Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

03 septembre 2012

Sukkwan Island

Sukkwan_IslandRoman de David Vann.

Jim a acheté une cabane sur Sukkwan Island, une île isolée du sud de l’Alaska. Il a décidé d’y passer un an avec Roy, son fils de 13 ans. Avant tout, il s’agit pour lui de changer de vie, de laisser le passé derrière lui et de renouer avec son fils. « Quelque part, il y a eu un mélange de culpabilité, de divorce, d’argent, d’impôts, et tout est parti en vrille. » (p. 12) Jim bouillonne de projets le jour, mais il se laisse aller au désespoir toutes les nuits et s’épanche auprès de son fils. Pour Roy, cette isolation est une folie. « Cela semblait impossible. Tout semblait impossible aux yeux de Roy, ils étaient terriblement mal préparés. » (p. 20) Mais le garçon ne veut pas laisser son père, même si sa présence lui pèse. Il pressent qu’un drame va se nouer sur cette île perdue. « Il avait l’impression qu’il était seulement en train d’essayer de survivre au rêve de son père. » (p. 99) Et quand la tragédie survient, l’étouffante Iliade familiale devient une Odyssée funeste et solitaire.

J’ai frémi à la lecture de ce huis-clos sauvage, de cette captivité en plein air. Ce tragique retour à la nature ne s’accommode pas des besoins inassouvis de Jim, ni de ses angoisses. Le plus effrayant, c’est que ces deux naufragés volontaires ne domptent pas l’hostilité de la nature. En fait, ils se révèlent être l’hostilité même. Ils incarnent un danger qu’ils ne peuvent combattre. Étrangement, cette violence m’a fait du bien et j’ai lu le premier roman de David Vann en quelques heures, fascinée par les puissances troubles qui agitent les personnages. Le père et le fils ne font que se manquer et les retrouvailles tant espérées surviennent trop tard. Pour cet auteur, la famille est une entité malmenée, une structure sans avenir, une source de chagrin.

Pour une fois, je suis ravie de ne pas avoir lu avec les romans d’un auteur dans l’ordre. Jim et Rhoda sont des personnages de Désolations, le deuxième texte de David Vann, mais l’intrigue se situe en amont de Sukkwan Island. Au moins, les références étaient claires et les fils de l’histoire se nouent sans frustration. Dans Désolations, j’avais été subjuguée par la description de la nature. J’ai compris avec Sukkwan Island que David Vann déploie ce talent dans tous ses écrits. La nature, bien que froide et sauvage, n’est jamais l’élément le plus hostile des romans de l’auteur : ce sont les hommes qui portent et déchaînent le chaos. J’ai aimé ce roman pour sa peinture sans concession des tourments de l’homme. David Vann ne se nourrit pas d’illusions et ses textes ont la puissance des meilleurs romans noirs américains.

Posté par Lili Galipette à 10:40 - Mon Alexandrie - Lignes d'affrontement [18] - Permalien [#]

Commentaires sur Sukkwan Island

    Dans mes bras ma Lili !!! Comme toi j'ai lu dans le désordre et n'en suis pas mécontente, cet auteur nous prend aux tripes, j'ai hâte de lire son prochain (qui devait sortir en mai 2012 ?) mais pas de bruit sur les ondes... Cela reste une lecture marquante !

    Posté par Asphodèle, 03 septembre 2012 à 10:50 | | Répondre
  • @ Asphodèle

    Son prochain ?? Ouh là, je vais regarder ça tout de suite !

    Posté par Lili Galipette, 03 septembre 2012 à 11:08 | | Répondre
  • Si tu trouves tu me préviens ? Il en parlait sur son blog à la sortie de Désolations, INCB qui est fan en avait aussi parlé et depuis silence radio !!! On se tient au curant !!!

    Posté par Asphodèle, 03 septembre 2012 à 11:35 | | Répondre
  • @ Asphodèle

    Rien en vue pour le moment.

    Posté par Lili Galipette, 03 septembre 2012 à 11:37 | | Répondre
  • Si l'on a droit à un bel été indien qui réchauffe le coeur, je le lis!
    Sinon je continuerai à lire les bisounours...

    Posté par Violette, 03 septembre 2012 à 11:40 | | Répondre
  • @ Violette

    C'est sur que le lire en plein hiver, c'est prendre le risque de se détruire le moral .

    Posté par Lili Galipette, 03 septembre 2012 à 11:41 | | Répondre
  • Je l'ai donc je le lirai, je pense qu'il peut me plaire !

    Posté par George, 03 septembre 2012 à 13:47 | | Répondre
  • @ George

    J'attends donc ton avis !

    Posté par Lili Galipette, 03 septembre 2012 à 13:50 | | Répondre
  • lu et pas aimé

    Moi, je ne l'ai pas aimé du tout mais alors PAS DU TOUT... c'est noir pour être noir, toute la fin est inutile après un dénouement tragique...

    Posté par Brizou, 04 septembre 2012 à 13:19 | | Répondre
  • @ Brizou

    J'ai trouvé une réelle logique dans la fin très sombre de ce roman.
    A bientôt.

    Posté par Lili Galipette, 04 septembre 2012 à 14:54 | | Répondre
  • Le sujet a l'air intéressant !

    Posté par Lydia, 04 septembre 2012 à 16:03 | | Répondre
  • @ Lydia

    Très sombre,tout de même !

    Posté par Lili Galipette, 04 septembre 2012 à 16:35 | | Répondre
  • il était temps que tu le lises

    Posté par Lystig, 23 septembre 2012 à 01:00 | | Répondre
  • @ Lystig

    Je suis au contraire très contente d'avoir attendu, de ne pas m'être laissée emporter par l'effet de mode qui a entouré sa sortie.

    Posté par Lili Galipette, 23 septembre 2012 à 08:30 | | Répondre
  • Belle analyse pour un roman que j'ai adoré !

    Posté par l, 24 septembre 2012 à 12:29 | | Répondre
  • @ Alix

    Merci ! Gros plaisir pour moi aussi.

    Posté par Lili Galipette, 24 septembre 2012 à 18:58 | | Répondre
  • Je viens de le finir ! Punaise, c'est puissant ! J'ai adoré !

    Posté par Lydia B, 01 août 2018 à 16:02 | | Répondre
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