Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

22 juillet 2013

Les oiseaux se cachent pour mourir

Roman de Colleen McCullough.

Oiseaux_se_cachent_pour_mourir_1Tome 1

Meggie Cleary est l’unique fille d’une nombreuse fratrie. Ses parents, Padraic et Fiona, mènent une vie laborieuse et économe en Nouvelle-Zélande. La famille est unie, mais les démonstrations ne sont pas fréquentes et Meggie grandit avec un besoin de tendresse inassouvi. Alors qu’elle a 10 ans, toute sa famille embarque pour l’Australie où Padraic a obtenu le poste de régisseur de l’immense domaine de Drogheda, propriété de sa sœur, Marie Carson, veuve aux desseins impénétrables. Sur ces terres inconnues, Meggie se prend immédiatement d’affection pour le père Ralph de Bricassard, jeune ecclésiastique ambitieux d’une grande beauté. « Étrange, le nombre de prêtres beaux comme des adonis, doués du magnétisme sexuel d’un Don Juan. Embrassaient-ils le célibat en tant que refuge, pour échapper aux conséquences ? » (p. 83) Le lien qui se développe entre le prêtre et l’enfant est fait d’attirance et de fascination. Malgré leur différence d’âge, Meggie et Ralph sont des âmes sœurs. Mais Marie Carson voit d’un mauvais œil ce rapprochement pour celui qu’elle considère comme son protégé et son testament met le prêtre face à un dilemme : obtenir enfin son passeport pour les hautes sphères du pouvoir catholique ou sacrifier ses ambitions au profit de Meggie. « Meggie, je t’aime. Je t’aimerai toujours. Mais je suis prêtre, je ne peux pas… je ne peux tout simplement pas ! » (p. 311)

Ralph fera son choix et Meggie, ne pouvant obtenir l’homme qu’elle aime, se résoudra à vivre la vie de femme dont elle rêve, avec un foyer et des enfants. « Pas de révolte chez Meggie, au contraire. Toute sa vie, elle obéirait, évoluerait à l’intérieur de son destin de femelle. » (p. 131) Pour assouvir son désir de maternité, Meggie épouse Luke O’Neill, un ouvrier du domaine qui ressemble beaucoup à Ralph. Hélas, le mariage est loin de combler la jeune épousée. « Elle n’avait pas d’identité propre pour lui ; elle n’était qu’un instrument. » (p. 385) Les aspirations romanesques et domestiques de Meggie volent en éclats, loin de Drogheda.

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Oiseaux_se_cachent_pour_mourir_2Tome 2

« C’est pour l’Église que je l’ai abandonnée, que je l’abandonnerai toujours. Je suis allé si loin au-delà d’elle qu’aucun retour n’est possible. » (p. 12) Entre Ralph et Meggie, la rupture et l’éloignement sont consommés. Ralph devient évêque, puis cardinal et il est un élément essentiel de la diplomatie vaticane pendant la Seconde Guerre mondiale. En Australie, dans le Queensland du Nord, Meggie attend le retour de son époux qui ne pense qu’à couper la canne à sucre et ne fait montre d’aucun désir de s’installer avec son épouse dans une maison bien à eux. Épuisée par une grossesse difficile, Meggie part se reposer pendant deux mois sur l’île de Matlock. C’est sur ce morceau de terre isolé que Meggie et Ralph font enfin céder à la tentation qui les tenaille depuis des années. Après cette unique étreinte, Meggie quitte son époux et revient à Drogheda pour aider sa mère et ses frères à gérer le domaine. Ce sont désormais ses enfants, Justine et Dane, dont on suit le destin. Malheureusement pour Meggie, ce qu’elle a détourné de Dieu lui sera repris au centuple.

Pour Ralph, la faute est longue à admettre et lui-même met longtemps à se pardonner. « Je sais que vous êtes prêtre, très imbu de votre état de prêtre, très conscient de votre soif d’absolu. Il est possible que vous ayez eu besoin de la leçon en question pour rabaisser votre orgueil, vous faire comprendre que vous êtes avant tout un homme et, en conséquence, pas aussi pétri d’absolu que vous le pensiez. » (p. 107) S’il incarne un modèle de prêtre pour son entourage, l’homme reste torturé par son amour pour Meggie. Prêtre et homme dans un seul corps et dans un seul esprit, sa dernière épreuve sera une révélation fracassante.  « Je crois que Ralph de Bricassart était l’un des hommes les plus tourmentés qu’il m’ait jamais été donné de connaître. Dans la mort, il trouvera la paix qu’il a vainement cherchée sur terre. » (p. 369)

