Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

24 janvier 2013

Comme un roman

Comme_un_romanEssai de Daniel Pennac.

Le narrateur présente une famille. Et le lecteur est chacun des membres de cette maison. Il y a l’enfant avide des histoires qu’on lui raconte le soir. Il y a l’adolescent qui peine sur un livre aux pages trop nombreuses. « Un livre, c’est un objet contondant et un bloc d’éternité. » (p. 24) Il y a les parents convaincus que lire est plus méritoire que de regarder la télé, mais qui ne ratent pas le mauvais téléfilm du soir. La lecture est regardée à l’aune de l’école, de la famille, du loisir, du plaisir, de la télévision, de l’obligation. Dans des chapitres très courts, le narrateur décline le verbe « lire » à plusieurs modes : devoir lire, aimer lire, apprendre à lire, vouloir lire, apprendre à aimer lire, etc.

Lire demande du temps, toujours. « Outre la hantise de ne pas comprendre, une autre phobie à vaincre pour réconcilier ce petit monde avec la lecture solitaire est de celle de la durée. » (p. 133) Un roman ne se donne pas sans un certain effort, mais la récompense est, semble-t-il, largement compensatoire du temps passé à tourner les pages et à déchiffrer les lignes. « Le temps de lire, comme le temps d’aimer, dilate le temps de vivre. » (p. 137)

Daniel Pennac se montre volontiers critique des techniques de l’Éducation nationale et il propose de revenir à une pédagogie débarrassée de la contrainte et de la menace. Selon lui, lire doit rester un plaisir et une rampe d’évasion, pas le motif d’un sujet d’étude et de torture intellectuelle. J’avoue être assez gênée par les positions de l’auteur. Oui, il faut donner le goût de lire aux jeunes lecteurs, mais il ne faut pas oublier que la lecture n’est pas qu’un plaisir, c’est aussi une nécessité. Nous lisons toute la journée, sans nous en rendre compte : en faisant nos courses, en conduisant, en travaillant. Il y a bien un moment où cet apprentissage doit être obligatoire et encadré.

Je ne saurais dire si j’ai vraiment aimé cet ouvrage. Certaines idées m’ont paru trop faciles, mais il paraît que certaines choses qui vont sans se dire vont mieux en se disant… Peut-être est-ce parce que je suis déjà complètement convaincue par le plaisir et la valeur de la lecture que les phrases de Pennac sont tombées un peu à plat. Je n’ai pas la télévision et elle ne manque pas tant je sais que je peux toujours trouver mieux et plus dans un livre. Quant aux dix droits imprescriptibles du lecteur tels que les envisage l’auteur, je ne peux qu’y souscrire, mais ces tables de loi littéraires ne sont pas une révolution pour moi. Finalement, j’ai probablement lu ce livre trop tard : il aurait peut-être davantage ému la jeune lectrice que j’ai été, celle qui passait de Dumas à Harlequin tant l’avidité de livre était féroce.

Posté par Lili Galipette à 08:00 - Ma Réserve - Lignes d'affrontement [24] - Permalien [#]

Commentaires sur Comme un roman

  • Je l'ai lu il y a fort longtemps et je compte le relire bientôt. Ce que j'aime chez Pennac c'est son enthousiasme même si parfois ce qu'il dit peut paraître facile, je trouve que ça fait du bien de lire un passionné.

    Posté par George, 24 janvier 2013 à 08:58 | | Répondre
    • Pas de doute, il est enthousiaste ! Mais pour moi, c'est trop, je suis déjà convaincue.

      Posté par Lili Galipette, 24 janvier 2013 à 10:51 | | Répondre
  • J'ai lu cet essai il y a quelques années déjà, quand il est sorti en fait, car je ne rate pas un ouvrage de Daniel Pennac (auteur que j'ai vu en conférence et débats plusieurs fois), je partage pour ma part nombreuses de ses idées notamment sur l'Education Nationale!
    Oui, on peut se passer de la télé, mais c'est également une source de culture qui permet d'être connecté avec son temps. Il ne faut pas la refuser en bloc.
    A mon avis la culture se trouve partout, il dans la vie, comme en cuisine, il faut un peu de tout de façon bien dosée.

