Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

15 février 2019

La nuit des béguines

Roman d’Alice Kiner.

En 1310, les béguinages de France ne savent pas qu’ils vivent leurs dernières années de tranquillité. « Toute femme n’étant ni épouse ni nonne est suspecte. Surtout lorsqu’elle s’acharne à prêcher, usurpant les privilèges du clergé. Et des hommes. » (p. 65) L’accusation d’hérésie et la condamnation de la béguine Marguerite Porete, autrice du Miroir des âmes simples et anéanties, sont les premiers indices de cette fin imminente. L’exécution des Templiers, ordre religieux qui a refusé de se soumettre à l’autoritarisme de Philippe Le Bel, est un autre funeste présage. De partout s’élèvent des voix pour critiquer les béguines et leur reprocher les pires vices. Il devient insupportable que des femmes soient libres, sans époux ni règle religieuse, qu’elles conservent leurs biens, exercent une activité et vivent en communautés, « une citadelle pour les femmes, pas une prison » (p. 15) Au grand béguinage de Paris, l’arrivée de Maheut la Rousse, jeune fille en fuite, lance un incendie qui va longtemps couver sous la braise, balayant d’autres béguines, mais aussi des religieux et des laïcs.

Le roman s’étire sur une dizaine d’années : les jeunes gens gagnent en maturité, des enfants naissent, des personnes meurent, et l’Histoire embarque dans son flot des destinées célèbres ou anonymes. Si le texte se lit facilement, c’est malheureusement en raison d’une narration et d’un style un peu faibles. Mais La nuit des béguines offre une bonne entrée en matière à ceux et celles qui voudraient découvrir l’histoire de ces communautés de femmes. Et je vous conseille surtout le roman de Clara Dupont-Monod, La passion selon Juette, qui présente l'histoire d'une véritable béguine que les Belges célèbrent encore.

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13 février 2019

Simone Veil : L'immortelle

Bande dessinée de Pascal Bresson et Hervé Duphot.

26 novembre 1974. Simone Veil se prépare à présenter son projet de loi autorisant l’interruption volontaire de grossesse. « Elle ne doit pas effrayer les hommes. Elle a l’intelligence de les comprendre, de ne pas entrer en conflit avec eux. » (p. 5) Depuis des semaines, la ministre de la Santé reçoit des lettres d’injures, de menaces, d’intimidation. Son projet de loi dérange, choque, révolte. Nombreux sont ceux qui en appellent à la loi divine, mais Simone Veil est confiante. « On ne doit pas se laisser intimider ni même se laisser entraîner dans un débat moral. » (p. 7) À quelques heures du vote, rien n’est joué et elle ne sait pas encore si elle peut compter sur le soutien de la gauche. Elle ne connaît pas la position de l’Église. On la voit fumer, beaucoup, et se souvenir. Reviennent l’enfance, l’adolescence sous l’Occupation, l’arrestation, le camp, la perte de ses proches. Reviennent la rencontre avec Marceline Lorridan-Ivans, la volonté de ne pas fléchir, de tenir jusqu’à la fin de la guerre. Après tout ce qu’elle a vécu, Simone Veil se sait solide et déterminée. Hélas, il en faudrait si peu pour qu’elle vacille, tandis que les hommes politiques de son propre parti agitent le spectre des agissements nazis pour qualifier l’IVG. « Je ne me laisserai pas abattre par ce torrent de haine et je ne montrerai pas à ces hommes qu’une femme est plus fragile qu’eux. » (p. 55) La suite de l’Histoire, tout le monde la connaît : la loi est passée et les femmes ont enfin acquis le droit de disposer de leur corps.

Très bel hommage à Simone Veil, récemment décédée, cette bande dessinée est aussi un rappel nécessaire face aux mentalités rétrogrades qui voudraient tant supprimer des droits à ceux et celles qui ont eu tant de mal à les obtenir. Faut-il rappeler que l’IVG n’est pas un mode de contraception, que l’avortement de confort n’existe pas, sauf dans l’esprit de ceux qui voudraient contrôler les femmes ? Apparemment, et malheureusement, oui. « Aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement. Il suffit d’écouter les femmes. C’est toujours un drame et cela restera toujours un drame. » (p. 32) Avec ses pages en noir et blanc parsemées de touches de monochromie qui changent selon les époques, ce livre est un bel ouvrage. Chapeau aux dessinateurs qui ont su représenter Simone Veil, Jacques Chirac, Valéry Giscard d’Estaing et bien d’autres sans les caricaturer, mais en saisissant l’essentiel de leurs traits. Ils sont tous parfaitement reconnaissables. Le seul reproche que j’ai à faire à cet ouvrage tient dans les dialogues que j’ai parfois trouvés un peu artificiels. Mais après tout, qu’en sais-je ? Je ne fréquente pas les hautes sphères du pouvoir et peut-être est-ce ainsi que les membres d’un gouvernement discutent…

