Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

27 mai 2016

La trahison de la reine

Hodgson_Trahison de la reineRoman d’Antonia Hodgson.

Quatrième de couverture : Printemps 1728. On traîne un homme jeune, bien habillé, dans les rues de Londres, jusqu’à la potence de Tyburn. À son passage, la foule le raille, le traitant de meurtrier. Thomas Hawkins essaie de rester calme. Il est innocent. Et il doit le prouver avant que la corde ne lui serre le cou. Il sait, bien sûr, que tout est de sa faute. Il était si heureux avec Kitty Sparks. Pourquoi s’est-il mis à fréquenter le criminel le plus dangereux de Londres ? Pourquoi avoir offert son aide à Henrietta Howard, la maîtresse du roi, dans sa lutte désespérée face à un mari brutal et impétueux prêt à tout pour servir ses intérêts ? Et, surtout, pourquoi avoir accordé sa confiance à la reine Caroline, cette femme pleine d’esprit, qui se révèle une redoutable calculatrice ?

J’ai abandonné après une cinquantaine de pages, je peux donc en dire bien peu sur le fond. En revanche, j’ai de quoi faire avec la forme. Les phrases accumulent les images figées et les clichés, les métaphores et les descriptions pesantes. La vraie qualité du style, ce n’est pas d’empiler des figures (de style, justement) jusqu’à saturer la page, sinon le texte vire à l’exercice (de style, précisément) et c’est au mieux divertissant quand c’est fait façon Raymond Queneau, au pire lassant et vite irritant. Sur les quelques pages que j’ai lues, les personnages n’ont que des réactions caricaturales et attendues, ce qui m’ennuie assez vite. Un mot sur le fond, tout de même : j’ai énormément lu de romans historiques quand j’étais plus jeune. Il faut croire que je suis devenue très exigeante parce que je repère très vite quand le roman qui se prétend historique tente de tordre l’histoire pour servir son propos. À mon sens, un bon roman historique s’inscrit dans l’époque qu’il dépeint, non pour l’utiliser, mais pour l’illustrer. Bref, c’est une lecture manquée pour ma part !

Posté par Lili Galipette à 08:00 - Mon Enfer - Lignes d'affrontement [2] - Permalien [#]
Tags :

26 mai 2016

Annihilation

Vandermeer_AnnihilationRoman de Jeff VanderMeer.

Une biologiste, une anthropologue, une géomètre et une psychologue constituent la douzième expédition envoyée dans la Zone X. « Notre mission était simple : poursuivre l’enquête gouvernementale sur les mystères de la Zone X en progressant lentement à partir du camp de base. » (p. 6) Que s’est-il passé ici ? Un cataclysme ? Une contamination ? Tout semble familier, mais le danger est partout et la Zone X influence ceux qui s’y trouvent en modifiant leur comportement, parfois jusqu’à la folie, souvent jusqu’à la mort. « Voir de la beauté dans la désolation change quelque chose en vous. La désolation tente de vous coloniser. » (p. 7) Les membres des précédentes expéditions ont tous disparu dans des circonstances troubles. Les quatre femmes trouvent une tour qui s’enfonce sur la terre, étrange bâtiment qui n’est indiqué sur aucune carte. Sur les murs, il y a des mots vivants et, dans les escaliers, une étrange créature s’enfonce vers les profondeurs. « C’est ainsi que la folie du monde essaie de vous coloniser : de l’extérieur, en vous forçant à vivre dans sa réalité. » (p. 82)

Le récit est porté par la biologiste qui devient rapidement insensible aux manœuvres d’hypnose de la psychologue. Quelque chose ne va pas dans cette expédition : les consignes ne sont pas identiques pour tout le monde et bien des choses se révèlent et viennent troubler les certitudes des protagonistes. Chaque découverte est un nouveau mystère qui prouve les mensonges du gouvernement. « C’était une mise à l’épreuve d’une confiance fragile. De notre curiosité et de notre fascination qui allaient bord à bord avec notre peur. Un test pour savoir si nous préférions l’ignorance ou le danger. » (p. 46) La biologiste rédige un journal, mais pour qui ? À qui s’adresse ses révélations et ses analyses ? L’identité des personnages est réduite à leur métier au sein de l’expédition. « Les sacrifices n’avaient pas besoin de nom. Les gens remplissaient une fonction n’avaient pas besoin d’être nommés. » (p. 100) Mission après mission, tous disparaissent et le mystère de la Zone X reste entier.

