Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

17 juillet 2018

L'ordre du jour

Vuillard_Ordre du jourRoman d’Éric Vuillard.

Un 20 février du siècle dernier, ils étaient 24 industriels et autres magnats de la finance à se rendre au Reichstag pour rencontrer le jeune et dynamique chancelier Adolf Hitler. « Le fond du propos se résumait à ceci : il fallait en finir avec un régime faible, éloigner la menace communiste, supprimer les syndicats et permettre à chaque patron d’être un Führer dans son entreprise. » (p. 15) Après la rencontre, les patrons d’Opel, Krupp, Allianz, Siemens ou encore Bayer ont tous mis la main au portefeuille pour soutenir le parti nazi et ses ambitions, martiales dans la forme si ce n’est de nom. Pendant ce temps, le reste de l’Europe refuse de prendre au sérieux la menace. Alors, on sourit dans les ambassades, on sourit dans les dîners et on sourit dans les journaux. La guerre semble inévitable, mais dans un sens, le monde ferme les yeux. Et Hitler en profite : il impose ses exigences délirantes à l’Autriche, puis aux Sudètes. « Les plus grandes catastrophes s’annoncent souvent à petits pas. » (p.50)

80 ans plus tard, qu’en retient l’Histoire ? Que de grandes entreprises ont employé, plus ou moins sans le savoir, des prisonniers des camps de concentration. « La guerre avait été rentable. » (p. 88) Que les Juifs, même longtemps après, sont encore et toujours accusés d’avoir coûté trop cher. Que la mémoire est oublieuse, en dépit des injonctions à se souvenir. « L’Histoire est là, déesse raisonnable, statue figée au milieu de la place des Fêtes, avec pour tribut, une fois l’an, des gerbes séchées de pivoines, et, en guise de pourboire, chaque jour, du pain pour les oiseaux. » (p. 91) C’est avec cynisme et amertume que le narrateur revient sur les évènements administratifs et mondains qui ont précédé la Deuxième Guerre mondiale, et sur l’alarme vociférante qu’ils lançaient et auxquels la vieille Europe est restée sourde. « Ne croyons pas que tout cela appartienne à un lointain passé. » (p. 89)

On sent chez Éric Vuillard une profonde compréhension du langage cinématographique – normal puisqu’il est cinéaste et scénariste – et chaque description a la précision d’un plan séquence. Comme dans les tragédies antiques, l’engrenage est parfaitement huilé et inexorable. Fatal à tous les titres. Bien que l’on connaisse l’issue, on voudrait que quelqu’un intervienne, qu’une voix s’élève et que tout soit évité. Mais la fatalité gagne à tous les coups.

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15 juillet 2018

Potins #28

Clara Dupond-Monod est un autrice et journaliste française née en 1973.

POTIN - Passionnée par le Moyen Âge, elle ne supporte pas que l'adjectif "moyennageux" soit utilisé en synonyme de "barbare" ou "réactionnaire". Et je partage cette position !

Lisez : La passion selon Juette, La folie du roi Marc, Le roi disait que j'étais diable, Eova Luciole ou encore Nestor rend les armes.

Potins_Clara Dupond-Monod

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13 juillet 2018

Dark Matter

Crouch_Dark MatterRoman de Blake Crouch.

« J’ai fait quelque chose qui a provoqué cette situation. » (p. 15) Ancien physicien atomiste prometteur, Jason est devenu professeur de physique dans une faculté de seconde zone. Marié et père, il est heureux, mais ne peut pas s’empêcher de se demander comment aurait tourné sa vie s’il avait pris d’autres décisions. D’étranges et violents évènements lui apportent des réponses à ce questionnement : le voilà dans un monde où il n’est pas marié à Daniela et où leur fils Charlie n’existe pas, mais où il est un scientifique reconnu qui a concrétisé une des énigmes de la physique quantique. « Je sais que vous me prenez pour un dingue, mais je n’ai pas de tumeur au cerveau, ce n’est pas un canular, et je ne suis pas fou. » (p. 74) Pour retrouver son monde, Jason est prêt à tout. Si vous connaissez la (vieille) série Sliders, vous connaissez la suite. « S’il existe une infinité de mondes, comment retrouver celui qui m’appartient à moi seul ? » (p. 155)

