Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

13 décembre 2009

John Steinbeck

PerleWeek-end très occupé et bien occupé, mais j'ai toujours du temps pour la lecture. Steinbeck a si bien retenu mon attention avec La perle samedi matin que j'ai attrapé Des souris et des hommes samedi après-midi. 

La perle - A La Paz, Kino est pêcheur de perles. Tous les jours, il plonge pour remonter les huîtres qui contiennent son gagne-pain. Pauvre, il l'est depuis toujours. Aux côtés de sa compagne Juana et de leur fils Coyotito, il mène une vie laborieuse dont il se satisfait simplement. Tout est bouleversé le jour où il remonte du fond de l'océan une perle fabuleusement grosse. Le désir de possession s'empare de lui, le soupçon le submerge. Kino sait qu'il ne pourra pas garder la perle sans faire face à la cupidité et à la convoitise.

Terrifiant récit de la marche éternelle de l'humanité et de ses défauts incoercibles! Kino incarne des siècles de pauvreté héréditaire et résignée. Sa révolte le conduit à sa perte. Mais que peut-on face à la folie: "Cette perle est devenue mon âme, à présent, répondit Kino. Si je l'abandonne, je perds mon âme." (p. 93) Kino vit selon des chants immémoriaux qui rythment ses actions au quotidien: le Chant de la Famille, le Chant de la Perle, le Chant du Mal. Autant de mélodies dont on n'entend pas la moindre note, mais qui résonnent pourtant de plus en plus fort à mesure que le drame se noue.

Par sa concision et sa rudesse, je considère ce texte davantage comme une nouvelle que comme un roman. Les personnages sont simples et puissants dans leur simplicité. Les sentiments qui les traversent sont brillamment exprimés. Le texte se lit avec une avidité comparable à celle qu'éprouvent les jaloux de la chance de Kino. Le récit est une perle: le langage enveloppe une situation tragique et la rend sublime.

Souris_et_des_hommesDes souris et des hommes - Préface de Joseph Kessel: "Ce livre est bref. Mais son pouvoir est long. Ce livre est écrit avec rudesse et, souvent, avec grossièreté. Mais il est tout nourri de pudeur et d'amour." (p. 7)

George et Lennie forment un duo atypique. Lennie est un colosse aux mains terribles et à l'esprit simple. George est petit et c'est lui qui pense pour deux. Embauchés dans un ranch de Soledad pour porter des sacs d'orge, ils ne passent pas inaperçus dans l'équipe de travail. Ils rêvent de gagner assez pour s'offrir un coin de terre bien à eux. C'est compter sans les "bêtises" que Lennie accumule et que George s'efforce à chaque fois de dissimuler ou de solutionner.

Bouleversant récit que celui de cette amitié virile... "Parce que moi, j'ai toi pour t'occuper de moi, et toi, t'as moi pour m'occuper de toi." (p. 44) Entre l'attachement irraisonné de Lennie et l'inquiétude tendre et bourrue de George, on explore une gamme de sentiments extraordinairement colorée.

Majoritairement dialogué, le texte file à toute allure vers son issue funeste et bouleversante. J'ai versé une grosse larme sur les dix dernières pages. Là encore, je trouve que le récit a la force d'une nouvelle. Il est délicat d'en dire davantage sans déflorer l'intrigue.

Un point particulier a retenu mon attention. J'ai lu les deux texte dans l'édition Folio et les premières de couverture sont toutes deux des oeuvres de Thomas Hart Benton: Pique-nique et The ballad of the jealous lover. Les toiles de ce peintre illustrent à merveille les textes de Steinbeck. Les couleurs, les formes et la lumière sont l'exacte représentation que je me fais des deux récits de l'auteur.

Je conseille ces deux récits à tout le monde. J'ai étudié La perle au collège et il m'avait fortement impressionnée. Je ne l'avais pas relu depuis cette époque et il m'a fait, une nouvelle fois, un effet terrible. Le second texte est bouleversant et me laisse aussi une impression délicate très particulière.

Posté par Lili Galipette à 19:50 - Mon Alexandrie - Lignes d'affrontement [1] - Permalien [#]

Commentaires sur John Steinbeck

    les souris et les hommes

    Ce livre m'avait bouleversée, un peu à la manière de "la ligne verte". Deux grands colosses tellement fragiles finalement...

    Posté par Mamanous, 29 décembre 2009 à 10:02 | | Répondre
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