Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

20 octobre 2014

Peur Bleue

King_Peur bleueRecueil de textes de Stephen King.

Dans La nuit du loup-garou, pendant plusieurs mois, à chaque pleine lune, il y a un mort dans une petite bourgade du Maine. À chaque fois, le cadavre est atrocement mutilé, comme dévoré par une bête sauvage. Certains parlent de loup-garou, d’autres sont plus circonspects. « Si vous me demandez s’il s’agit d’un monstre dans le sens qu’il dissimule une bestialité foncière sous un aspect parfaitement normal, là, d’accord, ça ne fait pas un pli. Par contre, vous n’irez pas me faire croire qu’il peut s’agir d’un gus à qui il pousse des poils et qui se met à hurler à la lune. Non. Ce genre de conneries, c’est bon pour les mômes. » (p. 54) Jusqu’au soir où la victime s’en sort et mutile la bête. Car oui, pas de doute, c’est une bête, mais une bête sous laquelle se cache un homme. Et la victime, un jeune adolescent en fauteuil roulant, sait parfaitement qui est cet homme que la lune rend fou.

Simple et efficace, cette nouvelle rassemble douze très courts chapitres qui présentent un schéma similaire : insouciance, peur, attaque, mort. Jusqu’à l’arrivée du jeune héros qui brise la routine et enraye la terreur. Ce n’est pas le meilleur texte de Stephen King, mais il a le mérite d’aller droit au but.

Le livre présente ensuite le scénario du film Peur bleue, inspirée de cette nouvelle. Je n’ai lu que quelques pages : je n’aime pas vraiment lire des scénarios quand je ne connais pas les films. Avec ce livre, j’ai cependant eu ma dose de lycanthropie un certain temps !

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19 octobre 2014

Billevesée #147

"Ça n'a pas fait long feu !" Tout le monde comprend cette expression : si ça n'a pas fait long feu, c'est allé très vite, comme un feu qui se consume rapidement par manque de combustible.

Mais attention, cette expression n'est pas la négation de l'expression "faire long feu" qui s'explique de la manière suivante.

À l'époque où les armes, principalement les mousquets et les canons, étaient chargées de douilles sans amorces, pour déclencher le tir, il fallait mettre le feu à la poudre. Si la poudre se consumait en fusant au lieu d'exploser, l'arme faisait long feu, ce qui signifiait que le projectile ne partait pas. Donc, l'expression "faire long feu" ne caractérise pas la lenteur, mais l'échec.

Alors, billevesée ?

Billevesee_Faire long feu

 

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17 octobre 2014

Pan-Pan le lapin blanc

Disney_Panpan le lapin blancRoman de Walt Disney.

Pan-Pan, le petit lapin blanc, s’ennuie dans son terrier. Il rêve d’aventures, mais sa maman est toujours derrière lui à le surveiller. Un matin, il décide de filer et de voir s’il y a des choses plus intéressantes de l’autre côté de la montagne. « Moi, je cours droit devant moi, le plus loin possible, sans me retourner. »(p. 14)Mais à peine a-t-il quitté sa vallée qu’il est pris en chasse par des chiens. Il court, il court et il s’épuise. Alors qu’il commence à perdre espoir, il aperçoit une ferme et se réfugie derrière ses murs. Là, il rencontre Gus et Jac, deux souris qui ont fort à faire pour échapper au vilain chat Lucifer. « Personne n’est donc jamais tranquille dans ce pays. Il y a toujours quelqu’un pour se lancer à la poursuite d’un autre. » (p. 42) Pan-Pan va aider ses amies souris à se débarrasser du chat, mais il lui faut aussi détourner les chiens de chasse de sa trace. Le petit lapin arrivera-t-il à rentrer chez lui ?

