Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

23 janvier 2012

Les petits chevaux de Tarquinia

Petits_chevaux_de_TarquiniaRoman de Marguerite Duras. Lecture de janvier du Club des lectrices.

Vacances en Italie, entre la plage et les montagnes. Sara, Jacques, l’enfant, Ludi, Gina, Diana et l’homme au bateau passent leurs journées écrasés par le soleil, sans cesse indécis quant au programme de la journée. « Il n’y avait rien à faire, ici, les livres fondaient dans les mains. Et les histoires tombaient en pièces sous les coups sombres et silencieux des frelons à l’affût. Oui, la chaleur lacérait le cœur. Et seule lui résistait, entière, vierge, l’envie de la mer. » (p. 18) Du lever au coucher, la chaleur est discutée, haïe et fuie. Les journées s’écoulent mollement entre deux verres de bitter campari, une partie de boules et l’espoir de la pluie. L’indolence saisit chacun et en même temps la haine de cette indolence. « Le mal vient de ce qu’on fait tout trop tard, on dîne trop tard, on joue aux boules trop tard. Alors le matin on ne peut pas se lever et on se baigne trop tard, tout ça recommence... » (p. 204)

À se côtoyer de si près et à ne rien faire, les esprits s’échauffent et les disputes éclatent au sein des couples. Il n’y a guère que le projet d’un voyage jusqu’à Tarquinia, pour voir les chevaux sur les tombes étrusques, qui donne une perspective à ce séjour étouffant. Il y a aussi l’ébauche d’une histoire d’amour, les continuels reproches de la bonne, les caprices de l’enfant et l’histoire des deux vieux qui ont entassé dans une caisse à savon les morceaux du corps de leur fils, sauté sur une bombe de la dernière guerre.

La chaleur omniprésente et étourdissante se pose comme moteur de la non-action ou comme anti-moteur de l’action. Elle enraye toutes les volontés et retarde tous les projets. D’elle naissent la lassitude et l’écœurement. On perçoit une violence latente et un drame en suspend, comme un ressort qui se ramasse et attend le bon moment pour se détendre. Mais ce n’est pas dans ces pages qu’il sautera, tel le diable hors de sa boîte.

Dans le genre lent, chaud et contemplatif, j’ai de loin préféré Le désert des Tartares de Dino Buzatti. Voilà le premier roman de Marguerite Duras qui me déplaît. Les pages se tournent finalement sans difficulté, mais quel ennui ! C’était peut-être le but recherché, faire partager au lecteur l’indolence assommée des personnages. Mais ce n’est pas ce que je recherche dans un roman. J’attends d’une œuvre qu’elle m’éveille à un ailleurs et à un autre que je ne connais pas, pas qu’elle me renvoie à la vacuité d’une existence dont j’ai suffisamment conscience.

 

Clubdelectrices

Posté par Lili Galipette à 10:00 - Ma Réserve - Lignes d'affrontement [12] - Permalien [#]

Commentaires sur Les petits chevaux de Tarquinia

    Bon... je passe mon tour! Décidément ce n'est pas chez toi que je relève le plus de titre ^^

    Posté par herisson08, 25 janvier 2012 à 15:48 | | Répondre
  • + un petit tag qui t'attends chez moi

    Posté par herisson08, 25 janvier 2012 à 15:48 | | Répondre
  • @ herisson08

    Je suis la bienfaitrice de ta LAL !
    Pour le tag, on verra quand j'aurais repris des forces...

    Posté par Lili Galipette, 25 janvier 2012 à 17:01 | | Répondre
  • après "Lol V. Stein" j'ai du mal à me dire qu'il va falloir que je lise un autre roman de Duras !!! allez on y croit !

    Posté par George, 25 janvier 2012 à 19:28 | | Répondre
  • @ George

    Et si, il faut !! Courage !

    Posté par Lili Galipette, 25 janvier 2012 à 19:32 | | Répondre
  • Je ne connaissais celui-ci que de nom mais bon, vu ton manque d'enthousiasme, je choisirai un autre titre pour poursuivre ma découverte de cette auteure
    Ben dis donc, la fin de ton billet est plutôt tristounette

    Posté par Cynthia, 25 janvier 2012 à 23:24 | | Répondre
  • @ Cynthia

    Alors prends "L'amant" (non, je n'ai pas dit "prends un amant" !), "Un barrage contre le Pacifique" ou le sublime "La douleur" !

    Posté par Lili Galipette, 26 janvier 2012 à 08:12 | | Répondre
  • @ Cynthia (suite)

    Fin de billet tristounette ? C'est l'humeur du moment...

    Posté par Lili Galipette, 26 janvier 2012 à 08:13 | | Répondre
  • Ben alors, c'est quoi ce coup de blues ?

    Bon, moi Duras, je ne supporte pas, donc je passe mon tour également.

    Posté par Lydia, 26 janvier 2012 à 20:36 | | Répondre
  • Dans ce cas, je te souhaite que ça passe comme c'est venu Vive le printemps et le soleil à venir !

    Posté par Cynthia, 26 janvier 2012 à 21:15 | | Répondre
  • @ Lydia

    Il y a quand même des merveilles chez Duras !!! "La douleur", où elle raconte l'attente du retour de son maris (R. Anthelme) des camps est magnifique.

    Posté par Lili Galipette, 27 janvier 2012 à 06:38 | | Répondre
  • @ Cynthia

    La météo annonce (enfin) de la neige et c'est tout à fait pour me réjouir !

    Posté par Lili Galipette, 27 janvier 2012 à 06:39 | | Répondre
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