Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

30 mars 2020

Rêveries d'un croyant grincheux

Huysmans_Reveries dun croyant grincheuxTexte de Joris-Karl Huysmans.

Huysmans peut-il être autre qu’acerbe, acide, mordant ? L’aimerais-je autant s’il avait poli ses grandes dents ? Le titre de son texte est parfait : Huysmans est un grincheux, aujourd’hui on le dirait râleur. « Quelle réponse faire à cette insoluble question : pourquoi un catholique pratiquant est-il plus bête qu’un homme qui ne pratique pas ? » (p. 15) Mais quand il affûte ses armes et vitupérations, c’est avec argument. Ici, c’est l’institution ecclésiale qui fait l’objet de ses foudres. Il lui reproche son mercantilisme tiède, bien éloigné des merveilles médiévales du plain-chant. Il fustige l’hypocrisie bourgeoise des sacrements et la piété douteuse de ses coreligionnaires. « Quel chambard dans l’Église il faudrait pour la remettre dans sa vraie voie ! » (p. 29)

« Quand l’on connait ce monde-là, l’on peut bien dire que le purgatoire d’un converti, c’est de vivre parmi les catholiques. » (p. 28) Huysmans est un croyant tardif, mais enthousiaste qui pense selon mon cœur. Il sait que la religion se nécrose, ou pire ! se fige, si elle ne s’adapte pas, et il appelle de ses vœux une pratique conforme à son temps. « Il ne s’agit pas d’altérer l’immuabilité de ces dogmes, mais de s’adapter aux conditions de la vie moderne. » (p. 39) Ce n’est qu’ainsi, selon lui, que l’Église retrouvera une réelle proximité avec le peuple. « Il ne faut pas oublier ce point de vue général, si l’on veut bien se rendre compte de l’énorme labeur que M. Huysmans a entrepris, dans le but de magnifier celle qu’il appelle dans ses livres, sa Mère l’Église. » (p. 118

Le texte de Huysmans est suivi d’un entretien où il se montre tranchant et cynique envers le monde littéraire et le sentiment patriotique de ses concitoyens. Vient enfin une biographie très exhaustive de l’auteur, entrecoupée d’extraits de ses œuvres et de critiques de ces dernières. L’on voit qu’il était autant adulé qu’honni par ses contemporains, ne laissant personne indifférent. Si l’œuvre de Joris-Karl Huysmans vous intéresse, ce très court ouvrage vous en donnera un bel aperçu et s’avère parfait pour commencer à lire le bonhomme. « Si je suis fermement catholique, je suis non moins résolument anticlérical et ne désire pas que des gens dont je partage des idées religieuses soient au pouvoir. » (p. 47)

Petit bonus non négligeable, je ne me lasse pas de la beauté délicate et raffinée des éditions de L’Herne. Le texte est imprimé dans une profonde encre bleue qui est du meilleur effet sur le papier blanc crème. Lire un beau texte dans un bel objet, ça décuple le plaisir !

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27 mars 2020

Poésie

Houellebecq_PoesieRecueil de textes poétiques de Michel Houellebecq.

Je connaissais Michel Houellebecq l’auteur, avec La carte et le territoire ou encore Soumission. Sur les conseils d’un tendre proche, j’ai tenté le poète. J’ai retrouvé chez lui les mêmes névroses, les mêmes obsessions. De sonnets en alexandrins, de vers libres en strophes orphelines, Houellebecq explore son mal-être et ses fulgurances de vie. De quoi parle-t-il, le poète ? De misère sexuelle et masculine, d’alcool, de solitude, de la tentation du suicide. Il se tourne un peu vers Dieu, pour s’en moquer, le défier de mettre à mal son incrédulité curieuse. En prose ou en rime, Houellebecq toujours méprise le banal et le populaire, mais il y plonge, car il sait ne pas être meilleur que ses semblables. Et il passe ainsi du trivial au sublime en quelques mots, pour mieux retomber plus bas que fange, pour s’y vautrer sans honte, assumant son image crasseuse décomplexée.

