Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

22 novembre 2017

De quelques amoureux des livres

Claudel_De quelques amoureux des livresTexte de Philippe Claudel.

Commençons par préciser le titre complet de cet ouvrage : De quelques amoureux des livres que la littérature fascinait, qui aspiraient à devenir écrivain mais en furent empêchés par diverses raisons qui tenaient aux circonstances, au siècle de leur naissance, à leur caractère, faiblesse, orgueil, lâcheté, mollesse, bravoure, ou bien encore au hasard qui de la vie fait son jouet et entre les mains duquel nous ne sommes que de menues créatures vulnérables et chagrines.

Rien que ce titre à rallonge comme un essai des Lumières suffit à en dire beaucoup. Mais il manque un petit quelque chose, un presque rien, un rien du tout qui fait toute la différence. Rouge sur la première de couverture, l’esperluette. En tête de chaque chapitre, elle ponctue l’énumération et justifie la longue liste que nous présente l’auteur. Liste, litanie, voire litanie des saints sacrifiés sur l’autel de l’inspiration et de la création. Dans des portraits très courts, l’auteur rend hommage aux écrivains de toutes les époques et de tous les milieux sociaux, rappelant que la pulsion d’écriture est universelle, irrépressible.

Cet inventaire à la Claudel est absurde, bouffon, tragi-comique, mais aussi étrangement beau et touchant. Il suscite une grande compassion et de fols espoirs : rien n’est perdu tant que ce n’est pas tenté ! Voilà un ouvrage salutaire à offrir à ceux qui – comme moi – voudraient écrire : c’est tout à la fois un encouragement et un avertissement. Mais il faudrait aussi l’offrir aux auteurs que l’on admire, comme un rappel d’humilité, une remise à l’heure des pendules. Car pour un Hugo, une Austen, un Tolstoï, une Dickinson, combien d’écrivains avortés ? Combien de plumitifs en souffrance, rendus fous par l’inaboutissement ?

Mais comme dans Inhumaines, le désespoir est hilare. On ne pleure pas longtemps et c’est avec férocité qu’on met en pièces un autre écrivaillon, et encore un autre, et encore un ! Sur un certain fronton, il est gravé « Aux grands hommes la Nation reconnaissante ! » : ce livre est surtout un merci discret et cynique à ceux qui n’ont pas encombré nos bibliothèques ni accru notre syndrome de tsundoku.

Évidemment, je vous laisse avec des morceaux choisis. Voici quelques-uns de ces amoureux malheureux…

« & celui qui aurait pu être un immense écrivain s’il n’avait pas eu la femme qu’il avait. » (p. 25)

« & celui qui se croyait l’auteur du livre alors qu’il n’en était que le personnage. » (p. 54)

« & cette cohorte anonyme dans laquelle s’amalgament au sein d’une brume commune toutes celles et ceux qui ont un jour écrit et publié des livres, et qu’on a depuis longtemps oubliés et qui ont disparu, livres et auteurs, au gré de la versatilité des peuples et des incendies des bibliothèques. » (p. 58)

« & cette lectrice qui ne faisait l’amour qu’avec des écrivains dans l’espoir d’accoucher d’un livre. Elle ne réussit qu’à tomber enceinte de jumeaux dont elle a préféré avorter, ne sachant plus bien si leur père était un poète alcoolique ou un auteur de romans d’épouvante. » (p. 66)

« & ces gens écrivant des romans et les postant sur internet, comme un pêcheur lance sa ligne et son bouchon dans l’eau, espérant qu’un poisson s’intéressera à son leurre et qui relève de temps à autre sa canne pour voir si l’asticot gigote encore. » (p. 76)

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20 novembre 2017

La princesse qui pète

Roegiers_Princesse qui peteAlbum de Maud Roegiers.

