Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

24 juin 2012

Le Horla, Maupassant

Horla_MaupassantBande dessinée de Frédéric Bertocchini, dessins de Puech.

C’est le printemps et Guy de Maupassant flâne en Normandie en réfléchissant à son prochain roman. Mais il se met à avoir des insomnies et de la fièvre : le sommeil et l’appétit le fuient. Devant ce mal étrange, l’auteur cherche à se distraire par des séjours à Paris ou de longues promenades avec son ami Gustave. Hélas, rien n’y fait : quelque chose persiste à se glisser dans ses nuits et à vider sa carafe d’eau. Maupassant essaie de se libérer de ses terreurs, mais on dit dans la région qu’un démon serait de retour et qu’il rôderait. Si ce n’est lui, qui donc passe dans le miroir de l’auteur et occulte son reflet ? Qui pèse sur ses nuits et infiltre ses cauchemars ? Maupassant n’en peut plus, il veut se libérer de cette funeste emprise : « Ce n’est pas pour me protéger que je vous ai appelé, mais pour constituer une cage, une sorte de prison… C’est que j’envisage de séquestrer quelqu’un. » (p. 42) Pour en finir, il en vient à la plus terrible des extrémités.

La seconde moitié du XIXe siècle a été le théâtre de prodigieuses avancées scientifiques, notamment dans le domaine de la psychiatrie. Mais cette époque était bien loin d’avoir fait le tour du pouvoir et des mystères de l’inconscient ou d’avoir mis des mots rationnels sur les phénomènes surnaturels. « Vous savez à présent que de puissantes forces occultes habitent l’invisible et se manifestent parfois à nous, sous certaines conditions. Nous baignons dedans constamment, même si nous ne les percevons pas… mais l’obscur est bien là, entre deux rayons de lumière. » (p. 29) Alors, que faut-il comprendre des troubles que rencontre Guy de Maupassant : est-ce la folie ou la rencontre avec le surnaturel ?

Horla_Maupassant_1

Cette bande dessinée propose une lecture très intéressante de la célèbre nouvelle de Guy de Maupassant. Dans le texte original, le narrateur n’est pas l’auteur, même si la nouvelle renvoie au problème d’altérité subi par Maupassant. Frédéric Bertocchini a pris le parti de faire de Guy de Maupassant le personnage de sa propre nouvelle, effaçant ainsi les frontières entre narrateur et auteur. La bande dessinée se propose alors de dresser un portrait inédit du nouvelliste et d’écrire une biographie originale parfaitement sous-tendue par une création littéraire.

Puech dessine avec un grand talent la différence entre la vie paisible et les épisodes psychotiques qui causent la terreur du personnage. Si la couleur est lumineuse et dynamique dans le premier cas, elle devient lourde et épaisse dans le second, mais sans se départir d’un mouvement inquiétant : c’est celui d’une ombre qui ne cesse de se mouvoir dès que l’on a le dos tourné.

Horla_Maupassant_2

Je ne garde pas un souvenir très positif de la nouvelle de Guy de Maupassant, mais sans doute l’ai-je lu trop jeune. L’œuvre de Frédéric Bertocchini et de Puech a cela d’extraordinaire qu’elle tire un texte célèbre de l’univers des classiques pour en faire une quasi-nouveauté et un nouveau chef-d’œuvre. Et surtout, la bande dessinée donne furieusement envie de redécouvrir les nouvelles fantastiques de Maupassant. À la fois hommage au maître et dépassement, Le Horla, Maupassant est une belle réussite du neuvième art.

De Frédéric Bertocchini, je vous (re)-recommande l'excellent roman graphique Jim Morrison, poète du chaos. Aucun doute, c'est un auteur à suivre et voici son blog !

Posté par Lili Galipette à 14:50 - Mon Alexandrie - Lignes d'affrontement [12] - Permalien [#]

Commentaires sur Le Horla, Maupassant

  • Oh je note, j'aime cette nouvelle et les adaptations BD.

    Posté par Mélusine, 24 juin 2012 à 15:18 | | Répondre
  • @ Mélusine

    Je savais que ça te tenterait ! Tu ne seras pas déçue.

    Posté par Lili Galipette, 24 juin 2012 à 15:24 | | Répondre
  • Je ne suis pas encore totalement convaincue par les adaptations BD, mais ça viendra peut-être !

    Posté par George, 24 juin 2012 à 17:16 | | Répondre
  • @ George

    Celle-ci est une réussite !

    Posté par Lili Galipette, 24 juin 2012 à 17:30 | | Répondre
  • pourquoi pas ?
    j'aime bien relire les classiques (polar ou autres) en bd, même si ma dernière bd "le maître de ballantrae" fut une déception)

    Posté par Lystig, 24 juin 2012 à 18:54 | | Répondre
  • @ Lystig

    Je te conseille cette découverte.

    Posté par Lili Galipette, 24 juin 2012 à 18:59 | | Répondre
  • Bon, il faut que je relise Maupassant. Et cette BD m'a l'air ma foi très bien!

    Posté par Karine:), 25 juin 2012 à 04:47 | | Répondre
  • @ Karine:)

    Bonne lecture !

    Posté par Lili Galipette, 25 juin 2012 à 07:47 | | Répondre
  • Mais c'est génial ! J'aime déjà beaucoup la nouvelle de Maupassant et le graphisme de la BD m'a l'air de bien faire ressortir les tourments de l'auteur.

    Posté par Lydia, 25 juin 2012 à 08:30 | | Répondre
  • @ Lydia

    En effet, le dessin est dynamique et illustre à merveille les terreurs et les angoisses.

    Posté par Lili Galipette, 25 juin 2012 à 08:45 | | Répondre
  • Tu m'as convaincue par ce beau billet ! Un jour d'arrêt à Fontenay, je m'y plongerai bien ...

    Posté par missbouquinaix, 25 juin 2012 à 15:46 | | Répondre
  • @ missbouquinaix

    Pas de problème, il t'attend.
    Si tu es sage, il t'attendra peut-être avec des gaufres.

    Posté par Lili Galipette, 25 juin 2012 à 15:48 | | Répondre
Nouveau commentaire