
  • d’un voyage en sous-marin, commodément appelé Nautilus,
  • d’un criminel surnommé l’Enjambeur Nô,
  • d’un pigeon de concours nommé Free Legs Diamond,
  • de plusieurs monstres marins, dont un certain Cthulhu,
  • d’une île qui dérive
  • et de bien d’autres curiosités, personnages et péripéties. On ne va pas tout vous raconter !

Si cela n’était pas encore tout à fait évident, ce roman est impossible à résumer tant les évènements s’enchaînent sans cesse autour de personnages et au sein de récits divers. Le lecteur est invité à suivre trois histoires qui se répondent à différents niveaux et l’on se demande bien quel récit nourrit l’autre. « Tout livre est l’anagramme d’un autre. Peut-être même de plusieurs. Il n’appartient qu’au lexique d’être celui de tous les autres. » (p. 453) Allons plus loin et rappelons l’osmose essentielle entre réalité et fiction : « Il n’y a pas de réalité qui ne s’enracine dans une fiction préalable. » (p. 409) L’île du point Némo, ce n’est qu’une expression de la réalité passée à la moulinette de l’imagination. Un mot sur ce fameux point Némo qui va susciter tant d’interrogations, de recherches et de frissons (Oui, ça en rappelle un autre…) : « C’est le joli nom donné par les scientifiques au pôle maritime d’inaccessibilité, l’endroit de l’océan de l’océan le plus éloigné de toute terre émergée. » (p. 262) Voilà une définition qui colle assez bien avec la création : quel auteur n’a jamais rêvé de produire un texte à nul autre pareil, un texte qui explorerait un pan narratif encore vierge de toute écriture ?

Le récit principal (appelons-le ainsi par commodité) offre une congruence étonnante et réussie entre une atmosphère victorienne et une technologie estampillée 21e siècle, du steampunk à son meilleur ! Au fil du roman, on visite un cabinet de curiosité qui n’en finit pas de faire s’écarquiller les yeux qui ont été ceux d’une enfant émerveillée (Oui, c’est moi, évidemment.) par les romans de Jules Verne, de Sir Conan Doyle ou de Ian Fleming. Car le ton est donné : ce roman est à la fois d’aventure et d’espionnage, mais également policier et d’amour (un peu). C’est aussi une fable écologique et un conte philosophique. L’île du point Némo, c’est surtout un glorieux palimpseste, celui d’un auteur qui a beaucoup lu et dont l’esprit fourmille de personnages et de situations romanesques. « Que reste-t-il dans nos mémoires, sinon un résumé flou et poussiéreux, de ces livres qui ont bousculé notre existence ? » (p. 46) En secouant le tout, en le saupoudrant d’un brin de folie et en l’arrosant d’une grande rasade de second degré, on obtient un texte qui, s’il est foutraque, polymorphe et labyrinthique, n’est jamais insaisissable ou incompréhensible. Parce que ce qui compte, finalement, c’est le plaisir qu’éprouve tout lecteur quand on lui raconte une bonne histoire. Et celle-ci est bonne, foutrement bonne !

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10 novembre 2014

Nuit noire, étoiles mortes

King_Nuit noire etoiles mortesNouvelles de Stephen King.

Les résumés des quatre premières nouvelles sont une copie de la quatrième de couverture. Pour la dernière nouvelle, inédite en France, il s’agit d’un résumé personnel.

1922 – Un fermier du Nebraska confesse qu’il a assassiné son épouse, avec l’aide de son fils de 14 ans. « L’important, c’était la ferme. Notre ferme. Ma ferme. J’avais assassiné ma femme pour la garder et je n’allais pas l’abandonner maintenant sous prétexte que mon complice idiot et immature s’était mis en tête de se lancer dans une quête d’amour romantique. » (p. 144)

Les rats. Des rats partout. Cette nouvelle est grouillante de vermine animale et humaine. Et la folie n’est pas loin.

Grand chauffeur – Une femme écrivain, violée et laissée pour morte au bord d’une route, décide de se venger elle-même. « Elle regarda le revolver sur sa table de nuit et pensa : Je veux m’en servir. Je veux régler cette histoire moi-même, et vu ce par quoi je suis passée, je mérite de la régler moi-même. » (p. 330)

L’ombre de Quentin Tarantino flotte sur cette nouvelle. On pense à Boulevard de la mort où un conducteur psychopathe tue des demoiselles à bord de son bolide, mais on pense aussi à Kill Bill où une jeune femme se rend une justice implacable. Attention, ça va saigner !