Dans Bambi, Pan-Pan n’est pas entièrement blanc, mais passons sur ce détail. Il n’était que justice de consacrer une histoire à ce charmant petit héros. Mais celle-ci est passablement violente : il y a des morts, du sang et de la haine. Ces trois mots reviennent assez souvent dans le texte. Pan-Pan se montre très agressif quand il s’agit de défendre ses amis : Lucifer n’est certes pas un charmant compagnon, mais il souffre cruellement des vengeances du petit lapin. Voilà donc un exemplaire bien singulier de la Bibliothèque rose. Et je préfère me souvenir du gentil lapin qui tape de la patte arrière et qui tombe amoureux d’une jolie lapine.

Challenge Totem

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15 octobre 2014

À pas aveugles de par le monde

Rochman_A pas aveugles de par le mondeTexte de Leïb Rochman.

La guerre est terminée. S. revient dans sa ville et retrouve les restes dévastés de ce qui fut son ghetto. « Il savait que les siens n’étaient pas là. On les avait triés, avec leurs parents, parmi les voisins. Une main d’homme s’était abaissée et les avait désignés du doigt. » (p. 20) S. voudrait se souvenir de tous les noms et de tous les visages de ce qui ne sont pas revenus des Plaines. « On les chassait à coup de fouet dans les flammes où leurs ombres s’écroulaient en cendres. » (p.61) Incapable de rester là où les siens ne sont plus, il entreprend une errance indéfinie, ses pas rejoignant le cortège des survivants. « Il marchait sur les traces de sa communauté perdue – sur leurs traces effacées. » (p. 166)

Ceux-là qui marchent à travers l’Europe, ce ne sont pas des revenants, ce sont des revenus de loin. Il y a Leibl et son épouse Esterké. Il y a la petite fille aux paumes brûlées. Il y a la danseuse à la jambe brisée. Il y a le Dr Scheter, le bibliothécaire qui voudrait dresser la liste de tous les ouvrages sauvés des flammes. Il y a les jumelles qui ne peuvent dormir qu’en s’accrochant l’une à l’autre. Ceux-là qui ont survécu faisaient partie du peuple élu par Dieu. Peuvent-ils encore prétendre à cette élection ? Si oui, où aller ? Où est la terre promise ? Israël est-elle la réponse à la question posée par l’errance ?

Impossible de tout dire de ce monument de la littérature yiddish qui, lui-même, tente de tout dire de la Shoah. Les Plaines, c’est le nom que l’auteur donne aux camps de la mort. Trompeuse image faussement bucolique. Ce qui a eu lieu dans les Plaines, c’est la tentative d’effacer une identité : S. ne se reconnaît plus puisqu’il est seul. « J’appartenais à une espèce qui ne relevait plus des cimetières. Une espèce qui s’effondre sur les routes y menant, mais dont les tombes restent désertes à jamais. » (p. 274) Avec son identité amputée, réduite à une initiale, il ne sait s’il est la fin ou le commencement du nouveau peuple.

Si S. est le personnage qui revient le plus souvent, l’auteur aussi prend la parole au sujet du texte qu’il écrit. Faut-il dire ou taire l’Anéantissement ? Est-il juste ou cruel d’évoquer les morts et les mémoires perdues ? « Il était le dernier scribe de son temps. Il devait tout inscrire pour l’avenir. S’il ne le faisait pas, il n’y aurait plus personne pour le faire. » (p. 636) Mais est-ce aux seuls survivants d’écrire l’Anéantissement ? « Ce n’est pas lorsque les victimes écriront leurs mémoires que le monde sera délivré des bourreaux, c’est lorsque les bourreaux eux-mêmes les écriront. Mais eux n’écrivent pas. Lorsqu’ils écriront, ils cesseront d’être des bourreaux. Écrire signifie comprendre. […] Ce n’est qu’une fois qu’il se mettra à écrire qu’il comprendra sa victime : comprendre signifie sentir, sentir sa victime et sa douleur. » (p. 714) Le pouvoir de l’écriture n’est plus à démontrer : la force du texte est telle qu’elle peut pardonner l’Anéantissement tout en n’oubliant jamais qu’il a eu lieu. Se souvenir, oui. Condamner, non. « Le vieux rabbin protesta : infliger des souffrances aux bourreaux, quel sacrilège ! » (p. 211)

