Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

17 mai 2012

Mansfield Park

Roman de Jane Austen.

Mansfield_Park1  Mansfield_Park2

Pour soulager leur sœur, Mrs Price, Sir et Lady Bertram décident d’accueillir chez eux une de leurs nièces, la jeune Fanny. La parente pauvre grandit auprès de ses cousines Maria et Julia et de ses cousins Tom et Edmond. Rapidement, Fanny s’attache à Edmond qui est pour elle un ami tendre et généreux. « Elle se prit à considérer son cousin comme un modèle de bonté et de noblesse, qui possédait des mérites que personne, sinon elle, ne pourrait jamais estimer à leur juste valeur, et qui avait droit de sa part à une gratitude que nul sentiment n’était assez puissant pour payer de retour. Lorsqu’elle songeait à lui, un mélange de respect, de gratitude et de tendresse emplissait son cœur. » (p. 43 – tome 1) Entre les deux cousins, on pressent dès les premières pages que la tendresse innocente des débuts deviendra bien davantage avec les années.

Dès son arrivée, la jeune fille est sans cesse soumise au regard impitoyable de Mrs Norris, son autre tante, qui ne sait que critiquer et récriminer. Gagnant en grâce et en qualité à mesure des années, Fanny devient pourtant une charmante personne et une ravissante jeune femme. Ses cousins et cousines pensent de plus en plus au mariage et Mrs Norris s’emploie, pendant la longue absence de Sir Bertram, à dégoter des partis avantageux à ses nièces et neveux. « Tout le monde devrait se marier dès qu’un beau parti se présente. » (p. 49 – tome 1) Quand Mr et Miss Crawford, frère et sœur, arrivent à Mansfield, la tante entremetteuse veut arranger des noces au plus vite. Mais surtout, Mrs Norris ne peut s’empêcher de déprécier Fanny et de lui faire entendre qu’elle est un poids pour une famille qui l’a gracieusement accueillie. « Ce sera une ingrate et une entêtée si elle ne fait pas ce que sa tante et ses cousins lui demandent – une ingrate en vérité, étant donné ce qu’elle est, et qui elle est. » (p. 160 – tome 1) Voilà qui est bien injuste envers la jeune Fanny Price qui est toute dévouée à sa tante Bertram et s’attache à se rendre utile tout en restant discrète.

L’immense défaut de Fanny, c’est de se croire sans importance et sans valeur. Convaincue qu’elle gêne où qu’elle se trouve et que sa présence incommode quiconque, elle vit en retrait, sans cesse sur la réserve. Mais l’âge l’a parée de bien des vertus et des grâces et ce sont les autres, surtout les hommes et son cousin Edmond, qui lui révèlent sa valeur. « Il faut vraiment que vous commenciez à vous aguerrir et à vous faire à l’idée que vous valez la peine que l’on vous regarde. Vous êtes en train de devenir une jolie jeune femme, essayez d’accepter qu’il en soit ainsi. » (p. 211 – tome 1) Fanny se moque bien d’être jolie pour un autre qu’Edmond. Et quand le jeune homme est en proie à de cruels tourments amoureux, son cœur juvénile balance : « Il était cruel d’être heureux alors qu’Edmond était en train de souffrir. Toutefois, un certain bonheur naissait, par force, de la certitude même de sa souffrance. » (p. 51 – tome 2)

Tout le monde attend de Fanny qu’elle soit exemplaire, meilleure que ses cousines et surtout reconnaissante. Mrs Norris et Sir Bertram insistent à l’envi sur la générosité qu’ils ont témoignée à leur nièce défavorisée. Même son cousin Edmond fait d’elle un idéal : « Vous avez prouvé que vous étiez honnête et désintéressée, montrez aussi que vous savez être reconnaissante et que votre cœur est sensible ; alors vous serez devenue la femme exemplaire et parfaite que j’ai toujours pensé vous voir devenir. » (p. 127 – tome 2) Dans le monde doré de Mansfield Park, la charité est mesquine et comptée. Aider est un devoir chrétien, mais il s’agit de ne pas faire entrer n’importe qui dans cet univers de privilèges jalousement gardés. Ici, on est très conscient des personnes qui sont ou non fréquentables. Et c’est avec le plus grand sérieux que l’on mène des discussions interminables sur les entrées des jeunes filles dans le monde et que l’on tient des palabres assommants sur le choix d’une pièce de théâtre.

Jane Austen dépeint sans pitié une société très mesquine, pétrie de certitudes et de préjugés. Les portraits sont féroces et acerbes. Lady Bertram est une femme indolente qui se soucie peu de ses enfants. Elle ne pense qu’à son bien-être, à son ouvrage et à son petit chien. Mrs Norris est une horrible bonne femme fortement pénétrée de son importance et persuadée de sa supériorité. Au sein de cette déplaisante société, Fanny fait figure de fleur pure et douce. Très sensible et quelque peu fragile, elle résiste toutefois contre vents et marées. La vertu et le maintien sont, une fois encore, victorieux de la bassesse.

Je n’ai pas apprécié ce roman de Jane Austen autant que les autres. J’y ai trouvé des longueurs et une certaine pesanteur. Dès les premiers chapitres, l’issue de la romance entre Fanny et Edmond est prévisible. J’ai retrouvé avec plaisir le cynisme de l’auteure, mais je me lasse peut-être de son écriture. Je vais attendre avant le dernier roman qui me manque, Northanger Abbey.

