Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

22 février 2017

Le roi Arthur et ses preux chevaliers

Steinbeck_Roi Arthur et ses preux chevaliersTexte de John Steinbeck.

Retiré à la naissance à ses parents, Uther et Igraine, Arthur grandit dans la maison de Sire Hector qu’il croit être son père. Quand il retire l’épée du rocher, le royaume de Bretagne ne peut que reconnaître sa légitimité. Mais le roi Lot et les onze barons du Nord refusent de le considérer comme leur souverain. S’ouvrent alors des années de guerre. Aidé par Merlin dont les déguisements et les tours sont innombrables, Arthur fait valoir ses droits sur son royaume. « Les premières années du règne d’Arthur furent consacrées à restaurer son royaume par la loi, l’ordre et la force des armes. » (p. 45)

Bon, j’arrête là, tout le monde connaît l’histoire d’Arthur et il y a autant de variations du cycle arthurien qu’il y a d’auteurs. On retrouve Guinevere, la Dame du Lac, Morgane la fée, le valeureux Lancelot et tous les autres. Les hommes se percent souvent le cœur à coup d’épée, les demoiselles sont belles et/ou manipulatrices, les malédictions sont nombreuses et le fatum pèse lourdement sur les individus. « Quel nom à mon péché ? […] / La malchance, répondit merlin. Certains l’appellent le destin. » (p. 53) De quête en serment, les preux chevaliers traversent le royaume et vivent des aventures extraordinaires. Les perfides s’opposent aux fidèles et les traîtres sont défaits par les justes. « Pour parvenir à ses fins, le roi avait attaché à sa personne et réuni à sa cour les meilleurs chevaliers ainsi que les plus hardis guerriers du monde. » (p. 196)

Pourquoi John Steinbeck a-t-il écrit cela ? Mystère ! En tout cas, ça change des plaines poussiéreuses de la Californie ! Et j'en profite pour vous conseiller Tortilla Flat ou Des souris et des hommes, mais surtout À l'est d'Éden !

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20 février 2017

Un paquebot dans les arbres

Goby_Paquebot dans les arbresRoman de Valentine Goby.

Dans la famille Blanc, Paulot est le point de mire de tous les regards. Celui de sa femme, Odile, qui partage son homme avec tout le village. Celui de sa fille, Mathilde, qui voudrait que son père l’aime aussi fort qu’il aime Anne, son aînée. Celui de Jacques, le fils tant attendu. Dans son bar à La Roche-Guyon, Le Balto, Paulot est le roi. Il fait bon vivre chez les Blanc et on n’économise pas. La vie est belle et généreuse, sans pingrerie. Quand la tuberculose frappe Paulot, puis Odile, tout ce bonheur s’effondre. Finie la belle amitié dans le village : la tuberculose, c’est la peur, le rejet, la honte. Les parents sont admis au sanatorium d’Aincourt et Mathilde et Jacques envoyés dans des familles d’accueil. « Depuis 1952, la chute est lente et continue, toute joie infectée de mélancolie. Mathilde a beau lutter contre l’image récurrente, tenter d’y substituer des visions de secours, une danse avec jacques, un sourire de Paulot, l’existence lui semble une pièce aux fenêtres murées. » (p. 80) Si Paulot et Odile sont à peu près pris en charge par l’institution, Mathilde refuse la tyrannie des assistantes sociales et se fait émanciper. Cette gamine veut à tout prix préserver la famille. Tous les dimanches, elle va au sanatorium et fait le lien entre ses parents et son petit frère. Étrangement, c’est éclatée que la famille semble la plus soudée et que chaque membre semble enfin se préoccuper des autres, même si Odile fait toujours passer Paulot avant tout le reste. « Ils font l’amour en cachette. Et ils ne mangent que si Mathilde est là. Odile et Paulot sont des enfants. Ça l’attendrit. Ça l’horrifie. » (p. 174) Seule dans la grande maison familiale mise sous scellés, Mathilde a faim et froid, mais elle ne mendie pas. Les regards des voisins se détournent, mais elle reste fière : elle est indépendante et elle est l’âme de cette famille, quitte à s’épuiser dans cette mission qu’elle s’est donnée. « À ceux qui lui diront, plus tard, quand tout sera fini, tu aurais dû demander, petite, elle rétorquera : vous auriez dû voir. » (p. 152) En France, dans les années 1960, on mourrait encore de la tuberculose parce qu’on ne faisait pas confiance aux antibiotiques ou qu’on n’avait pas les moyens de se soigner. « C’est gratuit de savoir que tu es malade, mais pas gratuit de se soigner. » (p. 97) La Sécurité sociale, grande promesse du Conseil de la résistance, ce n’est pas pour les indépendants, les petits commerçants.

