Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

08 septembre 2011

Écrire la Révolution 1784-1795 #4

Le 8 octobre, c'est trop loin ? Que se passe-t-il le 8 octobre ? C'est la sortie du livre Écrire la Révolution, 1784-1795 de Gaston de Lévis, aux éditions de la Louve.

C'est dans un mois, sortez vos agendas !!

Ecrire_la_revolution_1784_1795

Je vous ai déjà proposé deux extraits (#1 et #2) et une interview de Claudine Pailhès qui a rassemblé et annoté les lettres de Gaston de Lévis. Un dernier extrait pour patienter ? Régalez-vous avec la lettre des Champs-Élysées !


« Paris, le 18 septembre 1791

 

Je ne vous écrirai qu’un mot parce qu’il est excessivement tard ce soir, ou plutôt ce matin, et que je pars à 7 heures pour Ennery.

Paris a offert toute la journée et surtout le soir le spectacle le plus intéressant. La Constitution a été proclamée ce matin au bruit de 130 pièces de canon. L’on a été au Champ de Mars, toute la garde nationale était sur pied, le temps était froid, le vent fort et cependant, tout le monde était dehors. Le soir, l’air s’est radouci, le vent est tombé, la nuit était noire, Paris a été en un instant éclairé de mille feux. Un peuple immense remplissait les rues, j’ai suivi la foule et j’ai été porté aux Tuileries. Le château était superbement illuminé, des pots à feu dessinaient la façade et brillaient jusque sur la couverture, le jardin était décoré de pyramides, de lampions. Mais ce qui était réellement au-dessus de toute description, c’était le coup d’œil des Champs-Élysées : ce n’était pas comme l’année dernière un lampion à chaque arbre (ce qui cependant avait été admiré à juste titre), aujourd’hui, des guirlandes de feu réunissaient les arbres des quatre allées du milieu et allaient se rattacher aux pavillons des barrières de l’étoile magnifiquement illuminés, les autres allées étaient éclairées diversement, les gazons étaient ornés d’obélisques, de différents jeux, de nombreux orchestres faisaient sauter en cadence d’innombrables contredanses, d’immenses ronds les entouraient et suppléaient par leurs chants à la musique qu’ils ne pouvaient pas entendre de si loin, mille fusées s’élevaient de toutes parts et retombaient en étoiles brillantes. J’étais monté sur le piédestal de la statue de Louis XV avec 3 ou 4 personnes et je jouissais de ce spectacle de fées lorsque de grands cris se firent entendre, tout le monde courait du côté du quai. C’était le roi qui venait avec sa famille voir les illuminations. La foule s’est précipitée sur son passage, les danses ont cessé tout à coup, l’on était encore pressé à deux cent pas de la voiture, au même instant, comme à un signal, cent mille cris de Vive le roi ! ont retenti jusqu’aux cieux, les chapeaux ont été en l’air, Vive la reine, Vive le dauphin !

Et il n’y a pas deux mois que, sur cette même route, au même lieu, l’on conduisait au milieu des piques fatales, des faux menaçantes et d’une triple haie de baïonnettes cette même famille pour la renfermer dans une étroite prison. Qu’avait-elle fait alors et qu’a-t-elle fait depuis ? Aujourd’hui l’ivresse était au comble, la marche ressemblait à un triomphe. L’on a repris les amusements encore plus pour en montrer l’étonnant spectacle au roi et à la reine que pour y prendre part soi-même. Ils sont repartis au bruit d’unanimes applaudissements, les danses, les jeux ont continué, j’ai été moi-même invité deux ou trois fois à remplir une place vacante à une contredanse par d’honnêtes et de jolies bourgeoises, j’ai refusé poliment, mais il n’en a pas été de même des ronds qui m’ont entouré deux fois et où il a fallu prendre une part active. Au second, j’essayais de m’évader ; « mon frère », m’a dit un chasseur en me serrant la main cordialement mais un peu fort, « si vous vous portez bien, dansez avec nous, si vous êtes malade, regardez-nous, cela vous fera du bien ». Partout, même joie douce et pure, pas une patrouille, mais aussi pas une querelle, l’image du bonheur et de la fraternité.