Outre cette obsession du témoignage, il y a l’obsession de la procréation, de la reproduction et du repeuplement. Sans cesse, S. pense aux femmes qui n’ont pas accompli leur destin de mère, aux semences qui n’ont pas été déposées dans les ventres féconds. Les Plaines ont fait des millions de morts, mais elles sont surtout coupables d’avoir assassiné des milliers de générations à venir. « Ce n’était pas seulement son sort à lui, celui de sa souche calcinée, c’était le destin aboli de toutes les générations à venir sur cette terre. » (p. 81) S’ouvre alors le tribunal rabbinique. « Le prévenu est S. […] Depuis son retour de là-bas, il va par le monde, muet. Il déambule et abolit sa postérité, il perturbe la marche du monde. » (p. 339) On ne juge pas les bourreaux, mais les survivants qui refusent d’accomplir la vie, de faire fructifier de ce que les Plaines ne leur ont pas arraché. Mais comment vivre quand la peur ne disparaît pas et que l’incrédulité a remplacé l’espoir ?

Il est évidemment question de la culpabilité du survivant, cet étrange dégoût de celui qui n’a pas disparu. « Je ne pouvais me pardonner ma présence parmi les hommes. Elle était toujours suivie d’un sentiment de remords. » (p. 265) Pas uniquement la culpabilité du survivant, mais l’incompréhension : pourquoi avoir survécu quand tant sont morts ? Et surtout, désormais, qu’est-ce que cela signifiera de mourir sans être exécuté dans les Plaines ? « La douleur de mourir dans son lit après toutes ces épreuves, alors qu’il était désormais permis de vivre, était plus insupportable que la douleur de disparaître avec les autres jadis. » (p. 685) Mourir semble avoir pris un autre sens : on ne meurt plus de la même façon depuis les Plaines. « Il lui semblait à la fois triste et insignifiant de mourir sans être exterminé. » (p. 51)

À pas aveugles de par le monde est un texte protéiforme qui mêle différents registres de langue et différents genres littéraires, comme si, pour dire l’innommable, le texte traditionnel ne se suffisait pas à lui-même. Dans les Plaines, plus qu’un peuple, c’est une voix qu’on a essayé de faire taire : puisqu’elle a survécu, elle ne se taira plus jamais et elle investit désormais tout le champ littéraire. Élégie, roman, témoignage, légende, mythe, pièce de théâtre, fantasmagorie, le texte de Leïb Rochman est une lancinante évocation/invocation menée au nom des disparus. Ce récit hybride pourrait être pesant, mais il évoque de glorieux décombres et il est étonnamment lumineux, notamment le chapitre consacré au procès des livres écrit dans un registre résolument tourné vers le réalisme magique. Ce texte jamais n’accuse, jamais ne condamne, jamais ne se lamente. Probablement parce que l’accusation, la condamnation et la lamentation sont vaines après les Plaines. Désormais, ce qu’il faut tenter, c’est la vie, à reconstruire au nom des morts.

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13 octobre 2014

Charly 9

Guerineau_Charly 9Roman graphique de Richard Guérineau, d’après le roman de Jean Teulé.