Emma rêve d’être une princesse. Mais ça semble compromis parce qu’elle ne cesse de faire des prouts. « Et une princesse, ah, ça, non ! ça ne peut pas péter ! » Emma est convaincue d’avoir un petit animal dans le ventre. Avec l’aide de son doudou Lapinot, elle élabore un plan pour évacuer ce petit monstre. En espérant qu’elle arrêtera de péter une fois qu’elle en sera libérée… Mais ce qu’elle apprend de cette histoire est bien plus important. « Avec un peu de discrétion, on peut être une princesse dans toutes les situations. »

Que les dessins sont doux et charmants ! Il y a notamment une double page à renverser pour en saisir toute la beauté. Étant moi-même une princesse experte en prouts à paillettes, je ne pouvais qu’apprécier cette histoire. Et il faut dire que l’humour pipi-caca marche toujours très bien avec moi… Cet album m’a été offert par deux amies qui me connaissent très bien. Elles ont fait dédicacer le livre par l’autrice et c’est absolument adorable !

Roegiers_Princesse qui pete_1

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19 novembre 2017

Billevesée #308

Je suis dingue de fromage, mais j'essaie parfois de varier mon apport en calcium. Et comme je ne digère pas bien (mais alors pas bien du tout) le lait, je me rabats sur les yaourts.

Ma préférence va au yaourt grec : plus onctueux et plus "gourmand". Et ça se justifie ! Le yaourt grec contient presque deux fois plus de protéines et de graisses saturées que le yaourt normal. En revanche, il contient deux fois moins de sodium.

Il est idéal pour préparer le tzatziki, mon péché mignon de l'été !

Alors, billevesée ?

Billevesee_Yaourt grec

 

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17 novembre 2017

Winter

Bass_WinterTexte de Rick Bass.

Rick Bass et son amie Elizabeth décident de quitter la grande ville et de s’installer quelque part dans l’Ouest américain. Ils trouvent une maison dans la vallée du Yaak River, dans le Montana. Lui est peintre, elle est écrivaine. Ils n’ont jamais vécu sans le confort. « C’est parfois tout à fait merveilleux de découvrir qu’on était dans l’erreur, qu’on est ignorant et qu’on ne sait rien, peau de balle. » (p. 22) En arrivant sur place à la mi-septembre, ils savent qu’il est déjà presque trop tard pour préparer l’hiver. Et préparer l’hiver, ça signifie avoir suffisamment de bois pour se chauffer. « Ça faisait une curieuse impression, assez effrayante, de savoir que ce phénomène qu’on appelle les grands froids est tapi là-bas dans le futur, dans les ténèbres, mais qu’il est assuré. » (p. 58) Mais le narrateur se découvre une passion sincère pour l’hiver et des aptitudes pour cette vie simple et rude. Tant pis si sa voiture n’est pas faite pour les montagnes. Tant pis s’il est difficile de manier une tronçonneuse. Rick Bass s’approprie l’hiver et l’hiver l’accueille en son sein blanc et pur. « Je n’arrive pas à croire que je suis si riche, que je récolte autant de neige. Tout ce qui tombe m’appartient, nous appartient. » (p. 79)

Cette lecture est l’illustration d’un fantasme personnel : je rêve parfois de tout lâcher, de me retirer du monde et de m’enfoncer dans l’hiver. De vivre dans une cabane, au plus près de la nature, avec deux chiens et le son du bois qui craque dans la cheminée. J’aime le froid et j’aime l’hiver. J’ai donc suivi le récit du narrateur avec passion et envie. Ce journal est une immersion totale dans la saison blanche et l’on voit arriver mars avec tristesse, car cela annonce le dégel. Impossible d’en douter, dans ce texte, l’hiver est plus qu’une saison ou une température, c’est presque un personnage, au moins une entité omniprésente. « Cette vallée fourmille de mystère, de beauté, de secrets – et pourtant elle ne livre aucune réponse. Quelquefois, je crois que cet endroit – si haut dans les montagnes, au milieu de bois si touffus – et une sorte de marche menant au ciel, le dernier endroit par où l’on passe avant d’y arriver pour de bon. » (p. 55 & 56) Si vous aimez les mois glacés, lisez ce livre et plongez dans l’hiver. Et lisez aussi Indian Creek de Pete Fromm, un autre récit de vie extrême dans l'hiver nord-américain.

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15 novembre 2017

Beauté fatale

Chollet_Beaute fataleEssai de Mona Chollet.