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Vous aimez les amours impossibles et les histoires qui se déploient sur plusieurs décennies ? Vous êtes en vacances et vous cherchez une lecture facile et passionnante ? Vous êtes une fille au cœur de midinette et vous chouinez facilement ? Les oiseaux se cachent pour mourir est fait pour vous ! Ne vous laissez pas avoir par mon apparent sarcasme : j’ai passé un excellent moment avec ce roman que j’ai dévoré en quatre jours (même si je ne suis pas en vacances…) et qui m’a rappelé qu’il fait chaud ailleurs qu’à Paris ! Quel plaisir de suivre Ralph et Meggie des années 1920 aux années 1960, de l’Australie à l’Europe et pendant tous les évènements de ce siècle. L’auteure développe une certaine critique de la religion catholique et du célibat des prêtres, mais elle laisse libre cours à ses fantasmes amoureux. Sans être renversante, la plume est efficace et l’intrigue se déploie avec aisance. Seul bémol : le nombre ahurissant de coquilles dans mon édition. Certes, il s’agit d’une édition de poche, mais voir le nom d’un des héros écrit de trois façons différentes, c’est agaçant !

Posté par Lili Galipette à 08:40 - Mon Alexandrie - Lignes d'affrontement [22] - Permalien [#]

Commentaires sur Les oiseaux se cachent pour mourir

  • J'ai adoré aussi! Le personnage du père Ralph est très touchant!

    Posté par Melusine1701, 22 juillet 2013 à 09:04 | | Répondre
    • Oui, beaucoup plus que celui de Meggie qui mériterait parfois un bon coup de pied aux fesses !

      Posté par Lili Galipette, 22 juillet 2013 à 09:07 | | Répondre
      • Bonsoir ah non je ne suis pas d'accord je trouve que le père Ralph dans le roman surtout est fourbe menteur et dissimule ses amibtions quand Meggie grandit.il est attachant quand elle est petite mais froid et impossible a cerner plus tard un mec comme ca je serais pas aussi tendre que meggie je lui aurais donné des coups de pied au cul!Jusqu'a l'ile de matlock Ralph est froid ,prétentieux ensuite il vieillit mieux perd de sa superbe et se montre plus humain et tant mieux!!

        Posté par seve072, 16 juin 2018 à 02:02 | | Répondre
  • Bon, tu connais mes goûts je crois en matière de romans d'amour... En plus, ma mère ne ratait JAMAIS le feuilleton lorsqu'il passait pour la "deux cent quarante douzième" fois à la télé... Argggh !

    Posté par Lydia B, 22 juillet 2013 à 09:12 | | Répondre
    • Il faut justement que je vois ce film pour comparer avec le livre. Je ne voulais pas faire l'inverse parce que je n'aime pas l'acteur et je ne voulais pas le voir en surimpression pendant ma lecture.

      Posté par Lili Galipette, 22 juillet 2013 à 09:23 | | Répondre
      • Tu n'es pas obligée tu sais !

        Posté par Lydia B, 22 juillet 2013 à 09:40 | | Répondre
      • moi non plus je n'aime pas cet acteur, mais le feuilleton est magnifique je ne sais plus le nombre de fois où j'ai pleuré quand meggie et ralph se séparent sur l'île! c'est une histoire très romantique mais je n'aurai pas aimé vivre ce qu'elle a vécu elle en a souffert toute sa vie. Quant à l'acteur richard chamberlain, homosexuel de surcroit il a du avoir un peu de mal à tourner certaines scènes, hi, hi! Rachel Ward est trop belle et elle a épousé dans la vraie vie celui qui joue le rôle de son mari dans la série.

        Posté par géraldine, 03 septembre 2017 à 07:51 | | Répondre
        • Le roman est bon très bon mais heureusement que le Ralph du film est nettement plus avenant et sympa que le ralph du livre qui est froid,dur et méchant avec meggie quand elle devient jeune femme la repoussant sans cesse dans ses ardeurs,jouant avec elle au jeu du chat et de la souris,la laissant malheureuse pff! Dans le roman je le trouve infect plus que dans la série ou il est séduisant et ou j'ai pitiié pour lui mais pas dans le roman désolée.;Meggie est tout aussi attachante par contre dans la série et le roman ou elle est fragile et forte..et frank est très bien dans le roman aussi par contre les Cleary fiona,paddy et les enfants sont roux excepté Frank.Meme meggie est rousse mais blond vénitien aux yeux gris,ca doit être magnifique en vrai..