À vingt-deux ans, Charles IX est encore un enfant manipulé par sa mère, Catherine de Médicis. Aujourd’hui, ce que veut la reine mère, c’est la disparition des protestants et elle exhorte son fils d’accepter un bain de sang qui deviendra le tristement célèbre massacre de la Saint-Barthélémy. « Je croyais que, lundi, on avait marié ma sœur Marguerite au protestant Henri de Navarre en signe de réconciliation entre les deux religions. En fait, vous voudriez faire tuer tous les chefs huguenots venus de la France entière pour assister à la noce ? / Ben justement… puisque toute l’aristocratie se trouve réunie à Paris, on s’est dit que ce serait dommage de ne pas en profiter. » (p. 5) Nullement opposé aux protestants, mais acculé par sa mère et pressé par ses conseillers, Charles IX consent au massacre et prononce cette phrase qui entre dans la légende : « Tuez-les, mais tuez-les tous ! Qu’il n’en reste pas un seul pour venir un jour me le reprocher ! » (p. 16) Et c’est ainsi que le 24 août 1572, les rues et les eaux de Paris se teintent de sang. Traumatisé par la macabre décision qu’il a dû prendre, Charles IX sombre dans le remords et la folie et tente de s’étourdir à la chasse ou dans les vers des poètes. Mais partout, tout le temps, il ne voit que du sang et c’est ainsi qu’il meurt, vidé par une mortelle suée d’hémoglobine. « C’est tout le sang que j’ai fait verser qui ressort de ma peau. » (p. 106)

Guerineau_Charly 9_1

Le dessin est vigoureux et dynamique : ce roman graphique n’est pas pour les mauviettes ! La couleur sang domine : Charly 9, c’est un peu Cinquante nuances de rouge. Vermillon, carmin, grenat, écarlate, pourpre et j’en passe ! Ça gicle, ça dégouline et ça tache. Le texte a la verve gouailleuse de Jean Teulé et l’humour noir de cet auteur fait parfois surgir une bouffonnerie grotesque au milieu de la sauvagerie. C’est le cas des quelques planches au style emprunté à de célèbres dessinateurs de bande dessinée. Hommages à Hergé ou à Peyo, ces intrusions intertextuelles allègent l’atmosphère pesante et macabre de l’histoire de Charles IX, roi faible pris à la gorge par la culpabilité et la politique intransigeante de sa mère.

Guerineau_Charly 9_2

Jusqu’à présent, pour moi, Charles IX avait les traits de Jean-Hugues Anglade dans le film de Patrice Chéreau. Le roman graphique de Richard Guérineau donne une autre dimension à ce roi maudit. Il ne me reste qu’à lire le roman de Jean Teulé.

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12 octobre 2014

Billevesée #146

Mes soeurs fêtent leur anniversaire aujourd'hui ! Bon anniversaire les grumelles ! Pour fêter ça, je vous présente quelques jumeaux/jumelles célèbres.

  • Ashley et Mary-Kate Olsen, tristement célèbres actrices américaines
  • Igor et Grichka Bogdanoff, effrayants animateurs de télévision
  • Rosie et Jenny, connues sous le nom des Dolly Sisters, fameuses chanteuses américaines
  • George et Fred Weasley, roux jumeaux de la saga Harry Potter

Alors, billevesée ?

Jumelles

Ben quoi ? Vous ne pensiez quand même pas que j'allais publier une photo de mes soeurs ? La protection de la vie privée, vous connaissez ?

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11 octobre 2014

Alaska

Moustakis_AlaskaRoman de Melinda Moustakis.

Au fil des générations, au fil de l’eau de la rivière Kenai, une famille vit tant bien que mal au rythme des hivers interminables de l’Alaska. « Ils luttent contre la rivière, les pierres, les ours, l’hameçon et la ligne. » (p. 16) Zacharias, Colleen, Kitty, Ben, Gracie, Jack, ces enfants ont très tôt appris que la nature est belle, qu’elle donne beaucoup, mais qu’elle demande également beaucoup. Il en va de même de la famille : pour y faire sa place, il faut se battre, se dresser contre les plus forts et ne pas avoir peur de réclamer plus que sa part, pour soi et pour le plus faible que l’on veut protéger. « La vérité, c’est qu’il y a des grizzlys, il y a des poings, des bouteilles et des ceintures. Il y a des choix : faire le mort ou se cacher. » (p. 63) Ici, les femmes sont aussi dures au mal que les hommes : pas question d’être une petite nature face à cette Nature, à la fois hostile et sublime. Quel que soit l’âge ou le sexe, il faut s’endurcir, faire sa part, encaisser les coups qui tombent, immuables comme la neige, savoir les rendre et supporter les rigueurs de l’hiver et de la vie.

