Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

30 novembre 2008

Le Pays sans adultes

Roman d'Ondine Khayat. Pays_sans_adultes

Slimane a onze ans. Lui et son frère Maxence, treize ans, subissent la violence de leur père, qu'ils appellent le Démon. Le Démon les frappe et frappe leur mère, une femme faible, amoureuse, incapable de sauver ses enfants de la folie d'un père meurtrier, incapable de se sauver elle-même. Les deux frères se soutiennent, s'inventent des mondes heureux, forgent des rêves pour survivre, existent l'un pour l'autre. Mais à force d'endurer jour après jour les coups, les cris, les disputes, à force de vivre dans la peur, dans l'attente effrayée et dans l'ombre, Maxence perd pied et décide de partir au Pays sans adultes. Slimane tente de le suivre, mais il se perd en chemin. Avec ses nouveaux amis, le Pitbull, Valentine, Hugo, Marguerite et Sidonie, Slimane décide de sauver les enfants malheureux, de les débarasser de tous les Démons, et de rendre le sourire à toutes les mamans.

Quelle prose sublime! J'ai frissonné souvent en tournant les pages. La détresse de cet enfant battu et affolé est poignante. Les questions innocentes qu'il pose sont riches d'une grande sagesse et d'une douceur magnifique. Le style d'Ondine Khayat est superbe, délicat et sensible. Je recommande ce livre sans aucun doute. Je l'ai dévoré en deux soirées, avec une boîte de mouchoirs à mes côtés. Et je ne résiste pas au plaisir d'en livrer quelques extraits révélateurs du talent de l'auteure.

Page 18: "Les battements de nos coeurs, c'est rien d'autre que les murmures de tous ceux qui habitent dedans. Quand il n'y a plus personne, il s'arrête de battre. Il faut un grand coeur pour y mettre tous ceux qu'on aime, et laisser de la place à tous ceux qu'on va aimer, mais qu'on ne connaît pas encore."

Page 62: "Je me bouche les oreilles pour ne plus entendre tous ces mots blessants. Le Démon, quand il parle, on dirait une marée noire. Comme celles qu'on voit à la télé. Les beaux oiseaux blancs sont recouverts de mazout. Ils meurent parce qu'on leur a mis tellement de saleté sur eux qu'ils ne peuvent plus voler. Moi aussi, j'ai du mazout partout, et des fois je peux même plus respirer. Quand je marche, on dirait qu'il y a du goudron sous mes pieds. Je reste collé. La vie est trop étroite pour moi. Qu'est-ce que je vais devenir? Il y a une pierre à l'intérieur de moi. Une pierre impossible à soulever. C'est l'intifada dans mon coeur, ça cogne, ça cogne... Il pèse une tonne. Des fois, quand je pose ma main dessus, je l'entends même plus battre. "

Page 155: "Je pleure parce que mon frère préféré était tellement triste qu'il est parti sans me prévenir. Je pleure parce qu'il ne m'a pas emmené avec lui alors qu'il avait juré craché. Je pleure parce que j'ai peur de ne plus jamais el revoir. Je pleure parce que je ne peux pas vivre sans lui."

Merci au site Chezlesfilles et aux éditions Editions_Anne_Carri_re de m'avoir fait découvrir ce livre.

Posté par Lili Galipette à 21:52 - Mon Alexandrie - Lignes d'affrontement [2] - Permalien [#]
Tags :

Commentaires sur Le Pays sans adultes

  • Waouh! Et bien, tu m'as encore donné super envie de le lire. Et comme je ne suis pas insensible à ce thème, j'imagine que je devrais aussi prévoir le pack de 12 paquets de mouchoirs!
    Merci en tout cas pour tous ces commentaires sur les livres!

    Bises et encore joyeux anniversaiiiiireeeeee
    Julie

    Posté par Julie, 01 décembre 2008 à 10:40 | | Répondre
  • Un de mes cadeaux de Noel...
    Effectivement, je l'ai moi aussi vite lu, et avec un paquet de mouchoirs à côté de moi. Je me suis complètement plongée dans l'histoire. Une chose pourtant m'empèche de trouver ce livre sublime: le langage utilisé par ces enfants meurtris sort bien de la bouche d'un adulte et j'ai ressenti ce décalage à chaque phrases. Trop de poésie dans leurs pensées, pas assez de langue crue. C'est certainement voulu pour renforcer le dualisme Démon/innocence, vulgaire/poétique, mais du coup, le récit a perdu de sa valeur à mes yeux, se détachant trop de la réalité.
    À moins que après "Mon bel oranger" je ne puisse trouver de livre arrivant à la hauteur d'un tel sujet?

    Posté par sandrine, 04 janvier 2009 à 15:18 | | Répondre
Nouveau commentaire