Dans la veine post apocalyptique, ce roman tire honorablement son épingle du jeu. En se concentrant sur un seul personnage et en observant les effets de la Zone X sur son comportement et ses pensées, l’auteur invite le lecteur à partager l’expérience du protagoniste, entre angoisse et émerveillement. Il n’en faut pas beaucoup plus pour créer une atmosphère unique, viscérale et qui colle à la peau. Annihilation est une courte dystopie de très bonne facture.

Posté par Lili Galipette à 08:00 - Mon Alexandrie - Lignes d'affrontement [3] - Permalien [#]

25 mai 2016

En attendant Noël...

Boisseau_En attendant NoelAlbum de Carole-Anne Boisseau et Galaxie Vujanic (textes) et Masami Mizusawa (illustrations).

Noël approche à Méli-Méloin ! « Lapingouin, Papingouin et Malapin partent chez le sapinier pour choisir le plus beau des sapins. » (p. 7) Lapingouin et ses copaingouins s’interrogent : comment le Père Noël arrive-t-il à fabriquer les jouets de tous les enfants et comment fait-il pour tout livrer en une seule nuit ? C’est dit, Lapingouin va monter la garde à côté du sapin pour découvrir le secret du Père Noël. Parviendra-t-il à garder les yeux ouverts toute la nuit ?

Qui ne sait pas à quel point j’aime Noël ? Et les lapins ? Mélangez les deux et j’ai des paillettes dans les yeux ! Ici, j’avais envie de cuisiner des sablés de Noël avec Lapingouin, de décorer le sapin avec ses parents et de faire des batailles de neige avec les copaingouins en attendant le grand jour.

Je suis encore une fois émerveillée par le talent de Masami Mizusawa et par son inventivité : il mélange les choses connues et les choses farfelues pour créer un univers unique, doux et regorgeant de curiosités. Regardez bien les pages et vous trouverez plein de détails charmants, inattendus et enjôleurs. Le monde de Lapingouin est poétique et onirique. Je voudrais m’y glisser comme dans un cocon. Quelle joie d’identifier tous les animaux hybrides sorties de l’imagination des auteurs : poissinelles, lutingouins et lutinchons sont là pour aider le Père Noël ! Maintenant, il est bien difficile d’attendre patiemment Noël. Pfff, encore 7 mois !

Découvrez l’univers de Lapingouin avec Les chocozoeufs de Pâques, Ma première nuit chez Tortuchon et Chut, Lapingouin est amoureux.

Challenge Totem

Posté par Lili Galipette à 08:00 - Mon Alexandrie - Lignes d'affrontement [2] - Permalien [#]
Tags :

24 mai 2016

Pollyanna

Porter_PollyannaRoman d’Eleanor H. Porter.

Pollyanna a perdu son père et sa mère, mais elle parvient toujours à se réjouir des choses de l’existence, même les moins agréables. Recueillie par sa tante Polly, une femme solitaire et stricte, l’enfant voit toujours le bon côté des choses et entreprend de partager son jeu du bonheur avec tout le monde. « Plus la situation est difficile, plus il est amusant de trouver des raisons de se réjouir. » (p. 42) Pollyanna rend le sourire à Mme Snow qui est alitée depuis très longtemps, à John Pendleton qui vivait seul et au jeune Jimmy Bean qui cherchait un foyer. Mais surtout, elle va apprendre à sa tante Polly à se réjouir. Et quand Pollyanna est une nouvelle fois cruellement éprouvée par l’existence, c’est toute la ville qui se mobilise pour rendre le sourire à cette charmante enfant qui a apporté le bonheur dans tous les foyers.

Le bonheur, pour peu qu’on le veuille, c’est contagieux ! C’est tout le sujet de ce roman jeunesse qui fut un best-seller lors de sa sortie en Amérique au début du siècle dernier. Une fois encore, les éditions Zéthel ont déniché une pépite qui a sa place de droit dans les bonnes bibliothèques d’enfant !

Chez cet éditeur, je vous conseille L’extraordinaire voyage de Sabrina et Le prince disparu.

Posté par Lili Galipette à 08:00 - Mon Alexandrie - Lignes d'affrontement [4] - Permalien [#]
Tags :

23 mai 2016

Qui veut la peau d'Imogen Tate ?

Sykes_Qui veut la peau dImogen TatteRoman de Lucy Sykes et Jo Piazza. À paraître le 1er juin aux éditions Stock.