Blake Crouch est l’auteur de Wayward Pines, trilogie adaptée en série dont j’avais beaucoup apprécié les premiers épisodes, mais pas du tout les derniers. Même constat avec ce roman : il y a une idée de départ géniale, vraiment exceptionnelle, mais elle perd rapidement en intensité et tout devient convenu et prévisible. Ajoutez à cela un style plat et médiocre, ça n’aide pas à achever la lecture. « Les huit dernières heures de ma vie n’ont aucun sens. Tout paraît réel, mais… ce n’est pas possible. » (p. 50) Cependant, je suis allée jusqu’au bout parce que, 60 pages avant la fin, il y a un nouvel élément intriguant qui relance un peu l’intérêt. La conclusion est plutôt bonne, mais assez mièvre. Le livre fait l’objet d’un projet de film : reste à savoir si j’ai envie de m’infliger l’adaptation passée à la moulinette d’Hollywood d’un roman à la qualité assez moyenne.

« La théorie du multivers en mécanique quantique part du principe que toutes les réalités possibles existent. Que tout ce qui a une probabilité de se produire se produit. Tout ce qui aurait pu arriver dans notre passé est arrivé, mais dans un autre univers. » (p. 101) Si la théorie des cordes, la superposition quantique et la matière noire ne vous passionnent pas, passez votre chemin. Le roman n’en donne qu’une approche très sommaire, et le pauvre chat de Schrödinger en prend une nouvelle fois plein la tronche. Néanmoins, il y a un point intéressant dans le roman, c’est la réflexion sur l’identité et le fil de l’existence. « Je peux maintenant oublier la piqûre permanente des regrets dans mon existence. Les chemins dont je me suis détourné ne sont pas l’inverse de ce que je suis devenu. » (p. 163) Ça fait un peu réfléchir sur les choix et les renoncements, mais aussi sur le libre arbitre, l’autodétermination, la destinée, etc. Mais surtout, ça interroge sur le fait d’être ou non le maître d’une histoire dont nous sommes le héros. « Nous valons plus que la somme de nos parties. Les voies dont nous nous sommes détournés constituent elles aussi notre identité. » (p. 231) Sauf que – sans doute aurais-je dû commencer par ça –, toute l’intrigue du roman repose selon sur une incohérence majeure que je m’abstiens de détailler pour préserver l’intérêt du livre à ceux qui voudraient l’ouvrir. Je suis peut-être trop cartésienne (en fait, non, pas du tout), mais je sais que comme les voyages dans le temps, les voyages entre des réalités superposées/simultanées/parallèles sont un sujet vraiment casse-gueule. Et quand l’auteur se prend les pieds dans le tapis en page 40, les 190 pages restantes sont bien difficiles à avaler.

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10 juillet 2018

Pastorale américaine

Roth_Pastorale americaineRoman de Philip Roth.

Quatrième de couverture : Après trente-six ans, Zuckerman l'écrivain retrouve Seymour Levov, dit « le Suédois », l'athlète fétiche de son lycée de Newark. Toujours aussi splendide, Levov l'invincible, le généreux, l'idole des années de guerre, le petit-fils d'immigrés juifs devenu un Américain plus vrai que nature. Le Suédois a réussi sa vie, faisant prospérer la ganterie paternelle, épousant la très irlandaise Miss New Jersey 1949, régnant loin de la ville sur une vieille demeure de pierre encadrée d'érables centenaires : la pastorale américaine. Mais la photo est incomplète, car, hors champ, il y a Merry, la fille rebelle. Et avec elle surgit dans cet enclos idyllique le spectre d'une autre Amérique, en pleine convulsion, celle des années soixante, de sainte Angela Davis, des rues de Newark à feu et à sang...

