Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

11 avril 2011

À tu et à toi

A_tu_et___toiRoman de Berthrand Nguyen Matoko.

David apprend que Daniela se marie à la fin de la semaine. Daniela, c'est son ex-compagne et la mère de son fils, Jésus. La surprise causée par l'annonce de ce mariage plonge David dans ses souvenirs et ses réflexions. Il raconte sa rencontre avec Daniela, antillaise et étudiante en droit. "Je ne pouvais que définir ma rencontre avec Daniela telle la bénédiction de ma destinée." (p. 23) Il retrace son propre parcours entre Dunkerque, Champigny-sur-Marne, Paris et son poste de jardinier dans le parc des Buttes Chaumont. Il évoque Camille, amie d'enfance à l'esprit brillant, avec laquelle il a noué une relation faite d'amour et de sentiments. Dans sa passion pour le jogging dans les allées du parc des Buttes Chaumont, il rencontre Samy, antillais lui aussi et curieux de tenter de nouvelles expériences.

Les relations humaines et/ou amoureuses et la question de l'identité sexuelle sont au coeur du roman. "Je clamais la thèse de l'évolution sociale par la féminisation des hommes et la masculinisation des femmes, de telle sorte que la passion amoureuse implique profondément l'amitié entre les sexes." (p. 52) Toutes les expériences amoureuses et sensuelles que connaissent David et Daniela sont impulsées par Camille et Samy qui s'imposent comme un soutien et une échappatoire pour le couple incertain.

Ce roman ne m'a pas convaincue. David est un personnage qui m'a rapidement agacée : c'est une éponge qui souscrit aux théories des autres et qui semble incapable de formuler une idée originale. Son obsession récurrente pour le jogging et plus généralement pour le corps (masturbation, hygiène de vie, etc.) est avilissante et en fait un être malsain. Je n'ai pas trouvé originale la façon dont est traité le triangle amoureux. La chute de l'histoire est attendue et la conclusion sonne comme une mauvaise morale tirée d'un mauvais conte philosophique. Le style de l'auteur est inégal : certains passages sont vraiment bons et d'autres sont d'une platitude écoeurante.

Les nombreuses erreurs de ponctuation (mésusage des points-virgules et des majuscules), les fautes de grammaire et d'orthographe et certaines phrases incompréhensibles (tournures incorrectes ou mots en trop) ont grandement entravé ma lecture. Je suis d'ordinaire assez indulgente avec les coquilles, mais je supporte difficilement les fautes de langage.

C'est le premier livre autoédité que je lis. J'ai de nombreuses réticences quant à l'auto-édition : je redoute une "édition poubelle" qui regrouperait tous les réprouvés de l'édition traditionnelle et qui proposerait des textes sans intérêt portés par des auteurs vexés de s'être vus fermer les portes de Gallimard & Cie. Ici, ce n'est pas la question : je n'ai pas aimé ce texte, mais il aurait pu être édité par des maisons d'édition qui ont pignon sur rue, ce qui ne garantit toutefois pas la qualité de leur catalogue. La seconde crainte que je nourris à l'encontre de l'auto-édition, c'est l'indigence des corrections. Le livre de Berthrand Nguyen Matoko souffre clairement d'une relecture insuffisante. Les maisons d'édition traditionnelles disposent au moins de services de correction efficaces qui évitent ce genre de lecture pénible à toute personne connaissant le bon usage du point-virgule.

J'adresse toutefois mes remerciements à Vincent, du blog Les agents littéraires, qui m'a proposé ce livre et à Berthrand Nguyen Matoko qui me l'a fait parvenir.

Posté par Lili Galipette à 13:48 - Lignes d'affrontement [12] - Permalien [#]
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Commentaires sur À tu et à toi

  • Beurk !

    L'avantage des maisons d'édition c'est aussi (outre les corrections basiques de français élémentaire) les corrections, les "coupes" qu'elles obligent à faire faire à l'auteur ; en l'occurrence, tu aurais peut-être fait moins de jogging entre les coquilles d'oeuf !!^^

    Posté par Asphodèle, 11 avril 2011 à 21:28 | | Répondre
  • @ Asphodèle

    Beurk parce que tu n'aimes pas la nouvelle couleur de mon blog oou beurk pour les fautes ?
    Sinon, tout à fait d'accord avec ce que tu dis !