En 1999, Imogen Tate était à la pointe du journalisme mode. En 2015, une révolution numérique et un long congé maladie plus tard, elle est complètement dépassée. Pas par la mode, mais par les nouveaux moyens d’en parler. Alors que Glossy, le magazine dont elle est rédactrice en chef, va devenir une application exclusivement numérique – exit le papier glacé, bonjour le clic déshumanisé –, Imogen doit composer avec Eve Morton, son ancienne assistante, devenue numéro deux du magazine, et dont les dents rayent le parquet. « Eve, vingt-six ans, un regard de pure ambition sous un trait d’eye-liner prune. » (p. 17) L’ambition, ce n’est pas une mauvaise chose, mais à la sauce d’Eve, c’est une machine de destruction massive et un mépris total des bonnes manières. « Personne ne se parle au téléphone. Fais-moi un mail. Ou un texte. Je gère cinquante trucs à la foi, alors s’il te plaît, ne m’appelle pas. » (p. 37) Chef tyrannique et sans-gêne, elle fait peu à peu perdre à Glossy son élégance et la confiance des créateurs de modes. « Je suis la nouvelle garde de la presse numérique, et toi l’arrière-garde de la presse magazine. » (p. 84) Désormais en retrait dans son propre magazine, Imogen doit rattraper son retard : Facebook, Twitter, Instagram et tous les autres réseaux sociaux sont la nouvelle façon de communiquer, et elle doit s’y mettre si elle veut, à 42 ans, garder sa place dans le monde impitoyable de la consommation ininterrompue. « L’hypothèse qu’un magazine puisse dégager des bénéfices en proposant ses articles gratuitement demeurait un mystère. […] Le monde de la presse avait tellement changé. Elle le savait. Sites, blogs, tweets, liens, envois multiples… Le public était devenu complètement accro. » (p. 29) Pauvre Imogen, pas facile de faire la mode en 140 caractères !

J’ai beaucoup de difficulté à accorder le moindre crédit au postulat de départ de ce roman : après six mois d’arrêt maladie, Imogen se retrouve dépassée par les nouvelles technologies. Or, l’intrigue se situe en 2015, à New York. Facebook et Twitter ont déjà quelques années, et à moins d’être une vieille dame recluse dans une cabane, il est hautement improbable qu’Imogen soit à ce point incapable d’utiliser ces réseaux sociaux. « Imogen savait pertinemment qu’elle montre une mauvaise foi, caractérisée, chaque fois qu’il était question d’Internet, elle enfouissait sa tête dans le sable. » (p. 44)  En outre, elle a suspendu son activité professionnelle pendant six mois, pas pendant six ans. Qu’elle ne sache pas ce qui a remplacé la disquette en 2015 relève de l’aberration ! OK si elle ne maîtrise pas le Cloud, mais le CD-Rom a vingt ans et la clé USB est entrée dans les usages depuis plusieurs années. Je suppose que le message à retenir est qu’Imogen négocie plutôt bien son rattrapage numérique et qu’une carrière n’est pas finie à 40 ans. Et encore heureux !

Passons sur cette image de la quarantenaire à la bourre sur les questions numériques. Passons aussi sur le name-dropping de luxe qui inonde les pages jusqu’à l’overdose. Le roman offre quelques réflexions évidentes, parfois maladroitement assenées et martelées, mais qui ont le mérite d’être claires. Oui, on consomme trop, on est fiché, on est foutu. Non, le numérique n’est pas que négatif, il faut apprendre à s’en servir, traquer les abus et promouvoir les bonnes pratiques qui passent surtout par une relation équilibrée entre réel et dématérialisé. Le harcèlement virtuel est traité d’assez loin, mais avec suffisamment de doigté pour interpeller sans susciter un engouement morbide. Bref, on le sait, on vit tous avec un écran dans le creux de la main : attention à ne pas se couper du monde, ni à vouloir réinventer l’eau chaude. Il y a des vieilles marmites qui font encore de très bonnes soupes !

Qui veut la peau d’Imogen Tate est un roman sans prise de tête, agréable à lire et avec un dénouement positif attendu. Cette histoire est tout à fait adaptable au grand écran, pour une comédie chic et générationnelle un peu acide. Le milieu de la mode rappelle inévitablement Le diable s’habille en Prada, à l’inverse qu’ici, c’est l’assistante qui tyrannise la boss. « Eve avait décidé de la saboter. » (p. 121) Cette lecture était plaisante, mais je n’en suis très clairement pas la cible puisque j’ai passé plus de temps à pointer ce qui ne fonctionnait pas qu’à profiter du divertissement.

Posté par Lili Galipette à 08:00 - Ma Réserve - Lignes d'affrontement [10] - Permalien [#]
Tags :

22 mai 2016

Billevesée #230

Il paraît que les soldes, c'est un truc de nanas.

