Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

08 juillet 2013

Moll Flanders

Moll_FlandersRoman de Daniel Defoe.

L’argument donné par l’auteur en première page est le meilleur résumé possible.

« Heurs et malheurs de la célèbre Moll Flanders, qui naquit à Newgate, et, pendant une vie continuellement variée qui dura soixante ans, en plus de son enfance, fut douze ans une catin, cinq fois une épouse (dont une fois celle de son propre frère), douze ans une voleuse, huit ans déportée pour ses crimes en Virginie, et enfin devint riche, vécut honnête et mourut pénitente. D’après ses propres mémorandums. » (p. 25)

Voici donc les mémoires repentants de Moll Flanders, très jolie femme que le destin malmène sans cesse. Dès l’ouverture de son récit, la narratrice sait convoquer la pitié du lecteur et démontrer que les malheurs sur sa route ne sont pas de sa responsabilité, ou pas tout à fait. « C’est la demande la plus raisonnable qui soit au monde que ne point vous blâmer pour ce qui n’est point de votre faute. » (p 169) Tout en affirmant sa grande honnêteté et sa grande sincérité, elle bat sa coulpe en expliquant que ses différentes déchéances sont le résultat de faits indépendants de sa volonté.

Moll Flanders est venue au monde dans une situation peu favorable, mais avec des ambitions et une sainte horreur à la perspective d’entrer en service chez les autres. Moll veut devenir une dame de qualité, sans vraiment savoir ce que cela signifie, avoir du bien et se marier à un homme bon et beau. Mais elle est coquette et un brin écervelée. « Quand une jeune personne se trouve belle, elle ne doute jamais de la sincérité d’un homme qui lui dit être amoureux d’elle ; car, si elle se croit assez charmante pour le captiver, il est naturel d’en attendre les effets. » (p. 59) Après s’être fait embobiner par un beau parleur, Moll veut croire qu’elle a gagné en jugeote et elle ne manque pas de parsemer son récit d’habiles conseils à l’attention des représentantes de son sexe.

Le long récit ininterrompu (plus de 500 pages sans chapitre !) fait défiler les années et les maris. Moll Flanders enchaîne les bonnes et les mauvaises fortunes avec une capacité déconcertante à toujours retomber sur ses pattes et à se tirer des pires situations. Elle sait également se débarrasser de ce qui pourrait constituer un frein. Sur les 6 ou 7 enfants (j’ai fini par perdre le compte) qu’elle a de ses différents maris, elle n’en garde qu’un auprès d’elle, les autres étant disséminés entre l’Angleterre et la Virginie. Ce n’est pas l’instinct maternel qui l’étouffe, c’est certain !

J’ai lu ce roman d’un œil sans cesse goguenard et méprisant et n’ai éprouvé aucun attachement pour cette femme fort habile à tirer parti des pires situations en clamant ses grands dieux qu’on ne l’y reprendra plus ou qu’elle est une femme de qualité. Tout le talent de Daniel Defoe est d’écrire l’histoire d’une fille perdue en appelant à la pitié de ses lecteurs tout en faisant de son mieux pour que cette pitié ne s’enracine jamais. Dans le genre « malheur d’une jeune fille pure et pauvre », j’ai largement préféré Tess d’Urberville de Thomas Hardy, plus sombre, moins pontifiant et dont le nombre réduit de péripéties rend l’intrigue plus crédible. J’ai vu que Moll Flanders avait fait l’objet de plusieurs films. Peut-être en chercherais-je un pour voir comment cette histoire passe à l’écran, pas tout de suite. J’ai ma dose de Moll Flanders pour un moment !

Posté par Lili Galipette à 06:00 - Mon Alexandrie - Lignes d'affrontement [11] - Permalien [#]

Commentaires sur Moll Flanders

  • Je n'ai pas aimé non plus mais pour d'autres raisons. Disons que j'ai détesté le style et que je n'ai ressenti aucune sympathie pour la petite dame. En revanche, j'ai trouvé que c'était intéressant sur les conditions de vie des femmes, ou d'une grande partie d'entre elles, au XVIIIe siècle. Condamnée à trouver un mari, un mari avec de l'argent, et pour cela, mettre en oeuvre des stratégies compliquées. Ça a en dit long aussi sur la soi-disant famille traditionnelle où il n'y a que des familles recomposées. Quant à l'aspect pontifiant, je lui avais trouvé pas mal d'ironie. Bien sûr, le roman complique tout et emberlificote à souhait, mais voilà, voilà...

    Posté par nathalie, 08 juillet 2013 à 08:08 | | Répondre
  • 500 pages sans chapitres ??? Ho non !! Et puis la repentance tardive d'une écervelée, non merci, ce n'est pas la compassion qui m'étouffe en ce moment !!!

    Posté par Asphodèle, 08 juillet 2013 à 10:23 | | Répondre
    • Ce n'est pas une écervelée, loin de là ! Mais elle n'est pas des plus sympathiques !

      Posté par Lili Galipette, 08 juillet 2013 à 14:24 | | Répondre
  • Ma PAL te remercie !

    Posté par Lydia B, 08 juillet 2013 à 11:54 | | Répondre
  • Belle critique. Je vous lis souvent sur Babelio. Je n'ai pas beaucoup aimé ce livre non plus. Je l'ai trouvé un peu long, je me suis ennuyée parfois pendant ma lecture, sans doute parce que je ne ressentais aucune empathie pour l'héroïne du livre. J'ai lu Tess d'Urberville, il y a très longtemps, mais j'en garde un bon souvenir, et là Tess qui était une véritable victime avait eu droit à toute ma compassion et ma sympathie.

    Posté par araucaria, 26 juillet 2013 à 18:38 | | Répondre
    • Même réaction pour moi, j'ai largement préféré Tess !

      Posté par Lili Galipette, 26 juillet 2013 à 18:45 | | Répondre
  • Je l'ai lu dans sa version originale, et je n'ai pas eu la même impression. Et puis je sortais tout juste de Manon Lescaut, alors j'ai préféré cette femme-là à la pauvre Manon.

    Posté par Nathalie, 23 septembre 2013 à 17:21 | | Répondre
    • Oui, à tout prendre, je la préfère aussi !

      Posté par Lili Galipette, 23 septembre 2013 à 18:04 | | Répondre
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