Il faut l’avouer, je n’avais aucune envie de lire ce roman. Les avis dithyrambiques sur les blogs et ailleurs n’aidaient pas. Je me méfie toujours quand on crie au génie et qu’on affiche partout que tel livre est un succès de librairie. Snob, moi ? Prudente, plutôt. Mais il serait trop bête que je ne me fasse pas mon propre avis. Et Actes Sud est un éditeur de qualité qui m’a rarement déçue. À la fin de ma lecture, je ne crie pas au chef-d’œuvre, mais je reconnais que c’est un beau roman, avec des passages qui fendent le cœur et quelques très belles phrases.

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19 février 2017

Billevesée #269

Pour ceux qui ne le savent pas, je rappelle que je suis un peu fan-gaga-mordue-addict aux lapins. PARCE QUE C'EST MIGNON, VOILÀ !

Je m'intéresse à la bestiole sous tous ses aspects et j'aime les expressions. Ça tombe bien, il y a en une qui me permet de parler de l'animal.

Poser un lapin, mais de quoi ça s'agit ??? C'est dimanche, j'ai la flemme. Je laisse causer le wiktionnaire.

L’origine de l’utilisation du mot lapin remonte à l’Antiquité, cet animal étant symbole de fécondité. Son absence signifie donc la pauvreté. À la fin du XIXe siècle, poser un lapin signifie « ne pas rétribuer les faveurs d’une fille », ou plus généralement partir sans payer. Le sens a petit à petit dérivé vers celui de « abandonner un rendez-vous sans avertir la personne avec qui le rendez-vous a été fixé. »

Alors, billevesée ?

Billevesee_Poser un lapin

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17 février 2017

La brèche

Labreche_BrecheRoman de Marie-Sissi Labrèche.

La narratrice a 26 ans. Elle est folle amoureuse de son professeur de littérature, Tchéky K. Il est marié, il a des enfants, un gros ventre, une vie tranquille. Mais il succombe à cette jeune étudiante de 30 ans sa cadette. « Professionnellement, il est mon prof de littérature, physiquement, il est mon amant, symboliquement, il est mon père. » (p. 24) Elle le veut tout entier et ne peut pas l’avoir. Elle crache sa rage, sa colère vibrante et sa logorrhée est autant amoureuse qu’haineuse. « Cette histoire est trop grosse pour moi, c’est une histoire au-dessus de mes moyens, alors pour m’aider, pour me fortifier, me rassurer, j’écris l’histoire de ma relation avec mon prof de littérature. » (p. 22) La jeune femme veut à être à quelqu’un et posséder quelqu’un, se sentir exister et compter pour quelqu’un. « Je ne suis pas capable d’oublier de m’asseoir perpétuellement sur mes manques en espérant qu’ils s’étoufferont. » (p. 68) Une boule d’angoisse dans le ventre, la jeune femme surnage tant que bien que mal et ses cris de douleur se confondent avec ses cris d’amour. « Je suis si fatiguée que ma vie ait l’air d’un film de cul avec du sexe triste. » (p. 56)

Énorme claque ! Je découvre une voix et une plume étonnantes, vibrantes, hurlantes. Le roman est court, fulgurant. Il est parsemé de chansons qui collent à l’atmosphère, qui sont répétitives et lancinantes. Sans aucun doute, je vais continuer à lire Marie-Sissi Labrèche !

