Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

28 avril 2017

La grande vallée

Steinbeck_Grande valleeRecueil de nouvelles de John Steinbeck.

Dick et Root, militants communistes, craignent une descente de police. « Si quelqu’un te casse la gueule, ce n’est pas lui qui le fait, c’est la société. Et ce n’est pas à toi qu’elle casse la gueule. Elle s’attaque au principe. » (p. 13) Elisa cultive avec passion des chrysanthèmes. Après la mort de son épouse, Peter Randall a un comportement étrange. Pour un verre d’alcool, Johnny l’Ours imite n’importe qui, se souciant peu de révéler de terribles secrets. Le lynchage d’un prisonnier noir exalte toute une ville. «  Y a des fois que c’est aux citoyens eux-mêmes de prendre la loi en main… Chicaneur d’avocat s’amène et vous tire d’affaire n’importe quel monstre. » (p. 70) Jim s’est juré de ne jamais battre son épouse Jelka. Mary Teller est obsédée par son jardin et les oiseaux qui viennent y nicher. Une femme étrange achète un des serpents de laboratoire du Dr Philipps. Pépé Torres devient un homme en une nuit et doit en assumer les terribles conséquences. Quand Jody reçoit son premier cheval, il découvre la joie de la possession et le désespoir de la perte. Un vieil homme ne sait que répéter sans cesse le récit de l’expédition qu’il a dirigée à travers les territoires indiens. Un mauvais cochon est touché par la grâce.

Chaque nouvelle est un morceau de choix où explose l’immense talent de Steinbeck. Ce n’est pas compliqué : il me fait pleurer à chaque lecture ! Dans les paysages poussiéreux des montagnes qui surplombent la Salinas et les terrains riches et verts de la vallée, il se joue des drames humains minuscules, mais également tonitruants et qui secouent les routines. « Il sentait de l’incertitude dans l’air, l’impression d’un changement et d’une perte, en même temps que du gain de choses nouvelles et inusitées. » (p. 135) J’ai été particulièrement émue par le récit d’un petit déjeuner offert par des inconnus à un inconnu, sans contrepartie, face à un lever de soleil digne du premier matin du monde. En tournant les pages de ce recueil, j’ai évidemment pensé à La perle, à Des souris et des hommes ou encore À l’est d’Éden. Autant de textes sublimes que je vous recommande chaudement.

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25 avril 2017

Les éphémérides

Hochet_EphemeridesRoman de Stéphanie Hochet

L’Annonce a ébranlé le monde. Le 21 mars, tout va changer. « La plus grande menace des dernières décennies proférée contre l’Occident, celle avec laquelle tout le monde était censé vivre, le premier enjeu métaphysique qui ne serait pas un choix mais un enfer déposé sur terre que chacun devait aménager à sa façon. » (p. 53) Il reste trois mois à l’humanité pour y faire face. Alors chacun réagit à sa façon. Alice quitte la France pour retrouver Tara, son premier amour, en Écosse. Tara et Patty, dans leur ferme, tentent de créer une race parfaite de chiens. À Londres, Simon redécouvre l’amour avec Ecuador, son amante, et se remet à peindre avec frénésie. Ecuador, beauté noire comme celle que Shakespeare célébrait dans ses sonnets, profite de sa fortune pour se permettre tous les plaisirs. Sophie tente de protéger son enfant, Ludivine, de l’angoisse causée par l’Annonce. Que faire quand il ne reste qu’un hiver, que le printemps ne viendra pas ? « Les gens avaient des comportements d’animaux pressentant une éclipse, ils s’affolaient sans savoir pourquoi. » (p. 45) Autant lâcher la bride et tout oser !

Totalement emballée par le roman jusqu’aux toutes dernières pages, je suis désolée de ne pas comprendre la conclusion. Peu m’importe que l’Annonce ne soit pas clairement définie, il y a suffisamment d’éléments pour comprendre la menace. Ai-je manqué un indice au cours de ma lecture ? Qu’advient-il des personnages ? L’Annonce se réalise-t-elle ? Quel sens donner au sinistre fantôme de Margaret Thatcher qui plane sur l’intrigue ? Je reste avec mes questions, un peu déboussolée. Je suis toutefois ravie de retrouver un thème que l’auteure a récemment exploité avec talent dans son dernier roman, L’animal et son biographe, celui de la bête ancestrale que l’homme tente de faire renaître. Ici, ce n’est pas un auroch, mais un chien terrible dont il est question. « Jadis c’est avec cette race pure qu’on gardait les enfers. » (p. 88)

Dans ce roman, j’ai retrouvé la plume à la fois brute et érudite de Stéphanie Hochet, ce style qui me séduit de plus en plus à mesure que je découvre l’œuvre de cette auteure. Lisez Un roman anglais ou Éloge du chat. Et aussi Sang d’encre : même si ce texte ne m’a pas tout à fait convaincue, sa réflexion sur le passage du temps fait écho à la problématique des Éphémérides.

