Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

14 janvier 2013

Le café de l'Excelsior

Cafe_de_lexcelsiorRoman de Philippe Claudel.

Un homme se souvient. Quand il était enfant, il a vécu plusieurs années avec son grand-père. L’homme tenait le café de l’Excelsior. Cet endroit est désormais le réceptacle de tous les souvenirs de l’ancien gamin. Au gré de la mémoire, on découvre un passé chaleureux, bien qu’un peu crasseux, mais incroyablement doux. Le cafetier était un de ces hommes massifs qu’on sait tous avoir croisé, au moins une fois. « Grand-père avait ses pudeurs et se retenait dans ses prophéties inspirées des alcools fruitiers ou bien encore des verjus de l’Anjou. Il fut donc un poète du silence et ce qu’il n’a jamais osé dire valait bien, j’en suis certain, un plein boisseau de lauriers tressés. » (p. 14) C’est un rustre colosse, un cœur immense sous des monceaux de bougonnerie.

Entre le gosse et l’ancêtre, il y a plus qu’un lien de parenté : le vieux protège le jeune et le jeune illumine le vieux. C’est une relation qui pourrait se passer de mots : inutile de nommer les sentiments quand les personnages les incarnent à ce point. « Grand-père ainsi me réécrivait le monde, l’arrangeait à sa façon, pour me plaire, me consoler, parfaire mon éducation familiale ou historique. » (p. 33) Mais comme annoncé très rapidement, l’enfant et l’aïeul ont été séparés. Le lien ne subsiste alors qu’au travers des lettres que le cafetier envoie au gamin, d’une écriture lourde et malhabile. Mais cette correspondance gauche est une prose sublime pour le môme isolé. « Et c’est ce livre-là que j’emporterais, de préférence à tout autre, sur l’improbable île déserte. » (p. 78)

Le narrateur redevient le gamin qu’il était, ou plutôt l’enfant reprend ses droits sur le cœur de l’homme. L’amour transparaît au fil des mots et c’est une nostalgie bourrue qui s’exprime. L’enfant a fait sien le caractère de son grand-père et il ne peut évoquer son souvenir que la gorge serrée, se défendant des larmes qui perlent au coin des mots. Dans une langue superbe, Philippe Claudel donne ses lettres de noblesse au café, à l’estaminet d’antan, au troquet du coin. Il fait briller le zinc et remplit les verres. D’aucuns critiquent la philosophie du café du commerce : ne raillez pas la poésie du comptoir servie par la plume de Philippe Claudel.

Posté par Lili Galipette à 08:00 - Mon Alexandrie - Lignes d'affrontement [18] - Permalien [#]

Commentaires sur Le café de l'Excelsior

  • Je l'ai, il faut que je le lise. Tiens, je vais le ressortir car il est tout en-dessous de ma PAL. A moins que je ne retourne directement ma pile ?

    Posté par Lydia, 14 janvier 2013 à 14:38 | | Répondre
  • Allez zou, PAL sans dessous-dessus ! Et Philippe Claudel avant tout !!
    Et je t'offre un gueuleton si tu me dis que ce roman ne te fais pas dresser les poils d'émotion !!!

    Posté par Lili Galipette, 14 janvier 2013 à 15:11 | | Répondre
    • Trop facile comme pari ! Avec l'écriture de Claudel, je suis certaine que ça va me faire dresser les poils !

      Posté par Lydia, 14 janvier 2013 à 15:22 | | Répondre
      • Hey, ça n'empêche pas qu'on fasse quand même un gueuleton !!

        Posté par Lili Galipette, 14 janvier 2013 à 15:32 | | Répondre
      • Ça c'est sûr !!!

        Posté par Lydia, 14 janvier 2013 à 15:50 | | Répondre
  • Haaa ! On me l'a offer début janvier et je le gardais pour un "jeudi de George" vu qu'il est tout petit mais je crois que je vais faire une infidélité à Mme Hemingway !!! C'est marrant on a les mêmes lectures en ce moment !

    Posté par Asphodèle, 14 janvier 2013 à 17:41 | | Répondre
  • Alors, sans nous concerter, quelle sera notre prochaine lecture ???

    Posté par Lili Galipette, 14 janvier 2013 à 19:31 | | Répondre
  • Tu me tentes toujours autant avec Claudel !!! je note celui-là aussi alors je ne me rappelle plus l'ordre que tu m'avais dit par contre pour mes lectures... j'ai mis dans cet ordre : La petite fille de monsieur Linh, Le rapport de Brodeck et les âmes grises, pour ceux que j'ai, c'est bon ?
    bonne soirée

    Posté par laure, 14 janvier 2013 à 20:00 | | Répondre
  • Pour suivre l'ordre d'écriture : Les âmes grises / La petite fille de M.Linh / Le rapport de Brodeck.

    Maintenant, ne résiste plus, je le veux !

    Posté par Lili Galipette, 14 janvier 2013 à 20:20 | | Répondre
    • Ah oui j'étais complètement à l'envers alors ! merci
      je le note déjà sur mon carnet

      Posté par laure, 14 janvier 2013 à 20:37 | | Répondre
  • Je compte d'abord tenter "Le rapport de Brodeck",mais je garde celui-là dans un coin de ma tête.

    Posté par Melusine1701, 19 janvier 2013 à 11:56 | | Répondre
    • Les deux romans sont très différents, sur la forme et sur le fond.

      Posté par Lili Galipette, 19 janvier 2013 à 16:14 | | Répondre
  • Il est également sur ma PAL : lecture en urgence !

    Posté par liliba, 20 janvier 2013 à 13:55 | | Répondre
  • Ben oui !

    Posté par liliba, 20 janvier 2013 à 16:25 | | Répondre
  • N'oublie pas, Lili, ses pièces de théâtre. Elles valent aussi le détour

    Posté par Dédale, 27 janvier 2013 à 20:19 | | Répondre
    • J'ai lu "Le paquet" : une merveille ! Je vais chercher les autres.
      Mais j'essaie de ne pas tout lire d'un coup, je veux faire durer !

      Posté par Lili Galipette, 27 janvier 2013 à 20:33 | | Répondre
    • OUi ! d'autant plus que j'aime beaucoup lire du théâtre !

      Posté par liliba, 28 janvier 2013 à 08:21 | | Répondre
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