Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

03 septembre 2015

Pour mon plaisir et ma délectation charnelle

Combescot_Pour mon plaisir et ma delectation charnelleRoman de Pierre Combescot.

Gilles de Rais a donné naissance au mythe de Barbe Bleue. Qui était-il, cet homme assoiffé du sang et des souffrances de très jeunes garçons ? « Ce fut un tueur d’enfants, un pédéraste, un sodomite, une bête enragée ; il eut de grands vices, mais n’en appartient que davantage à notre pauvre humanité. » (p. 13) Fidèle compagnon de Jeanne d’Arc, richissime et dispendieux marquis aux innombrables châteaux, le seigneur de Rais reste un mystère sur lequel plane un parfum de souffre. « Il se penche sur les cadavres. La mort devient sa compagne. Il veut la démasquer. Il y a de l’obstination dans cette quête. Il poursuit un but caché. Le connaît-il lui-même ? Il entre chaque jour un peu plus dans l’ombre du crime. Il est un assassin, il le reconnaît au plaisir qu’il a de tuer. » (p. 50) Ses meurtres et ses vices, il les accomplit alors que la France se cherche un roi, luttant contre l’ennemi anglais au cours de l’interminable Guerre de Cent Ans. Tandis que les manigances et les complots secouent la Cour, Gilles de Rais, dans ses terres, poursuit des jouissances de plus en plus sinistres. Cependant, au cours de son procès, c’est un repentir sincère qu’il exprimera, touché par la grâce qu’il a tant souillée.

Pierre Combescot aime l’Histoire, il sait la raviver et la mettre en mouvement sous nos yeux. Nous voilà dans les salles basses de Tiffauges, au côté des victimes juvéniles sur le point de périr. On ressent la fureur qui anime le seigneur des lieux et la folie qui ébranle son esprit avide et malade.

Gilles de Rais est une figure historique fascinante que j’ai déjà eu beaucoup de plaisir à croiser sous la plume de Michel Tournier avec Gilles et Jeanne ou Le roi des Aulnes, ou de Joris-Karl Huysmans avec Là-bas.

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01 septembre 2015

Challenge Destination PAL : édition 2015 - Tout le monde descend !

Il est l'heure de descendre de l'avion et de récupérer vos bagages ! Comment s'est passé votre voyage ? Avez-vous lu tout ce que vous vouliez ?

Destination PAL

Voyons le sort que j'ai réservé à ma PAL de départ !

  1. Le livre des illusions, Paul Auster
  2. Les valeureux, Albert Cohen
  3. Le joueur, Fedor Dostoievski
  4. L'idiot, Fedor Dostoievski
  5. Duma Key, Stephen King
  6. Le livre de la jungle, Rudyard Kipling
  7. Les grands-mères, Doris Lessing
  8. Oeuvres complètes, Raymond Radiguet
  9. Dernier jour sur terre, David Vann

À votre tour !

On remet ça l'an prochain ?

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30 août 2015

Billevesée #192

Le mot "rebours" m'a toujours fait rire. Ne me demandez pas pourquoi, c'est pareil avec "bergamote" et "saperlipopette".

L'étymologie de "rebours" est la suivante : "rebursus" est un terme du latin populaire, altération de "reburrus" du bas latin qui signifie "qui a le front chauve" ou "qui a les cheveux rejetés en arrière".

Et cette étymologie me fait également beaucoup rire !

Alors, billevesée ?

Billevesee_Rebours

Et oui, il faut que je relise À rebours de Joris-Karl Huysmans...

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27 août 2015

Le joueur

Dostoievski_JoueurRoman de Fedor Dostoievski.

Alexis Ivanovitch est le précepteur des enfants d’un général russe veuf qui mène grand train en dépit de sa situation financière catastrophique. Alors que le général et sa suite prennent les eaux et s’adonnent au jeu à Roulettenbourg, les drames se nouent en privé. La belle-fille du général, la belle Pauline, est entourée de nombreux prétendants, mais aucun ne se déclare devant les incertitudes qui entourent sa fortune. Alexis, confident follement épris de la jeune fille, est son intermédiaire à la roulette où des sommes énormes se perdent et se gagnent en un coup de pouce. Mais la belle méprise le percepteur. « Je vous hais justement parce que je vous ai permis tellement de choses, et je vous hais encore plus parce que vous m’êtes si nécessaire. Mais j’ai encore besoin de vous. Il faut donc que je vous épargne. » (p. 29)

C’est sous la forme du journal et des notes que cette histoire est racontée, le narrateur étant Alexis, malheureux en amour comme au jeu. « Chose étrange, je n’ai pas encore gagné mais j’agis, je sens, je pense comme si j’étais un homme riche et ne puis me voir autrement. » (p. 87) Que de cynisme dans le tableau qui nous est fait de la société russe qui se divertit devant les tables de jeu ! « Vous savez que je n’ai pas d’argent […] ; il faut de l’argent pour perdre au jeu. » (p. 19) Le général attend désespérément l’annonce de la mort d’une aïeule dont il devrait hériter, les intrigants se rendent indispensables et les engagements amoureux ne durent jamais plus longtemps que la chance à la roulette.