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23 avril 2017

Billevesée #278

Vous le savez, j'aime beaucoup apprendre des gentilés originaux.

À Puteaux vivent les Putéoliens et les Putéoliennes (je sens que se profile une blague douteuse...) Alors que le nom de la ville laisse supposer un rapport avec l'eau, le gentilé renvoie carrément du côté du vent.

Je vous laisse vous marrer devant le bordel de la toponymie sur Wikipedia : "Le nom de la localité est attesté sous la forme puteoli en 1113 ou Puteolis au XIIe siècle, Putiaus (sans date). Deux interprétations principales du toponyme Puteaux se dégagent. Il s'agit peut-être d'un latin Putid-ellum (comprendre le gallo-rpman PUTIDELLOS au pluriel ), dérivant du latin putidum, « puant », qui a donné l'ancien français putel « bourbier, mare », au pluriel putiaus « les bourbiers » ou « les mares ». On peut y voir également un latin Puteolos « petit puits » (comprendre le gallo-roman PUTEOLOS) avec attraction de l'ancien français puteal « qui appartient à un puits » ou « profond comme un puits »pour justifier du maintien du t sonore qui normalement aurait dû s'amuïr à l'intervocalique, cf. les Puisieux et autre Puzieux, etc. dont certains ont des formes anciennes du type Puteolis."

Allez, un autre gentilé parce que je suis sympa. À Pontarlier vivent les Pontissaliens et les Pontissaliennes.

Et là aussi, on se marre un coup ! "Pontarlier est appelée Abrolica sur la table Théodosienne. La Table de Peutinger indique Ariarica, Ariolica ou encore Abiolica. Ensuite on trouve Punterli en 1255. Ce toponyme originel explique l'élément -arlier dans la deuxième partie du nom de Pontarlier et dans celui de sa plaine, la Chaux d’Arlier, avec cependant une substitution de finale, -ie (issue de -ica) ayant été remplacé par -ier. L'élément Pont- (issu du gallo-roman PONTE) a été ajouté au toponyme initial à l'époque médiévale comme on l'observe souvent (cf. Pontfarcy, Calvados, Pons Falsi 1278 ; Pont-de-Ruan, Indre-et-Loire, Rotomagus Ve siècle, Ponte Ruanni 1247). L'identification exacte du second élément -arlier est plus complexe, et l'on doit sans doute se baser sur la forme Ariolica qui est la seule qui soit récurrente dans les formes anciennes, les autres étant vraisemblablement des cacographies. En outre, le type Ariolica est bien représenté dans la toponymie de la Gaule. Xavier Delamarre interprète ce type toponymique Ario-lica « (lieu) Devant-la-Falaise » ou « La Roche-Devant », plutôt que « Noble-Roche ». Il serait basé sur les éléments celtiques ario- de l'indo-européen *prio [*prhio] « qui est en avant, éminent », racine *per(h) « devant, en avant », d'où le sens dérivé « qui est en avant, éminent ». Le second élément -lica représenterait lica ou licca « pierre plate, dalle », peut-être aussi « falaise ».

Alors, billevesée ?

 

Billevesee_Puteaux-Pontarlier

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20 avril 2017

Mrs Hemingway

Woods_Mrs HemingwayRoman de Naomi Wood. À paraître le 11 mai 2017.

Hadley Richardson. Pauline Pfeiffer, dite Fiffe. Martha Gellhorn. Mary Welsh. Elles ont successivement été l’épouse d’Ernest Hemingway. Fife a été sa maîtresse quand il était marié à Hadley, tout en étant une amie très proche de l’épouse. Martha a été sa maîtresse quand il était marié à Fife. Mary a été sa maîtresse quand il était marié à Martha. Sans cesse, le même scénario un peu sordide de ménage à trois. « Elle a désormais l’impression que le mariage est nécessairement composé de ces trois ingrédients que sont le vol, la possession, le dédommagement. » Entre la France et les États-Unis, les épouses de l’écrivain tentent de sauver leur mariage, de garder pour elles cet homme insaisissable, toujours en mouvement, de la guerre d’Espagne à la Seconde Guerre mondiale.