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10 février 2019

Potins #58

Elizabeth Gaskell est une autrice anglaise née en 1810 et décédée en 1865.

POTIN - Elle a commencé à écrire avec les encouragements de son époux pour se départir du chagrin d'avoir perdu son fils à l'âge de neuf mois.

Lisez : Le héros du fossoyeur, Lisette Leigh, L'oeuvre d'une nuit de mai, Cousine Phillis et évidemment Nord et Sud.

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06 février 2019

Chien-loup

Roman de Serge Joncour.

Été 2017. Lise et Franck partent pour trois semaines de vacances, dans un gîte perdu au milieu du causse. Pour Lise, c’est l’occasion de se couper des ondes, de renouer avec la vie simple et avec la nature. Pour Franck, c’est l’enfer : ce producteur stressé, drogué à l’information et à la connexion, ne supporte pas l’immense solitude des lieux. « Il se mit à marcher de long en large pour essayer d’attraper du réseau quelque part, il tenait le téléphone tendu devant lui, comme une télécommande pour rallumer le monde. » (p. 58) Et le calme n’étant pas le silence, Franck redoute tous les bruits venus du sous-bois et des collines alentours. Y aurait-il des ours ou des loups dans les parages, rôdant chaque nuit ? « Cette obscurité, il la ressentait comme une encre qui s’infiltrerait en tout. » (p. 89) Quand arrive un immense chien-loup qui semble se chercher un maître, Lise et Franck ne savent pas encore qu’ils vont toucher du doigt la cruauté et la folie humaines. Et que, par un étonnant retour d’histoire et de destin, leur séjour dans la maison isolée a un lien très fort avec l’Allemand dompteur de fauves, à qui on avait permis de se cacher de la guerre avec ses monstres rugissants tout en haut de la montagne. Cet Allemand dont la présence surplombante et menaçante lui a valu les pires accusations : n’était-ce pas lui qui était responsable des pluies diluviennes de l’automne, de la foudre sur les Orcières et de la disparition du soleil pendant l’hiver, alors que tous les hommes étaient au front et que les femmes s’épuisaient à travailler la terre et à continuer à vivre ? Mais personne, sauf la belle Joséphine, la femme du médecin, n’osait monter les voir, lui et ses fauves. « On ne cherche pas querelle à un homme qui fait s’asseoir des tigres et des lions, ça porte malheur… » (p. 99).

J’ai apprécié les débuts de ce roman qui rappellent la boucherie que fut la guerre de 14-18. Et par boucherie, j’entends le sens premier, ce lieu affreux où l’on abat les animaux : bœufs, chevaux, bêtes de cirque et de zoo, tant d’innocents enrôlés de force dans le conflit des hommes. J’ai aussi apprécié le rappel du lien qui unit l’homme et la bête domestiquée : « Être maître d’un animal, c’est devenir Dieu pour lui. » (p. 189) J’ai également apprécié l’alternance des chapitres, entre 1914 et 2017, ce qui construit un suspense haletant entre le drame passé et le drame en cours. Hélas, la résolution m’a beaucoup déçue : trop courte, trop brusque, trop facile en un sens. Autre point négatif : les répétitions d’un chapitre à l’autre, voire d’un paragraphe à l’autre, qui m’ont donné l’impression d’un récit qui ne progressait pas, qui piétinait, voire qui était tiré en arrière. Cependant, la plume de Serge Joncour est là, généreuse et riche, et rien que pour ça, cette lecture n’est pas manquée !

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04 février 2019

Nuit

Roman d’Edgar Hilsenrath.

