Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

14 décembre 2012

Certaines n'avaient jamais vu la mer

Certaines_navaient_jamais_vu_la_merRoman de Julie Otsuka.

Au début du 20e siècle, des Japonaises quittent leur pays pour rejoindre leurs fiancés en Amérique. Elles ne connaissent de ces hommes que des photos et quelques lettres. Toutes espèrent trouver une vie meilleure auprès d’époux qui ont réussi sur le nouveau continent. « Sur le bateau, nous étions dans l’ensemble des jeunes filles accomplies, persuadées que nous ferions de bonnes épouses. »(p. 14) Après une éprouvante traversée, les fiancées découvrent leur promis. Au terme de la première nuit qui scelle les couples et les destins, beaucoup d’espoirs et de promesses se seront envolés. « En secret, nous espérions toutes être sauvées. » (p. 41)

Toutes ces femmes immigrées découvrent une vie plus misérable que celle qu’elles ont laissée. Elles triment dans les champs ou s’humilient au service des Américains. Il est leur difficile de s’intégrer dans ce pays si différent. « L’une des nôtres les rendait responsables de tout et souhaitait qu’ils meurent. L’une des nôtres les rendait responsables de tout et souhaitait mourir. D’autres apprenaient à vivre sans penser à eux. » (p. 47) Dans les lettres qu’elles envoient à leurs mères et à leurs proches, la plume est honteuse. Que faut-il dire ? Que faut-il taire ? Faut-il mentir et enjoliver des existences qui ne ressemblent pas aux promesses qu’elles ont aveuglément suivies ?

Ces femmes, souvent négligées par leur époux, goutent une autre douleur quand leurs enfants s’éloignent de la culture de leurs ancêtres et font tout pour être assimilés. Hélas, la guerre viendra balayer tous les efforts. Les Japonais sont les ennemis, qu’ils soient ou non nés sur le sol américain. L’exode reprend pour ne jamais finir, ou tragiquement. Le bateau de tous les espoirs n’était finalement qu’une barque de Charon qui emmenait ces femmes et leurs avenirs dans une traversée vers une rive dont on ne revient pas.

La particularité de ce roman est sa narration. C’est un « nous » qui porte tout le récit. On ne s’attache à aucun destin particulier, mais on entraperçoit des bribes d’existences. Ce roman choral exprime une douleur commune. Hélas, la troublante mélopée devient peu à peu litanie et généralité. Enfin, le titre est français est terriblement réducteur et ne traduit que les premières pages. Le titre original est bien plus explicite : The Buddha in the Attic évoque une culture qui recule, que l’on relègue dans l’oubli ou dans la honte. Finalement, ce roman est un bel hommage à des milliers de destins sacrifiés, mais j’ai quelques réserves sur sa forme.

Posté par Lili Galipette à 08:00 - Mon Alexandrie - Lignes d'affrontement [13] - Permalien [#]
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Commentaires sur Certaines n'avaient jamais vu la mer

    Un livre qui m'a l'air vraiment intéressant. Faudrait voir si la forme me conviendrait

    Posté par Kikine, 14 décembre 2012 à 17:41 | | Répondre
    • Pour beaucoup de lecteurs, c'est justement ce qui fait la force du livre.

      Posté par Lili Galipette, 15 décembre 2012 à 08:26 | | Répondre
      • C'est vrai que c'est ce qui m'a totalement embarquée dans cette histoire: la multiplication des "je".
        En revanche je ne suis pas d'accord avec toi pour le titre français. Oui c'est vrai qu'il fait allusion aux premières pages, mais pour moi il évoque aussi la non-expérience de ces femmes dont elles prendront cruellement conscience.
        Sinon je suis vaincue par KO: Lili 10, Violette 0 (et même pas un livre du prix acheté pour l'instant ;D)
        Je

        Posté par Violette, 15 décembre 2012 à 15:15 | | Répondre
      • Ah, tu as raison pour le titre du roman ! Mais j'ai toujours du mal avec les traductions de titres.
        KO ?? Mais non... Toi, tu ménages ta monture !

        Posté par Lili Galipette, 15 décembre 2012 à 15:20 | | Répondre
  • Celui-là, je l'avais sélectionné à Masse Critique. Je ne désespère pas de le lire un jour !

    Posté par Lydia, 14 décembre 2012 à 18:51 | | Répondre
    • Tu l'as demandé au papa Noël ?

      Posté par Lili Galipette, 15 décembre 2012 à 08:26 | | Répondre
      • Euh...non... J'ai demandé des Pléiades ! Ah ben oui, c'est noël quoi !!!

        Posté par Lydia, 15 décembre 2012 à 12:45 | | Répondre
  • Tu as bien raison !

    Posté par Lili Galipette, 15 décembre 2012 à 12:56 | | Répondre
    • Oui, d'autant plus que le papa Noël, c'est mon homme... donc je peux me permettre !!!

      Posté par Lydia, 15 décembre 2012 à 15:12 | | Répondre
  • naaan,Lydia, le père noël, c'est MON homme, nan mais !

    bon, et bien je viens de finir ce livre, dont j'ai aimé l'histoire( plutot les histoires), j'ai aimé apprendre les destins de ces femmes japonaises et des leurs en pleine guerre mais COMME TOI (ben oui, d'autres ont plutot apprécié) j'ai trouvé répétitif ces "nous" choral et surtout, au bout d'un moment, je lisais ce roman comme un dictionnaire, sans aucune empathie pour ce" nous" trop nombreux, malgré les prénoms placés de ci de là...mais bon, un bien beau livre sur un bon sujet, à lire.

    Posté par jeneen, 16 décembre 2012 à 09:50 | | Répondre
    • Et il va m'offrir des pléiades ???

      Posté par Lydia, 16 décembre 2012 à 18:50 | | Répondre
  • Je viens de le lire pour le Prix des Lectrices Amies. Ma chronique est à venir. J'ai bien aimé. ça m'a fait bizarre cette narration avec le "nous".

    Posté par Elora, 22 décembre 2012 à 11:58 | | Répondre
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