Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

22 juin 2012

Moderato cantabile

Moderato_cantabileRoman de Marguerite Duras.

Pendant un cours de piano, le cri d’une femme retentit dehors. C’est un meurtre passionnel qui a eu lieu en bas, devant le café. Cet évènement trouble durablement Anne Desbaresdes qui accompagnait son jeune garçon au cours de musique. Quelques jours plus tard, elle revient au café, poussée par une curiosité un peu honteuse. Au comptoir, elle avale plusieurs verres de vin et entame une étrange discussion avec un témoin du crime.

« Si vous saviez tout le bonheur qu’on leur veut, comme si c’était possible. Peut-être vaudrait-il mieux parfois que l’on nous en sépare. Je n’arrive pas à me faire une raison de cet enfant. » (p. 33) Anne Desbaresdes est une mère trop affectueuse, anxieuse et dépassée. « Vous aurez beaucoup de mal, Madame Desbaresdes, avec cet enfant, […], c’est moi qui vous le dit. / C’est déjà fait, il me dévore. » (p. 16) L’enfant ne veut pas apprendre le piano, il ne veut pas perdre ses après-midi sur des gammes alors que le port est si près et que le bal des navires est si fascinant. « Quand même, […], tu pourrais t’en souvenir une fois pour toutes. Moderato, ça veut dire modéré, et cantabile, ça veut dire chantant, c’est facile. » (p. 20 & 21) Mais à quoi cela sert-il de connaître des indications musicales ? Ne vaut-il pas mieux jouer la mélodie comme on l’entend, même si l’on est en avance de plusieurs mesures ?

Ce court roman de Marguerite Duras ressemble à une pièce de théâtre : on y trouve la tension de certaines tragédies grecques, mais il y manque le drame, l’action. En fait, une fois le crime liminaire accompli, il ne se passe plus grand-chose et l’on suit Anne Desbaresdes et Chauvin sur le chemin d’un adultère incertain. Le dialogue est composé de répliques en décalage : on n’est pas vraiment certain que ces deux-là s’entendent et se comprennent, mais il s’agit d’une absurdité régulière, étrangement acceptable.

Après le cri, il faudrait continuer la petite musique, modérément et de façon chantante, mais quelque chose s’est brisé dans l’harmonie artificielle d’avant, et la partition sonne faux. Anne Desbaresdes fuit l’ennui et laisse enfin s’exprimer sa haine des heures fixes, des partitions figées. Le vin devient son évasion et plus rien ne reste dans ses limites.

À la fin de l’édition que j’ai choisie sont compilées les critiques contemporaines de la parution du roman. Ces textes donnent un nouvel éclairage et l’envie de reprendre la lecture parce que, c’est certain, on est passé à côté de quelque chose. À la fois fascinant et agaçant, ce roman concentre le talent de Marguerite Duras : plus que jamais, elle exprime son art de ne pas finir.

Posté par Lili Galipette à 13:50 - Mon Alexandrie - Lignes d'affrontement [14] - Permalien [#]

Commentaires sur Moderato cantabile

    Voilà qui ne me donne pas une envie folle de le lire !!!

    Posté par Asphodèle, 22 juin 2012 à 14:02 | | Répondre
  • @ Asphodèle

    Ah, pourtant, quelle merveille !

    Posté par Lili Galipette, 22 juin 2012 à 14:05 | | Répondre
  • Pas trop tentée non plus, je ne suis pas encore entièrement remise de Lol V. Stein !

    Posté par George, 22 juin 2012 à 15:14 | | Répondre
  • @ George

    Je m'en doute...

    Posté par Lili Galipette, 22 juin 2012 à 16:37 | | Répondre
  • Alors Marguerite Duras et moi, ce n'est pas le grand amour...

    Posté par Lydia, 22 juin 2012 à 17:09 | | Répondre
  • @ Lydia

    Ah les goûts et les couleurs !

    Posté par Lili Galipette, 22 juin 2012 à 17:17 | | Répondre
  • @ Lili : c'est certain !

    Posté par Lydia, 22 juin 2012 à 17:38 | | Répondre
  • eh bien moi, j'aime bien quand les histoires sont finies ^^ Non franchement je l'ai lu l'année dernière, et j'ai du mal avec Duras ... je lui laisse une dernière chance avec La Douleur mais après c'est fini entre nous !

    Posté par missbouquinaix, 25 juin 2012 à 15:49 | | Répondre
  • @ missbouquinaix

    Si tu n'aimes pas "La douleur", je désespère !

    Posté par Lili Galipette, 25 juin 2012 à 15:51 | | Répondre
  • J’ai ce livre sous les yeux, je suis en train de dépoussiérer les étagères de l’école et j’ai regardé le roman qui ne contenait pas de résumé. Cela ne me donne pas du tout envie de le lire, ca à l’air mortel. Marguerite Duras je passe…

    Posté par missycornish, 26 juin 2012 à 16:22 | | Répondre
  • @ Missycornish

    Il faut laisser sa chance à Duras, elle a une plume magnifique !

    Posté par Lili Galipette, 26 juin 2012 à 18:17 | | Répondre
  • @ Lili : Tu étais sous l'emprise de quelque chose lorsque tu l'as lu ? (Ok ! Je sors !)

    Posté par Lydia, 26 juin 2012 à 18:47 | | Répondre
  • @ Lydia

    J'étais parfaitement claire !

    Posté par Lili Galipette, 27 juin 2012 à 06:31 | | Répondre
  • Posté par Lydia, 27 juin 2012 à 08:40 | | Répondre
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