    Posté par Lili Galipette, 12 avril 2011 à 07:32 | | Répondre
  • Je suis en ce moment en train de lire un livre de chez Publibook et heureusement, pas trop de coquilles pour le moment (où alors avec mon grand sens de l'orthographe, elles passent suffisamment inaperçues). J'espère que ça va continuer comme ça...

    Posté par zarline, 12 avril 2011 à 16:54 | | Répondre
  • @ Zarline

    Héhé, nos sensibilités orthographiques peuvent varier, mais ce n'est pas une raison pour que les auteurs nous servent des textes truffés d'horreurs !

    Posté par Lili Galipette, 12 avril 2011 à 17:45 | | Répondre
  • auto-édition

    Ca m'ennuie de ne pas être favorable à l'auto-édition, car dans l'absolu toute personne éprouvant le besoin d'écrire doit pouvoir le faire.
    Mais le (très) gros problème réside effectivement dans l'absence d'obligation faite à l'auteur de se faire relire par une personne compétente, formée ad-hoc, et rémunérée pour ce faire.
    J'ai essayé d'en lire, il est rare que je sois allé au bout: tout n'est pas néanmoins à jeter.
    Sincèrement,

    Posté par SAINT-LUC, 15 avril 2011 à 21:27 | | Répondre
  • @ SAINT-LUC

    Je ne partage pas votre opinion. Il ne me semble pas que toute personne piquée d'écriture devrait pouvoir faire paraître ses textes. Aimer écrire est une chose, savoir le faire en est une autre. Avant de se lancer dans l'auto-édition, il est bon d'entendre et de comprendre les refus des éditeurs traditionnels. Bien entendu, ces derniers peuvent passer à côté de chefs-d'oeuvre, mais je ne suis pas certaine qu'inonder le marché avec des publications auto-éditées permettent vraiment de s'y retrouver.

    Merci de votre passage. À bientôt.

    Posté par Lili Galipette, 15 avril 2011 à 21:33 | | Répondre
  • Mitigée

    Bonjour Lili,
    J'ai eu plus de chance que toi. Je suis tombée sur un livre bien écrit et qui m'a vraiment touchée. Je ne renie donc pas l'autoédition.
    Par contre, je te rejoins quand tu dis que tous les textes écrits ne devraient pas être publiés. Trop de gens pensent savoir écrire ou croient pouvoir devenir écrivain mais...

    Par contre, même si les maisons d'édition qui ont pignon sur rue sont entourées de relecteurs et critiques "professionnels", ils éditent des auteurs dont les écrits me laissent parfois sans voix. Je ne citerai que Christine Angot comme récente déconvenue (pour m'éviter les foudres...) mais elle vaut son pesant d'or.
    J'aimerais parfois être une souris pour connaître les dessous des publications des grandes maisons d'édition.

    Posté par argali, 18 avril 2011 à 10:57 | | Répondre
  • @ Argali

    Je ne renie pas (encore) l'auto-édition. Je reste sceptique et ne demande qu'à être convaincue.
    Je n'ai jamais lu de textes de Christine Angot, mais tu n'es pas la première à faire une telle remarque à son sujet. Ce n'est donc pas encore demain que je la lirai...

    Posté par Lili Galipette, 18 avril 2011 à 12:32 | | Répondre
  • J’ai lu il y a quelques semaines le Flamant noir, premier roman de cet auteur édité chez L’Harmattan en 2004 et j’avais déjà été très gênée par les maladresses d’écriture (virgules mal utilisées par ex... Pourtant je ne suis une lectrice lambda sans formation littéraire. Apparemment, édité ou auto-édité, le problème est ailleurs.

    Lili, ta critique ne va pas m’inciter à retenter l’expérience.

    Posté par Virginie, 21 avril 2011 à 13:49 | | Répondre
  • @ Virginie

    Voilà qui n'est pas rassurant, en effet...
    Moi qui étais tenté par le roman que tu cites, je vais peut-être m'abstenir...
    Bonne journée.

    Posté par Lili Galipette, 21 avril 2011 à 14:27 | | Répondre
  • Flamant noir

    Je peux toujours te l'envoyer, tu jugeras par toi même ...

    Posté par Virginie, 21 avril 2011 à 14:45 | | Répondre
  • @ Virginie

    Merci pour ta proposition, mais je vais vraiment m'abstenir !
    Bonne journée.

    Posté par Lili Galipette, 21 avril 2011 à 16:53 | | Répondre
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