Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

25 juillet 2012

Le ravissement de l'été

Ravissement_de_leteRoman de Luisa Etxenike.

Raul ne décolère pas depuis que sa mère lui a encore refusé de l’argent. Le jeune homme veut tout obtenir d’elle, son attention et sa fortune, mais il veut aussi se venger de cette femme si distante et méprisante. « Je devais découvrir à tout prix le passage menant à l’intimité de ma mère ; et une fois à l’intérieur, trouver son point faible, le fil lâche sur lequel tirer. Jusqu’à la défaire. » (p. 19) Raul ressasse un ressentiment qui remonte à l’enfance, à ces deux étés qu’il a passés avec sa famille dans un village des montagnes, avec pour seul guide Fermin, un enfant du pays. Pour assouvir sa vengeance, Raul sait qu’il doit retourner dans les montagnes et questionner Fermin. « Le village est tout près maintenant. Mais je conduis sans me presser. Justement parce que je suis anxieux, à l’affût. Au milieu de deux histoires, de deux époques qui m’appartiennent, comme dans le remous fécond d’une embouchure. » (p. 11)

La deuxième partie appartient à Fermin. C’est lui qui reprend la narration et qui évoque le souvenir de cet été où Isabel Urbieta, la mère de Raul, a fait de lui un homme. C’est Fermin qui est le lien entre le fils jaloux et la mère distante. Fermin s’est accompli dans la vigne et il voit le vin comme une promesse, une chance d’être digne de la seule femme de sa vie. La fin de l’histoire est l’œuvre d’Isabel. Mère indigne, elle ? Plutôt pleinement consciente de la nature de son enfant et luttant pour ne pas se laisser dévorer, ni par lui, par sa mémoire. Dans la dernière partie, Raul est presque absent, c’est à peine un souvenir qui s’efface déjà.

Chaque partie est racontée par un personnage différent. Ainsi, la même histoire est vue de trois points différents, transmise par trois mémoires qui se complètent et s’annulent. « Ce que je veux dire, c’est que raconter, ça change tout. On résume le souvenir, on le transforme en un point de vue. On l’affaiblit. On le réduit à une simple version des faits. » (p. 178) Le ravissement de l’été offre une touchante réflexion sur la mémoire et la validité des souvenirs. « Même le souvenir ne conserve pas les sensations. » (p. 168) Ainsi, le ravissement est à la fois le bonheur éblouissant du passage à la vie d’homme, mais aussi la perte de quelque chose. Comme dans l’œuvre de Marguerite Duras, le même terme désigne deux réalités qui ne sont pas si éloignées : dans l’extase, chacun se perd un peu.

Ce roman m’a beaucoup rappelé Mamita de Michel del Castillo. Tout part d’une mère indigne pour remonter vers le passé douloureux d’une femme blessée. De bourreau à victime, les rôles s’inversent, se partagent et se complètent. J’ai aimé cette histoire, même si j’ai trouvé la dernière partie confuse et la fin trop abrupte. Ce roman reste un très bon roman pour l’été.

Un grand merci à Christelle des Robert_Laffont pour l'envoi de ce livre.

Posté par Lili Galipette à 07:00 - Mon Alexandrie - Lignes d'affrontement [11] - Permalien [#]
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Commentaires sur Le ravissement de l'été

  • J'ai failli le prendre dans la sélection envoyée par R. Laffont et me connaissant (ma chance !!), je me suis rabattue dur Voyage en France d'Henry James ! Et un autre pour la Rentrée... J'avoue que la couverture me tentait, mais j'ai résisté !!!

    Posté par Asphodèle, 25 juillet 2012 à 07:55 | | Répondre
  • @ Asphodèle

    J'étais tentée par le Henry James, mais j'ai préféré une lecture plus légère.

    Posté par Lili Galipette, 25 juillet 2012 à 08:11 | | Répondre
  • Le sujet a l'air assez prenant.

    Posté par Lydia, 25 juillet 2012 à 08:40 | | Répondre
  • @ Lydia

    Il l'est, mais juste ce qu'il faut pour une lecture estivale !

    Posté par Lili Galipette, 25 juillet 2012 à 09:04 | | Répondre
  • Posté par Lydia, 25 juillet 2012 à 09:11 | | Répondre
  • Bien tentée, été ou pas

    Posté par Cynthia, 25 juillet 2012 à 10:35 | | Répondre
  • @ Cynthia

    Alors bonne lecture dès que tu le trouveras !

    Posté par Lili Galipette, 25 juillet 2012 à 10:38 | | Répondre
  • Connais pas mais pourquoi pas ! j'ai pris un roman italien pour ma part... à suivre !

    Posté par George, 25 juillet 2012 à 10:43 | | Répondre
  • @ George

    J'ai préféré le roman espagnol ! Chacun ses origines !
    Hâte que tu retrouves ton rythme de lecture pour lire tes critiques !

    Posté par Lili Galipette, 25 juillet 2012 à 10:44 | | Répondre
  • Je viens de terminer la lecture et pour ma part je suis déçue ,trop de zones mal exploitées ,voire pas du tout ,on comprend que ce fils n'est pas le modèle du genre mais pourquoi Isabel ne révèle pas une partie de ce voile ,son mode de vie ,son souvenir pesant ,tout juste découvert a la fin !!! Bref on reste sur sa faim !!!
    Ce qui est gênant c'est ce personnage complexe (Isabel) ,qui n'attire aucune sympathie car trop mystérieux!!!
    Ce roman méritait d'être un peu mieux développé ....dommage

    Posté par Élise, 11 février 2014 à 11:48 | | Répondre
    • Ce roman reste un divertissement avec un fond assez léger.

      Posté par Lili Galipette, 11 février 2014 à 12:53 | | Répondre
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