Mona Chollet a décortiqué presse féminine, séries télévisées, publicités et stratégies marketing, blogs, sites Internet, enquêtes, témoignages de mannequin et autres. Elle en tire un état des lieux peu réjouissant de la position de la femme, des combats qui restent à mener et des paradoxes de la féminité. « La théorie de l’exception française suit toujours le même schéma discursif : on commence par concéder qu’il reste des progrès à faire, sans trop se fouler non plus pour dissimuler que ça ne nous empêche pas vraiment de dormir, puis on enchaîne très vite en soulignant les progrès inouïs qui ont quand même été accomplis. On en conclut que, dans ce contexte éminemment satisfaisant, celles qui continuent le combat ne peuvent être que des mégères enragées et hystériques que seul le ressentiment fait jouir, et qui cherchent à obtenir un traitement de faveur plutôt que l’égalité (puisqu’elles l’ont déjà !) » (p. 9)

À force de modèles illusoires et inatteignables, l’injonction de la féminité devient une menace de mort : c’est en cela que la beauté est fatale. Et les bonnes intentions, qui souvent tournent mal, ne suffisent pas à briser les spirales de haine de soi et d’autodestruction. Et tant que l’apparence – formatée, uniformisée, contrôlée – restera pour beaucoup la valeur première, la diversité féminine sera menacée. « Personne ne peut résister à cette scrutation de ses moindres défauts physiques, évalués selon des critères de plus en plus irréalistes. » (p. 209) Beauté fatale parle de surconsommation, de régimes, de chirurgie esthétique, de mode, de troubles alimentaires, d’histoires sordides ou encore de violences en tout genre.

Clairement, je rends très mal hommage à cet excellent texte et à la démonstration de Mona Chollet. L’argumentaire est dynamique, abordable, intelligent et nourri de références pertinentes. J’aurais pu recopier toutes les phrases et les apprendre par cœur ! Voilà une lecture nécessaire et urgente, à mettre sous tous les yeux, qu’ils soient masculins, féminins, jeunes, vieux, myopes… Parce qu’il ne s’agit pas (que) d’être belle, mais surtout d’être.

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13 novembre 2017

Attention Dieu méchant

Auslander_Attention dieu mechantRecueil de nouvelles de Shalom Auslander.

Qu’y a-t-il à lire dans ce livre ?

  • Un couple s’ingénie à se pourrir la vie.
  • Un chimpanzé accède à la conscience et découvre la honte et la culpabilité.
  • Dieu, Lucifer et la Mort n’arrivent pas liquider un pauvre type.
  • Un gamin découvre la masturbation, et son chien le juge.
  • Deux hamsters attendent le retour de Joe, leur dieu absolu et omnipotent.
  • Des chiffres et des faits sur l’Holocauste font passer du rire grinçant à l’horreur totale.
  • De nouvelles tablettes pourraient remettre en question les trois grandes religions occidentales.
  • Un juif se réveille dans le corps d’un goy.
  • Un homme est lassé d’entendre Dieu lui parler et lui ordonner d’accomplir des faits à sa gloire.
  • Dieu est une marque et il a droit à son plan marketing au sein d’une prestigieuse agence de communication.
  • Charlie Brown, Snoopy et ses amis s’affrontent dans une partie de baseball et discutent d’une éventuelle solution finale envers les citrouilles.
  • Dieu est un volatile.

L’humour ici est noir et cynique. Il ne fait pas que flirter avec le blasphème : il l’investit pleinement et c’est proprement jubilatoire. Chaque nouvelle parle de la condition humaine et de son besoin de croire. C’est aussi drôle et féroce que c’est profond et spirituel. Bref, ce recueil est indispensable.

Je vous laisse avec quelques extraits à méditer.

« Bernstein vivait chaque instant de sa vie présente dans l’attente et la préparation de la future. Quarante-cinq années d’étude de la Torah l’avaient persuadé de la nullité sordide du monde ici-bas et aussi de la perfection euphorique de celui qui viendrait ensuite. » (p. 10)

« Que sommes-nous, sinon une bande de singes à la con ? Où est notre dignité ? Où est notre fierté ? Où sont nos pantalons ? » (p. 20)

« Quand Yankel Morgenstern mourut et arriva au Paradis, son étonnement fut considérable en constatant que Dieu était un gros poulet. » (p. 96)

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12 novembre 2017

Billevesée #307

En français, la lettre "q" est toujours suivie d'un "u" quand elle est placée au milieu d'un mot.

