Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

25 mai 2013

Paradis 05-40

Paradis_05_40Roman de Charles Dellestable.

1940. Nina, Paul, Oscar et Gaby sont quatre amis, quatre Parisiens artistes qui, chacun à leur manière, ont l’honneur des affiches. Mais les paillettes ne font pas le poids face aux bombes. L’Allemagne vient d’attaquer la France et partout, c’est l’exode. « Je vois des gens affligés d’être des émigrés dans leur pays. » (p. 205) Pour les quatre inséparables, le salut est à New York. Mais avant l’Amérique, il y a toute la France à traverser à bord d’une Bugatti qui n’ira pas plus loin que le Périgord. Le quatuor vient bousculer la vie recluse d’Hélène et de ses enfants, Diane et Maurice, malades d’attendre des nouvelles du front. L’espace de quelques jours, tout ce monde va cohabiter et s’aimer dans le domaine du Paradis. « Nous avons formé une famille dénuée du moindre lien de parenté, unie par la simple joie d’être joie d’être ensemble. » (p. 158) Parce que la guerre, même inévitable, peut reculer un instant si on choisit de ne pas y penser pour célébrer la vie, une fête d’anniversaire va être l’occasion de créer des souvenirs précieux, mais aussi d’apprendre à grandir.

2011. Maurice est un vieux monsieur qui a choisi de se taire parce qu’il oublie comment parler. « L’amnésie des mots, c’est moche. » (p. 15) Nathalie, son auxiliaire de vie, aime écouter les vieux messieurs raconter leur histoire et ce n’est pas le caractère bougon de Maurice qui va l’arrêter. « Je l’imaginais snob, il me croyait illettrée. Idéal pour nouer le dialogue. » (p. 26) Pour sortir Maurice de son silence, Nathalie ouvre une discussion en couleurs sur une ardoise blanche. Le vieil homme est conquis et lui met entre les mains le journal de jeune fille de sa sœur, agrémenté de ses propres réponses. D’auxiliaire, Nathalie devient lectrice de vie et elle raconte à Maurice sa propre histoire, celle qui échappe de la mémoire du vieil homme. « Racontez-moi mon enfance, Nathalie. » (p. 41)

Sur deux époques, l’auteur remonte l’Histoire pour créer son histoire. Avec la mémoire de Maurice comme palimpseste dont il soulève délicatement chaque feuille de papier de soie, Charles Dellestable signe un premier roman très réussi. J’ai particulièrement apprécié l’aspect polyphonique et multisupport du texte, comme si une seule voix ne suffisait pas à tout dire. L’histoire est grave, c’est certain : qu’il s’agisse de l’exode de 1940 ou de la mémoire en fuite de Maurice, il est question de naufrage. Mais grave ne veut pas dire pathétique, tout comme nostalgique ne veut pas dire triste. L’auteur évite ces écueils et manie avec grâce un humour acidulé et pétillant comme un bonbon d’antan. J’ai une tendresse toute particulière pour le personnage de Gaby, artiste fantasque qui préfère faire comme si plutôt que faire avec.

Pour ce touchant premier roman, Charles Dellestable a reçu le prix Nouveau Talent de la fondation Bouygues Telecom. J’ai eu la chance d’assister à la remise du prix jeudi matin. Quelle émotion quand l’auteur a reçu le prix et quand il a partagé avec nous une lettre que son héroïne lui a envoyée (si si, je vous promets) ! J’ai demandé à l’auteur de dédicacer ce roman à une personne qui m’est chère et j’espère que ce roman lui plaira autant qu’à moi !

Posté par Lili Galipette à 21:00 - Mon Alexandrie - Lignes d'affrontement [22] - Permalien [#]

Commentaires sur Paradis 05-40

  • Ouh, il faut que je le lise celui-là !

    Posté par Lydia B, 26 mai 2013 à 12:56 | | Répondre
    • Ah oui oui oui !

      Posté par Lili Galipette, 26 mai 2013 à 17:24 | | Répondre
      • Et en plus, l'auteur est très sympathique, ce qui ne gâche rien. Je l'inscris de ce pas sur ma liste de livres à acheter !

        Posté par Lydia B, 26 mai 2013 à 17:32 | | Répondre
        • Sage résolution !!

          Posté par Lili Galipette, 26 mai 2013 à 17:43 | | Répondre
          • Voui ! Voilà, c'est fait ! Mais je vois qu'il n'est pas encore sorti. Les différents sites le mettent au 29 mai. Tu confirmes ? Bon, ceci dit, ce n'est que dans trois jours, pas d'impatience Lydia !