Ce texte tient davantage du recueil de chroniques que du roman : pas de linéarité temporelle ou narrative, car il s’agit plutôt d’évoquer des atmosphères et de peindre des scènes qui oscillent toujours entre le drame et la cocasserie. En effet, que dire des innombrables accidents de pêche et des hameçons qui se fichent partout sur le corps ? Alors que les mères n’ont de cesse de dire à leurs filles qu’elles ne seront jamais aussi fortes qu’elles, les fils doivent lutter contre les poissons et l’attrait trop facile de la bouteille. « La Californie t’a ramollie, dit-elle quand je lui rends visite. / Et je pense toujours, l’Alaska t’a rendue cruelle. Mais je ne le dis jamais. » (p. 189) Dans un décor où les nuits sont longues comme cent jours et les jours longs comme cent nuits, la folie n’est jamais loin et la tentation de la violence et de l’alcool est parfois trop forte.

Alaska présente un bestiaire quasiment légendaire, en tout cas emblématique du Grand Nord américain : on voit des grizzlys, des truites Dolly Varden et des saumons qui luttent contre le courant, des aigles, des élans, des baleines et des chiens de traineau. Avec ce premier roman, Melinda Moustakis entre d’un bond dans la cour des grands auteurs de nature writing. Impossible de ne pas penser à David Vann, publié chez le même éditeur, surtout à Désolations. Impossible surtout de ne pas attendre avec impatience le prochain texte de cette jeune auteure, en espérant qu’il sera aussi juste, aussi puissant et aussi percutant qu’Alaska.

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10 octobre 2014

Cellulaire

King_CellulaireRoman de Stephen King.

Un 1er octobre comme tant d’autres, l’Impulsion a changé la face du monde. Toutes les personnes s’étant servi de leur téléphone cellulaire ont reçu cette impulsion et se sont transformées en zombies agressifs. « Dès qu’on passe un appel ou qu’on décroche, on reçoit… comment dire ? Une sorte de message subliminal, j’imagine… un message qui vous rend cinglé. On dirait de la science-fiction, mais je suppose qu’il y a quinze ou vingt ans, on aurait pris les portables tels que nous les connaissons aujourd’hui pour de la science-fiction. » (p. 62) Les rares personnes épargnées tentent d’échapper aux hordes de « siphonnés » qui les attaquent pour les dévorer. Les jours passants, les siphonnés se calment et se rassemblent pour mettre en place un nouvel ordre, sans se parler, uniquement sous la poussée d’un esprit de groupe. « Ils nous ont mentalement trafiqués. Et pas qu’un peu. Nous n’avions aucune chance. » (p. 324) Tout cela n’est pas du goût de Clay, Tom, Alice, Jordan et quelques autres. D’après la rumeur, il existerait un endroit si isolé qu’aucune onde téléphonique n’y parvient. Est-ce là qu’il faut se réfugier ? Si oui, pourquoi les siphonnés encouragent-ils les normaux à s’y rendre ? « Restons-en à l’idée que l’homme est parvenu à dominer la planète grâce à deux traits essentiels : le premier est l’intelligence, le second est sa volonté absolue d’éliminer tout ce qui voudrait se mettre sur son chemin. » (p. 188 & 189)

L’auteur a dédicacé son roman à l’écrivain Richard Matheson et au cinéaste George A. Romero. Sous ce haut patronage de science-fiction et d’horreur, il faut surtout voir un lecteur/spectateur qui reconnaît ses influences et salue ses maîtres. Je suis une légende de Richard Matheson évoque une humanité infectée par un virus qui n’est plus composée que de vampires. Quand le monstre devient la norme, la normalité devient monstrueuse et le dernier homme sur terre n’a plus droit de cité. La nuit des morts vivants de George A. Romero présente une réflexion similaire : le vivant est-il tout puissant ? Est-il la norme ? Le monde peut-il tomber entre les mains des morts ?