Pauvre peuple, tu te réjouis, tu danses et des maux innombrables sont près de fondre sur toi, des forces étrangères s’apprêtent à ravager tes campagnes et à noyer tes villes dans le sang, à eux des Français ne craindront point de joindre leurs coupables efforts et ce seront tes plus cruels ennemis. L’hydre de la fiscalité s’apprête à te dévorer et, pour comble d’horreur, la famine hideuse te menace de sa gueule affamée. Tremble, peuple insensé, et vois l’abîme ouvert sous tes pas. Mais non, danse, la prévoyance du malheur est un malheur de plus. Ces réflexions ne me sont point venues en vous écrivant, je les faisais en m’en retournant chez moi, la lune a paru entre deux nuages, elle a pâli les illuminations et je suis rentré le cœur serré, il s’épanche dans le tien.

Adieu. »

 

Posté par Lili Galipette à 07:00 - Mon Boudoir - Lignes d'affrontement [35] - Permalien [#]
Tags :

Commentaires sur Écrire la Révolution 1784-1795 #4

    Il faudra nous le rappeler à ce moment là aussi ! Quelle promo mais qu'est-ce que c'est bien écrit ! Il est noté et d'ici le 8 octobre...ça va passer vite ! Biiises

    Posté par Asphodèle, 10 septembre 2011 à 21:21 | | Répondre
  • @ Asphodèle

    Un maître de plume ce Gaston de Lévis !
    Ne t'en fais pas : le grand jour paraîtra mon billet sur le livre !

    Posté par Lili Galipette, 11 septembre 2011 à 06:14 | | Répondre
  • Chère Asphodèle, vous ne serez pas déçue, promis. Et ceci pour trois raisons principales : d'abord, parce que Lili vous le dit... Ensuite parce que je vous le dis... et enfin parce que Lili et moi vous le disons.

    Un peu limites, mes arguments, direz-vous ? Meuh non... C'est ceux de la conviction, alors ils en valent d'autres, hein ?

    Lili, si tu me lis (tiens, ça fait Li-Li-Li) :

    Posté par JL, 11 septembre 2011 à 15:00 | | Répondre
  • @ JL

    Bien dit !

    Posté par Lili Galipette, 11 septembre 2011 à 15:01 | | Répondre
  • Cher JL,
    Depuis le temps que je suis assidûment tout ce que Lili nous dit de ce "bébé", vous pensez bien que ce n'est pas pour le regarder à l'étal d'un libraire, seul s'ennuyant ! Et ce que Lili dit, je le crois avec ferveur, elle ne m'a jamais trompée (euh...sur les livres s'entend), je sais reconnaître aussi une belle plume je crois, j'attends le 8 octobre ! Vos arguments sont ce qu'ils sont et convaincants, n'est-ce pas l'essentiel ? Hein Li-Li-Li...lit...

    Posté par Asphodèle, 11 septembre 2011 à 15:09 | | Répondre
  • @ Asphodèle

    Au moins, j'ai fait une adepte !

    JL, ta première cliente !

    Posté par Lili Galipette, 11 septembre 2011 à 17:27 | | Répondre
  • À Lili, cheftaine de la secte de celles qui sont tombées dingues de Gaston de Lévis (elle veut pas l'avouer, mais moi, je sais...) :

    Ah, LE livre vendu, alors c'est Asphodèle !? Ben, heu... super !

    À Asphodèle :

    Ouai, je fais gaffe en tapant votre pseudo. J'ai peur de mal l'écrire, c'est pas simple hein ? Enfin, c'est pas un pseudo à faire crier par un type qu'aurait un seveu... un cheveu sur la langue !
    Sinon, pour le bouquin, c'est véritablement exceptionnel : ma plus belle émotion d'éditeur !
    Il vient de partir à l'imprimerie et moi, je commence à faire ma tranchée dans le couloir de la maternité !