Eh ben, niveau orthographique, c'est pas vrai !

Quand on évoque les soldes en magasin, le mot se met au masculin pluriel. Donc, les soldes sont exceptionnels et non exceptionnelles.

Alors, billevesée ?

Billevesee_Soldes

Posté par Lili Galipette à 08:00 - Mon Boudoir - Lignes d'affrontement [6] - Permalien [#]
Tags :

21 mai 2016

En attendant Bojangles

Bourdeaut_En attendant BojanglesTexte d’Olivier Bourdeaut.

L’auteur l’annonce dès le début : il va raconter l’histoire de ses parents et de son enfance. Ce sera plus ou moins vrai. Vous êtes prévenus. Sa mère était une belle excentrique et son père se pliait avec bonheur aux jeux de son épouse. « Quand la réalité est banale et triste, inventez-moi une belle histoire, vous mentez si bien, ce serait dommage de nous en priver. » (p. 9) Ah, on ne s’ennuyait pas chez eux ! Cocktail, dîners tardifs, invités à toute heure, musique de Nina Simone, voyages impromptus en Espagne. Lui-même, enfant, prend plaisir à alimenter la fantaisie de sa jolie maman. C’est tout de même plus drôle que la vie des autres gens. Mais voilà, sa mère n’est pas qu’excentrique, elle est malade. Et son père le savait pertinemment. « J’étais conscient que sa folie pouvait un jour dérailler, ce n’est pas certain mais, avec un enfant, mon devoir était de m’y préparer. » (p. 38) La vie devient soudain un peu moins drôle quand la mère est internée. Grâce aux carnets secrets de son père, l’auteur reconstitue la véritable histoire de ses parents, eux qui s’aimaient tellement qu’ils ne pouvaient pas vivre l’un sans l’autre.

Voilà une très belle histoire, rafraîchissante et étourdissante dans la première partie, plus grave et plus émouvante ensuite. Les jeux de mots et les pirouettes verbales foisonnent dans le texte qui a parfois des airs de marelle : on saute à cloche-pied d’une expression à une autre. Tant pis si l’on tombe, l’important est de jouer. Oui, c’est une très belle histoire d’amour et, en tant que telle, elle est très égoïste et très injuste pour ceux qui n'y participent pas ou partiellement. Je retiens une phrase du père sur les récits qu’il invente pour plaire aux inconnus et pour séduire sa future femme. « Je n’oblige personne à croire à mes histoires, elles vous ont plus, vous y avez cru ! J’ai joué avec vous, vous avez perdu. » (p. 24) Ces quelques mots résument l’essence même d’un bon roman : si l’on croit, on gagne une bonne histoire et au diable la vraisemblance !

Posté par Lili Galipette à 08:00 - Mon Alexandrie - Lignes d'affrontement [6] - Permalien [#]

20 mai 2016

Un drame en Livonie

Verne_Drame en LivonieRoman de Jules Verne.

Dans ce roman, vous trouverez :

Un fugitif slave qui tente d’échapper à la police allemande.

Une jeune femme qui attend son fiancé, emprisonné dans les mines de sel.

Un commis de banque un peu trop bavard.

Une diligence accidentée.

Un meurtre et un vol dans une auberge isolée.

Un homme dont la capuche dissimule le visage.

Des billets de banque numérotés.

Un innocent accusé à tort.

L’opposition des Allemands et des Slaves dans les pays baltes.

Une dette qui arrive à échéance.

Résumer un roman de Jules Verne, c’est souvent une gageure et parfois du gâchis. Je préfère vous inviter à découvrir ce titre trop méconnu, loin des voyages extraordinaires et des machines sensationnelles. Ici, il est question d’honneur, de fidélité et d’amour. Amour pour l’amant, amour pour la famille, amour pour la patrie. Et je termine sur deux citations.

« Pour s’être espérés pendant des années et des années, on ne s’en aime que davantage, et on n’a pas à s’inquiéter de l’avenir. » (p. 61)

« Dans cette ville de Riga, si infestée de germanisme, il ne pouvait en être ainsi. Les hautes classes ne supporteraient pas que ce professeur, le représentant des intérêts slaves, fût quitte de l’accusation portée contre lui. » (p. 191)

Posté par Lili Galipette à 08:00 - Mon Alexandrie - Lignes d'affrontement [6] - Permalien [#]

19 mai 2016

Misery

King_MiseryRoman de Stephen King.