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15 février 2017

Les Buddenbrook : Le déclin d’une famille

Mann_BuddenbrookRoman de Thomas Mann.

Quatrième de couverture : Les Buddenbrook, premier roman de Thomas Mann, devenu l’un des classiques de la littérature allemande, retrace l’effondrement progressif d’une grande famille de la Hanse au XIXe siècle, de Johann, le solide fondateur de la dynastie, à Hanno, le frêle musicien qui s’éteint, quarante ans plus tard, dans un pavillon de la banlieue de Lübeck. Le style, tout en nuances, où l’émotion se teinte de connivence et d’ironie, d’affinités et de détachement, traduit parfaitement la relation que l’auteur entretient avec la réalité et accentue subtilement la transcription du lent processus de décadence. Les Buddenbrook ou le grand livre de la dégénérescence.

Je voudrais vous y voir, vous, à résumer ce pavé mieux que ne le fait la quatrième de couverture. Chez les Buddenbrook, grande famille de négociants, on se marie, on se reproduit, on fait des affaires, on perd de l’argent, on en regagne un peu, on divorce et on voit la gloire familiale s’éteindre en quatre générations. La grande affaire est de faire prospérer la fortune pour établir les fils et doter les filles, sans léser personne. Hélas, même si le gâteau est gros, il n’en reste pas beaucoup quand tout le monde demande sa part, voire se ressert. Dans le grand livre qui se transmet de père en fils se déroule l’histoire quotidienne de la famille, avec les grands événements et les revers. La revue journalière prend alors des airs de légende pour celui qui la lit des années après son écriture. « Tout cela serait lu par les membres futurs de la famille avec la même piété qu’elle éprouvait à suivre maintenant les événements passés. » (p. 169) Pas de destin individuel chez les Buddenbrook, pas plus que de personnage principal dans ce roman. Chaque protagoniste s’articule aux autres et forme une chaîne « C’est précisément en tant qu’anneau de cette chaîne qu’elle avait aussi cette haute mission, si lourde de responsabilité, de collaborer par l’action et la volonté à l’histoire de sa famille. » (p. 169) Mais de la chaîne au monstre, il n’y a qu’un pas. L’entité Buddenbrook est une hydre aux multiples visages et dont certains membres sont affaiblis ou malades.

Face à cette dynastie qui dégénère jusqu’à l’extinction, on pense forcément à Zola et à son naturalisme atavique. C’est avec grand plaisir que j’ai suivi le déclin des Buddenbrook et retrouvé la plume cynique et très réaliste de Thomas Mann. Plusieurs miniséries et téléfilms ont été tirés de ce premier roman de Thomas Mann. Je pars à leur recherche pour retrouver encore un peu cette impressionnante famille. Je vous conseille La mort à Venise de cet auteur.

Je vous laisse avec quelques morceaux choisis.

« Un homme n’est pas forcément stupide parce qu’il pleure sur votre indifférence à son égard. » (p. 153)

« Quelque chose de nouveau, d’étranger, d’extraordinaire paraissait s’est installé ici, un secret que chacun lisait dans les yeux d’autrui : la pensée de la mort s’était introduite et planait, muette dans les vastes pièces. » (p. 67)

« Elle se sentait dominée par la destinée de sa famille. » (p. 114)

« La faillite… C’était plus horrible que la mort, c’était le scandale, l’écroulement, la ruine, l’opprobre, la honte, le désespoir et la misère… » (p. 225)

« N’y a-t-il de honte et de scandale dans la vie que lorsque les choses s’ébruitent et se colportent ? Ah ! non ! Le scandale secret qui vous ronge et dévore en silence l’estime que l’on a de soi-même est un scandale bien pire. » (p. 391)

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13 février 2017

Le carnet magique de Norbert Dragonneau

Collectif_Carnet magique de norbert dragonneauAlbum collectif.