    Posté par JL, 11 septembre 2011 à 18:08 | | Répondre
  • @ JL

    Moi, cheftaine ? Ouais, ça colle assez au personnage !

    La délivrance va bien se passer !

    Posté par Lili Galipette, 11 septembre 2011 à 20:22 | | Répondre
  • "Moi, cheftaine ? Ouais, ça colle assez au personnage !"

    Ah ? Bon. Tant pis...


    "La délivrance va bien se passer !"

    Mais oui. Je suis d'ailleurs très calme, très posé, zen............ Heuuuuuu... t'as une clope ?... Non, plusieurs... Tiens, file-moi le paquet plutôt ! Et du feu, beaucoup de feu !

    Posté par JL, 12 septembre 2011 à 18:23 | | Répondre
  • @ JL

    Il y a "cheftaine" et "cheftaine"...

    Pas de feu, ni de clopes, mais le champ' est au frais !

    Posté par Lili Galipette, 12 septembre 2011 à 19:34 | | Répondre
  • Qu'essse qu'il a mon pssseudo ??? c'est pas zuste de postillonner comme ça ! Lili cheftaine, mais bien sûr tout le monde y croit, elle chante Santiano à tue-tête après une coupe de champ !
    Quant à vous cher Monsieur, je veux bien vous filer une cigarette, (ça c'est pour la dédicace !) et du feu accessoirement ! Un homme qui accouche, il faut le surveiller comme du lait sur le feu !

    Posté par Asphodèle, 12 septembre 2011 à 19:53 | | Répondre
  • @ Asphodèle

    Ton pssseudo est très bien !
    Lili a été cheftaine, enfin un truc du genre. Ne vous moquez pas, j'étais vachement douée !

    Posté par Lili Galipette, 13 septembre 2011 à 12:45 | | Répondre
  • Quelle dédicafe ? Fère Affffodèle, f'ai raté un épifode ?

    Posté par JL, 13 septembre 2011 à 14:17 | | Répondre
  • Déffidément... Un homme en salle de travail ça ne capte plus rien ! La dédicaffe de mon exemplaire par l'auteur ! Non ? Fffé pas poffible ? Tant pis, je ne suis pas rancunière, je l'achèterai quand même !

    Posté par Asphodèle, 14 septembre 2011 à 17:59 | | Répondre
  • C'est que... Moi, je veux bien... Sauf que Gaston de Lévis, voyez-vous, c'est qu'il est un peu mort maintenant...

    Je vais lui demander mais chuis pas sûr qu'il ait envie...

    Posté par JL, 14 septembre 2011 à 22:29 | | Répondre
  • J-L, si tu arrives à avoir la dédicace de Gastounet, tu me téléphones hein, même en pleine nuit ! Euh... finalement... te connaissant... non, oublie le coup de fil nocturne ! )))

    Posté par Lydia, 24 septembre 2011 à 16:32 | | Répondre
  • @ Lydia

    Bon, moi aussi je fais mon caprice ! Je veux un paraphe du Gaston !

    Posté par Lili Galipette, 24 septembre 2011 à 16:37 | | Répondre
  • Bon ben J-L, t'as plus qu'à aller exhumer Gaston ! C'est ta faute aussi... à nous présenter des textes aussi sympas, voilà que nous en devenons cinglées.

    Posté par Lydia, 24 septembre 2011 à 16:41 | | Répondre
  • Mais ça va pas ici ? On profane les tombeaux maintenant ? Oïe Oïe ! A moins que JL ne nous envoie des mémoires d'outre-tombe (c'est déjà pris ? Zut alors !)

    Posté par Asphodèle, 24 septembre 2011 à 17:37 | | Répondre
  • @ Asphodèle : Ben dis-donc, c'est quand même toi qui a commencé avec ta dédicace hein ! Nous on essaie de trouver des solutions !

    Posté par Lydia, 24 septembre 2011 à 18:38 | | Répondre
  • Mais ce qui aaachtement marrant, bande de sympathiques neu-neues, c'est que Pauline et Gaston sont justement décrits (et beaucoup encensés) dans Les Mémoires d'outre-tombe de l'ami Chateaubriand !!! Les grands esprits, etc...