Ne venez pas me dire qu'il n'y a pas de "u" à la fin de "cinq" ou de "coq" : le "q" n'est pas placé en milieu de mot !

En linguistique, l'association du "q" et du "u" est un digramme ou un digraphe. Ça remonte au latin qui ne différenciait pas le "u" et le "v". Et je m'arrête là pour les explications lingusitiques !

Je finis sur un mot que j'ai longtemps écrit avec une erreur : "piqûre". J'avais tendance à mettre 2 "u" : un pour aller avec le "q" et un pour la voyelle.

Alors, billevesée ?

Billevesee_Q+U

 

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10 novembre 2017

Nord et Sud

Gaskell_Nord et sudRoman d’Elizabeth Gaskell.

Après des années à Londres, Margaret Hale retrouve la douceur du foyer familial dans le Hampshire. Mais son père, en proie à des doutes spirituels, décide de quitter sa charge de révérend. La famille doit alors s’installer à Milton-Northern, ville industrielle du Darkshire. Les premiers temps, Margaret ne peut s’empêcher d’opposer la beauté de la paroisse et de son écrin de nature à la noirceur de la cité ouvrière. Elle est convaincue que l’homme ne peut pas être heureux dans cette atmosphère poussiéreuse. « Certes, dans le Sud, nous avons nos pauvres, mais leur visage ne porte pas cette terrible expression que je vois ici, et où se lit un morne sentiment d’injustice. » (p. 126) Mais surtout, elle nourrit une aversion et des préjugés tenaces envers les commerçants et les boutiquiers. Pourtant généreuse et dévouée, Margaret fait parfois montre d’orgueil et de froideur, surtout envers John Thornton, patron d’une usine textile qui devient l’élève favori et l’ami de son père. Elle reproche au jeune homme d’exploiter les masses industrieuses qui se tuent à la tâche pour lui. Cependant, à mesure qu’elle apprend à connaître le nord et son environnement industriel, ses yeux se dessillent et la magie du sud lui apparaît artificielle et vaine. Découvrira-t-elle la beauté de ce pays de labeur et accordera-t-elle enfin du crédit au pauvre John, désespérément épris d’elle ? Évidemment, oui.

Nord et Sud est un roman social, voire socialiste. « Je constate qu’il y a deux classes dépendant étroitement l’une de l’autre et qui, pourtant, considèrent chacune les intérêts de l’autre comme opposés aux siens. Jamais encore je n’ai vécu dans un endroit où deux groupent ne cessent de se dénigrer. » (p. 183) Il y est question des premières grèves et de la naissance des mouvements ouvriers. La révolution industrielle, si glorieuse de notre point de vue, était un bouleversement terrible pour les populations de l’époque. « Est-ce que vous donnez à vos domestiques des justifications pour vos dépenses et vos économies ? Nous autres, qui possédons le capital, avons le droit de décider de quelle façon nous l’utilisons. » (p. 183) La peinture de ces changements est loin d’être inintéressante, mais dans le genre, j’ai préféré la description qu’en a faite Charlotte Brontë dans Shirley. Quant à la relation et à l’histoire d’amour entre Margaret et John, faites d’affrontements de deux orgueils et deux conceptions du monde, elles m’ont largement moins plu que celles développées par Jane Austen dans Orgueil et préjugés. Elizabeth Gaskell a écrit un roman victorien de très bonne facture, mais pour l’avoir lu après d’autres monuments littéraires, je l’ai trouvé un peu fade. Il me reste à voir la minisérie produite par la BBC.

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08 novembre 2017

L'inaccessible

Garcel_InaccessibleRecueil de nouvelles de Charles Gancel.

