Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

11 juillet 2012

Les braises

BraisesRoman de Sandor Marai.

Un vieux général reçoit une lettre. En quelques mots, 41 ans d’attente s’effacent. Le vieil homme met tout en œuvre pour organiser une soirée et un repas commémoratifs. En attendant son hôte, le général plonge dans ses souvenirs. Le jeune Henri s’était pris d’amitié pour son camarade Conrad, moins nanti que lui. « Leur amitié était profonde, grave comme les sentiments qui doivent durer une vie entière. Et, comme dans toute grande affection, il s’y mêlait un sentiment de pudeur et de culpabilité. On ne peut, en effet, voler impunément de ses proches nul être humain. » (p. 36) C’est évident, l’amitié qui unit les deux garçons est dévorante : Henri ne peut pas vivre seul et sans affection, et il s’engage sans mesure dans ce lien exclusif. « Ayant une grande affection l’un pour l’autre, ils se pardonnaient leur défaut capital : Conrad à son ami pardonnait sa fortune et le fils de l’officier de la Garde à Conrad, sa pauvreté. » (p. 57)

41 ans après une funeste partie de chasse et une soirée décisive, le général retrouve enfin Conrad. Entre eux se dressent quatre décennies d’attente, de rancune et rancœur. Se dresse aussi le souvenir de Christine qui, semble-t-il, n’a pas pu se résoudre à choisir entre les deux hommes. Mais qu’en est-il vraiment ? « Christine elle-même n’a pas dit la vérité. Conrad peut-être. Oui, peut-être la connaissait-il. » (p. 68) Henri a des questions et attend des réponses. Pourquoi Conrad est-il parti si vite ? L’a-t-il vraiment trahi ? Surtout, Henri en veut à Conrad et à sa fierté d’avoir laisser l’argent se dresser entre eux. « Tu n’as jamais accepté d’argent de moi, tu refusais le moindre cadeau. Tu n’as pas voulu que notre amitié devint une véritable fraternité. » (p. 131) Le face à face entre les vieux amis est glacial et inexorable. Se dessine une amitié qui a semé ses propres embuches.

Ce long dialogue sur l’amitié m’a tout d’abord enthousiasmé, puis vivement agacée. Il ne s’agit en fait que d’un monologue puisque Conrad répond à peine, qu’il renvoie le général à ses questions. Finalement, trop de mystères restent non résolus. Le style de l’auteur est superbe, très noir et étouffant. Mais les braises qu’il a remué pendant tant de pages n’ont rien réchauffé et surtout pas mon attention.

Posté par Lili Galipette à 20:30 - Ma Réserve - Lignes d'affrontement [8] - Permalien [#]

Commentaires sur Les braises

  • Ah mince ! Ça partait bien pourtant ! J'aime beaucoup la fin de ton billet. Tu devrais te lancer dans l'écriture.

    Posté par Lydia, 12 juillet 2012 à 15:07 | | Répondre
  • @ Lydia

    Euh... mouais... pour le moment, ce n'est pas concluant.

    Posté par Lili Galipette, 12 juillet 2012 à 15:32 | | Répondre
  • J'ai gardé un bien meilleur souvenir de L'Héritage d'Ester que des Braises, et les Mémoires de Hongrie sont aussi tres intéressants a lire. Mais j'ai bien l'impression que toutes les oeuvres de Márai ne se valent pas, ou du moins que certaines ont mieux résisté au passage du temps et au changement des mentalités que d'autres.

    Posté par Passage à l’Est!, 13 juillet 2012 à 19:03 | | Répondre
  • Passage à l'Est!

    Merci pour cette recommandation, je prends note !

    Posté par Lili Galipette, 13 juillet 2012 à 19:09 | | Répondre
  • Pas d'accord avec toi mais nous aurons l'occasion d'en parler. Je ne crois pas que Christine hésite entre les deux !

    Posté par George, 06 août 2012 à 10:00 | | Répondre
  • @ George

    Apparemment, je n'ai pas compris ce roman. Tant pis pour moi.

    Posté par Lili Galipette, 06 août 2012 à 11:05 | | Répondre
  • Je vais le lire et on en parlera ensemble, j'ai beaucoup aimé "Libération" de cet auteur et "Les braises" fait partie du "package" Sandor Marai acheté lors de ma dernière descente chez un bouquiniste.

    Posté par MissG, 04 février 2016 à 13:29 | | Répondre
  • OK !

    Posté par Lili Galipette, 04 février 2016 à 13:33 | | Répondre
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