Les textes les plus beaux à mon sens sont les plus courts. Je vous laisse quelques extraits pour vous donner une idée du génie étrange de cet auteur bien difficile à encadrer.

« La première démarche poétique consiste à remonter à l’origine. À savoir : à la souffrance. » (p. 11)

« Je ne jalouse pas ces pompeux imbéciles / Qui s’extasient devant le terrier d’un lapin / Car la nature est laide, ennuyeuse et hostile ; / Elle n’a aucun message à transmettre aux humains. » (p. 159)

« Je me tourne vers toi qui as osé m’aimer / Viens avec moi, partons, je voudrais retrouver / Les traces de la nuit. » (p. 169)

« Une vache qui en saute une autre… Décidément, ces créatures ne doutent de rien ! » (p. 243)

« Je ne respecte pas l’homme ; cependant, je l’envie. » (p. 262)

« Créature aux lèvres accueillantes / Assise en face, dans le métro, / Ne sois pas si indifférente : / L’amour, on n’en a jamais trop. » (p. 279)

« Je referme mon stylo : / Suis-je content de ma phrase ? / Mon stylo n’est pas beau, / Je veux faire table rase. » (p. 301)

« J’ai peur des autres. Je ne suis pas aimé. » (p. 361)

« Les hommes cherchent uniquement à se faire sucer la queue / Autant d’heures dans la journée que possible / Par autant de jolies filles que possible / En dehors de cela, ils s’intéressent aux problèmes techniques. / Est-ce suffisamment clair ? » (p. 382)

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25 mars 2020

Les aventures de Bibi Lapin

De Coninck_Aventures de Bibi LapinHistoire adaptée par Christine de Coninck.

Bibi Lapin construit un joli radeau pour emmener Mimi Lapin en promenade sur la rivière. Mais voilà que Basile veut faire encore mieux pour impressionner la jolie lapine. « Basile et Bibi Lapin n’ont jamais été amis. Surtout depuis qu’ils ont rencontré Mimi Lapin. Ils sont tous les deux amoureux de Mimi Lapin et ne savent pas quoi inventer pour lui faire plaisir. » (p. 6) Basile veut donc construire un vrai bateau, mais passé le premier sentiment de triomphe, le renard doit déchanter : Bibi Lapin ne se laissera pas voler son amoureuse sous son nez !

Au-delà de l’opposition classique entre le filou goupil et le lapin malin, on a surtout ici un combat de coqs pour la même poulette. L’issue est très drôle, à base de robe volée et de baignade forcée. De quoi déclencher de grands éclats de rire chez les mômes, mais avec mon regard de vieille peau adulte, je remarque beaucoup trop de sujets qui me font tiquer en quelques pages…

Challenge Totem

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23 mars 2020

Le caméléon

Grann_CameleonTexte de David Grann.

Qui est Frédéric Bourdin ? Pourquoi cet homme se fait-il passer pour un enfant ? Pourquoi ces mascarades toujours répétées ? David Grann interroge ce caméléon. Dans cette fable courte, il est question de l’enfance, d’une immense détresse, d’une tendance à être un coucou pour ne pas être un loup solitaire. « En arguant qu’il cherchait seulement de l’amour, il souleva l’indignation. » (p. 81)

Étrange et belle lecture que j’ai dévorée avant et après un délicieux rendez-vous (aucun rapport entre les deux événements) et qui, 5 jours après, me traverse encore d’images. Je ne peux en dire vraiment plus. Ce tout petit livre tient dans la main : peu de pages, mais beaucoup à en tirer. Alors n’hésitez pas, ouvrez-le !

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20 mars 2020

Mr Vertigo

Auster_Mr VertigoRoman de Paul Auster.