Dans son carnet qui ne le quitte jamais, le magizoologiste Norbert Dragonneau note toutes les informations importantes concernant les créatures magiques qu’il sauve et dont il s’occupe. Dans ce carnet-ci, vous n’êtes pas au bout de vos surprises ! Plans à déployer, étiquette à retourner, papiers à déplier, cartes à sortir de leur pochette ne sont que quelques-unes des merveilles de cet ouvrage ! Ce livre-jeu, entre carte au trésor et album de tournage, est comme la valise de Norbert : tout est plus grand à l’intérieur et les cachettes sont nombreuses. « À créatures extraordinaires, hébergement exceptionnel. Norbert garde ses bêtes dans sa valise magique, laquelle offre à chaque créature toute la place dont elle a besoin, mais également son habitat d’origine. » (p. 42)

Collectif_Carnet magique de norbert dragonneau_2  Collectif_Carnet magique de norbert dragonneau_3

Oui, je sais, mes photos sont floues... Je n'ai pas trouvé la formule magique pour réparer ça.

Agrémenté de nombreux dessins préparatoires, de photos de tournage et d’anecdotes qui sont appelés « faits fantastiques », cet album montre que la magie est double. Elle est présente dans cette fabuleuse histoire de sorciers et de créatures fantastiques, mais aussi grâce à la caméra et aux effets spéciaux. C’est la magie du septième art ! « Le film se déroule à New York, mais le tournage a eu lieu principalement en Angleterre, où des décors avec les gratte-ciels et les rues de la ville ont été créés en studio. » (p. 20)

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Coucou Niffleur ! Repose doucement cette montre à gousset. Et pas touche aux baguettes !

Ce beau livre à la superbe couverture nous fait retrouver les attachants personnages de ce film extraordinaire. « Comme souvent dans l’œuvre de J. K. Rowling, l’histoire centrale des Animaux fantastiques repose sur une équipe de compagnons improbables qui traversent de rudes et sombres épreuves et deviennent de fidèles amis. » (p. 13) Allez, avouez, vous avez envie de le voir/revoir ! Pas grave, le carnet vous est ouvert, vous avez de la chance !

Collectif_Carnet magique de norbert dragonneau_1

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12 février 2017

Billevesée #268

Un peu d'autopromo ou de promo pour les copains...

Depuis 2011, je fais partie de l'équipe VendrediLecture. Depuis 2013, je suis secrétaire de l'association.

VendrediLecture, quoi qu'est-ce ?

C'est un IMMENSE PROJET POUR DOMINER LE MONDE !

Tous les vendredis, les internautes sont invités à partager leur lecture du jour sur les réseaux sociaux : Twitter, Facebook, Instagram, Google +.

Plaisir du partage, plaisir de la rencontre.

Vous en serez vendredi prochain ?

Alors, billevesée ?

 

Billevesee_Vendredilecture

 

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11 février 2017

Le monde des sorciers de J.K. Rowling – La magie du cinéma / Volume 1 : Héros extraordinaires et lieux fantastiques

Revenson_Monde des sorciers de JK Rowling_Heros extraordinaires et lieux fantastiquesAlbum de Jody Revenson.

Cet ouvrage porte très bien son titre. De photos en dessins, de croquis entre informations, on en apprend un peu plus sur le tournage des films adaptés des œuvres de J.K. Rowling : Harry Potter et Les animaux fantastiques révèlent leurs secrets. Ce livre offre de nombreux trésors à découvrir ! Il y a plusieurs planches d’autocollants, des cachettes à ouvrir, des roues à tourner, des feuillets à déplier, etc. Vous n’en avez pas assez avec les informations sur les costumes, le travail des acteurs, le maquillage et les décors ? Un extrait, peut-être, pour vous allécher. Vous avez en tête la salle de classe du professeur Rogue ? Voilà une info qui va ravir les amoureux du détail ! « Pour Harry Potter à l’école des sorciers, cinq cents flacons ont été créés et étiquetés par les graphistes du film. Quand Harry Potter et le prince de sang-mêlé a été tourné, il y en avait plus d’un millier. » (p. 58) Vous aussi, vous avez ouvert de grands yeux devant les scènes tournées dans le Chemin de Traverse ? Vous aussi, vous aimeriez chiner dans les boutiques et examiner tous les objets ? Remerciez les décorateurs ! « Pour remplir les boutiques du Chemin de Traverse, Stephenie McMillan et ses décorateurs ont écumé les magasins d’antiquités, les salles de vente et les marchés aux puces, en ville et à la campagne, sans jamais révéler pourquoi il leur fallait tous ces pots, ces livres, ces cages à oiseaux. Une accessoiriste achetant un grand nombre de balais a expliqué à un vendeur qu’elle avait beaucoup de ménage à faire ! » (p. 43)