Ce que j’ai particulièrement apprécié dans ce roman, c’est le décalage de point de vue. Ernest Hemingway n’est pas au centre de l’objectif, il est même un peu hors champ. C’est un portrait en creux que l’on a de lui. Pour une fois, ce sont ses femmes qui sont sous la lumière. « Mon âme peut aller en enfer ! C’est lui mon âme ! [….] J’ai besoin de lui et il a besoin de moi. Nous ne faisons qu’une seule et même personne. » Mrs Hemingway : plus qu’un état civil, c’est un titre honorifique parfois lourd à porter, une médaille de guerre pour service rendu à un homme pas toujours reconnaissant. S’il y a une femme derrière chaque grand homme, derrière un colosse comme Hemingway, il en fallait bien quatre, toutes éperdument amoureuses, mais lucides. « Quelle prouesse tout de même de vouloir épouser toutes les femmes qu’il baise. Ernest Hemingway est tellement doué dans le rôle de l’amoureux transi, qu’il est nul dans celui de mari. » Éprouvé par les mauvaises critiques, rongé par la hantise de perdre ses textes, de plus en plus ravagé par l’alcool, Ernest Hemingway n’est pas un époux facile à vivre. Naomi Wood montre la fin des mariages, les murmures de ceux qui savent l’adultère et les prières païennes des épouses délaissées pour que leur beau Nesto leur revienne. À croire qu’Hemingway se complaît dans le drame et la séparation. « Pour toi, ce n’est rien d’autre que du matériel littéraire. Tu as créé ton propre enfer et maintenant tu aimerais y vivre et m’entraîner avec toi. »

Ce très beau texte m’a beaucoup rappelé Madame Hemingway de Paula McLain qui se concentrait sur Hadley et les années parisiennes du couple. J'ai la chance de rencontrer ce soir Naomi Wood qui présente son livre chez Babelio. Autant vous dire que j'ai quelques questions à lui poser !

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17 avril 2017

Les loups à leur porte

Fel_Loups a leur porteRoman de Jérémy Fel.

Loretta, mariée et mère de famille, a le sentiment d’avoir raté sa vie. Duane vient en aide à un petit garçon. Claire garde de terribles souvenirs dans une vieille maison. Louise envisage de quitter son mari adultère. Martha et Paul sont bien mal récompensés pour leur dévouement. Martin est persuadé que Charlotte l’a trahi. Clément se retrouve pieds et poings liés au bord d’une falaise. Walter est un monstre de violence et de cruauté. Mary Beth doit faire face à son passé. De jeunes hommes disparaissent. Des corps de femmes sont retrouvés. Menaces, violences, viols, cambriolages, meurtres et torture, rien n’est épargné aux protagonistes, et surtout pas le pire.

Les loups à leur porte est un texte magistral. C’est moins un roman qu’une composition de textes, entre nouvelles et fables, qui parfois se rejoignent et dessinent un motif unique, mais souvent se répondent simplement comme les échos d’un même cri : celui de la peur, de la douleur et du danger. Celui des loups dont le hurlement glace le sang. Dans les chapitres de ce livre, il y a des intrus qui rôdent autour des maisons et qui excitent les peurs profondes, les terreurs d’enfance et les angoisses viscérales. Mais il faut se poser une question fondamentale : les victimes sont-elles innocentes ? La construction du roman est intelligente et maîtrisée : entre renvois et rappels, l’auteur dessine un jeu de piste macabre qui ensanglante l’Amérique et contamine le vieux continent.

La vengeance exercée par certains personnages est d’une précision mécanique et machiavélique. C’est une forme particulière de justice où il s’agit moins de réparer les torts que de purger les passifs et de frapper plus fort que son adversaire. « Il se rassit face au corps et resta de longues minutes sans bouger le moindre membre. Et, les traits de son visage ne trahissant aucune émotion, il le poussa dans la fosse d’un violent coup de pied. » (p. 139) La revanche conduit à la résilience et permet de se débarrasser enfin des cauchemars gluants qui s’accrochent à la veille pour troubler la netteté de la réalité.