Extension claire – Un cancéreux en phase terminale passe un pacte avec un vendeur diabolique afin d’obtenir un supplément de vie. « Et si vous croyez que je vais me pointer dans quinze ou vingt ans pour empocher votre âme dans mon vieux portefeuille moisi, vous vous gourez. Les âmes des humains sont devenues de pauvres choses transparentes. » (p. 434)

Évidemment, c’est un pacte façon Faust, même si Méphistophélès se tient ici sous un parasol crasseux au bord d’une voie express. Et le pacte renvoie aussi à La peau sur les os : pour se débarrasser d’un mal, il faut toujours le transmettre à quelqu’un d’autre, mais ça demande une haine profonde.

Bon ménage – Une femme découvre qu’elle vit depuis vingt ans avec un serial killer. « On repère les bêcheuses. On les repère de loin. Elles portent des jupes trop courtes et laissent voir exprès leurs bretelles de soutien-gorge. Elles aguichent les hommes. » (p. 521)

Le serial killer est une figure importante de la mythologie nord-américaine. Un peu comme Big Foot. Mais le personnage important de cette nouvelle, c’est l’épouse qui se révèle être une femme de la trempe de Dolores Claiborne ou de Rose Madder. Impossible de ne pas penser également à l’une des nouvelles de Différentes saisons, où un jeune garçon reconnaît en son très vieux voisin un officier nazi.

À la dure – Depuis quelque temps, Brad dort mal. Peut-être parce que sa femme est très malade. « Depuis une semaine, je fais sans cesse le même rêve, mais ce doit être un de ces rêves lucides parce que j’arrive toujours à me réveiller avant qu’il ne devienne véritablement un cauchemar. Sauf que, cette fois, j’ai la vague impression qu’il m’a suivi au réveil. Car il me semble qu’Ellen et moi ne sommes pas seuls dans la chambre. Il y a quelque chose sous le lit. Je l’entends mâcher. » (p. 593)

Les terreurs nocturnes, les peurs du noir et de l’ombre, Stephen King connaît. Il a bien présenté le sujet dans La petite fille qui aimait Tom Gordon. Ici, ça finit moins bien. Ou plutôt, ça ne commence pas bien du tout !

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Stephen King sait rendre hommage à ses maîtres et à ses sources d’inspiration : cinéma, littérature, pop culture, tout cela nourrit l’inspiration du maître de l’horreur. Et c’est toujours un immense plaisir de constater combien cet auteur maîtrise son univers littéraire et combien la cohérence est grande dans son œuvre, les textes se répondant les uns aux autres.

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09 novembre 2014

Billevesée #150

Le Franc, notre monnaie nationale, a été remplacé par l'Euro, monnaie communautaire européenne. C'est désormais la seule monnaie autorisée en France.

La seule ?

Non, un petit morceau de papier résiste encore et toujours à l'envahisseur, j'ai nommé le timbre !

Eh oui, sachez-le, vous pouvez payer vos achats en timbre poste ! Attention, il faut évidemment que le timbre soit neuf, jamais tamponné par les services postaux.

Ce n'est pas une monnaie officielle, mais elle est parfois acceptée par certains commerçants pour des petits achats. Ne vous attendez pas à ce que votre concessionnaire automobile accepte d'être payé en timbres !

Question complémentaire et farfelue : Marianne la timbrée a-t-elle une odeur puisqu'il paraît que l'argent n'en a pas ?

Alors, billevesée ?

Billevesee_Timbre poste

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07 novembre 2014

Freedom

Franzen_FreedomRoman de Jonathan Franzen.

Patty a épousé Walter peu après l’université, sans vraiment oublier Richard, le meilleur ami de Walter. « Oh Walter… Savait-il que la chose la plus attirante chez lui, durant ses mois où Patty apprenait à le connaître, était le fait qu’il était l’ami de Richard Katz ? » (p. 106) Pourtant, les Berglund sont heureux. Mère modèle, épouse dévouée et voisine idéale, Patty est une femme au foyer accomplie après avoir été une brillante athlète universitaire, animée par le même esprit de compétition et la même envie de réussir. Quand Joey, le garçon, affiche sa romance avec Connie, la fille des voisins, tout change. « Les gens se disputent quand ils s’aiment, mais qu’ils ont conservé leur personnalité et qu’ils vivent dans le monde réel. » (p. 502) Aux orties le masque de la famille idéale ! Le couple Berglund se déchire : Patty et Richard se cherchent tandis que Walter se jette à cœur perdu dans un projet de sauvegarde animalière, assisté par une trop belle et trop jeune Indienne. Pourtant, Patty aime toujours Walter et Walter aime toujours Patty. « Lui et sa femme s’aimaient et se causaient une douleur quotidienne. » (p. 419)

