Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

14 mai 2013

Nous étions les Mulvaney

Nous_etions_les_MulvaneyRoman de Joyce Carol Oates.

« Longtemps vous nous avez enviés, puis vous nous avez plaints. » (p. 13) Dans la petite ville de Mont-Ephraim, les Mulvaney sont connus pour être une famille heureuse, dynamique et dont les membres sont profondément soudés. Jusqu’à un soir de février où un bal de la Saint-Valentin se termine mal pour Marianne, la fille de la famille. Le drame reste un moment secret parce que personne ne le remarque et que Marianne ne dit rien. « Dans une famille, le non-dit est ce que l’on guette. Mais le bruit d’une famille consiste à le noyer. « (p. 145)

Marianne était une jeune fille parfaite, la fille idéale : douce, lumineuse, charitable et populaire. Et les Mulvaney semblaient au-dessus de la honte. Après le drame, la famille est mise à l’index. « Allez tous au diable ! Vous n’avez donc pas pitié de nous ! Nous sommes les Mulvaney. » (p. 396) C’en est fini de l’insolent bonheur qui unissait Corinne, Michael Mulvaney et leurs quatre enfants. L’harmonie est brisée et chacun part de son côté, portant un souvenir dont personne n’ose parler, mais qui obsède les esprits et pourrit les relations familiales. « Quels mots peuvent résumer une vie entière, un bonheur aussi brouillon et foisonnant se terminant par une souffrance aussi profonde et aussi prolongée ? » (p. 666) Il faudra des années pour oublier la colère, la honte et les trahisons familiales.

Le récit est porté par Judd, le petit dernier de la famille qui, des décennies après le drame fait la lumière sur les non-dits et les douleurs qui ne cicatrisent pas. « Mais ce document n’est pas une confession. Absolument pas. J’y verrais plutôt un album de famille. » (p. 18) L’histoire de Mulvaney s’étend de 1955 à 1980 et le récit explore l’avant et l’après du drame. Ce roman est comme une photo de famille encadrée dont le verre s’étoile : à mesure que les fissures s’étendent, l’image se morcelle et la famille se décompose. Joyce Carol Oates utilise à plaisir les prétéritions elliptiques et sibyllines qui annoncent, l’air de rien, toutes les conséquences d’une funeste nuit d’hiver.

J’ai été fascinée par la première partie jusqu’à la révélation du malheur qui a frappé Marianne et, par ricochet, toute la famille Mulvaney. La suite m’a beaucoup plu, mais un peu moins tout de même : sur quelques chapitres, on suit les trajectoires particulières des quatre enfants et des parents Mulvaney. J’ai trouvé quelques longueurs vers le deuxième tiers du récit, mais ce roman de Joyce Carol Oates est passionnant, riche en émotions et en réflexions sur la famille, la réputation, les rapports sociaux et la rédemption.

Posté par Lili Galipette à 08:00 - Mon Alexandrie - Lignes d'affrontement [24] - Permalien [#]

Commentaires sur Nous étions les Mulvaney

  • Pas facile de parler d'un tel roman, mais d'ailleurs il est toujours difficile de parler des romans de Oates, d'en rendre compte. Premier gros roman lu d'elle (j'avais lu "délicieuses pourritures" avant) et qui a décidé du reste !

    Posté par George, 14 mai 2013 à 08:09 | | Répondre
    • Ah, si j'avais commencé par "Délicieuses pourritures", pas sûr que j'aurais eu envie de continuer à découvrir cette auteure !!

      Posté par Lili Galipette, 14 mai 2013 à 10:15 | | Répondre
  • J'aime beaucoup cet auteur.Je ne connais pas celui-ci mais je le note.

    Posté par Lydia B, 14 mai 2013 à 09:52 | | Répondre
    • Si tu ne l'as pas lu, je te conseille "Et mon coeur mis à nu" : superbe fresque sur une famille d'escrocs au début du 20° siècle !

      Posté par Lili Galipette, 14 mai 2013 à 10:14 | | Répondre
      • Pas lu non plus. Merci !

        Posté par Lydia B, 14 mai 2013 à 10:16 | | Répondre
  • ll est noté avec "Mon coeur mis à nu" mais je n'ai pas ta vitesse de croisière et maintenant que tu m'as contaminée avec Claudel, Oates va attendre un peu (d'autant que j'ai abandonné La légende des Bloodsmoor : très bien écrite mais lente et un peu ch...te^^)...

    Posté par Asphodèle, 14 mai 2013 à 11:14 | | Répondre
    • Je ne connais pas encore les Bloodsmoor. Mais je doute vraiment de tout lire de cette auteure : contrairement à d'autres écrivains, même si elle me plaît, elle ne m'obsède pas.

      Posté par Lili Galipette, 14 mai 2013 à 11:17 | | Répondre
  • Il est dans ma PAL celui-là. A venir un jour prochain

    Posté par Estellecalim, 14 mai 2013 à 14:02 | | Répondre
  • Mhh il m'intrigue celui-ci ... je le note, même si j'ai Mon coeur mis à nu à lire avant, et que Oates n'est pas un auteur dont on enchaîne les bouquins !:

    Posté par missbouquinaix, 14 mai 2013 à 15:34 | | Répondre
    • En effet, ça prend une pause entre deux volumes !
      Et je ne le dirai jamais assez : "Mon coeur mis à nu" est une merveille de cynisme et d'écriture fleuve ! Je suis entrée dans Oates par ce roman : un plongeon réussi !

      Posté par Lili Galipette, 14 mai 2013 à 18:57 | | Répondre
  • Il fait partie des nombreux Oates que je veux lire... un jour !

    Posté par liliba, 14 mai 2013 à 19:22 | | Répondre
  • Commence par le dernier David Vann !

    Posté par Lili Galipette, 14 mai 2013 à 19:41 | | Répondre
  • My favorite, definitively!
    Passionnant, remuant, bouleversant... Du grand grand Oates!

    Posté par Violette, 14 mai 2013 à 22:35 | | Répondre
  • Premier roman que j'ai lu d'Oates et j'en garde un excellent souvenir, presque un coup de cœur. Je continue de découvrir ses autres romans, doucement mais sûrement...

    Posté par DeL, 14 mai 2013 à 23:53 | | Répondre
    • C'est une auteure avec qui il faut prendre son temps !

      Posté par Lili Galipette, 15 mai 2013 à 18:45 | | Répondre
  • bien chef ! Dès que j'ai terminé Jane Erotika !!!

    Posté par liliba, 15 mai 2013 à 08:31 | | Répondre
  • Jamais lu Oates, mais ton article me donne envie de tester... Un autre titre à me conseiller pour la découvrir ?

    Posté par Miss Alfie, 15 mai 2013 à 15:10 | | Répondre
    • La dame fait aussi bien des textes courts que des pavés. Si tu veux un concentré de sa plume en petit format, je te conseille "Premier amour". Et si tu veux une saga familiale sur fond historique, très drôle et cynique, fonce sur "Mon coeur mis à nu" !

      Posté par Lili Galipette, 15 mai 2013 à 18:47 | | Répondre
      • Noté ! Merci Lili pour les conseils !

        Posté par Miss Alfie, 16 mai 2013 à 19:42 | | Répondre
  • J'ai beaucoup aimé celui-là, même si le personnage de la mère m'a énervée... j'en garde un souvenir intense, disons!

    Posté par Karine:), 04 juin 2013 à 04:15 | | Répondre
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