Pour en revenir à Cellulaire, faut-il le lire ? Oui, sans aucun doute. Et le plus effrayant, finalement, ce ne sont pas les zombies qui essayent de vous bouffer les guiboles, ce sont surtout ces petits objets dont on peut si mal se passer, vous savez, les téléphones portables…

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08 octobre 2014

Mourir un peu

Germain_Mourir un peuEssai de Sylvie Germain.

« Partir, dit-on, c’est mourir un peu. Mais partir d’où, pour aller où et qu’entend-on par ‘mourir un peu’ ? Comment le verbe mourir peut-il s’accommoder d’un adverbe de quantité alors qu’il désigne un évènement à chaque fois unique, définitif, absolument inquantifiable ? » (p. 9) Sur ces interrogations s’ouvre le texte de Sylvie Germain. Le mouvement est le symbole de l’existence. Partir, c’est donc mourir à soi-même et aux autres puisque le mouvement est transformation, élan, métamorphose. Seul le gisant ne peut plus mourir. Mourir, c’est ainsi devenir. Le marcheur, celui qui se meut, est en fait un mourant qui fait acte de vie. Dans cet accomplissement du vivant, il convient de célébrer les pieds, acteurs du mouvement, lien de l’homme à la terre, à la fois racines et ailes. « Le pas, la voix, le souffle – c’est la vie qui va, qui se meut, palpite. » (p. 65)

Pourquoi faut-il mourir ? Pouvons-nous l’expliquer par la présence de Dieu ? Et pouvons-nous prouver l’existence de ce dernier ? « Il nous arrive aussi de déclarer forfait face à l’imbroglio des questions restées sans réponses satisfaisantes tant elles sont contradictoires au sujet de Dieu, et de clore l’enquête en estimant l’avoir menée à son terme. » (p. 36 & 37) Qui, sinon le Christ, peut mieux incarner nos questionnements sur Dieu et sur la mort, lui qui est revenu à la vie ? « Le Christ mort, lui, espère toujours en Dieu, et il continue à le louer. […] Parce que jusque dans la mort, il demeure un vivant, un fidèle, un célébrant. » (p. 103) Pour l’auteure, c’est la foi raisonnée qui maintient la vie, autant que l’amour et le doute. Le fanatique est éloigné de Dieu et de la vie, car sa foi est figée, sans élan.

Cette poétique exégèse n’est pas un texte sur la mort, mais une réflexion sur le mouvement et la pulsion de vie : la mourance – l’acte de mourir – étant fondamentalement la mouvance et donc l’existence. Je suis bien loin de rendre un juste hommage à ce très beau texte, riche en questionnements et qui laisse au lecteur le soin de trouver ses propres réponses, mais c’est avec un plaisir non dissimulé que j’ai retrouvé la plume exigeante de Sylvie Germain. Son style imagé et profond m’enlace toujours et me porte vers les terres fécondes de la vraie littérature.

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06 octobre 2014

Pathologie du lapin

Lesbouyries_Pathologie du lapinEssai vétérinaire de Gustave Lesbouyries.

Éminent spécialiste des animaux de compagnie, Gustave Lesbouryries dresse ici un traité complet sur les affections touchant les lapins. Son ouvrage se divise en cinq grandes parties : les troubles de la reproduction, les maladies des lapereaux, les maladies générales, les tumeurs et les intoxications. On y apprend qu’un lapin peut être frigide, ce qui démonte un cliché largement partagé. On y découvre également qu’il existe une forme de syphilis propres aux lapins : c’est sûr, à force de tremper sa carotte partout, on attrape des champignons ! N’oublions pas la myxomatose qui fait les yeux rouges et pas uniquement sur les photos.

Agrémenté de croquis, de photos et de dissections, ce livre étudie les symptômes, établit des pronostics et conseille des traitements pour soigner les petits lapinous en mauvaise santé. Voilà donc un document à réserver aux vétérinaires ou aux éleveurs de pinpins. Pour ma part, si je l’ai lu, c’est parce que je prends très au sérieux mon challenge Totem.

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