Ce roman a l’avantage d’être court, car la frénésie qui anime les personnages est rapidement épuisante. Les heures fiévreuses que la grand-mère passe devant la roulette sont éreintantes pour le lecteur qui, inconsciemment, fait des paris sur la chance de la joueuse. Décidément, Dostoievski n’est pas vraiment ma tasse de thé… Je reviendrai donc à la littérature russe par d’autres plumes que la sienne.

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25 août 2015

Le petit lapin étourdi

Szekeres_Petit lapin etourdiAlbum de Cyndy Szekeres.

Tête-en-L’air est un petit lapin qui aime aller jouer dehors. Mais il n’est jamais vêtu comme il le faudrait : il met ses palmes et son maillot alors qu’il fait trop froid pour se baigner et il va jouer dans le bac à sable alors qu’il y a beaucoup trop de vent. Finalement, ce que Tête-en-L’air préfère, c’est dormir. « Je suis content de me coucher. Quand je suis dans mon lit, je peux rêver et, dans mes rêves, il ne fait jamais trop froid, il n’y a pas trop de vent, il ne pleut pas, il ne neige pas… Alors, pour aller jouer dehors, je peux m’habiller n’importe comment ! » (p. 14) Tête-en-L’air est peut-être étourdi, mais il est plein de bon sens !

Ah, que j’aime ce type d’illustrations riches en détails, douces sans être niaises ! Cette imagerie un peu désuète me ramène en enfance et c’est bien pour ça que j’aime tant lire des albums, surtout s’ils parlent de lapins !

Challenge Totem

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23 août 2015

Billevesée #191

Aujourd'hui, j'ai simplement envie de vous faire partager ce requiem qui me touche particulièrement.

Requiem in D minor - Wolfang Amadeus Mozart

Alors, billevesée ?

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21 août 2015

Sa Majesté Perlin Pin Pin

Delpech_Sa majeste perlin pin pinAlbum de Brigitte Delpech. Illustrations de Romain Simon.

Avec sa grande cape rouge et son sceptre fleuri, Perlin le lapin veut être roi ! « J’ai décidé devenir sa Majesté Perlin Pin Pin, roi des lapins. Vous me devez tous respect et obéissance ! » (p. 5) Être le roi, c’est bien, mais plus personne ne veut jouer avec lui : jouer au ballon, ce n’est pas digne d’un roi. Perlin s’ennuie et il est bien triste de ne pas pouvoir partager le goûter de ses amis. Mais tout finit bien, Perlin est juste Perlin le petit lapin, et il retrouve ses amis !

Ce petit personnage vaniteux, cette bonne leçon, je les ai déjà lus plusieurs fois, mais je ne m’en lasse pas, surtout quand l’histoire est servie par d’aussi belles illustrations que celles de Romain Simon.

Challenge Totem

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19 août 2015

Avant la fête

Stanisic_Avant la feteRoman de Saša Stanišic. À paraître le 9 septembre.

Nous sommes dans un village d’Allemagne, ancienne RDA, dans les derniers jours de vrai beau temps avant l’automne. Sans le dire, le village se sait condamné, voué à la nécrose. « Ils sont plus nombreux à s’en aller morts qu’à naître. Nous entendons les anciens s’esseuler. Nous regardons les jeunes forger leur manque de projet. Ou leur projet de départ. » (p. 15) Les traditions disparaissent et pourtant, on prépare la fête de Sainte-Anne qui se tiendra demain. Il y a des multitudes de petites vies qui s’agitent la veille de la fête. Le passeur est mort : qui désormais fera traverser les lacs ? Une renarde cherche des œufs pour ses petits. Monsieur Schramm ne sait pas encore s’il va acheter des cigarettes ou se faire sauter la cervelle. Anna sera brûlée demain pendant la fête et un cochon sera gracié. Mme Kranz part peindre un de ses fameux tableaux, au bord du lac, la nuit. Johann prépare son examen pratique de carillonneur.

Et il y a des multitudes d’histoires qui s’ajoutent au texte premier : les histoires des habitants du village, des souvenirs et des récits des siècles passés. Dans la Maison du Patrimoine, il y a des textes et des jugements qui, dans une langue un peu passée, parlent de cochon à tête d’homme, de sorcière, d’empoisonneur ou de pommier sans propriétaire. « Qui écrit les histoires anciennes ? » (p. 258) Le texte se répond quelques pages plus loin. « Quelqu’un. Quelqu’un écrit. Quelqu’un a toujours survécu pour le faire. » (p. 263) Toutes ces histoires juxtaposées, superposées, qui se font écho et répétitions composent une tapisserie précieuse qui fait la chronique du village. Le lecteur attentif remarque que certains motifs se répètent au fil des années. Et, à y regarder de plus près, la nuit qui précède la fête est longue comme les siècles déjà écoulés.