La quatrième de couverture évoque une inspiration venue de Twin Peaks, de Stephen King ou de Joyce Carol Oates. Ces trois monstres de la culture américaine ont en commun une esthétique léchée, entre gothique et épouvante, où se niche une étrangeté terrifiante. Jérémy Fel parle de l’Amérique comme un natif et, sur certaines pages, on croirait lire du Jim Harrison. Mais quand il situe ses intrigues en Angleterre ou en France, son ton est également parfaitement juste. Son premier roman est une réussite complète et il me tarde de lire ce qui sortira de son esprit torturé et génial !

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16 avril 2017

Billevesée #277

La rumeur veut que la toute première coupe de champagne a été moulée sur le sein de la marquise de Pompadour.

Est-ce vrai ?

Je m'en fous un peu, en fait. Je n'aime pas le champagne.

Hem... et les flûtes à champagne, elles sont moulées sur quel modèle ? (Faut vraiment que j'arrête avec les blagues douteuses !!!)

Alors, billevesée ?

Billevesee_Coupe champagne

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14 avril 2017

Les échos du silence

Germain_Echos du silenceTexte de Sylvie Germain.

Le monde va mal. Depuis des millénaires, l’homme agonise entre guerres et génocides. Il crie vers le Seigneur, mais rarement, très rarement, ce dernier répond. « Comment pourraient-ils savoir où va la gloire de Dieu quand la pitié de celui-ci ne s’est jamais manifestée à eux aux heures les plus vides et esseulées de leur souffrance ? » (p. 18) De ce silence étourdissant, l’homme tire diverses conclusions. Soit qu’il n’est pas digne d’entendre la parole de Dieu. Soit que Dieu ne se préoccupe pas de lui. Soit que Dieu n’a pas les moyens de lui répondre favorablement. Soit que Dieu n’existe pas. « Ça suffit, ce silence a tant duré qu’il ne peut qu’être la preuve de l’inexistence de Dieu – la signature acide du néant. » (p. 21) Comme Job qui crie au désert, révolté et injuste dans ses adresses au Dieu muet, l’homme exige des réponses et des preuves au lieu de se laisser envahir par le silence qui est le témoignage absolu de l’amour du Seigneur.

Oser le silence, c’est oser la foi la plus pure. Accepter que le silence est à la fois la réponse et le message demande du courage, mais c’est ainsi que l’homme peut vraiment approcher Dieu. « Se risquer dans une voie qui consent au silence sans le sommer de se briser ; sans le clore sous vide définitif. Une voie de pure errance dans le désert en expansion dans ce silence même. » (p. 26) C’est dans un murmure que Dieu est le plus loquace. S’il se tait, c’est qu’il s’est retiré du monde qu’il a créé, qu’il l’a confié aux hommes et n’attend désormais que leur amour. Pas leur reconnaissance ou leur gratitude : seulement leur amour, sans déclaration enflammée, ni hauts faits d’armes. L’amour vrai se niche dans le silence. « C’est pourquoi, alors même que son Verbe s’est incarné et exprimé à voix d’homme vivant temporel, à voix d’homme souffrant, Dieu continue à s’évaser en silence tout autour de ce Verbe fait chair. » (p. 63) Finalement, quand les hommes se désespèrent d’entendre Dieu, c’est Dieu qui les écoute, non pas mutique, mais muet par amour. Et son silence dit beaucoup à celui qui prête l’oreille du cœur et de la foi, sans impatience ni exigence. « C’est pourquoi il faut indéfiniment se remettre à l’écoute du silence de Dieu, envers et malgré tout. » (p. 98)

Moins de cent pages d’une beauté profonde, d’une prose presque poétique et affolante, d’une voix vibrante, d’un message puissant. Moins de cent pages qui appellent au silence, à la méditation, à la contemplation, au voyage intérieur et spirituel. Moins de cent pages légères comme un soupir et fortes comme un coup de tonnerre. Nourrie d’extraits de la Bible, de poésies de Paul Celan, de textes de Simone Weil, d’Etty Hillesum, de William Shakespeare et de Thérèse de Lisieux, cette réflexion n’assène aucune réponse. Elle tente une interprétation du silence millénaire de Dieu. Sylvie Germain ne lit pas entre les lignes, mais entre les non-dits qui ne sont pas un refus de communiquer, mais une invitation à croire, à aimer et à progresser sur le chemin de la foi.

