Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

20 août 2012

La cité des livres qui rêvent

Cite_des_livres_qui_reventRoman de Walter Moers.

Dans la citadelle des dragons, en Zamonie occidentale, Hildegunst Taillemythes est un jeune dragon qui se pique d’écriture dans un monde où les livres sont omniprésents. « Je parle d’un pays où la lecture peut rendre fou. Où les livres risquent de blesser, d’empoisonner, et même de tuer. » (p. 9) Quand Dancelot, son parrain d’écriture, est sur le point d’expirer, il lui lègue un manuscrit anonyme. Le texte est si réussi qu’il pourrait ôter toute volonté d’écrire. Hildegunst part alors pour Bouquinbourg à la recherche du mystérieux auteur.

Bouquinbourg est aussi appelé la Cité des livres qui rêvent. Les livres qui rêvent, ce sont les livres d’occasion qui attendent chez les bouquinistes de vivre une nouvelle vie avec un nouveau lecteur. Bouquinbourg compte un nombre étonnant de bouquinistes et de boutiques dédiées aux livres. Mais le plus surprenant dans cette ville, ce sont ses souterrains labyrinthiques. Et Hildegunst en fait brutalement l’expérience quand il se retrouve piégé dans les catacombes, traqué par les chasseurs de livres et par le Roi des Ombres.

Impossible d’en dire plus sans dévoiler des éléments essentiels de ce roman complètement déjanté. Dans l’univers de Walter Moers, les livres ont des pouvoirs immenses. Certains sont positifs : « Les réponses à presque toutes les questions d’aujourd’hui figurent dans les vieux livres. » (p. 146) Mais il faut se méfier du papier et des mots. « Vous faites partie de ces rêveurs qui croient que toutes les réponses figurent dans les livres, n’est-ce pas ? Mais les livres ne sont ni bons ni utiles. Ils peuvent être extraordinaires malfaisants. Avez-vous jamais entendu parler des livres dangereux ? Certains d’entre eux vous tuent dès que vous les touchez. » (p. 150) Croyez-moi, vous ne verrez plus jamais une coupure de papier du même œil…

Walter Moers invente des auteurs, des livres et des textes dont il égrène des extraits dans son propre roman. Mais il se présente en fait comme un traducteur de l’œuvre d’Hildegunst Taillemythes. Son texte est un fol éloge des livres et du pouvoir de la lecture. « De simples signes sur du papier m’apportaient une pure extase. » (p. 25) Pour tout lecteur un peu insatiable, Bouquinbourg pourrait être la capitale des plaisirs, voire du vice. Et il y a toujours des êtres vils pour tirer profit des pratiques les plus nobles. « Le problème, c’est que pour gagner beaucoup d’argent, nous n’avons pas besoin d’une littérature parfaite et grandiose. Ce qu’il nous faut, c’est une production moyenne, de la camelote, de la pacotille, des produits de masse. Toujours davantage. Des livres de plus en plus gros et de plus en plus creux. Ce qui compte, c’est le papier vendu. Pas les mots qui sont écrits dessus. » (p. 352) Voilà un débat qui fait les belles heures de la critique littéraire !

Se fondant sur un univers complet et original, Walter Moers offre un roman très sympathique et qui se lit avec plaisir. J’ai parfois été un peu saturée par le fantastique qui émane du texte, mais j’ai poursuivi ma lecture sans heurt, en appréciant les nombreuses illustrations aux faux airs de gravure qui parsèment le roman. En conclusion, je ne peux que vous encourager à acheter des livres d’occasion. Ces livres qui rêvent n’attendent que vous !

Posté par Lili Galipette à 09:00 - Lignes d'affrontement [5] - Permalien [#]

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