Attention, choc littéraire ! Jonathan Franzen dissèque la famille américaine moyenne, ce modèle si illusoire et pourtant toujours convoité. L’auteur interroge également le couple comme structure d’emprisonnement et d’abolition des libertés personnelles. « Combien de milliers de fois encore […] vais-je laisser cette femme me poignarder le cœur ? » (p. 392) Sa position est claire : il préfère la liberté, sous toutes ses formes. Liberté de ne pas se marier, liberté de ne pas avoir d’enfant, liberté d’aimer à sa guise, liberté de changer d’avis et de partenaire, liberté de revenir vers son partenaire. Hélas, la liberté est difficile à gagner ou à garder et elle n’est pas héréditaire : à quel point les enfants sont-ils libres de ne pas reproduire les schémas et les chagrins de leurs parents ?

Entre politique et scandale écologique, Freedom présente une thèse qui dérange. Il est déjà notoire que l’homme est l’espèce vivante qui cause le plus tort à son environnement et à celui des autres espèces, la surpopulation menaçant toujours davantage le monde et ses richesses. « Nous en sommes maintenant à un point où toute personne raisonnablement instruite peut comprendre le problème posé par la croissance démographique. La prochaine étape est donc de faire en sorte que les étudiants trouvent cool de s’inquiéter de cette question. » (p. 466) Et s’il devenait évident que la seule façon qu’a l’homme de protéger les ressources naturelles est de cesser de se reproduire ? Sujet sensible, s’il en est et l’auteur se garde bien de répondre définitivement à la question.

La narration de Freedom navigue sur le fil temporel : prétéritions et effets dilatoires donnent au texte une grande densité sans jamais le rendre étouffant. Le récit autobiographique de Patty éclaire les silences et remet les vérités en place, mais il ne prend toute son ampleur et sa puissance qu’avec la suite de l’histoire, plusieurs années après la confession écrite de l’épouse pas si parfaite. « Elle était tombée amoureuse du seul homme au monde qui aimait Walter et qui désirait le protégeait autant qu’elle. » (p. 229) Les personnages sont brillamment complexes sans être jamais confus et leur grande force est de se réinventer sous la plume d’un auteur qui les aime en dépit de leurs défauts. Quant au lecteur, il aime les personnages précisément parce qu’ils ont des défauts. Patty est follement compétitive et vraiment dépressive. Walter est pathologiquement gentil et résolument compatissant. Richard est foncièrement agaçant et profondément cynique. Joey est définitivement républicain et éternellement irrésolu. Et pourtant, aucun d’eux n’est jamais un archétype ou un monstre.

Vous êtes libres de ne pas me croire sur parole, mais Freedom est vraiment un excellent roman.

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05 novembre 2014

La peau sur les os

King_Peau sur les osRoman de Stephen King, paru sous le pseudonyme Richard Bachman.

Billy Halleck a bien réussi : il est associé dans son cabinet d’avocats, sa femme le désire autant qu’avant et sa fille est une adorable jeune personne. Et il pèse plus de 110 kilos. Le poids de la réussite, peut-être. Par mégarde, il renverse un jour une vieille Tsigane et voilà que ce malheureux accident se transforme en malédiction. Billy perd chaque jour deux kilos, alors qu’il mange toujours autant. Si les premiers kilos envolés font du bien à son moral et à sa ceinture, l’amaigrissement devient rapidement inquiétant tant il est inexorable. « J’ai tué cette vieille et maintenant je dépéris peu à peu. » (p. 119) Son entourage refuse de croire à la malédiction et parle de cancer, de dépression, de culpabilité. « Les vieux Tsiganes ne jettent pas de sort. Le vieux Tsigane, c’est l’apparence que votre inconscient a revêtue pour vous punir. » (p. 166) Bill sait pourtant qu’il est dans le vrai et que, s’il veut survire, il doit retrouver le gitan qui l’a maudit et opposer à la malédiction une force d’une puissance égale. Mais où trouver une telle force de haine et destruction ?

Stephen King explore ici les légendes tsiganes et la puissance du mauvais œil que les gitans sont supposés déployer. Mais le plus inquiétant reste le fait que Bill Halleck n’a jamais la maîtrise de son corps, quel que soit l’excès. Quand on a quelques kilos en trop, on rêve parfois d’un régime miracle qui gommerait sans effort les rondeurs disgracieuses. Dans le cas de Bill Halleck, ça vire rapidement au cauchemar : obèse ou décharné, il reste le point de mire et le sujet de conversation Voilà encore un très bon roman, parfaitement dosé en terreur et en interrogations. À se demander si on a vraiment envie de reprendre une part de tarte et de s’approcher du camp de gitans qui vient de s’installer à la sortie de la ville…

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