Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

02 juillet 2010

Oradour-sur-Glane aux larmes de pierre

Oradour_sur_Glane_aux_larmes_de_pierreTexte de Jean-Louis Marteil. Préface de Lucie Aubrac.

Le narrateur chemine dans les ruines du village supplicié d'Oradour-sur-Glane. Ses pas le conduisent au plus près des victimes de la barbarie aigrie de la Deuxième Division SS Das Reich, rompue aux massacres sur le front de l'Est. Le débarquement a eu lieu, les Alliés sont aux portes du Reich et le 10 juin 1944, "la race des Seigneur répand les ruines" (p. 16) dans un petit village isolé sur les bords de la Glane. Femmes et enfants sont entassés dans l'église, voués aux balles et aux flammes. Les hommes sont regroupés dans les granges et tombent sous le feu des mitraillettes. Peu de survivants réchappent de cette journée d'horreur où un régime de terreur, confronté à ses vainqueurs, décide d'entraîner dans son agonie sanglante les innocents du monde ordinaire.

Le narrateur/auteur, habité par le sentiment du devoir de mémoire, présente un lieu figé à jamais. Il imagine les dernières heures de serein bonheur d'Oradour et se pose la question récurrente du choix face à l'horreur. Quelle décision aurait-il, aurait-on, pris devant l'évidence de l'horreur à venir? Quelle réponse aurait-il donné? "Il est pourtant aisé, aujourd'hui, d'en donner une, ou plusieurs. Aucune ne sera nourrie de la vérité car aucune ne sera née de l'instant." (p. 30)

De la marche du narrateur dans l'Histoire, je retiens cette phrase: "Je ne peux pas croire qu'il faisait beau le 10 juin 1944." (p. 25) On voudrait que l'horreur se déroule dans le noir, sous les sombres nuages d'un ciel voilé. On n'accepte pas que la nature, imperturbable, n'ait pas revêtu ses habits de deuil en cette journée de massacre.

Le narrateur s'adresse à "[son] amour" (p. 15), "[sa] belle" (p. 17), et c'est elle qui donne le mot de la fin, en évoquant l'un des noms du myosotis, "Ne-m'oubliez-pas". C'est aussi et surtout le mot du début: en entrant dans Oradour, un pannonceau dit "Remember. Souviens-toi." Pour commencer, pour continuer, il faut se souvenir, marcher sur les lieux de l'Histoire, les appréhender pour ne jamais être du côté de ceux qui les font.

"[Son] amour", "[sa] belle", il me semble que c'est également ainsi qu'il s'adresse à Oradour-sur-Glane, dans une tendresse malhabile née de l'impuissance face à la désolation et d'une part de révolte de n'avoir pas été là. "Juin 1944. Je n'étais pas né..." (p. 17) Mais ne pas avoir vécu l'horreur n'est pas tout, n'est pas une fin. Il faut se souvenir des souffrances passées.

Lucie Aubrac, dans sa préface, dit que "l'auteur n'est pas qu'un narrateur, c'est une conscience." (p. 12) Moi qui ne connaissais Oradour-sur-Glane que par les livres et les cours d'histoire, je sais maintenant qu'il me manque de l'avoir vue.

La prose de l'auteur est chargée d'émotion. En moins de cent pages, il donne toute l'étendue de son talent d'écrivain, où la véracité se mêle à la poésie.

Un autre grand merci à Jean-Louis Marteil, directeur de La_Louve, qui m'a offert ce livre dédicacé.

Posté par Lili Galipette à 06:26 - Mon Alexandrie - Lignes d'affrontement [6] - Permalien [#]
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Commentaires sur Oradour-sur-Glane aux larmes de pierre

    Une "bonne" maison d'édition ! tu te régales avec leurs livres !

    Posté par clara, 02 juillet 2010 à 11:11 | | Répondre
  • Une "bonne" maison d'édition ! tu te régales avec leurs livres !

    Posté par clara, 02 juillet 2010 à 11:19 | | Répondre
  • J'ai revu mes connaissances sur cet événement tragique tout récemment, car il était mentionné dans La Synthèse du camphre d'Arthur Dreyfus. Ce livre me tente donc assez mais je vais me laisser un peu de temps pour des lectures plus gaies.

    Posté par zarline, 02 juillet 2010 à 12:38 | | Répondre
  • Vos commentaires

    @ Clara: Une excellente maison d'édition! et un directeur/auteur des plus chaleureux!

    @ Zarline: Le livre de Jean-Louis Marteil ne s'ouvre pas à la légère, c'est certain. Mais c'est un texte d'une grande puissance. Bonnes lectures estivales!

    Posté par Lili Galipette, 02 juillet 2010 à 19:30 | | Répondre
  • Oradour?

    Il faudra que je lise quelque chose au sujet de cet épisode. Celui-ci, peut-être, s'il est accessible dans le commerce, même en Suisse.

    Posté par DF, 05 juillet 2010 à 16:05 | | Répondre
  • @ DF

    Cet ouvrage ne parle pas "scientifiquement" de cet épisode tragique. C'est une réflexion de l'auteur plutôt qu'un essai historique.
    Mais le texte est magnifique!

    Posté par Lili Galipette, 05 juillet 2010 à 18:31 | | Répondre
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