          Posté par seve072, 16 juin 2018 à 02:05 | | Répondre
        • Moi non plus géraldine c'est pas enviable attendre après un curé qui se moque d'elle et se pamer d'amour pour lui voire se mourir d'amour.Elle gache sa vie a quelquepart dans le livre mais bon elle fait comme sa mère malheureusement et la ou c'"est intéressant cette histoire c'est aussi dans la filiation et la reproduction car tant que les secrets sont tus les enfants répétent souvent le vécu parental.j'aime bien ce rapport mère fille conflictuel et finalement on s'apercoit que meggie et sa mère sont scellées par le même destin sauf a la fin..

          Posté par seve072, 16 juin 2018 à 02:08 | | Répondre
  • Ha la la , toute ma jeunesse ce roman et le film aussi !!! Mais je ne pense pas le relire non plus !!! Je reste sur des bonnes impressions (de midinette bien sûr^^) !

    Posté par Asphodèle, 22 juillet 2013 à 09:20 | | Répondre
    • Il n'y a rien de mal à avoir des impressions de midinette !

      Posté par Lili Galipette, 22 juillet 2013 à 09:23 | | Répondre
  • Maintenant il ne te reste plus qu'à voir le téléfilm qui en a été tiré.
    Mes parents me l'ont fait découvrir quand j'étais jeune, j'ai lu le livre dans la foulée et j'avais bien aimé.
    Colleen McCullough a tendance à écrire ce genre de saga pour avoir lu d'autres livres de cette auteur (mais pas que, son premier livre "Tim" est touchant).

    Posté par MissG, 22 juillet 2013 à 10:28 | | Répondre
    • De cette auteure, j'avais beaucoup aimé "L'espoir est une terre lointaine". Un roman sur les colons anglais, en fait des prisonniers et des prostituées envoyés en Australie. Passionnant !

      Posté par Lili Galipette, 22 juillet 2013 à 10:33 | | Répondre
  • j'avais adoré le livre dans mes années de jeunesse ainsi que la série... je ne sais pas ce que j'en penserais aujourd'hui...

    Posté par lectureetcie, 22 juillet 2013 à 22:18 | | Répondre
  • Oh la la ! Je l'ai lu quand j'étais ado, j'étais tombée amoureuse de Ralph de Bricassard... Ma mère planquait le livre dans sa table de nuit : je crois qu'elle était amoureuse elle aussi !!! :p

    Posté par Miss Alfie, 25 juillet 2013 à 11:42 | | Répondre
    • Hihihi, trop marrant ! Le personnage de Ralph m'a immédiatement tapé sur les nerfs : il est beaucoup trop orgueilleux ! Celui de Meg ne m'a pas forcément été plus sympathique, cela dit...
      Mais j'ai aimé ce roman ! Et puis, on y parle aussi de lapins ! OK, en mal, mais bon, on en parle !

      Posté par Lili Galipette, 25 juillet 2013 à 12:19 | | Répondre
      • Ah ouf lol enfin une qui déteste ralph je me sens moins seule.Hihi dans le roman que j'avais lu une première fois a 18 ans je l'avais trouvé romanesque beau mais plus tard en revoyant la série et relu le livre j'ai eu envie de lui foutre des baffes!quel orgueil en effet,il aime que lui dans le fond pas Meggie mais son ambition et la pauvre femme ne vivra que pour lui mais je la trouve bien plus attachante que lui et simple sauf avec justine..

        Posté par seve072, 16 juin 2018 à 02:11 | | Répondre
    • toutes les femmes à de rares exceptions étaient folles amoureuses du père Ralph !!!!

      Posté par isa, 18 septembre 2019 à 17:42 | | Répondre
  • Ho lala souvenirs d'adolescente .... je lisais ça avec ma grand mère !!! merci de me rappeler ces bons moments !

    Posté par manika, 23 août 2013 à 15:20 | | Répondre
  • Avec plaisir !

    Posté par Lili Galipette, 23 août 2013 à 15:21 | | Répondre
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