Walter est un gamin plus ou moins orphelin qui grandit en canaille dans les rues de Saint-Louis. En 1927, sa rencontre avec maître Yehudi change sa vie. « Si je ne t’ai pas appris à voler pour ton treizième anniversaire, tu pourras me couper la tête à la hache. » (p. 8) Commence alors pour Walter une initiation cruelle au terme de laquelle il finira par décoller du sol. Sillonnant l’Amérique d’avant la Grande Crise, l’enfant et le maître donnent des représentations époustouflantes. Leur succès suscite malheureusement et inévitablement des jalousies et des doutes. « Faire ce que je pouvais faire bouleversait toutes les lois. Ça contredisait la science, ça désavouait la logique et le sens commun, ça réduisait en miettes une centaine de théories, et plutôt que de modifier les règles en fonction de mon numéro, les pontes et les professeurs décidèrent que je trichais. » (p. 205) Il n’y a pas pourtant aucun truc, mais ce n’est pas ça qui cause la perte de Walt et de maître Yehudi. Les décennies passent sur l’Amérique et l’ancien prodige va de reconversion en désillusion. Finalement, même s’il ne vole plus, il n’arrive jamais à reprendre pied parmi ses congénères. « Ce don était la marque d’une destinée particulière, il me séparait des autres pour le restant de ma vie. » (p. 75)

Quel plaisir que ce roman d’un auteur que j’apprécie tant et qui, pour une fois, abandonne ses sujets de prédilection pour une histoire qui, si elle est plus légère, n’en est pas moins grave. Le héros traverse le 20e siècle et gagne en dérision ce qu’il perd en illusion. La douce magie de la lévitation laisse place aux boulets de la cruelle réalité. L’attaque du Ku Klux Klan au début du roman est un premier coup porté à l’innocence. Mr Vertigo m’a fait tourner la tête et a enchanté mon cœur.

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18 mars 2020

Le petit lapin qui voulait vivre tout seul

Jeanne_Lapin qui voulait vivre tout seulAlbum de Sophie Jeanne et Philippe Salembier.

Au pied d’un vieux chêne vit une grande famille de lapins. Les petits animaux passent leur temps à manger, à boire l’eau fraîche de la rivière, à se promener dans le bois et à jouer, surtout pendant les belles journées d’été. « Comme la luzerne est parfumée, le chou savoureux, les carottes bien croquantes. C’est un vrai repas de fête ! Et ces appétissantes fleurs roses qu’on grignote encore quand on n’a plus vraiment faim, quel délicieux dessert ! »  (p. 10) Voilà une vie simple et heureuse. Mais un des petits lapins a des envies d’indépendance. Sur un coup de tête, il quitte le grand chêne. Peut-il vraiment vivre loin des siens ?

Jeanne_Lapin qui voulait vivre tout seul_1

La réponse est évidemment négative. Et l’aventure du lapin donne lieu à des frayeurs et à des rebondissements jusqu’au dénouement final, heureux et apaisé. La morale est assez simpliste : il faut rester près des siens et ne pas vouloir être différent. Je n’accroche pas vraiment à cette idée, mais je retiens surtout les magnifiques illustrations dont le charme suranné opère toujours autant.

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16 mars 2020

Les Personnages

Germain_PersonnagesEssai de Sylvie Germain, suivi de deux nouvelles.

Dans cet essai aux allures de conte saupoudré de réalisme magique, l’autrice philosophe fait preuve d’une spiritualité incantatoire et décrit une expérience métaphysique, celle de transformer le rien en langage. Elle porte une réflexion sur l’acte d’écrire, cette genèse textuelle que l’écrivain réitère chaque fois qu’il met au monde, ou aux mots, un nouveau personnage.  « Donner une carnation aux mots. » (p. 31) Sylvie Germain s’appuie sur des textes et des auteurs immenses pour étayer son propos : l’Ancien et le Nouveau Testament, Simone Weil, Milan Kundera, Paul Celan, Marguerite Duras, etc. Elle interprète l’excision et les scarifications comme une peur de la bouche vorace et secrète, tenue en respect par un langage qui prend la peau pour support et vecteur du message. Elle rappelle surtout la vanité de la création littéraire. « Écrire est dérisoire : une digue de papier contre un océan de silence. » (p. 88) Voilà un ouvrage à faire lire à tous les aspirants romanciers pour leur apprendre à accueillir cet autre qu’ils font grandir dans leur imaginaire

Je vous laisse avec des concentrés de sagesse et de beauté, comme toujours avec Sylvie Germain !