Paul Sheldon se réveille dans un lit inconnu, le bas du corps parcouru de douleurs insupportables. Après un terrible accident de voiture dans une tempête de neige, il a été sauvé par Annie Wilkes qui l’a ramené chez elle. Mais Paul Sheldon n’est pas n’importe qui. Et Annie Wilkes non plus. Le premier est un auteur célèbre pour sa série mettant en scène Misery Chastain. La seconde est la fan numéro un du premier. Et une folle irrécupérable. « Vous me devez la vie, Paul. J’espère que vous vous en souviendrez. J’espère que vous ne le perdrez jamais de vue. » (p. 29) Puisqu’elle a sous la main son auteur adoré, elle lui demande d’écrire la suite des aventures de Misery. Drogué aux calmants, les jambes brisées, Paul Sheldon est à la merci de cette femme qui vit en marge de la société et dont le passé est des plus inquiétants. « Que voulez-vous, je suis cinglée, non ? Tous les journaux l’ont dit. Aussi timbrée qu’une lettre recommandée. » (p. 36) Paul en fera l’expérience à ses dépens. Dans la maison d’Annie, on ne dit pas de gros mots, on ne se plaint pas, on écoute et on obéit. « Je vous ai déjà répété qu’il ne fallait pas me mettre en colère. » (p. 126) Annie n’est visiblement pas novice en matière de sévices et de meurtres, mais Paul a la volonté de survivre et d’échapper à sa geôlière. Et surtout, il a le pouvoir de l’écriture et de l’imagination : tant qu’il travaille à l’histoire de Misery, il ne mourra pas. Pourvu qu’il trouve une solution avant d’écrire le mot « fin » !

J’avais vu le film avec Kathy Bates, il y a quelques années. Ce n’est pas la première fois que cette actrice incarne un personnage de Stephen King (voir Dolores Claiborne), mais dans ce rôle, elle était parfaite. Parfaitement terrifiante. Parfaitement folle. La scène de mutilation était édulcorée dans le film, mais déjà bien atroce. Dans le livre, telle que l’a pensée le King, elle est insoutenable de violence et de cruauté. Je n’en dis pas plus… mais vous vous doutez bien que la vie est moins facile quand on se fait raccourcir les extrémités !

J’ai dévoré ce roman en quelques heures, happée par l’atmosphère particulièrement étouffante de séquestration, de claustration, d’immobilité et de douleur dans laquelle baigne Paul Sheldon. Misery est un grand roman de Stephen King, un de ceux dans lequel il déploie tout son talent, ses thèmes favoris et probablement une bonne part de ses névroses.

Posté par Lili Galipette à 08:00 - Mon Alexandrie - Lignes d'affrontement [6] - Permalien [#]

18 mai 2016

L'épée d'Ardenois - IV/IV Nuhy

Willem_Epee dArdenois_NuhyBande dessinée d’Étienne Willem.

Oddenbourg est sur le point de céder sous l’assaut des Vautres. Il faut mettre le roi Tancrède à l’abri : pour permettre sa fuite, Arthus est volontaire pour créer une diversion au péril de sa vie. Chacun à leur façon, les Compagnons de l’Aube luttent pour la liberté et pour empêcher Hellequin de répandre la terreur. Hélas, Garen doute de son destin. « Ah ! Si seulement une épée, même magique, pouvait suffire à faire de moi un chevalier… » (p. 11) Comment un petit lapin pourrait-il vaincre le Seigneur noir ? Et il faut encore qu’on lui reconnaisse le droit de porter l’épée d’Ardenois et de devenir le champion des trois royaumes. Dans l’ombre, le mal approche et les traîtres sont nombreux. Si la guerre est inévitable, ses causes, en revanche, manquent de légitimité.

Willem_Epee dArdenois_Nuhy_1

Ce quatrième volume est plus sombre que les précédents et il fait état d’une grivèlerie plus marquée. Attention, à ne pas mettre en des mains trop jeunes ! Garen a bien grandi depuis le premier volume : le lapereau est devenu un homme avec tout ce que cela suppose. J’apprécie vraiment que la fin, bien qu’heureuse, ne soit pas un débordement de bons sentiments où les mauvais sont punis et les justes récompensés. L’épée d’Ardenois est une bande dessinée de très bonne facture sur les jeux de pouvoir, la manipulation des cœurs simples et l’instrumentalisation de la magie et des prophéties. À lire sans aucun doute, même par ceux qui ne sont pas sensibles aux lapins.

Pour tout connaître de cette aventure, lisez les tomes précédents : Garen, La prophétie et Nymelle.

Challenge Totem

Posté par Lili Galipette à 08:00 - Mon Alexandrie - Lignes d'affrontement [2] - Permalien [#]
Tags :