Revenson_Monde des sorciers de JK Rowling_Heros extraordinaires et lieux fantastiques_1   Revenson_Monde des sorciers de JK Rowling_Heros extraordinaires et lieux fantastiques_2

Une belle planche d'autocollants et, sous mon gros doigt, le couvercle de la valise de Jakob Kowalski qui se soulève !

En parcourant les pages de ce très bel album, on se dit finalement que ce n’est pas sorcier : si ces films sont si réussis, c’est grâce à la magie du cinéma. Moldus et Non-Maj’ n’ont pas besoin de baguette magique quand ils ont une caméra ! « Le monde magique est ancré dans le monde moldu, il a sa source dans notre réalité. » (p. 22)

Revenson_Monde des sorciers de JK Rowling_Heros extraordinaires et lieux fantastiques_3   Revenson_Monde des sorciers de JK Rowling_Heros extraordinaires et lieux fantastiques_4

Entrez dans la maison des Weasley et retrouvez les personnages que vous avez aimé ou aimé détester !

C’est avec plaisir que j’ai replongé dans cet univers dont je ne me lasse pas, sans être pour autant une fan acharnée. Bon, c’est vrai, j’ai lu tous les livres d’une traite en dix jours. C’est vrai, je regarde souvent les films. C’est vrai, je me suis jetée sur Harry Potter et l’enfant maudit quand il est sorti. C’est vrai, je n’aurais manqué pour rien au monde le film Les animaux fantastiques. C’est vrai, j’ai assisté avec ma petite sœur et un plaisir non dissimulé à la projection en cinéconcert de Harry Potter à l’école des sorciers, en décembre 2016 à la salle Pleyel. C’est vrai, je prévois déjà d’assister à la projection en cinéconcert du deuxième film. C’est vrai, je fredonne le thème des films sous ma douche. Pas une fan acharnée ? Hum… définition à revoir !

Un zeugma se balade dans cet article, l’as-tu vu ? (J’essaie de cacher des trucs à trouver dans ma chronique, mais ça a moins de classe que les surprises de cet album…)

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10 février 2017

L'excellence de nos aînés

Compton-Burnett_Excellence de nos ainesRoman d'Ivy Compton-Burnett.

La famille Donne s'installe dans une nouvelle maison, moins onéreuse que la précédente. « J'aime cette façon qu'on avait autrefois de ne jamais parler d'argent ; il valait beaucoup mieux ne pas savoir qu'on en manquait. Les gens ne le savaient réellement pas, et du jour au lendemain, ils se retrouvaient au bord de la ruine. J'y vois une marque de grandeur. » (p. 60) Anna, la fille aînée, gère le déménagement et l'attribution des chambres. Ses frères Bernard, Reuben et Esmond n'ont qu'à se plier à son autorité un brin tyrannique. Quant au père de famille, Benjamin Donne, il laisse à sa fille le soin de conduire le ménage. Les domestiques sont un peu secoués par la perte de quelques bagages et le changement, mais tout le monde est décidé à se satisfaire de la nouveauté. L'animosité entre les membres de la famille est palpable et personne ne fait vraiment d'effort pour la cacher. « Les signes d'antipathie qu'il décelait chez ses fils l'exaspéraient et le poussaient à leur donner d'autres motifs d'en éprouver. » (p. 37)