J’ai abandonné page 170/450, lassée par les répétitions et les ressassements. On comprend très vite que le bonheur idéal que s’était construit Seymour Levov a été pulvérisé par l’acte impardonnable de sa fille. C’est répété jusqu’à la nausée et j’avais le sentiment que le roman ne progressait pas. Dommage, car j’avais vraiment envie de pousser plus avant la découverte d’une Amérique en proie à une schizophrénie inévitable et quasi fondatrice. « Voilà sa fille qui l’exile de sa pastorale américaine tant désirée pour le précipiter dans un univers hostile qui en est le parfait contraire, dans la fureur, la violence, le désespoir d’un chaos infernal qui n’appartient qu’à l’Amérique. » (p. 89)

En cours de lecture, j’ai compris que Nathan Zuckerman est un héros récurrent de l’œuvre de Philip Roth : pas très malin de ma part de commencer avec le sixième volume où il est question de lui. J’ai cependant éprouvé plus d’empathie pour ce narrateur que pour le Suédois, agaçant de perfection. « Son naturel était un talent. Incarnation d’une force étrange, irrésistible, il avait pourtant conservé une voix et un sourire exempts du moindre soupçon de condescendance. » (p. 23) Au travers de Nathan, l’auteur s’interroge sur le vieillissement et la possibilité de se connaître vraiment. Le long épisode consacré à la réunion d’anciens élèves, 45 ans après leur diplomation, est un mélange d’humour amer et de désillusion. Chacun relit ses souvenirs, les confronte à ceux des autres, les corrige et tente de les réintégrer à sa propre histoire. « Même à moitié inconscient, j’étais une biographie en mouvement, une mémoire jusqu’à la moelle des os. » (p. 49)

Bref, ma première rencontre avec Philip Roth est ratée. À tout hasard, je regarderai la récente adaptation cinématographique de ce livre.

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08 juillet 2018

Potins #27

Stephen King est un auteur américain né en 1947.

POTIN - Il a une petite chienne adorable, Molly, qu'il surnomme "The Thing of Evil" (La chose du mal).

Lisez : TOUS SES LIVRES !!! (Mêmes les moins bons !)

Potins_Stephen King

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06 juillet 2018

Frappe-toi le cœur

Nothomb_Frappe-toi le coeurRoman d’Amélie Nothomb.

« Quelle sottise de mettre des mots sur son espérance, à plus forte raison des mots aussi mesquins ? Marie ne nommait pas son attente, elle en savourait l’infini. » (p. 4) Malheureusement pour elle, Marie tombe enceinte alors qu’elle aurait encore voulu savourer sa jeunesse. Conséquence terrible : elle n’aime pas sa fille, l’adorable Diane. Et c’est d’autant plus douloureux pour l’enfant qui voit que sa mère aime son petit frère et sa petite sœur. Sans se l’avouer vraiment, Marie blâme son aînée pour tout ce dont elle l’a privée. « Elle est maladivement jalouse de sa fille. C’est ça qui l’empoisonne. » (p. 14) Pour se protéger, Diane multiplie les mécanismes de défense et d’évitement, jusqu’à s’éloigner durablement de sa famille et surtout de sa mère.

Comment grandir quand on est privé de l’amour de celle qui compte le plus au monde ? Amélie Nothomb interroge les relations mères/filles toxiques, soit par manque d’amour, soit par excès de sentiment. Face à deux exemples de familles dysfonctionnelles, Diane tente de sauver l’enfant qu’elle était et de surmonter la trahison des femmes qu’elle aime et en qui elle place tant d’espoir et d’attente. Aiguisé comme une lame, ce roman va fouiller loin dans le cœur et dans les souvenirs d’enfance. Un peu honteusement (même si je n'y peux rien), je peux me rengorger d’avoir eu une enfance normale, entre des parents qui ont su aimer également et profondément leurs quatre enfants. Et j’ai beau avoir autour de moi des exemples d’enfants mal aimés ou détestés par leur mère, cet échec de l’affection reste pour moi un mystère. Un grand bravo à Amélie Nothomb d’avoir réussi à me faire soulever un coin de ce triste rideau.