Je suis une nouvelle fois éblouie par la façon dont Sylvie Germain parle de la Bible et par la façon dont elle propose de la vivre aujourd’hui. Déjà, avec Mourir un peu, elle m’avait donné l’impression d’être une nouvelle figure parmi les pères de l’Église. Sentiment renouvelé ici avec cet appel au silence, à l’oraison intérieure et au cri d’amour muet. La dédicace aux sept moines de Notre-Dame de l’Atlas est appropriée et résonne longuement. J’ai récemment vu le film Des dieux et des hommes : la beauté et la valeur du silence ne sauraient être rompues par les cris de haine, seulement renforcées et rehaussées de gloire.

Quelques passages à lire et méditer pour finir.

« La terre, le vent, le ciel, les fleuves et les mers sont de vastes tombeaux où mugit la clameur d’un peuple indénombrable d’Abel inconsolés. Le peuple de Dieu unique. Et ce Dieu fait silence. Comment alors, sur fond d’un tel silence assourdissant les victimes peuvent-elles entendre ces Reproches adressés par Dieu à son peuple ? » (p. 17)

« Le psaume du silence, composé d’une multitude de mots de pourpre : sang et sueur de sang, et larmes de sang des victimes innombrables, ces roses de Rien, de Personne qui sans fin jonchent notre mémoire, écorchent notre conscience. » (p. 52)

« Car si sa toute-puissance le plaçait au premier rang des accusés, sa toute-impuissance ne vaut gère mieux qui le déclasse au dernier rang des incapables. » (p. 57)

« Ainsi font les humains résolument sourds au silence de Dieu et qui n’ont d’ouïe que pour les chants des sirènes, les beuglements des veaux d’or et les vociférations des petits dieux ventriloques. […] Pour tous ceux-là le silence de Dieu est une évidence, nullement une question ; une bonne aubaine, non un tourment. » (p. 64)

« Mais que peut-il bien écouter, Dieu, puisque rien ne se dit ? L’écho de son silence en l’homme, peut-être, l’accueil fait par l’homme à son souffle presque imperceptible. Dieu écoute Dieu du fond sans fond de son propre silence, dans l’obscure rumeur du sang des humains. » (p. 88)

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12 avril 2017

Rêves et cauchemars - Tome 2

King_Reves et cauchemars2Recueil de nouvelles de Stephen King.

  • Une femme incapable de prendre des décisions se révèle décisive lors d’une invasion zombie.
  • Une pluie de crapauds tombe tous les sept ans.
  • Un vieil homme apprend à son petit-fils à comprendre et à chevaucher le temps.
  • Il y a des coups de téléphone qu’il faudrait vraiment prendre au sérieux.
  • Ne pas arrêter de fumer peut vous ouvrir les yeux, mais pour ce qui est de vous sauver la vie…
  • Des touristes américains vont regretter leur voyage en Europe.
  • Du métal pousse dans une maison qui se transforme en machine.
  • Il y a un magot à récupérer, mais il faut d’abord reconstituer une carte en quatre morceaux.
  • Le Dr Watson résout une énigme avant Sherlock Holmes.
  • Un personnage rencontre son auteur et perd son univers.
  • Les plus petites choses ont plus de valeur que les grandes fortunes, quand on est reconnaissant de ce que l’on a.

La qualité des intrigues est inégale, mais le plaisir est au rendez-vous avec les pastiches de Lovecraft ou de Conan Doyle. Stephen King a un talent immense pour construire des histoires, même les plus anodines. J’ai particulièrement apprécié celle où le grand-père parle du passage du temps. Comme dans le premier volume, on trouve des personnages qui mettent les pieds là où il ne faut pas, qui se fourrent dans des situations inextricables et qui plongent tête la première dans un trou béant d’horreur. « C’est comme un cauchemar qu’on chercherait à oublier à son réveil, mais qui ne veut pas disparaître, comme le font presque tous les rêves ; au contraire, il reste là, il s’accroche… » (p. 272) Pas grand-chose à dire sur ces nouvelles sinon qu’elles m’ont fait passer de bons moments, entre d’autres lectures. C’est tout l’avantage des recueils : on les poursuit quand on veut, sans risque de perdre le fil !