La famille Donne est cousine avec la famille Calderon. Les retrouvailles s'effectuent entre curiosité et impatience. Benjamin est le frère de Jessica Calderon, mariée à Thomas et mère de Julius, Terence, Tullia et Theodora. Entre Benjamin et ses soeurs Jessica et Sukey, l'entente est telle qu'elle semble exclure tous les autres. « Le frère et les soeurs sont si étroitement liés que même leurs enfants semblent à part. Ils ont dû pouvoir se reproduire, comme ces formes de vie primitives, au moyen de segments qui se briseraient d'eux-mêmes. » (p. 65) Sukey, la tante malade, ne sait que répéter que son heure est proche, à tel point qu'on ne l'écoute plus vraiment et que la surprise est grande quand elle disparaît. L'attribution de sa fortune soulève les rancoeurs et les manigances se multiplient. Mariages entre cousins, en dépit des différences d'âge, ou avec des étranges, sans tenir compte des différences de classe pourtant tant décriées, deviennent urgents. le tout dans une ambiance follement cynique et désabusée. Les protagonistes sont finalement bien loin de l'excellence des aînés qu'ils se glorifiaient d'atteindre. « Je ne me soucie jamais de l'opinion que se font de moi les gens avec qui je suis […]. C'est peut-être que je pense qu'il leur revient de se préoccuper de celle que je me fais d'eux. » (p. 44)

Au sortir de cette lecture, je ne sais pas encore si j'ai adoré ou si j'ai détesté. Mon cœur balance entre le plaisir de ressentir l'ironie acide qui entoure les dialogues et l'ennui devant des discussions interminables et sans sujet. Un chapitre entier sur une superstition, non, vraiment, c'est trop long ! Mais quel délice d'écouter ces êtres orgueilleux et bavards ! Ça parle sans cesse, ça critique à mots couverts, ça se moque sous de supposées bonnes paroles et ça se plaint tout en se vantant. Si vous en doutez, oui, ces personnages sont détestables et totalement inadaptés à leur époque ! « Vous êtes des gens plus grands que nature, […], et vos problèmes sont à la même échelle. Certes, de moindres gens sont sans doute mieux adaptés à la vie courante. Ils l'abordent avec moins d'intensité et moins de résistance. » (p. 96) Ceux pour lesquels on pourrait éprouver de l'empathie sont faibles, mous et minables. Les personnages font de nombreuses références à la Bible, mais elle est davantage brandie comme un code d'honneur figé et vieillot que comme une feuille de route à appliquer au quotidien.

La quatrième de couverture compare l'oeuvre d'Ivy Compton-Burnett à celle de Jane Austen. Il ne faut jamais croire les quatrièmes de couverture : la première est bien plus acide que la seconde, qui laissait à ses personnages la possibilité de s'amender. Chez Ivy Compton-Burnett, on meurt comme on a vécu, dans l'aigreur et la jalousie. C'est là que j'hésite dans mon appréciation : ai-je adoré ou détesté ce point de vue cynique sur le monde ? Je n'ai pas encore tranché.

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09 février 2017

Le chercheur

Muhl_ChercheurTexte de Lars Muhl. À paraître le 15 mars.

Premier tome de la trilogie O’Manuscrit.