    Hé ! Aspho ! Un ch'tite dédicace de çui-là aussi ?

    Non, pardon : Asphodèle... "Aspho", ça fait un peu comprimé contre le mal de tronche... Pfff...

    Posté par JL, 26 septembre 2011 à 00:26 | | Répondre
  • @ JL

    Dans les mémoires de Chateaubriand ? Honte sur moi alors ! J'ai lu et relu le bouquin quand j'étais étudiante et je n'en ai pas le moindre souvenir !

    Posté par Lili Galipette, 26 septembre 2011 à 05:35 | | Répondre
  • Ben, moi non plus... Il faut dire que le Chateaubriand, je le trouve un peu lourdingue sur les bords... donc pas retenu.

    Posté par Lydia, 26 septembre 2011 à 08:57 | | Répondre
  • Hé mais Monsieur JL me cherche ! Ou il postillonne mon pffeudo ou il me traite d'aspro ! Non mais ça ne va pas faire avancer les afffaires, ze vous le dis !!! Lydia s'y met avec Chateaubriand, hein hé je l'avais bien placé moi, lourdingue ou pas, il a marqué cette époque, bande de neues-noeuds comme il dit "ji-Elle"... Huuum, ça dégénère, ça dégénère, aspro, y va en avoir besoin

    Posté par Asphodèle, 26 septembre 2011 à 23:25 | | Répondre
  • @ Asphodèle et Cie

    Vous vous amusez bien ?
    Si vous vous éclatez autant dans les commentaires d'un billet qui présente un extrait, je me demande ce que ce sera sur le billet qui présente ma chronique du livre !!!!

    Posté par Lili Galipette, 27 septembre 2011 à 07:17 | | Répondre
  • Ouai, jusqu'ici ce blog était de bonne tenue morale et intellectuelle. Il a suffi de pas grand'chose, en fait : la conjonction de deux ou trois dingueries... et c'est n'importe quoi !

    Franchement, Asdophèle et Lydia, vous devriez avoir honte !

    Posté par JL, 27 septembre 2011 à 10:45 | | Répondre
  • @ JL

    Ouh que c'est vilain de fustiger Lydia et Asphodèle ! Tu n'es pas innocent dans cette douce dinguerie !

    Posté par Lili Galipette, 27 septembre 2011 à 12:03 | | Répondre
  • Tss tss JL, faites attention à ce que vous dites, je dois souscrire dans une heure environ, alors... mesurez vos paroles hein, non mais ! Et franchement on se demande qui est le plus dingue dans cette histoire, pfff. Signé : un Aspro qui vous veut du bien et qui remettra vos cellules nerveuses dans le bon sens...

    Posté par Asphodèle, 27 septembre 2011 à 12:17 | | Répondre
  • Merci Lili ! Ceci dit, c'est vrai que c'est parti en vrille !

    Posté par Lydia, 27 septembre 2011 à 17:35 | | Répondre
  • @ Lydia

    Vous mettez une ambiance du tonnerre ici !!

    Posté par Lili Galipette, 27 septembre 2011 à 17:43 | | Répondre
  • C'est à dire qu'au départ, je n'osais pas trop. Mais comme je vois que nous avons le même humour...

    Posté par Lydia, 27 septembre 2011 à 17:46 | | Répondre
  • @ Lydia

    Osez, osons !

    Posté par Lili Galipette, 27 septembre 2011 à 17:48 | | Répondre
  • Quand les commentaires, ici, seront plus longs que l'article, on ira massacrer un autre billet, hein, les filles ?

    Posté par JL, 27 septembre 2011 à 20:06 | | Répondre
  • @ JL

    Gardez tous vos forces pour celui du 8 octobre !!

    Posté par Lili Galipette, 27 septembre 2011 à 20:50 | | Répondre
  • J'ai peur !

    Posté par Lydia, 28 septembre 2011 à 08:05 | | Répondre
Nouveau commentaire