    Posté par La fée des lire, 24 janvier 2013 à 10:05 | | Répondre
    • Je me connecte avec mon temps autrement que par la télé, trop indigeste à mon goût.

      Posté par Lili Galipette, 24 janvier 2013 à 10:52 | | Répondre
  • Je l'ai lu il y'a quelques années et compte le lire de nouveau bientôt. Même si dès fois, Pennac paraît céder à la facilité, c'est aussi ce qui rend sa lecture facile et agréable.

    Posté par marion, 24 janvier 2013 à 15:19 | | Répondre
  • Mince alors. Ce n'était peut-être pas le bon ouvrage pour te faire connaître cet auteur.

    Posté par Lydia, 24 janvier 2013 à 18:27 | | Répondre
    • En fait, je crois bien avoir lu "Cabot-caboche" et j'avais aimé.

      Posté par Lili Galipette, 24 janvier 2013 à 19:43 | | Répondre
  • J'aime beaucoup Pennac mais je n'ai pas encore lu celui-ci. Je crois que je préfères ses romans.

    Posté par Kikine, 24 janvier 2013 à 18:57 | | Répondre
    • Il faudrait que je lise ses romans, maintenant.

      Posté par Lili Galipette, 24 janvier 2013 à 19:44 | | Répondre
  • Je l'avais lu en lecture commune avec Reka et je me souviens qu'elle n'avait pas apprécié l'élitisme de Pennac et le fait qu'il privilégie les classiques, choix sans risque. Ca ne m'avait pas frappé sur le moment mais je l'ai relu ensuite et j'ai donné raison à Reka.
    Les droits des lecteurs sont bien sûr une évidence mais il est toujours agréable de constater que ceux-ci sont reconnus.

    Posté par Cynthia, 24 janvier 2013 à 21:16 | | Répondre
    • Tu as raison, je n'avais pas relevé ça... Les classiques, c'est top, mais il n'y a pas qu'eux !

      Posté par Lili Galipette, 25 janvier 2013 à 07:52 | | Répondre
  • à lire, peut-être...

    Posté par Lystig, 24 janvier 2013 à 23:27 | | Répondre
  • Jaime beaucoup ce libre. Il me semble delicieux.

    Posté par elbucaro, 25 janvier 2013 à 20:16 | | Répondre
    • Je comprends qu'il puisse plaire, mais ça n'a pas pris avec moi.

      Posté par Lili Galipette, 25 janvier 2013 à 20:31 | | Répondre
  • Je suis partagée comme toi. L'intention est louable, mais je ne suis pas sûr que les méthodes de Pennac soient à l'épreuve de la réalité... Je me rappelle d'un passage dans "Chagrin d'école" où il évoque brièvement toutes les fois où lui-même n'a pas réussi à faire passer son amour de la lecture à ses élèves. Rassurant quelque part, parce que celui-ci me semble essayer de donner de grandes leçons du genre "heureusement que je suis là pour vous dire comment appréhender la lecture".

    Posté par Melusine1701, 26 janvier 2013 à 18:21 | | Répondre
    • Ah, je suis rassurée qu'un professeur partage un peu mes réserves !

      Posté par Lili Galipette, 26 janvier 2013 à 20:34 | | Répondre
  • Sur ma PAL. En général, j'aime Pennac, mais comme je l'ai déjà beaucoup lu, un peu peur de relire la même chose...

    Posté par liliba, 27 janvier 2013 à 14:23 | | Répondre
    • Je vais attendre pour lire autre chose de lui...