Dans le ghetto de Prokov, la survie s’organise au jour le jour. Chacun cherche un refuge pour la nuit, car les rafles emportent tous ceux qui sont trouvés dans la rue après le couvre-feu. « Nous envions les morts… et partout, quand sonne l’heure, personne ne veut mourir. Pourquoi tenons-nous tant à la vie ? / Parce que nous n’avons pas perdu espoir. / Si, Déborah, nous avons perdu espoir. » (p. 174) Parmi tous les miséreux, il y a Ranek. Ni plus chanceux ni plus débrouillard qu’un autre, il gagne chaque journée de survie à la force de ses maigres bras et de sa roublardise. Prêt à tout pour une pomme de terre, pour une gorgée de soupe ou une poignée de farine, Ranek se méfie de tous. Dans l’asile de nuit et partout dans le ghetto, la faim et la fatigue conduisent aux dernières extrémités. La solidarité est de plus en plus rare. « On essaie de rester humain… et après ? Qu’est-ce qu’on y gagne ? » (p. 370) Tout s’achète et tout se vend, même la misère et la honte. Dépouiller les morts de leurs maigres biens, jusqu’au plus petit chiffon, c’est toujours une heure de plus gagnée sur la nuit. « Les morts pardonnent aux affamés, et ils pardonnent aux désespérés. » (p. 381)

Dans ce premier roman qu’il a mis plus de 10 ans à écrire, Edgar Hilsenrath a placé beaucoup de sa propre expérience. Lui aussi a connu le ghetto, la faim, le typhus, le froid. Si son roman alimente inexorablement la littérature de l’Holocauste, l’auteur propose une image du Juif débarrassé de son misérabilisme : ici, la victime est prête à tout, à devenir criminelle, cruelle. Bien que bornés par les frontières du ghetto, les juifs de Prokov se rebellent juste en existant et rendent chaque coup, ne serait-ce qu’en crachant. « Mettez-vous ça dans le crâne une fois pour toutes : ne vous occupez pas des autres. Fichez-vous toujours de ce que font les autres, s’ils mangent, s’ils baisent ou s’ils crèvent… Rien à cirer… ici c’est chacun pour sa pomme. » (p. 59)

Le tour de force de ce roman, compris tout entier dans le titre, est de faire de tout le récit une longue nuit, même quand il fait jour. « Une nuit, ça peut être long. » (p. 286) L’aube ne poindra vraiment qu’avec l’ouverture du ghetto et la fin de la guerre. D’ici là, le crépuscule n’en finit pas. Et le temps de la nuit est dilaté par l’angoisse, les souvenirs et les cauchemars : il devient une éternité de peur, de souffrance et d’incertitude. « Tu n’as pas vraiment dormi. Ces pensées ont surgi de ta somnolence. Ces derniers temps, ça t’arrive souvent. Tu ne sais plus distinguer entre les rêves et les pensées. Mais tu n’es pas encore cinglé, juste affamé. » (p. 48) La dernière phrase du roman contient cependant une infinité de possibles et d’espoirs permis par la maternité : le jour ne s’est pas encore levé, mais certains auront la chance de le voir.

Résolument plus sombre que ses romans suivants, Nuit est sans conteste le texte fondateur de l’œuvre d’Edgar Hilsenrath, dont je ne peux que vous conseiller la lecture. Et si vous cherchez un autre texte immense issu de la littérature de l’Holocauste, lisez À pas aveugles de par le monde de Leïb Rochman.

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03 février 2019

Potins #57

James M. Cain est un auteur américain né en 1892 et décédé en 1977.

POTIN - Mobilisé en France en 1918, il sera rédacteur du journal de la 79e division, intitulé Lorraine Cross.

Lisez : Mildred Pierce et Le facteur sonne toujours deux fois.

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01 février 2019

Le meurtre de Roger Ackroyd

Roman d’Agatha Christie.

Je n’aime pas les romans policiers, notamment ceux d’Agatha Christie. Mais j’ai promis à quelques amis fans de cette autrice de lire au moins ce roman qui est selon eux un incontournable, un fondateur du genre. Qu’à cela ne tienne, voyons ce que ce bouquin a dans le ventre. Je m’abstiens de trop en dire : ceux qui connaissent la chute comprendront et ceux qui ne la connaissent pas m’en voudront peut-être de donner trop d’indices. Sachez seulement que, comme son titre l’indique, il s’agit de découvrir qui a tué Roger Ackroyd. Aidé du Dr James Sheppard, Hercule Poirot mène l’enquête. « La police peut se tromper, […] et à mon avis c’est ce qu’elle est en train de faire. » (p. 62) Tout le monde est suspect et tout le monde a un alibi ou une bonne excuse. Mais on ne l’a fait pas à Poirot : à la retraite ou non, l’insupportable petit Belge ne se laisse pas berner. « Voyez-vous, quand je sens que quelqu’un me cache quelque chose, j’imagine toujours le pire. » (p. 136)