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03 juillet 2018

Alex

Lemaitre_AlexRoman de Pierre Lemaitre.

Alex est jeune et jolie. Elle attire les regards et suscite le désir. Mais elle ne s’attendait pas à être enlevée par un homme qui lui parle à peine et l’enferme dans une petite cage en hauteur. « Quand on traite une femme de sale pute, c’est qu’on veut la tuer, non ? »  (p. 55) Combien de temps faut-il pour mourir dans de telles conditions ? L’enquête pour la retrouver piétine, mais quand elle aboutit, il est trop tard : Alex a disparu. S’ouvre alors une nouvelle enquête d’une autre ampleur : Alex est-elle vraiment une victime ? Est-ce un monstre ou un innocent qui était suspendu dans la cage ?

Le sens du récit, le talent de raconter une histoire, Pierre Lemaitre les maîtrise. Ici, il développe une horreur croissante où le sordide rivalise avec l’indicible. Et les rats, putaing, les rats… JE HAIS LES RATS ! Cependant, le thriller n’est pas et ne sera jamais ma tasse de thé. Le sensationnalisme de ce genre m’agace beaucoup. Je préfère de loin les romans plus classiques de l’auteur, Au revoir là-haut et Couleurs de l’incendie, que je vous recommande sans hésiter.

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02 juillet 2018

Harry Potter - À la découverte de l'histoire de la magie

Collectif_Harry Potter_A la decouverte de lhistoire de la magieOuvrage collectif.

À l’occasion des 20 ans de la parution du premier tome des aventures du jeune sorcier à lunettes rondes, la British Library a organisé une exposition autour de l’œuvre de J. K. Rowling et de la magie en général. En examinant et en croisant de très nombreux documents historiques de toutes les époques et de toutes les civilisations, on découvre les sources d’inspiration de la créatrice du monde d’Harry Potter. Saviez-vous que Nicolas Flamel a vraiment existé ? Qu’on trouve vraiment des bézoards dans les estomacs des chèvres ? Ce livre est aussi une invitation à pratiquer la magie : recettes de potion, tours et incantations, lecture des lignes de la main ou des cartes, tout est là pour vous donner les bases de l’éducation du sorcier. Mais je ne vous garantis pas que vous obtiendrez votre BUSE avec ces quelques activités bien innocentes.

Collectif_Harry Potter_A la decouverte de lhistoire de la magie (4)

L’ouvrage est clairement ce que j’appelle un beau livre : couverture richement colorée et lumineuse, format atypique, pages épaisses, contenu iconographique passionnant et références bibliographiques et muséographiques à ne plus savoir où donner de la tête. Les chapitres correspondent chacun aux matières enseignées à Poudlard : lutte contre les forces du mal, divination, botanique, etc. C’est avec un plaisir immense que j’ai retrouvé de très nombreuses illustrations de Jim Kay qui met en image les 7 tomes des aventures d’Harry Potter dans des ouvrages grand format absolument superbes. En revanche, j’ai découvert avec surprise que J. K. Rowling utilise avec talent le crayon pour autre chose que pour écrire : en témoignent tous les croquis, plans et portraits qu’elle a dessinés. Preuve qu’elle a su décrire ce qu’elle avait en tête, c’est que les traits qu’elle donne à ses héros sont ceux que j’imaginais grosso modo avant que les acteurs des films superposent leur bobine à celle des personnages de papier. « Quand je planifie une histoire, plein d’idées me viennent en même temps : j’essaye de retenir les meilleures et de les noter. Mes carnets sont remplis de flèches et de triples astérisques qui signifient que je dois sauter quatre pages pour dépasser les idées griffonnées à la hâte vingt minutes plus tôt et reprendre le fil de l’histoire. » (p. 113)

