Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

03 mai 2011

Persepolis

PersepolisRoman graphique  et autobiographique de Marjane Satrapi.

Marjane est née en Perse, sous le régime du Shah. Elle vit richement à Téhéran avec ses parents. Ces derniers sont modernes et cultivés et ils souhaitent donner à leur fille une très bonne éducation. Marjane étudie au lycée français et elle baigne dans un univers de tolérance et de conscience politique. À huit ans, elle décide qu'elle sera prophète. Elle écrit son livre sacré, parle à Dieu quotidiennement et souhaite mettre en place un monde meilleur. "- Comment tu vas faire pour que les vieilles ne souffrent plus ? - C'est simple, ce sera interdit." Marjane est une gamine curieuse et avide d'apprendre. Elle lit tout ce qui lui tombe sous la main et découvre très tôt les théories marxistes défendues par son oncle Anouche et ses proches.

Dans les années 1980, la révolution islamique met en place une république qui n'en a que le nom. Le régime tourne rapidement à l'intégrisme. Le port de la cagoule en public est obligatoire pour les femmes. La guerre contre l'Irak ravage le pays. Les bombardements détruisent le pays. Insécurité extérieure et oppression intérieure plongent les Iraniens dans la peur. Il faut faire attention à tout. Tout le monde peut être un délateur. Les rébellions sont minuscules, mais les châtiments sont exemplaires. Marjane est avide d'héroïsme et d'action. Graine de révolutionnaire et enfant passionnée, elle ne mâche pas ses mots ni ses idées et écoute Iron Maiden et Kim Wilde à plein volume.

Persepolis_Pinkisnotdead

Mais ses parents sont inquiets. Les bombardements et les arrestations iniques se multiplient. Marjanepart pour l'Europe. En Autriche, elle fait l'expérience du déracinement et de la solitude. Dans un pays libre, en paix et prodigue, elle est bien plus misérable et malheureuse qu'en Iran. Elle comprend que l'intégration n'a de sens que si on reste intègre à soi-même. Mais perdue dans ce pays qui la rejette vaguement et dans lequel elle manque de repères et d'attaches affectives, Marjane accumulent les erreurs, les fréquentations douteuses et les mauvaises passes. Le retour en Iran est difficile, mais Marjane est enfin auprès des siens. Néanmoins, ce pays n'est pas pour elle.

Le livre se découpe en grandes parties qu'inaugurent des chiffres monumentaux qui tiennent toutes la page. Elles correspondent aux quatre tomes de l'histoire ici regroupés en un volume. Les parties se divisent en chapitres dont le titre est comme un frontispice. Tout n'est que blanc et noir et c'est parfois très étouffant. Les grands aplats de noir font peser une lourdeur infinie sur la page, ce qui traduit l'oppression du régime et la peur omniprésente.

On a déjà beaucoup parlé de Persepolis. C'est une oeuvre intéressante sur l'Iran, mais elle ne m'a pas vraiment touchée. Contrairement à Marzena Sowa qui est redevenue une enfant pour parler de la Pologne, Marjane Satrapi pose un regard adulte sur le passé et ses souvenirs. Bien que son récit présente des faits émouvants et révoltants, la sauce n'a pas vraiment pris.

Persepolis_filmLe film d'animation de Vincent Paronnaud et Marjane Satrapi m'a plu bien davantage. Étrange, me direz-vous. L'histoire et les images sont les mêmes. Mais le film a l'avantage du mouvement : il libère les images et allège le poids du noir. L'usage des camaïeux de gris est salutaire. L'image gagne en profondeur, en épaisseur et, pour ma part, en émotion.

C'est donc un petit raté pour ce livre. Dommage.

Posté par Lili Galipette à 21:55 - Ma Réserve - Lignes d'affrontement [12] - Permalien [#]

Commentaires sur Persepolis

    Je me souviens avoir vu le film à sa sortie et avoir été déçue, malgré le battage médiatique fait autour, ou peut-être à cause du battage justement et je n'ai pas eu envie de lire la BD, (en plus une BD). mais on ne voit ni les photos ni la vidéo, c'est normal ou c'est encore l'orage qui sévit ici qui me prive de la moitié d'Internet.

    Posté par Asphodèle, 04 mai 2011 à 10:22 | | Répondre
  • Je viens de le lire aussi. Effectivement, le noir est très (trop) présent, mais traduit bien l'ambiance du récit. J'ai bien aimé, même si j'ai préféré le film d'animation. De Marjane Satrapi, j'ai lu aussi "Poulet aux prunes", beaucoup plus court, mais très intéressant.

    Posté par Sév, 04 mai 2011 à 10:45 | | Répondre
  • @ Asphodèle

    Si tu n'as pas aimé le film, pas la peine de lire la BD, c'est la même chose, mais en en mouvement.

    Vivement que l'orage se calme ! Elles sont chouettes mes images !

    Posté par Lili Galipette, 04 mai 2011 à 11:43 | | Répondre
  • @ Sév

    Je note Poulets aux prunes.
    Merci de ton passage et à bientôt !

    Posté par Lili Galipette, 04 mai 2011 à 11:44 | | Répondre
  • J'ai bien aimé la BD mais tout comme toi j'ai préféré le film d'animation !

    Posté par Liyah, 04 mai 2011 à 21:43 | | Répondre
  • Première avis mitigé que je lis sur cette BD je crois. J'étais plus tentée par la BD que le film mais vu ton billet, je vais peut-être changer d'avis.

    Posté par zarline, 04 mai 2011 à 22:46 | | Répondre
  • @ Liyah

    Et apparemment, nous ne sommes pas les seules...

    Posté par Lili Galipette, 04 mai 2011 à 22:52 | | Répondre
  • @ Zarline

    Tout dépend de ta sensibilité. J'aime le mouvement et la bande dessinée en manque sérieusement.
    Mais cette immobilité peut en séduire certains.
    Bonne lecture !

    Posté par Lili Galipette, 04 mai 2011 à 22:53 | | Répondre
  • J'avais adoré l'adaptation ciné. Il faudrait que je me plonge dans la version BD originale

    Posté par Kikine, 05 mai 2011 à 03:46 | | Répondre
  • @ Kikine

    Le film d'animation est vraiment chouette.
    J'espère que la bande dessinée te plaira.
    Bonne lecture.

    Posté par Lili Galipette, 05 mai 2011 à 07:38 | | Répondre
  • Les romans graphiques sont répétitifs et finalement un peu longuets, alors que le film a permis de faire des coupes claires, de rendre du dynamisme à cette histoire. Comme toi, je préfère l'adaptation à l'oeuvre originale.

    Posté par mrs pepys, 05 mai 2011 à 09:47 | | Répondre
  • @ Mrs Pepys

    Je ne suis donc pas la seule qui a baillé devant le livre...

    Posté par Lili Galipette, 05 mai 2011 à 10:03 | | Répondre
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