Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

20 septembre 2012

Tess d'Urberville

Tess_d_UrbervilleRoman de Thomas Hardy.

Pour avoir découvert qu’il est le descendant de l’illustre lignée des chevaliers d’Urberville, John Durbeyfield se pique de noblesse et envoie sa fille Tess entre les griffes d’un lointain cousin et véritable séducteur. La jeune fille a plus d’éducation et d’honnêteté que ses parents et se réclamer d’une lointaine parente lui fait horreur. « L’orgueil de Tess lui rendait le rôle de parente pauvre particulièrement antipathique. » (p. 45) Mais pour offrir son aide à sa famille, elle accepte la place que lui propose Alec d’Urberville et subit son odieuse séduction.

Plusieurs années plus tard, pensant avoir expié sa faute et pouvoir mener une vie nouvelle, elle prend une place d’aide dans une laiterie et y rencontre Angel Clare, fils de pasteur qui apprend le métier de fermier. En dépit de l’affection réciproque qui la lie au jeune homme, Tess s’estime inférieure et déclassée et elle met longtemps à accepter la demande en demande de son amoureux. « Je ne veux pas me donner le grand bonheur de vous promettre d’être à vous parce que je suis sûre que je ne dois pas le faire. » (p. 227) Quand elle se rend enfin aux tendres arguments d’Angel et que le mariage approche, Tess craint que sa faute passée nuise à son bonheur futur. « Je ne me sens pas tranquille. […] Je puis être châtiée plus tard de toute cette chance par un tas de malheurs. » (p. 267) Foncièrement honnête, Tess ne peut s’empêcher d’avouer son ancienne souillure à Angel. Répondant ainsi aux mauvais présages qui ont entouré les noces des deux jeunes gens, l’aveu est un cataclysme. Angel sera long à pardonner la faute et la confession tardive. De son côté, Tess se désole une nouvelle fois de ses errances passées et attend sans espoir le pardon de son époux. « Elle pleura sur l’homme aimé, dont le jugement soumis aux conventions sociales avait causé tous ces derniers chagrins. » (p. 387)

Tess est d’autant plus vertueuse qu’elle a péché et s’est repentie. Elle est une victime expiatoire à plusieurs degrés : elle expie d’abord pour avoir été séduite dans sa jeunesse, mais elle expie également pour toute la lignée des d’Urberville dont elle est pourtant la digne héritière au vu de sa noblesse de cœur. John Durbeyfield et son épouse Joan se piquent de grandeur et échafaudent des projets imbéciles sur des ambitions avinées, grossières et paresseuses qui causent la perte de Tess. « C’est bon d’être parent à un carrosse, même si vous roulez pas dedans. » (p. 33) Contrairement à son père qui se donne du Sir John, Tess mérite cette ascendance glorieuse à qui elle redonne un lustre et une fraîcheur toute naturelle. Le roman célèbre d’ailleurs la nature et la pureté d’avant le progrès et critique fortement les machines agricoles qui dénaturent le travail et dévoient les hommes.

Je voulais lire ce roman depuis longtemps et je ne suis pas déçue. Voilà un très bon roman anglais du 19° siècle sans rapport avec ceux de Jane Austen que j’apprécie beaucoup par ailleurs. La critique de la société y est moins ironique, plus franche et plus sinistre. Tess d’Urberville est une héroïne sacrifiée pour laquelle – c’est très palpable – son auteur a beaucoup d’affection. Impossible de ne pas compatir aux nombreux malheurs de la jeune fille. La plume de Thomas Hardy est solide et puissante. Si la morale distillée tout au long du texte a de quoi agacer par son côté définitif, il faut souligner qu’elle était parfaitement novatrice pour l’époque et c’est bien ce qui a valu à Tess d’Urberville d’être si largement censuré lors de sa publication.

Posté par Lili Galipette à 08:40 - Mon Alexandrie - Lignes d'affrontement [18] - Permalien [#]
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Commentaires sur Tess d'Urberville

    Oh, celui-ci, il faut que je le lise !