« Tous les personnages sont des dormeurs clandestins nourris de nos rêves et de nos pensées. […] Des dormeurs qui, à force de rêver dans les plis de notre mémoire, à fleur d’oubli, finissent par être touchés par un songe monté des profondeurs de la mémoire, du cœur spiralé de l’oubli. » (p. 14)

« Ils naissent d’un rapt commis là-bas, aux confins de notre imaginaire où, furtivement, dérivent des rêves en archipel, des éclats de souvenirs et des bribes de pensées. Et ils savent des choses dont nous ne savons rien. » (p. 16)

« Sans une parole, il nous dicte son vœu, lequel a force d’ordre tant il est impérieux : être écrit. » (p. 18)

« Ils n’appartiennent à personne. Ils attendent juste la chance d’être lus, pour exister davantage, et toujours autrement. » (p. 34)

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13 mars 2020

Into the Wild

Krakauer_Into the wildTexte de Jon Krakauer.

En 1992, l’Amérique s’émeut de la découverte du corps d’un jeune homme dans un autocar abandonné, en Alaska. Christopher Johnson McCandless était parti depuis des mois d’Atlanta, laissant sa famille sans nouvelle, arpentant le sud des États-Unis avant de rejoindre l’extrême ouest du pays. Jon Krakauer est l’auteur du premier article de fond sur la vie météorique de Chris. Pour écrire son livre, il est allé à la rencontre des personnes qui ont connu et croisé le jeune homme. « McCandless a laissé une impression indélébile à beaucoup de gens dans le cours de son voyage initiatique. » (p. 77) Krakauer a retracé le périple ascétique de Chris vers l’Alaska, en cherchant à comprendre son idéal de liberté et d’austérité pure nourri de lectures. « Chris était de ces gens qui pensent qu’il ne faut rien posséder hormis ce que l’on peut porter sur soi. » (p. 54) Les circonstances de la mort du jeune homme restant floues, Jon Krakauer n’essaie pas de les percer, mais de montrer qu’au-delà du portrait romantique qu’il serait facile de faire de Chris, il existait une quête d’absolu et de sens qui n’a rien de celle d’un illuminé.

J’ai relu ce texte avec un immense plaisir et une grande émotion. Tentée depuis un certain temps de tout plaquer pour partir sur les chemins de Compostelle, je comprends un peu la recherche de Chris, son besoin de solitude, de communion avec la nature simple et avec lui-même. « Je ne veux pas savoir l’heure qu’il est, ni quel jour nous sommes, ni à quel endroit je me trouve. Tout cela n’a aucune importance. » (p. 22) Comme Chris, je suis très réceptive aux textes de Jack London et de Léon Tolstoï, à leurs idéaux de justice et de simplicité. Et comme lui, mes interrogations sont parfois peut-être un peu trop grandes. « Je pense que, peut-être, une partie de ses ennuis est venue de ce qu’il pensait trop. Parfois, il essayait trop de donner un sens au monde, de comprendre pourquoi les gens se font souvent si mal. » (p. 37)

Je me souviens avec émotion du film éponyme réalisé par Sean Penn, de l’intense beauté des paysages et de l’impeccable interprétation d’Emile Hirsch dans le rôle principal.

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11 mars 2020

Pacifique

Hochet_PacifiqueRoman de Stéphanie Hochet.

