Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

09 février 2012

Les merveilles

MerveillesRoman de Claire Castillon.

Evelyne est une enfant qui croyait à la famille. Et un jour, son père attache Lulu, son chien adoré, à l’arrière de la voiture. Et il démarre, traînant l’animal sur des centaines de mètres, pour lui apprendre à ne plus aboyer. De ce jour, Evelyne garde une rancœur envers son père et une violence qui s’exprime un jour contre sa mère, à coups de marteau. Evelyne a cédé aux cloches qui retentissent dans sa tête, elle a cédé au besoin et au plaisir de faire mal. « Quand je faisais du mal, ça me faisait du bien. » (p. 32) Et ce plaisir ne s’éteindra pas : Evelyne devient savamment et perversement sadique. « Je jouissais pour de bon dans son mal. Le plaisir, ça m’avait bien secouée, mais le plaisir à faire du mal, ça devenait mille fois meilleur et ce serait ma façon d’aimer. » (p. 80)

Désormais, son seul amour, son seul ami, c’est Lulu, chien sourd et estropié. À lui, elle dit tout et pour lui, elle accepte tout. Ce chien martyr est le dernier lien qui la rattache à la normalité. « C’est sûr que Lulu, c’est impeccable au niveau des barricades de protection, c’est la palissade devant le vide. Sans lui, je saute. Mais l’homme, ça va être un gros aspect de ma question désormais. Ce sera le balcon, je poserai les pieds dessus et des fois, ça tiendra, des fois pas. » (p. 55) Car à treize ans, Evelyne s’est découvert une passion pour les hommes et le sexe.

Adulte, même mariée au gentil Luiggi, pizzaïolo sans histoire, et mère d’une petite Ophélie, Evelyne reste dérangée. À tous, elle fait croire qu’elle est technicienne de surface. Mais en vrai, elle est escort girl et plus clairement, elle fait la pute dans tous les quartiers de Zurich. Au-delà du sexe, c’est l’argent qu’elle aime : « S’il y a quelque chose à propos de quoi je peux philosopher seule, c’est de mon plaisir respiratoire quand je tâte des billets. C’est comme un coussin brodé. » (p. 126)

Un jour, Evelyne rencontre Daniel et pour lui, elle devient Lulu. C’est d’abord l’amour fou. Il est idéaliste et très intelligent et elle s’abreuve de ses mots, encore et encore. Jusqu’au trop plein, jusqu’au ras-le-bol. Ensuite ? Que sonnent les cloches… Luiggi n’est pas si mal, finalement. « Luiggi et son terre à terre, c’est l’amarrage. Et quelquefois, la corde au cou, c’est comme une laisse, ça rassure. » (p. 188) Mais l’issue ne sera pas rassurante, ni douce, ni merveilleuse.

Je n’ai pas aimé ce roman. La vulgarité et l’obscénité écœurent à toutes les pages. La scène initiale avec le chien est insoutenable (crise de larmes pendant une heure au bout de 5 pages, c’est malin !) L’anecdote de la mère bouchée du cul (l’auteur dit « rond », mais le pléonasme répété est irritant) tourne d’abord au bouffon, puis au dégoût. Entre pornographie, sadisme, scatologie et vénalité, j’ai trouvé le style de l’auteure et le sujet trop racoleurs. Pourtant, j’aurais pu m’identifier à la douleur de cette gamine qui voit son chien martyrisé. Mais non, le personnage est trop dérangé et trop peu crédible. J’ai entendu beaucoup de bien de ce roman et je m’interroge : l’immondice est à ce point vendeuse ?

Posté par Lili Galipette à 17:30 - Mon Enfer - Lignes d'affrontement [13] - Permalien [#]
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Commentaires sur Les merveilles

  • comme je te comprends !!!! je ne l'ai pas lu mais l'évocation ici ou là de cette scéne initiale m'écarte définitivement de ce livre.
    si la scène servait la suite .... je pourrais encore... mais compte tenu de ce que tu dis dans ta chronique ça ne semble pas être le cas ... donc : je passe !

    Posté par attila, 09 février 2012 à 17:50 | | Répondre
  • @ attila

    À ta guise !
    Mais lis quand même des critiques positives, je m'en voudrais de te faire passer à côté d'un livre que tu pourrais aimer...

    Posté par Lili Galipette, 09 février 2012 à 18:00 | | Répondre
  • Je n'ai pas lu celui-ci mais "Insecte", un recueil de nouvelles sur les rapports mères-filles.
    Dur mais pas autant que celui-ci on dirait.

    Posté par Cynthia, 09 février 2012 à 23:42 | | Répondre
  • j e l'ai lu entièrement. La scène du chine est horrible...Entre toute ces lignes, j'ai perçus la détresse d'Evelyne. Claire Castillon choque souvent . Interpelle, dérange. Je te comprends !

    Posté par clara, 10 février 2012 à 06:03 | | Répondre
  • @ Cynthia

    J'ai lu "On m'empêche pas un petit coeur d'aimer", c'était différent...

    Posté par Lili Galipette, 10 février 2012 à 08:07 | | Répondre
  • @ clara

    J'ai vu la détresse d'Evelyne, mais je trouve laid et inintéressant ce que l'auteure en a fait.

    Posté par Lili Galipette, 10 février 2012 à 08:08 | | Répondre
  • Bien alors on va dire que cela confirme mon a priori, en fait j'ai avantage de sentir les auteurs qui ne me plaisent pas avant même de les lire ! après les 5 premières pages je crois que j'aurais refermé le livre à jamais !

    Posté par George, 10 février 2012 à 08:21 | | Répondre
  • @ George

    C'est peut-être ce que j'aurais dû faire...

    Posté par Lili Galipette, 10 février 2012 à 08:23 | | Répondre
  • Eh bien, voilà un livre que je ne lirai pas. S'il y a de la vulgarité et de l'obscénité à toutes les pages, je ne vois pas ce que cela peut apporter...

    Posté par Lydia, 11 février 2012 à 15:08 | | Répondre
  • @ Lydia

    Ah, pour une fois, je rends service à ta PAL !

    Posté par Lili Galipette, 11 février 2012 à 15:12 | | Répondre
  • Oui, elle te remercie d'ailleurs !

    Posté par Lydia, 11 février 2012 à 15:24 | | Répondre
  • Ah flute ! Pourtant, j'ai adoré ce que j'ai lu d'elle jusqu'à présent... mais si ça devient vulgaire, je passe mon tour...

    Posté par Liliba, 18 février 2012 à 16:15 | | Répondre
  • @ Liliba

    J'ai lu de très bonnes critiques, mais je n'ai vraiment pas accroché... Trop, c'est trop...

    Posté par Lili Galipette, 19 février 2012 à 21:34 | | Répondre
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