            Posté par Lydia B, 26 mai 2013 à 17:46 | | Répondre
          • J'ai noté une parution pour début juin. Mais tu n'auras pas longtemps à attendre, c'est certain !!

            Posté par Lili Galipette, 26 mai 2013 à 18:11 | | Répondre
          • Oui, le mois de juin n'est pas loin ! Pas comme le soleil... Gniarffff !

            Posté par Lydia B, 26 mai 2013 à 18:32 | | Répondre
        • Bonsoir Lydia,

          Comme c'est délicat de votre part! Merci beaucoup à vous. J'espère que la lecture de "Paradis 05-40" saura vous charmer.
          Vous me témoignez de la confiance quand je ne vous offre qu'une histoire... Encore merci!
          CD

          Posté par CharlesDellestab, 26 mai 2013 à 17:57 | | Répondre
          • Bonsoir Charles,

            Votre roman m'intéresse au plus haut point par son thème et je ne suis jamais déçue lorsque Lili recommande un ouvrage. Et que demander de plus à un auteur que de nous offrir une histoire ? Je suis toujours confiante à la lecture d'un livre. Ne pas faire confiance à un auteur équivaudrait à partir d'un préjugé et fausserait la lecture. Eh bien, je n'ai plus qu'à attendre patiemment sa sortie à présent !

            Merci pour votre gentillesse.

            Lydia

            Posté par Lydia B, 26 mai 2013 à 18:17 | | Répondre
  • Bonsoir Lili Galipette,
    C'est à vous que devrait être remis le Prix de la Critique tant la vôtre est superbement rédigée. Votre plume est sans conteste bien plus riche et élégante que la mienne, il me tarde de découvrir vos propres ouvrages... Je vous remercie infiniment de votre gentillesse et je suis heureux que vous ayez apprécié "Paradis". Donner du plaisir au lecteur est la consécration de toute personne s'adonnant à l'écriture.
    Voyez, devant mon clavier, les mots ne tremblent pas comme dans ma gorge lors de la remise du Prix!
    Avec toute ma gratitude
    Charles Dellestable
    PS : Secret! Gaby est également le personnage auquel je suis tout particulièrement attaché. Parce qu'elle est odieuse et humaine. Si humaine.

    Posté par CharlesDellestab, 26 mai 2013 à 16:42 | | Répondre
    • Quelle joie de vous lire ici ! Je suis la personne qui vous a demandé/suggéré/supplié de publier la lettre que cette chère Nathalie vous a envoyée. Quel sens des mots elle a/vous avez !

      Mes ouvrages dorment pour le moment au fond de mes disques durs, sous des octets de poussière... Affaire à suivre ou haut les cœurs, je ne sais pas bien...

      Gaby est cette peste qu'il est si bon de bousculer parce qu'on sait que c'est ça qui fait vibrer son cœur !

      Merci pour votre commentaire et au plaisir de vous croiser sur Twitter !

      Posté par Lili Galipette, 26 mai 2013 à 17:28 | | Répondre
  • La lettre de Nathalie? Mais mon Dieu, je l'ai donnée, et je serais bien incapable de la rédiger à nouveau!
    Et il en est ainsi avec tout ce que j'écris (dont acte!) : dés que les mots sont couchés sur le papier, ils ne m'appartiennent plus. Ce sont des cartes prêtées que je restitue. Je ne fais que des emprunts au dictionnaire, je n'ai pas le droit de séquestrer les mots. Toutefois, je vais demander une photocopie de cette lettre afin de pouvoir vous la transmettre si tel est votre bon plaisir. Vous me flattez...

    Si Gaby était encore de ce monde, elle secouerait votre micro pour en éjecter vos ouvrages : c'est un scandale de les laisser dormir de la sorte! Osez... Vous avez du talent.

    A très bientôt!
    CD

    Posté par CharlesDellestab, 26 mai 2013 à 17:53 | | Répondre
    • Laissez cette lettre suivre son chemin. J'ai eu la chance de l'entendre une fois, c'était déjà beaucoup !

      Que Gaby ne revienne pas d'outre-tombe me tirer les pieds : un de mes textes attend un verdict dans un concours d'écriture ! Mais merci pour vos encouragements !

      Posté par Lili Galipette, 26 mai 2013 à 18:10 | | Répondre
  • Je dois le recevoir sous peu, hâte de voir ce que ça va donner.

    Posté par Melusine1701, 04 juin 2013 à 20:24 | | Répondre
  • Ça y est, j'ai passé commande !

    Posté par Lydia B, 12 juin 2013 à 11:20 | | Répondre
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