Édith se débarrasse de son mari en même temps que de sa maison. « Elle avait tué Roger comme on coupe la télé, un doigt posé sur la télécommande. »  (p. 14) Sous la canicule, un jeune compositeur préfère la piscine et la compagnie de ses voisines à son piano et aux mélodies qu’il doit composer. « Il déteste la chaleur. On ne peut rien contre elle. Il aime l’hiver. On s’en protège. » (p. 44) Dans un monde à l’agonie, une jeune femme étrangement préservée est une proie idéale. Dans la nouvelle Russie, Slava est un assassin hors pair qui ne sait que tuer. « La mort est communiste, par nature égalitaire. Qui pourrait distinguer le gros du famélique dans la fraternité des squelettes blanchis ? » (p. 117) Vingt ans plus tard, que reste-t-il d’un premier amour ? « Il l’aimait avant de la connaître. Il en était sûr. Elle était en lui, déjà installée comme un vide à combler. » (p. 131) Face au syndrome de la page blanche, dans une ville violente et survoltée, un écrivain attend la révélation.

Chacune à leur manière, ces nouvelles sont des histoires d’amour. Dérangeantes, passionnées ou étouffantes, elles apportent ce petit supplément d’âme à toutes les existences où elles s’inscrivent. Avec ce recueil, je découvre la plume de Charles Gancel et je suis sous le charme de ce style élégant, profond et poétique. J’ai surtout été touchée par « Le foulard » qui parle si bien de chaleur, de gare et d’amour. Je vous laisse avec quelques phrases d’une beauté affolante.

« Les gares devraient n’être faites que pour partir. » (p. 50)

« Il a perdu Laura et gagné douze mesures de douceur. Dans l’économie générale de l’âme, il se sait combler. » (p. 55)

« Que sait-on du dernier chapitre d’un livre qu’on oublie dans un train, sinon qu’il a rejoint une autre vie, d’autres mains et peut-être d’autres lacunes, quelque part dans la logique trouée du temps. » (p. 167)

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06 novembre 2017

Deux soeurs pour un roi

Gregory_Deux_soeurs_pour_un_roiRoman de Philippa Gregory.

Marie Boleyn a 13 ans et un époux quand le roi Henri VIII en fait sa maîtresse. Encouragée par son père et son oncle, la jeune fille doit se soumettre à la volonté des Boleyn. « Si elle partage la couche du roi et y conçoit un bâtard, nous aurons gros à jouer. » (p. 22) En effet, la reine Catherine d’Aragon n’a pas su donner de fils au roi et ce dernier craint que son royaume n’ait pas d’héritier. L’arrivée d’Anne, la sœur d’aînée de Marie, bouleverse les plans des Boleyn. « Je suis née pour être votre rivale […], et vous, la mienne. Nous sommes sœurs, n’est-ce pas ? » (p. 154) Désormais, c’est d’Anne dont le roi est épris et la famille Boleyn est déterminée à asseoir cette fille sur le trône d’Angleterre et obtenir avantages et richesses de cette union. « Ma propre famille avait décidé que je serais la putain quand elle serait l’épouse. » (p. 204) Pour assouvir son désir envers Anne et obtenir enfin un fils, Henri VIII est prêt à tout, même à s’aliéner Rome et à instituer une Église d’Angleterre indépendante. Marie, narratrice et témoin de toute cette folie, cherche avant tout à protéger ses enfants et à vivre en paix avec l’homme qu’elle a choisi contre la volonté des siens. Elle assiste à l’ascension démesurée de sa sœur et à sa chute inexorable, après près de 10 ans d’intrigues, de tromperies et de trahisons.

Tout au long du livre, Anne la brune est présentée comme une femme ambitieuse et calculatrice, plus ou moins insupportable et égoïste, alors que Marie la blonde se présente comme douce et victime. C’est un parti pris de l’autrice assez agaçant. Pour ne rien arranger, le style est parfois lourd et inutilement pompeux. Cependant, à mon grand étonnement, j’ai tourné les pages de ce livre à une allure folle, sans bouder mon plaisir. Sans doute parce que je connaissais déjà la tragique histoire des épouses d’Henri VIII et que je ne me suis pas perdue entre tous les protagonistes. Amour, raison d’État et d’Église, et ambitions personnelles s’entrechoquent et constituent une histoire tellement démesurée et pleine de rebondissements qu’on pourrait la croire inventée. Si vous cherchez d’autres versions plus ou moins romancées de cet épisode historique, je vous recommande vivement la série Les Tudor ou Wolf Hall, la seconde surpassant largement la première.

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