Lars Muhl était chanteur. Il a quitté le show-business après en avoir profondément éprouvé la vanité. « Que n’avais-je pas compris pour avoir, à un degré aussi effrayant, perdu mon équilibre intérieur ? » Seul, il s’est essayé au yoga et à la méditation. Il a commencé à apprendre l’araméen pour relire le Nouveau Testament dans la langue de Jésus et atteindre une plus grande signification. Il cherche des réponses, qui sont autant de libérations, aux nombreuses questions auxquelles il a déjà réfléchi, mais pas assez ou pas comme il le fallait. « Chaque vie est un voyage, et la mienne ne faisait pas exception. Mais étais-je parvenu à une impasse ou bien le voyage touchait-il à sa fin ? Du point de vue de ce qui consiste traditionnellement en une vie réussie, la mienne paraissait être à maints égards un échec. » Lars Muhl ne va pas mieux : son malaise est profond et il a besoin d’aide pour trouver la paix. C’est alors qu’il rencontre le Voyant, un sage sur une montagne du sud de la France qui le fait marcher et réfléchir autrement. Chaque ascension physique hausse la conscience de Lars Muhl. D’extases en visions et de méditations en réflexions, l’ancien artiste se libère, se pardonne, s’accepte, se comprend, se retrouve et s’élève.

Le texte se construit autour d’un double récit de voyage. Le premier est celui de Lars vers l’Espagne à travers l’Europe, pour retrouver le Voyant. Le second se déploie en souvenirs pendant que se déroule le premier. Lars se souvient du long chemin sur lequel il s’est engagé, de sa première rencontre avec le Voyant à Montségur et du travail spirituel qu’il a entrepris avec lui. Auprès de cet ermite en connexion avec l’Univers, il découvre le pouvoir de guérir à distance et de se laisser envahir par des forces cosmiques. « Lorsque j’agis hors des univers et que je suis accepté par les énergies, j’obtiens la permission de les ramener sur Terre et de les y utiliser. De les modifier. Et parce que je peux les transformer de façon tangible, parce exemple, en guérissant autrui, elles s’ouvrent pour moi à un niveau personnel. Au terme de toutes mes incarnations, je sais désormais que je suis autorisé à être là. » La fin de ce premier tome n’est certainement pas un achèvement, mais une nouvelle mise en mouvement. Lars avait déjà écrit des livres avant d’entamer son chemin spirituel, mais il en a désormais d’autres à écrire, et bien plus importants. « Vous êtes ici pour mettre les pieds là où personne n’ose se rendre. C’est votre tâche que de voyager à l’intérieur de l’inconnu, de pénétrer le mystère de l’éternité en l’homme, de faire advenir de nouvelles possibilités et d’écrire sur tout cela une fois chez vous. Vous êtes, si vous voulez, une sorte d’explorateur. »

Depuis quelque temps, j’ai l’envie de lire des textes plus spirituels et propices à la méditation. La vie parisienne, le travail, le stress, tout ça, cela demande un peu d’aide pour être surmonté, parfois. Hélas, ce texte n’est pas de ceux qui peuvent m’aider. L’expérience de Lars Muhl est intéressante et très certainement enrichissante, mais je ne suis pas touchée par tout ce qu’il vit. Pour dire les mots, je n’y crois pas. Cependant, je respecte cette spiritualité qui aide à vivre ceux qui la pratiquent.

Quelques extraits pour finir et vous donner envie, ou non, de découvrir ce livre qui a déjà fait sensation en Europe.

« C’était là la source possible d’une terrible souffrance : admettre que je n’étais rien, pis encore, accepter que je ne serai rien – je serai, tout simplement. »

 « L’idée de Dieu est la métaphore d’une conscience supérieure, d’une forme d’énergie supérieure dont tous nous faisons partie. Par conséquent, nous sommes tous des dieux, ou les enfants de Dieu, si vous préférez. Nous sommes créés pour faire évoluer autrui. »

« Aucun de mes talents ne vaut quoi que ce soit parce qu’ils ne me sont pas imputables à moi, en tant que personne. Tout ce qui importe, c’est que nous soyons disponibles, prêts à tout questionner. Il est possible que nous n’aboutissions pas à une conclusion nouvelle, que nous n’ayons pas de réponse nouvelle, mais nous en retirerons une conscience nouvelle. Une conscience bien plus globale. »

« Pour devenir un être spirituel, il faut de l’humour. L’humour est élégant. Il transforme et il ouvre. Le sarcasme, en revanche, pétrifie et ferme. Le sarcasme n’est que le prolongement de la petitesse de l’homme limité. »

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