Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

11 juillet 2010

Mediator 150mg - Sous-titre censuré

Mediator_150g___Sous_titre_censur_Document d'Irène Frachon.

Voici quelques propos de Charles Kermarec, directeur de la Librairie Dialogues, qui résument et le livre et la polémique qui l'entoure:

"Le Mediator 150mg est un médicament antidiabétique souvent prescrit comme coupe-faim, dont l'autorisation de mise en marché a été suspendue par l'Afssaps (Agence du médicament), en novembre 2009, en raison de sa toxicité avec risque avéré d’atteinte des valves du cœur que sa consommation entrainait pour les patients. Les valvulopathies sont des maladies qui peuvent être mortelles. Deux millions de personnes ont consommé du Mediator. Et 300 000 encore tous les jours au moment où l'interdiction faite aux pharmaciens de le vendre a été prononcée.
Irène Frachon, pneumologue au CHU de Brest, a été l'un des médecins dont l'enquête a conduit l'Afssaps à faire retirer le Mediator du marché. Elle est l'auteur du livre Mediator 150mg combien de morts ?
A l'issue de son enquête serrée, scientifique, son livre se termine par cette phrase : "Il me reste une question : combien de morts ?". Cette question est donc la question prospective, et légitime, d'un médecin soucieux de ses malades et des politiques de santé.
Le laboratoire Servier a attrait en justice les éditions dialogues, éditeur du livre, et demandé que soit retirée de la couverture cette mention : "Combien de morts" au motif qu’elle risquerait de lui causer un préjudice grave. Action judiciaire en référé vu l'urgence et l'imminence du préjudice allégué. Par un attendu ahurissant, le juge a fait droit à cette demande. Il écrit notamment : "la défenderesse (les éditions Dialogues) en effet minimise l'impact de l'intitulé de son ouvrage en soulevant le fait que la diffusion du produit est aujourd'hui suspendue, et que le dommage serait en conséquence peu important. Or cet argument peut être retourné. S'il advenait finalement qu'après analyse la suspension soit levée, et la diffusion des produits à base de benfluorex rétablie, le dénigrement provoqué par la mention litigieuse se révèlerait alors grandement source de discrédit tant pour le produit que pour le fabricant du produit." En somme le juge nous dit : si un médicament qui est un poison était demain considéré comme un bonbon inoffensif, alors demain il y aurait préjudice. C'est reconnaitre qu'aujourd'hui il n'y en a pas. Et d'imminent non plus.
Dès lors, la décision du juge brestois s'analyse clairement et simplement en une censure d'un sous-titre, légitime s'agissant de la toxicité avérée, reconnue par l'Afssaps, d'un médicament qui peut être cause de valvulopathie. Une censure du sous-titre. Une censure du livre. Dont la couverture doit être modifiée sous astreinte de 50 euros par exemplaire distribué. Le métier de libraire consiste avant tout à se dresser contre la censure. Je fais appel.
Ce livre sera de nouveau en vente la semaine prochaine. Son sous-titre sera désormais "sous-titre censuré".
Il me reste une question : qu'est ce qui est préjudiciable ? Le sous-titre : combien de morts ? Ou les morts ?"

Je n'ai que peu de choses à ajouter aux propos de Charles Kermarec. Si scandale il y a, ce n'est pas Irène Frachon qui le crée ou qui l'alimente. J'ai apprécié l'analyse factuelle que mène l'auteure. Elle présente des faits, des chiffres, des noms, des téoignages de personnes malades. Sa pugnacité est remarquable tout comme sont révoltantes l'inertie et l'hypocrisie de l'AFSSAPS.

On croirait lire une enquête policière, à la poursuite des coupables, avec collecte de preuves et de témoins. Sur la carte qui accompagnait ce livre, une main avisée a écrit: "Un livre qui se lit comme un polar. Un polar qui vous glace le sang. Mais un polar où tout est vrai." On ne pourrait mieux parler de ce livre, document troublant et inquiétant qui alerte sur la sécurité des patients et la connaissance des médicaments.

Un grand merci aux Editions_Dialogues qui m'ont offert ce livre.

Posté par Lili Galipette à 11:18 - Mon Alexandrie - Lignes d'affrontement [6] - Permalien [#]
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Commentaires sur Mediator 150mg - Sous-titre censuré

    Il est dans ma PAL!

    Posté par clara, 11 juillet 2010 à 11:26 | | Répondre
  • @ Clara

    Édifiante lecture, je te l'assure!

    Posté par Lili Galipette, 11 juillet 2010 à 11:33 | | Répondre
  • Une polémique qui met en évidence à la fois ce sacro saint principe de précautions qui parfois nuit à une avancée médicale mais si j'en crois ton billet le lobbying des laboratoires auprès de l'agence, quand on lit ça dans un polar on y croit tout juste et pourtant....

    Posté par Dominique, 11 juillet 2010 à 12:01 | | Répondre
  • @ Dominique

    Ce qui est fou dans ce livre, c'est constater à quel point le principe de précaution est piétiné en faveur des profits financiers!
    Je vais y regarder à deux fois avant de prendre un médicament...

    Posté par Lili Galipette, 11 juillet 2010 à 12:05 | | Répondre
  • Je trouve que les enjeux de cette polémique ne sont pas aussi simples. Je comprends la décision du juge. Si j'ai bien tout suivi, la mise sur le marché n'a été que suspendue afin de conduire de plus amples analyses. Il y a une sorte de "présomption d'innoncence" à laquelle nuit un tel sous-titre. Maintenant, je suis contre toute censure mais dans ce cas, il ne s'agit que d'un sous-titre, le livre reste en vente et la polémique n'a fait qu'attirer l'attention sur cette enquête apparemment édifiante. Je suis même persuadée que les regards curieux vont s'arrêter sur cette mention "sous-titre censuré"...

    Posté par zarline, 12 juillet 2010 à 12:57 | | Répondre
  • Passionnant ! et navrant...

    Posté par Liliba, 18 juillet 2010 à 10:54 | | Répondre
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