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10 avril 2017

Une mère

Palomas_MereRoman d’Alejandro Palomas.

Pour le réveillon du 31 décembre, Amalia se réjouit de réunir son fils Fernando et ses filles Sylvia et Emma. Il y aura aussi Olga, la compagne d’Emma, et Eduardo, le frère d’Amalia. Et aussi un septième couvert pour tous les absents. Amalia, récemment divorcée, maladroite et handicapée par une mauvaise vue, n’en est pas moins vive, épanouie et étrangement lucide. « J’ai la sensation que nous allons avoir plus d’une surprise, ce soir. » (p. 31) Autour de la table, ils sont tous très différents et ils semblent même irréconciliables. Et pourtant, au cours de la dernière soirée de l’année, bien des choses seront dites pour expliquer, absoudre et comprendre. « Pourquoi, dans cette famille, on ne dit jamais les choses vraiment importantes ? » (p. 37) Ce réveillon mal engagé est finalement l’occasion de faire table rase du passé pour accueillir l’avenir d’un pied plus ferme.

Ils sont tous un peu frappadingues : ni méchants, ni innocents, ils sont tous marqués par la vie et font face de leur mieux. Dans cette famille, il y a peu d’amours heureuses et durables. Chacun fait face à sa solitude et tente de guérir des plaies qu’il porte au cœur, tout en suivant une trajectoire plus ou moins douloureuse. Apprendre à pardonner et à se pardonner, à accepter l’autre tel qu’il est, ça demande une force que seule une mère peut apprendre et transmettre. Amalia est la colonne vertébrale de cette famille d’éclopés du cœur. Comme le dit la première de couverture, il y a du Almodovar là-dedans, entre scènes déjantées et émotions profondes. L’amour est souvent mal dit, en dépit des liens très forts qui unissent les membres de cette famille : chacun sait cependant pouvoir trouver un soutien auprès des siens. Et de l’aide au sauvetage, il n’y a qu’un pas que tous sont prêts à franchir d’un bond. « Je viens chaque année avec le désir secret que vous me demandiez de rester, parce que je n’ose pas vous demander si je vous manque. Par peur de la réponse. » (p. 285) Les chers absents sont toujours là, pour peu qu’on ne leur laisse que la place qu’ils méritent et pas davantage.

La narration se partage entre la soirée du réveillon proprement dite et de nombreux épisodes du passé qui expliquent la trajectoire et les décisions des protagonistes. Les personnages les plus insupportables deviennent alors très attachants et il est impossible de ne pas développer une douce compassion envers cette famille qui, comme toutes les familles du monde, a connu son lot de joies et de malheurs. « Quelques lueurs et beaucoup de zones d’ombre. Une expression qui nous est chère, dans la famille. » (p. 26) Les trois enfants sont adultes, mais ils se posent toujours de nombreuses questions sur leur père et leur mère, tandis que cette dernière s’émancipe sous l’œil un peu réprobateur de ses rejetons. Tous doivent trouver un nouveau mode de relation, une nouvelle façon d’être mère, fils, fille, frère et sœur. Ce n’est pas simple de refonder sa propre famille. « Je te dirai que j’aime m’asseoir ici, à cette table, et constater qu’il reste encore quelqu’un qui m’attend tous les ans malgré les années. Que ça m’aide à vivre, à continuer, parce que depuis la mort de grand-père et de grand-mère, je n’ai jamais pu me faire à l’état d’orphelin et je crains que ce soit un peu tard pour apprendre. » (p. 284)

Ce premier roman est une belle réussite, très touchant et intelligent. Il interroge sur les relations familiales, sans juger ni imposer une vision catégorique. Chaque famille est heureuse à sa façon et il serait vain de vouloir appliquer une unique recette du bonheur.

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09 avril 2017

Billevesée #276

Etymologie sexy-chelou aujourd'hui.

Vanille et vagin ont la même origine.

Vanille dérive du terme espagnol "vainilla", diminutif de "vaina" signifiant "gousse", issu du terme latin "vagina" signifiant "gaine", "gousse" ou "fourreau".

Vagin dérive de "vagina" (non, sans rire !) signifiant... OK, la même chose !

Une question de la première importance se pose maintenant : la tarte aux poils a-t-elle le goût de la vanille ? (J'assume trèèèèèès mal cette blague douteuse !!!)

Alors, billevesée ?

Billevesee_Vanille-vagin

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