Il est un personnage qui m’a particulièrement émue : la renarde aussi prépare une fête, elle qui veut offrir à ses petits des œufs frais, comme un dernier cadeau avant de les laisser vivre, adultes et indépendants. Prête à tous les risques et à toutes les audaces, elle est une mère courage d’un genre nouveau et son drame final n’en est que plus poignant, plus injuste et plus révoltant.

La grande musicalité du style, très certainement rendue audible grâce au talent de la traductrice (Françoise Toraille), confère des accents de conte à ce roman original, beau comme une légende

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17 août 2015

Funny Girl

Hornby_Funny girlRoman de Nick Hornby. À paraître le 19 août.

À peine élue Miss Blackpool, Barbara rend sa couronne et part à Londres. « Barbara savait qu’elle ne voulait pas être reine d’un jour, ni même d’un an. Elle ne voulait pas être reine du tout. Elle voulait juste passer à la télévision et faire rire les gens. » (p. 15) Elle commence par changer son nom : désormais, elle est Sophie Straw et elle est bien décidée à décrocher un rôle. La chance lui sourit quand elle rencontre Bill et Tony, scénaristes qui travaillent en duo et qui planchent sur un sketch pour l’émission Comedy Playhouse sur la BBC. Ce qui ne devait être qu’un épisode d’un soir devient une série comique à succès, Barbara (et Jim). Sophie devient une star du petit écran et savoure sa popularité. À ses côtés, son partenaire à l’écran, Clive, devient son partenaire dans la vie parce que c’est un peu ce que tout le monde attend : un bel acteur sort avec une belle actrice et le glamour de leurs personnages rejaillit sur leur vie privée. « Barbara et Jim n’étaient plus des personnages de fiction. Leur popularité et tout ce que le public projetait sur eux les avaient rendus réels et ils avaient bien besoin qu’on leur prodigue de l’attention et des conseils. » (p. 186)

Mais derrière le succès, le glamour et le rêve, il y a la vie, la vraie, et son défilé de tracas. Clive est jaloux de la renommée de Sophie. « Clive ne percerait jamais, pas de la façon dont il le voulait. Il voulait le premier rôle, et il n’avait pas l’étoffe d’un premier rôle. » (p. 208) Les scénaristes Bill et Tony dissimulent un secret embarrassant et Dennis, le producteur, ne sait comment déclarer sa flamme à la belle Sophie, laquelle traîne quelques angoisses. « La crainte de Sophie, c’était d’être restée Miss Blackpol, en dépit de tout ce qui lui était arrivé depuis. » (p. 321) Les saisons passant, l’intérêt du public s’émousse : comment fait-on pour maintenir le niveau comique d’une série, pour renouveler l’humour sans tomber dans la facilité et sans perdre l’originalité des débuts ?

Voilà un roman remarquable qui saisit le parfum d’une époque et parvient à le fixer juste assez pour qu’on s’en régale et qu’on ressente la nostalgie et le manque. Les années soixante voient de nombreux bouleversements en Angleterre : quatre garçons dans le vent secouent le conformisme et la tradition, les chaînes de télévision osent proposer des programmes modernes, un brin irrévérencieux et aux sujets d’actualité. Avec Barbara (et Jim), série inventée par l’auteur, mais qui aurait pu très bien exister, le public anglais se rassemble et partage un moment de plaisir. « On a écrit ce qu’on avait envie d’écrire, et on s’est retrouvés avec dix-huit millions de spectateurs. N’est-ce pas tout l’objet des comédies télévisées ? De fédérer les gens ? » (p. 225 & 226)

Par certains aspects, ce roman m’a rappelé Saga de de Tonino Benacquista : les scénaristes, les acteurs et les personnages forment une famille à laquelle on s’attache. Ici, l’humour est tout ce qu’il y a de plus délicieusement british, à la fois pincé et pop, grave et absurde. On aurait envie que cette série existe, de s’asseoir dans des fauteuils en skaï pour la regarder, puis d’écouter en boucle le dernier album des Beatles. La série inventée par Nick Hornby est comme le roman dans son ensemble : un parfait divertissement populaire, dans toute la dimension positive que cela suppose. Il faut un grand talent pour divertir sans abêtir et c’est qu’offre Funny Girl.

Du même auteur : Une éducation, Juliet, NakedHaute fidélité.

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16 août 2015

Billevesée #190

Le chômage, un des maux du siècle (et du siècle précédent)...

Un peu d'étymologie, ça vous tente ? J'ai demandé un peu d'aide à l'ami Wikipedia.

Ce mot vient du latin populaire "caumare", lui-même issu du grec ancien "kauma" signifiant "se reposer pendant la chaleur". Jusqu'au 19e siècle, le terme "chômage" signifie une cessation d'activité, quelle que soit la raison.

Alors, billevesée ?

Billevesee_Chomage

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