J’ai trouvé le coupable avant la moitié du bouquin tant les indices m’ont semblé évidents, voire hurlants. Le procédé narratif a peut-être surpris les lecteurs de l’époque, mais tout de même, l’assassin dévoile quasi immédiatement son identité. Mais ce que je reproche surtout à Agatha Christie, c’est son style très daté. OK, ce n’est pas sa faute : quand elle écrivait, son style était d’époque, mais celui-ci vieillit très mal. Tout comme les opinions de la dame sur les Juifs, les domestiques ou encore les femmes qui me donnent quelques irritations ! Bref, j’ai lu le livre et on va dire que, maintenant, j’en ai fini avec Agatha Christie.

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30 janvier 2019

Les intrus de la Maison Haute - Précédé d'un autre conte du Wessex

Nouvelles de Thomas Hardy.

Le bras atrophié – Le fermier Lodge rentre chez lui avec sa jeune et jolie épouse, Gertrude, ce qui ne manque pas de blesser Rhoda Brook, laitière abandonnée par le maître des lieux. Rapidement, le bras de la jeune mariée s’abîme et s’affaiblit. « C’est comme si quelque sorcière, ou le diable lui-même, m’avait attrapée là et flétri le bras. » (p. 28) Si on ajoute le passage d’un spectre, un rêve aussi troublant que prémonitoire et un procédé de guérison tout à fait macabre, nous avons là les ingrédients d’un drame fantastique du meilleur tonneau.

Les intrus de la Maison Haute – Accompagné de son témoin, Mr Darton est en chemin pour rejoindre sa fiancée, Sally Halls. « La raison pour laquelle j’ai décidé de l’épouser […] n’est pas seulement qu’elle me plaît, mais que je ne pourrais trouver mieux même d’un point de vue essentiellement pratique. » (p. 67) De son côté, la jeune femme attend son futur époux et une robe qui est un cadeau de mariage. Or, celui qui passe la porte n’est pas le fiancé, mais Philip Halls, le frère de Sally revenu inopinément d’Australie, et la robe escomptée est portée par l’épouse de ce revenant inattendu. Voilà qui bouleverse pour longtemps, voire toujours, les projets matrimoniaux établis.

J’apprécie depuis longtemps les romans de Thomas Hardy : il y déploie des personnages forts et des intrigues complexes, toujours nouées de tragédie, de dilemme et d’honneur malmené. Ses nouvelles – ou contes – sont du même niveau. En peu de pages, avec une remarquable économie de moyens, mais une parfaite maîtrise du principe romanesque, Thomas Hardy offre là deux histoires saisissantes. Il me tarde de lire ses autres contes du Wessex.

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28 janvier 2019

Le magicien d'Oz

Roman de Lyman Frank Baum.

Au pays d’Oz, vous trouverez :

  • Dorothy et son chien Toto, arrachés du Kansas par une tornade ;
  • Les Souliers d’Argent de la Méchante Sorcière de l’Est ;
  • Des Munchkins et des Winkies ;
  • La Cité d’Émeraude et la Cité de Porcelaine ;
  • Une route pavée de briques jaunes ;
  • Un épouvantail sans cervelle ;
  • Un Bûcheron de Fer-Blanc sans cœur ;
  • Un lion sans courage,
  • Une cigogne, des mulots et des singes volants ;
  • Un Bonnet d’Or ;
  • Des lunettes aux verres verts verrouillés.

Je ne résume pas cette histoire que tout le monde connaît. Ce fut une lecture rapide et plaisante, avec une morale bienveillante un peu niaise, mais est-on jamais trop bienveillant ? « Vous autres qui avez un cœur, vous pouvez vous en servir pour vous guider et ne jamais nuire à personne. » (p. 50) Il me reste à voir le film pour achever de combler cette lacune dans ma culture populaire américaine.

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27 janvier 2019

Potins #56

Donna Tartt est une autrice américaine née en 1963.

POTIN - Elle met près de 10 ans à écrire chacun de ses romans.

Lisez : Le maître des illusions, Le petit copain, Le chardonneret.

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