Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

02 juin 2011

Mademoiselle Merquem

Mademoiselle de MerquemRoman de George Sand.

En Normandie, Mme du Blossay appelle auprès d’elle son neveu Armand. La veuve cherche une compagne idéale pour le jeune homme. Dans les environs des domaines du Plantier réside Mademoiselle Célie de Merquem, vieille fille de trente ans, mais fraîche comme une adolescente. Orpheline et élevée de façon non conventionnelle par son grand-père, Mademoiselle Merquem a toujours refusé que le mariage soit le but qu’une femme doit atteindre. Décidée à ne pas se donner au premier venu ou à un homme qu’elle jugerait indigne d’elle, elle a plusieurs fois repoussé les demandes de son voisin M. de Montroger ou d’autres prétendants.

Rapidement, Armand s’éprend de la belle voisine et il est persuadé que son amour sera payé de retour. Mais il doit disputer la belle aux paysans et aux marins. En habit d’homme, Mademoiselle Merquem participe aux sauvetages en mer et n’est rien moins qu’une « idole de chair et d’os » (p. 108) pour le village. Marraine de chaque famille, génie tutélaire et affectueux d’une confrérie maritime, elle allie « le courage de l’homme et la grâce de la femme. » (p. 130) Mademoiselle Merquem dirige idéalement une petite société préservée où sa douceur et sa bonté sont unanimement reconnues.

Armand doit aussi vaincre les fantômes du passé de Célie. Une absence de 18 mois dans sa jeunesse fait jaser, comme le lien qui l’attache à un jeune orphelin, Moïse. Et il y a cet homme, le marquis de Rio-Négro. Sa présence dans la vie de Mademoiselle  Merquem est une tâche tenace. Quand elle s’abandonne enfin au droit et au plaisir d’aimer en compagnie d’Armand, elle le met en garde : « Vous ne savez pas encore si je n’ai pas commis quelque autre faute plus grave que celle d’être ensorcelée par un chevalier d’industrie de bas étage. » (p. 199) Mais le temps et l’amour d’Armand vaincront les réticences et les peurs de Célie. L’ennemi le plus dangereux, en la personne du voisin le plus proche, est repoussé et le jeune couple s’installe dans un bonheur durable au sein d’une société aimable et charitable.

Entre terre et mer, Mademoiselle Merquem est une femme du monde dans le sens où rien de la nature ne lui est étranger. Si farouche envers les élans de son propre cœur, elle ne refuse jamais son aide et se donne en amitié à corps perdu. Sage et réfléchie, cultivée et curieuse de toutes les sciences,  finalement capable de tracer son chemin sans la tutelle d’un père, d’un frère ou d’un époux, elle incarne la femme moderne chère à George Sand.

Mais alors pourquoi ce roman m’a-t-il tant ennuyée ? Moi qui ne rue jamais devant les longues descriptions, les déclarations interminables et les lettres enchâssées dans un récit, j’ai baillé pendant les quelques 320 pages du texte. Armand m’a prodigieusement agacée : encore un homme qui croit qu’aucune femme ne peut lui résister ! Bien sûr, il doit lutter et prouver sa valeur pour conquérir Mademoiselle Merquem, mais tout de même, quelle fatuité ! Globalement, le monde rural utopique dépeint par George Sand ne m’a pas séduite : tant de bons sentiments et d’aimable compagnie, c’est un peu étouffant. Je me sentais prête à attaquer tous les romans de l’auteure, mais je vais différer et digérer d’abord ce pavé un peu écœurant…

Posté par Lili Galipette à 16:49 - Ma Réserve - Lignes d'affrontement [4] - Permalien [#]

Commentaires sur Mademoiselle Merquem

  • Rhoooooo ben crotte alors !!! je suis bien sûr déçue que tu n'aies pas aimé, mais je peux comprendre (quoique ...) ! J'avoue que la figure de Célie a accaparé toute mon attention par rapport à ce pauvre Armand. J'ai aimé aussi cette figure de patriarche, et j'ai aussi une tendresse pour Bellac qui lui met les cartes en main et lui laisse choisir son destin : femme mariée ou femme libre... non, décidément j'aime ce roman ! bon allez je te pardonne parce que c'est toi

    Posté par George, 02 juin 2011 à 17:46 | | Répondre
  • @ George

    Oui, Bellac est un charmant personnage.
    Mais j'ai été déçue par Montrouge, si charmant en gentilhomme à la triste figure...
    Et Célie aussi m'a agacée... Je ne crois pas à sa gandeur d'âme et à son abnégation... Mais bon, je suis une vieille peau moi aussi, ça doit être pour ça...
    Merci pour ton indulgence !

    Posté par Lili Galipette, 02 juin 2011 à 17:51 | | Répondre
  • aaaah ! tu me fais bailler !

    Quand on lit les billets enfiévrés -et brillants-de Georges, c'est vrai qu'on a envie de relire (j'en ai eu une bonne dose au collège et au lycée) mais j'ai mis le nez dans François Le Champi qui sur le fond m'a l'air très bien, mais la forme me rebute un peu, pour l'instant !! en même temps je suis dans Gary (j'étais) donc...pas envie de me lancer dans le roman champêtre et plein de bonnes intentions !!

    Posté par Asphodèle, 03 juin 2011 à 22:06 | | Répondre
  • @ Asphodèle

    J'te fais bailler, moi ???
    Bon, au moins, les commentaires fonctionnent...
    George parle très bien de George Sand (ça va la schyzophrénie ?), en effet. Mais, comme toi, je ne suis pas une période propice au roman champêtre. Besoin d'un peu de violence...

    Posté par Lili Galipette, 03 juin 2011 à 22:10 | | Répondre
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