Isao Kaneda est pilote et se prépare à accomplir un destin glorieux. « À vingt et un ans, j’ai l’honneur d’accepter de mourir pour l’empire du Grand Japon. Je dissimule le vertige qui me saisit. » (p. 12) Le monde entier l’appelle kamikaze, lui qui se prépare à écraser son avion sur une cible américaine. Au Japon, on l’appelle sakura, ou fleur de cerisier : comme elle, l’intense beauté de sa mission est vouée à passer en un souffle. « Ce n’est pas la mort qui nous fait peur mais de ne pas être à la hauteur de notre future mission. Quant au pire, ce qui ruinerait notre honneur et celui de notre famille, ce serait de tomber vivants entre les mains de l’ennemi. » (p. 72 & 73) Élevé selon le bushido, strict code de conduite des samouraïs, Kaneda sait qu’il est préférable de se suicider au lieu d’être déshonoré. Aussi ne sait-il pas comment vivre avec ses doutes. Cela a-t-il du sens de continuer à mourir après 6 ans de guerre ? Le roman commence le 27 avril 1945. Kaneda est à quelques jours de monter dans son avion pour la dernière fois. Qui sait comment cela finira ?

En regardant du côté du soleil levant, Stéphanie Hochet explore avec brio un nouveau terrain d’imagination. Après les chats et les aurochs, elle étudie l’animal humain et sa stupide complexité. « Le moment où l’appareil ennemi apparaît dans le viseur et où l’on fait feu est l’un des meilleurs. La traque a porté ses fruits. L’adversaire devient une proie. » (p. 79) Ce faisant, elle déploie une magnifique poésie du sacrifice, faite de fleurs et d’étoiles. Quant au double sens du titre, il prend toute son ampleur dans la dernière partie du roman, quand la guerre se fait mirage, écho lointain et oublié, presque irréel. La bascule dans un univers rêvé est faite : sans doute n’est-ce qu’ainsi que l’on peut échapper à la folie du monde.

Amis lillois, venez discuter du roman et rencontrer Stéphanie Hochet à la librairie Place Ronde le 3 avril à 18h30. J'aurai le plaisir d'animer la rencontre.

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09 mars 2020

L'Institut

King_InstitutRoman de Stephen King.

Luke, un gamin surdoué, est enlevé par un groupe qui mène des expériences étranges sur des enfants. « On était tenté de croire qu’il s’agissait d’une installation gouvernementale […], mais comment pouvaient-ils cacher une telle entreprise ? Contraire à la loi et à la Constitution. Qui reposait sur le rapt d’enfants. » (p. 134) Dans une installation secrète au cœur des forêts du Maine, Luke passe de longues semaines de souffrance, même s’il noue des amitiés puissantes avec les autres enfants de l’Institut. « Je suis un placement. Une action dotée d’un fort potentiel de croissance. » (p. 70) Peu à peu, il comprend ce que l’Institut attend de lui, et ce n’est pas pour le rassurer. Tous les enfants enlevés présentent des capacités télépathiques ou télékinétiques mobilisées à de tristes desseins. « Nous menons une guerre et tu as été appelé pour servir ton pays. […] Il ne s’agit pas d’une course à l’armement, mais d’une bataille de l’esprit. » (p. 153) Luke n’a pas le choix, il doit fuir. Mais que peut une poignée de gamins contre une organisation si bien rodée ? « Si on ne peut pas s’enfuir, on doit prendre possession de cet endroit. » (p. 502)

Simple et efficace, voilà les deux qualificatifs principaux du dernier roman du King. Les personnages sont bien posés, qu’ils soient positifs ou négatifs, leurs interactions sont crédibles. Tout est fait pour maintenir le suspense le plus longtemps possible. Et même quand les premières réponses sont données, l’intérêt du lecteur ne faiblit pas. L’Institut n’est pas à compter au nombre des chefs-d’œuvre de Stephen King, mais c’est un texte dans lequel on sent toute la patte de l’auteur. Il maîtrise ses sujets de prédilection, à savoir l’enfance, le paranormal, l’amitié entre mômes, le chevalier solitaire, etc. Je me suis régalée de cette lecture en deux jours. Et je n’en demande pas plus !

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