      Posté par Lili Galipette, 27 janvier 2013 à 20:35 | | Répondre
  • Qu'y a-t-il de si naturel à lire ? Quand on parle finalement, d'une pure invention culturelle, d'une projection de l'esprit. Une des plus belles certes. Ce que j'ai compris en lisant Pennac, c'est que lire ou aimer lire, cela s'apprenait et que sans doute la meilleur façon d'apprendre était aussi de pouvoir se frayer ses propres chemins. Ne pas faire du livre un objet si sacré, ne pas systématiquement transformer la lecture en dogme et laisser le temps au jeune lecteur de se familiariser avec un corps un peu étranger au départ. J'ai lu "Comme un roman" et ressenti une grande bouffée de liberté et ça, ça ne m'a pas paru si anodin. La liberté a ça qu'elle est surtout un idéal. Au fond, il ne s'agit pas de prendre Pennac au pied de la lettre (c'est un p'tit réac', avec ce que ça implique, de tomber parfois dans la facilité, un provocateur et un idéaliste ; au moins cela parle à tous) mais plutôt de le lire entre les lignes : cancre qu'il a été, je ne pense pas qu'on puisse lui trouver un côté si élitiste. Que son essai soit parcouru de classiques, ça se note bien mais je pense que ça participe surtout d'une volonté de dédramatiser l'objet "littérature". En somme, je pense plutôt que Pennac a voulu dans cet ouvrage faire un don : le désir de lire. Remarquez par ailleurs que son essai est composée par petits bouts et que petit bout par petit bout, on a tôt fait de tourner la dernière page ! Et ça, c'est un bonheur irremplaçable, bien nostalgique =)
    Quant à moi, je n'oublierai pas cette phrase : "Lire, c'est toujours du temps volé"
    Je vous conseillerais à tous de lire "Le journal d'un corps" !

    Posté par Badow, 05 février 2013 à 12:04 | | Répondre
    • Je t'avoue avoir été refroidi par Pennac avec ce livre.
      Comme je le dis dans mon billet, je suis une vieille routière et je suis peut-être blasée. Mais les émerveillements un peu forcés de l'auteur ne me touche pas.
      Quant au fait qu'il propose des classiques, ça ne me dérange pas, au contraire.
      Le problème, c'est que la population de lecteurs dont il parle n'est pas de celle à laquelle j'appartiens : je ne sais pas si c'est une chance ou une perte, mais je n'ai jamais eu de problème à ouvrir un livre. Certes, certaines lectures ont été difficiles, mais il n'a jamais été besoin de me convaincre de la beauté de l'acte de lire. Pas besoin de me convaincre, je l'ai été toute petite. L'envie et le besoin de lire m'accompagnent depuis toujours.

      Posté par Lili Galipette, 05 février 2013 à 18:29 | | Répondre
  • Pour les classiques je réagissais plutôt aux commentaires d'autres internautes ^^

    C'est vrai qu'en y réfléchissant, il peut très bien y avoir un clivage entre plusieurs catégories de lecteurs aux horizons d'attentes très différents. Comme tu le faisais remarquer, tu as probablement lu ce livre un peu trop tard. Pour ma part, n'étant pas ce que j'appellerais un lecteur chevronné (j'veux dire, c'est avant tout la BD qui m'a conduit en lettres et plus intimement à la littérature alors évidemment, le parcours n'est pas le même), l'essai de Pennac m'a plus enthousiasmé et j'y ai vu une belle façon de promouvoir la lecture.

    Posté par Badow18, 06 février 2013 à 15:02 | | Répondre
    • Je comprends très bien ton enthousiasme pour ce livre qui s'adressent à des lecteurs qui te ressemblent.
      Ce qui me gêne, c'est quand on me dit que je passe à côté de quelque chose en n'aimant pas ce livre. M'enfin ! Chacun sa sensibilité, nan ?

      Posté par Lili Galipette, 06 février 2013 à 15:05 | | Répondre
  • Tu ne passes pas à côté de quelque chose dans la mesure où tu le lis. xD C'est absurde de te faire ce genre de réflexion... (enfin bon, dixit "La vérité sur L'affaire Harry Quebert", j'te fais pas un dessin ^^) Laisse donc certaines personnes avec leurs états d'âmes. Moi j'estime qu'on est pas obligé d'être tous unanime sur un livre. La lecture, c'est équivoque et pis c'est tout =P

    Posté par Badow18, 06 février 2013 à 15:13 | | Répondre
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