Collectif_Harry Potter_A la decouverte de lhistoire de la magie (3) Collectif_Harry Potter_A la decouverte de lhistoire de la magie (2)

Ce livre magnifique me permet de patienter un peu jusqu’à la sortie au cinéma de la suite des aventures de Newt Scamander et des Animaux fantastiques 2. Il est évidemment question des films, de la pièce de théâtre et des autres livres tirés du premier arc narratif. Je doute de me lasser un jour de cet univers magique. Sans être une Potterhead capable de citer les noms de tous les personnages alphabétiquement, je me plais à découvrir sans cesse de nouveaux détails dans les textes que j’ai lus et les films que je commence à bien connaître.

Collectif_Harry Potter_A la decouverte de lhistoire de la magie (1)

Si vous voulez poursuivre votre découverture du monde exceptionnel imaginé par J. K. Rowling, je vous conseille ces quelques lectures.

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01 juillet 2018

Potins #26

J. K. Rowling est une autrice britannique née en 1965.

POTIN - Les aventures du petit sorcier qu'elle a inventé ont été traduites en plus de 80 langues.

Lisez : Le cycle d'Harry Potter, évidemment.

Potins_JK Rowling

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29 juin 2018

Nous rêvions juste de liberté

Loevenbruck_Nous revions juste de liberteRoman d’Henri Loevenbruck.

Hugo a grandi dans une misère affective profonde, au sein d’une famille peu aimante, et marqué par la mort de sa petite sœur. Quand il rencontre Freddy, Oscar et Alex, il se découvre une vraie famille où les amis sont des frères. « T’es un des nôtres, maintenant. On sera toujours là pour amortir la chute, mon pote. / On ne m’avait jamais rien dit d’aussi doux. » (p. 32) Les quatre gamins sont tous révoltés et bouillonnants d’énergie et glissent lentement vers la délinquance juvénile, jusqu’à devenir de vrais voyous. À mesure qu’ils franchissent les limites de la loi, qu’ils fument et boivent plus que de raison et qu’ils bouffent des kilomètres de bitume sur leurs bécanes, ils forment un groupe férocement soudé répondant à un code d’honneur très particulier. « C’était chouette d’être tous les quatre, de traverser la ville ensemble comme une armée qui partait au combat pour rendre justice. » (p. 79) Hélas, tout dérape : un des gamins frôle la mort, tous sont envoyés en maison de correction et quand ils en sortent, tout a changé. Les rêves de liberté s’effilochent et il faut grandir. Mais Hugo s’y refuse et fonde le club de moto de Providence, suivi d’anciens amis et rejoint par de nouveaux frères. La liberté semble alors si proche, si réelle. « Mon petit bonheur simple, c’était de vivre et de rouler avec cette belle bande de voyous dont personne d’autre voulait. » (p. 216) Hélas, dès l’incipit, on sait que quelque chose a mal tourné puisque la justice s’en est mêlée.

Ce récit d’écorché vif m’a terriblement rappelé la géniale série Sons of Anarchy (surtout combien elle me manque et combien j’ai hâte que paraisse le spin-off Mayans MC) : j’y ai retrouvé l’ambiance des motorclubs telle que dépeinte dans la série et le caractère follement séduisant des bikers paumés (KIM COATES FOREVER !!!). « La vie, les gens, tous essaient de t’empêcher d’être libre. La liberté, c’est un boulot de tous les jours. Un boulot à temps plein. » (p. 243) Malheureusement, gros bémol tout au long de ma lecture : selon moi, la forme orale du récit d’Hugo sonne faux, comme si l’auteur imaginait la façon dont un jeune voyou pourrait s’exprimer, sans avoir vraiment discuté avec l’un d’eux. Ce langage qui mélange style courant, vulgarité et quelques envolées lyriques ne m’a pas convaincue, et ça a grandement freiné mon enthousiasme pour ce roman dont l’intrigue est cependant très belle, poignante et bouleversante. « J’ai pas envie de tourner la page, j’ai envie de la déchirer. » (p. 292)

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