Posté par Lili Galipette à 18:00 - Ma Réserve - Lignes d'affrontement [24] - Permalien [#]

Commentaires sur Mansfield Park

    Je n'ai pas lu le roman mais j'ai vu l'adaptation cinématographique (celle de 1999). Je n'avais pas trop accroché à l'histoire en fait, trop mou du genou.
    Du coup, je n'ai toujours pas le roman dans mes tablettes (j'attends d'oublier les images du film )

    Posté par Cynthia, 17 mai 2012 à 19:08 | | Répondre
  • @ Cynthia

    Mou du genou ? Hahaha !

    Posté par Lili Galipette, 17 mai 2012 à 19:26 | | Répondre
  • J'ai le même avis que toi, Mansfield Park a été de loin le Jane Austen que j'ai le moins aimé. Je l'ai mis de côté et ne l'ai jamais repris, les longueurs ont eu raison de moi. Et puis Fanny m'a donné l'impression d'une petite victime éplorée, j'ai pas aimé.

    Posté par Marion, 17 mai 2012 à 19:31 | | Répondre
  • @ Marion

    Fanny, la pauvre petite chose fragile... Je déteste ce genre de personnage.

    Posté par Lili Galipette, 17 mai 2012 à 21:03 | | Répondre
  • C'est aussi celui que j'ai le moins apprécié. Northanger Abbey est bien mieux!

    Posté par Deuzenn, 18 mai 2012 à 08:20 | | Répondre
  • @ Deuzenn

    Il semble que c'est l'avis général.
    Bonne journée.

    Posté par Lili Galipette, 18 mai 2012 à 08:23 | | Répondre
  • Je n'ai lu que "Orgueil et préjugé" et "Lady Susan". Tu entreprends de devenir une bibliothèque austenienne? Alors j'attends que tu aies fini pour que tu me guides !

    Posté par Mélusine, 18 mai 2012 à 11:24 | | Répondre
  • @ Mélusine

    Les yeux fermés, je peux te conseiller "Emma" : vraiment savoureux !

    Posté par Lili Galipette, 18 mai 2012 à 11:26 | | Répondre
  • Et voilà qui me rappelle que je n'ai TOUJOURS PAS lu Jane Austen !

    Posté par Lydia, 18 mai 2012 à 12:10 | | Répondre
  • @ Lydia

    QUOI ??? J'ai mal lu... Dis-moi que ce n'est pas vrai !

    Posté par Lili Galipette, 18 mai 2012 à 12:41 | | Répondre
  • Ben si ! "Orgueil et préjugés" dort toujours sur mes étagères...

    Posté par Lydia, 18 mai 2012 à 12:52 | | Répondre
  • @ Lydia

    Je vais te donner un devoir à rendre...

    Posté par Lili Galipette, 18 mai 2012 à 12:54 | | Répondre
  • Ah non, pitié ! Ne me parle pas de devoir... Je viens de me taper 3 paquets de copies à corriger !

    Posté par Lydia, 18 mai 2012 à 12:57 | | Répondre
  • Ah, Jane Austen... toujours pas lu cette auteure incontournable. Je ne sais pas ce qui me retient !

    Posté par jerome, 19 mai 2012 à 18:38 | | Répondre
  • J'ai Orgueil et Préjugés à chroniquer (lu en plusieurs épisodes), j'aime bien mais ce monde fait d'interminables conversations inutiles m'a un peu lassée ! Je ne remets pas en cause sa plume savoureuse mais quelques longueurs aussi...

    Posté par Asphodèle, 20 mai 2012 à 09:37 | | Répondre
  • Pas encore lu celui-ci... mais je m'y plongerai un jour, assurément !

    Posté par Liliba, 20 mai 2012 à 10:56 | | Répondre
  • @ jerome

    Moi non plus, je ne sais pas... Go go go !!!

    Posté par Lili Galipette, 20 mai 2012 à 18:15 | | Répondre
  • @ Asphodèle

    Ah, mais non, ce n'est pas long, ça se savoure !

    Posté par Lili Galipette, 20 mai 2012 à 18:16 | | Répondre
  • @ Liliba

    Bonne lecture !

    Posté par Lili Galipette, 20 mai 2012 à 18:17 | | Répondre
  • Ce qui me rassure, c'est que je vois que je ne suis pas la seule à ne pas l'avoir lue !

    Posté par Lydia, 20 mai 2012 à 18:25 | | Répondre
  • @ Lydia

    Et oh, c'est pas une raison !

    Posté par Lili Galipette, 20 mai 2012 à 18:35 | | Répondre
  • Ah non, je sais bien, ce n'est pas ce que j'ai dit !

    Posté par Lydia, 21 mai 2012 à 08:55 | | Répondre
  • Bon je n'ai pas lu l'article mais je suis époustouflée, j'en suis encore qu'à la page 300 sur 500 et je pédale dans la choucroute ... certes j'ai fait une pause d'une semaine mais tout de même !

    Comme Asphodèle, je n'accroche pas à ce monde compassé plein de conversation inutile, de vierges effarouchées et de vacuité existentielle ...

    M'enfin je laisserai quand même sa chance à Emma ... :=)
    M'en f

    Posté par missbouquinaix, 21 mai 2012 à 11:15 | | Répondre
  • @ missbouquinaix

    Époustouflée ? Mais non, tu feras aussi un très bon article.
    Et oui, "Emma" mérite sa chance !!!

    Posté par Lili Galipette, 22 mai 2012 à 16:16 | | Répondre
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