Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

06 mai 2013

Notre-Dame-des-Fleurs

Notre_Dame_des_FleursRoman de Jean Genet.

La dédicace liminaire s’adresse à Maurice Pilorge, cet assassin de vingt ans que l’auteur pleurait déjà dans Le condamné à mort.

Du fond de sa prison, Jean rêve à des « amants enchanteurs » et il convoque des hommes de papier pour combler sa solitude et son désir. Pour lui, le crime est beau et il exalte la beauté des criminels. « Je veux chanter l’assassinat puisque j’aime les assassins. […] Je l’ai dit plus haut. Plutôt qu’un vieux, tuer un beau garçon blond, afin qu’unis par le lien verbal qui joint l’assassin à l’assassinat (l’un l’étant grâce à l’autre), je sois, aux jours et nuits d’une mélancolie désespérée, visité par un gracieux fantôme dont je serais le château hanté. » (p. 107) La prison, pour Jean Genet, est une obsession : il l’a souvent pratiquée et il s’y sent chez lui. « Ma bonne, ma tendre amie, ma cellule ! Réduit de moi seul, je t’aime tant ! » (p. 121) Étrangement, il ne semble pas prisonnier et s’échappe de la geôle à force de fantasmes et d’imagination. Avec des coupures de journaux, entre réel et imaginaire, Jean recompose un univers.

Il est question d’un monde noctambule et voyou peuplé d’individus hauts en couleurs. Divine est un travesti renommé dans les bas-fonds parisiens, dingue d’un mac nommé Mignon-les-Petits-Pieds. L’étoile fulgurante de ce milieu canaille et brutal, c’est Notre-Dame-des-Fleurs, un jeune voleur éclatant de beauté, amant occasionnel de Divine et de Seck, un bel Africain. Sous la plume de Jean, on suit les liaisons souvent orageuses des tantes, des tapettes et autres pédales parisiennes.

Le narrateur, c’est Jean, très probablement Jean Genet, qui livre ses troubles et ses peines. « Ce livre, j’ai voulu le faire des éléments transposés, sublimés, de ma vie de condamné, je crains qu’il ne dise rien de mes hantises. » (p. 204) On retrouve dans ce roman les thèmes évoqués dans Le condamné à mort : « Mes livres seront-ils jamais autre chose qu’un prétexte à montrer un soldat vêtu d’azur, un ange et un nègre fraternel jouant aux dés ou aux osselets dans une prison sombre ou claire ? » (p. 24) Dans sa langue si unique, qui mêle argot et poésie, Jean Genet chante une nouvelle fois les amours homosexuelles, ainsi que son obsession pour la beauté et la jeunesse masculines. C’est une littérature très particulière et un sujet qui peut en gêner, voire en choquer certains. Je ne prends pas position et je me contente d’apprécier, sans toujours la comprendre, la poésie foudroyante de Jean Genet, auteur passionné et torturé.

Posté par Lili Galipette à 07:00 - Mon Alexandrie - Lignes d'affrontement [10] - Permalien [#]

Commentaires sur Notre-Dame-des-Fleurs

    Celui-ci, je ne le connaissais pas. En même temps, je ne connais que "Les Bonnes" de cet auteur.

    Posté par Lydia B, 06 mai 2013 à 09:18 | | Répondre
  • Je n'ai rien lu de cet auteur mais bien que le sujet ne me choque pas, je n'en ai pas trop envie en ce moment, quoique...si tu me parles de style et de poésie, je pourrais me laisser convaincre !!!

    Posté par Asphodèle, 06 mai 2013 à 12:14 | | Répondre
    • Si tu veux lire du Genet et que le sujet ne te dérange pas, lis plutôt sa poésie : "Le condamné à mort" est superbe, "Le funambule" aussi !!

      Posté par Lili Galipette, 06 mai 2013 à 12:58 | | Répondre
  • J'avais adoré ce livre ! Lu au lycée à l'époque... Malheureusement l'édition que j'avais (je crois bien que c'était la Folio d'ailleurs, mais il faudrait vérifier, ils l'ont peut-être réédité correctement depuis) était censurée : dans le texte original, il y a la dimension des sexes en érection de tous les hommes ! Et là, cette information avait disparu...

    Posté par Nathalie, 06 mai 2013 à 19:53 | | Répondre
  • Au lycée, c'était palpitant...

    Posté par nathalie, 07 mai 2013 à 08:12 | | Répondre
    • J'imagine les gloussements et les ricanements dans les rangées du fond !!!

      Posté par Lili Galipette, 07 mai 2013 à 08:20 | | Répondre
  • Ce livre m'a éblouie à sa première lecture, j'ai été happée comme par certains tableaux expressionnistes, cette poésie écartelée et crue m'a bouleversée. J'avais vu et beaucoup aimé le film adapté de son roman "querelle". Film de Fassbinder magnifique . Lorsque j'ai relu " notre dame des fleurs" un an après la premiere lecture, j'ai mieux compris la polyphonie du texte, mais j'avais presque oublié combien le texte ne pouvait être conseillé sans danger. Je n'avais gardé que l'éblouissement!
    De nouveau, c'est ce qui me vient en premier!

    Posté par la fée clochette, 29 mai 2013 à 21:56 | | Répondre
    • Je cherche le film maintenant.
      Et vous avez raison : ce texte est éblouissant !

      Posté par Lili Galipette, 30 mai 2013 à 07:24 | | Répondre
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