    Posté par Lydia, 20 septembre 2012 à 10:17 | | Répondre
  • J'avais beaucoup aimé le film de Polanski avec Nastassja Kinski il y a longtemps...je ne pourrais pas te dire si le livre est bien adapté mais tu me donnes envies de le lire (pas tout de suite !!!)

    Posté par Asphodèle, 20 septembre 2012 à 11:27 | | Répondre
  • @ Lydia

    Un très grand classique !

    Posté par Lili Galipette, 20 septembre 2012 à 18:34 | | Répondre
  • @ Asphodèle

    Ah, je ne savais pas qu'il existait un film. J'essaierai de le trouver !

    Posté par Lili Galipette, 20 septembre 2012 à 18:35 | | Répondre
  • JE l'avais lu dans la même édition il y a pffff ! J'étais toute jeunette, 15 ans je crois et je ne l'ai sans doute pas lu comme il aurait fallu.

    Posté par George, 20 septembre 2012 à 19:16 | | Répondre
  • Cela fait très longtemps moi aussi que je veux le lire!

    Posté par herisson, 20 septembre 2012 à 19:58 | | Répondre
  • @ George

    Tu n'avais pas aimé ? C'est pourtant bien dans les thèmes que tu chéris.
    Et tu es toujours jeunette !

    Posté par Lili Galipette, 20 septembre 2012 à 20:41 | | Répondre
  • @ herisson08

    N'attends plus !!

    Posté par Lili Galipette, 20 septembre 2012 à 20:41 | | Répondre
  • J'ai eu la chance d'étudier de roman à la fac! J’avais adoré ce livre! Ta critique me donne envie de le relire!

    Posté par Accalia, 21 septembre 2012 à 11:02 | | Répondre
  • J'ai un souvenir assez flou de cette lecture car faite en Prépa, en anglais. Ça me laisse pas des bons souvenirs mais j'avais bien aimé le film ! (en anglais aussi sinon c'est pas marrant !)

    Posté par Paulinelit, 21 septembre 2012 à 14:15 | | Répondre
  • @ Accalia

    Alors n'hésite pas !

    Posté par Lili Galipette, 21 septembre 2012 à 15:07 | | Répondre
  • @ Paulinelit

    Ah, les lectures de prépa...

    Posté par Lili Galipette, 21 septembre 2012 à 15:08 | | Répondre
  • Encore un classique qui croupit dans ma PAL...Mais j'y arriverai !

    Posté par Cynthia, 22 septembre 2012 à 11:23 | | Répondre
  • @ Cynthia

    TU PEUX LE FAIRE !!!

    Posté par Lili Galipette, 22 septembre 2012 à 11:37 | | Répondre
  • Je m'étais un peu ennuyé avec ce roman que j'avais trouvé terriblement moralisateur.

    Posté par Mélusine, 23 septembre 2012 à 18:00 | | Répondre
  • @ Mélusine

    Moralisateur ? Je l'ai trouvé au contraire très audacieux, développant une thèse féministe assez osée pour l'époque !

    Posté par Lili Galipette, 23 septembre 2012 à 18:45 | | Répondre
  • Moi j'ai trouvé que l'héroïne se condamnait elle-même, se déconsidérait en permanence et que rien ne venait contredire son déshonneur dans le roman, pas même le narrateur lui-même. A l'époque, j'écrivais: "j'espère vraiment que tout le roman est à prendre au second degré, parce que tant d'abnégation féminine et de moralité puritaine, ça a de quoi me donner des nausées. Non pas de la part des réalités décrites, mais de la part de l'héroïne, qui accepte ce sort et se déteste elle-même d'avoir été abusée et abandonnée."

    Posté par Mélusine, 23 septembre 2012 à 18:50 | | Répondre
  • @ Mélusine

    Oui, je suis d'accord, mais finalement, Tess ne veut qu'être libre : soumise ni à son bourreau, ni à la société. Quand elle accepte finalement d'épouser son fiancé, elle renonce à sa liberté de femme bafouée, seul refuge qu'elle pouvait se ménager. Et son fiancé/mari lui fait le reproche de cette volonté de liberté.

    Posté par Lili Galipette, 23 septembre 2012 à 18:55 | | Répondre
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