Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

14 août 2013

À la recherche du temps perdu - Tome 1 : Du côté de chez Swann - Première partie : Combray

Proust_Du_cote_de_chez_SwannRoman de Marcel Proust.

« Longtemps, je me suis couché de bonne heure. » (p. 1) Le narrateur adulte évoque ses souvenirs d’enfance, notamment les vacances à Combray dans la maison du grand-père. L’homme se souvient du rituel du coucher qui lui était nécessaire pour trouver le sommeil, à savoir l’ultime baiser d’une mère adorée. Hélas, ce besoin infantile est mal perçu par les parents, jusqu’au soir où l’absence de baiser bouleverse tellement l’enfant que son père se montre moins sévère. « Ainsi, pour la première fois, ma tristesse n’était plus considérée comme une faute punissable mais comme un mal involontaire qu’on venait de reconnaître officiellement, comme un état nerveux dont je n’étais pas responsable. » (p. 46) Le narrateur se remémore ainsi toutes les chambres où il a dormi, mais également les visites de M. Swann, les premiers émois sensuels et la rencontre décisive avec la jeune Gilberte. On ressent tout l’attachement de l’enfant à un lieu aimé et la nostalgie douce-amère de l’adulte qui revient sur les places de son passé. « Aussi le côté de Méséglise et le côté de Guermantes restent-ils pour moi liés à bien des petits évènements de celle de toutes les diverses vies que nous menons parallèlement, qui est la vie intellectuelle. » (p. 237)

Au fil des pages, le narrateur énonce une lente et majestueuse réflexion sur le souvenir et la mémoire. « Il en est ainsi de notre passé. C’est peine perdue que nous cherchions à l’évoquer, tous les efforts de notre intelligence sont inutiles. » (p. 54) C’est ainsi qu’intervient la fameuse madeleine, symbole des délices perdues et du temps assassin qui ampute plus qu’il ne comble. Le narrateur initie également une réflexion sur la lecture, l’interprétation que chacun fait d’un texte et l’influence des écrits sur les personnalités et les sensibilités. Il est également question du désir d’écrire du narrateur et de ses hésitations de jeune homme. « Combien depuis ce jour, dans mes promenades du côté de Guermantes, il me parut plus affligeant encore qu’auparavant de n’avoir pas de dispositions pour les lettres, et de devoir renoncer à être jamais un écrivain célèbre. » (p. 230)

Avec ce roman de Marcel Proust, je signe ma première lecture numérique, grâce à ma belle tablette. Mais je ne pense pas renouveler l’expérience très souvent. Je reconnais la facilité de lecture et l’avantage d’avoir les mains libres pour lire, mais il me manque l’objet livre avec son poids et son caractère inimitable. Quant à Proust, je ne suis pas certaine de poursuivre ma découverte de ses écrits. Pour le moment, je ne termine pas Du côté de chez Swann et je doute d’avoir réellement envie de lire toute La recherche du temps perdu. La plume de Proust est belle, très noble et travaillée, mais il y a quelque chose chez cet auteur qui, étrangement, me rappelle Rousseau en ce qu’il a de plus insupportable, les jérémiades et les gémissements autocentrés. Mais je suis très fière d’avoir enfin vaincu ce monument qu’est Proust : mon cinquième essai est le bon, j’ai tenu 200 pages et j’ai lu une partie en entier !

Posté par Lili Galipette à 07:00 - Ma Réserve - Lignes d'affrontement [16] - Permalien [#]

Commentaires sur À la recherche du temps perdu - Tome 1 : Du côté de chez Swann - Première partie : Combray

  • Mais pourquoi tu n'aimes pas les bouquins que j'aime ????? J'aime beaucoup Combray, cette évocation de l'enfance et des heures passées à lire, c'est peut-être ma partie préférée de La Recherche. Mais la partie suivante (Un amour de Swann) peut être lue de façon indépendante (ou presque) et commence à entrer pleinement dans les mouvements de la mémoire et d'aller et retour dans le temps. Enfin, tu as le temps de t'y mettre...

    Posté par nathalie, 14 août 2013 à 08:22 | | Répondre
    • Ce n'est pas que je n'ai pas aimé, mais je m'y suis un peu ennuyée...

      Posté par Lili Galipette, 14 août 2013 à 08:32 | | Répondre
  • Il faudrait que je lise ce livre, mais je ne me décide jamais. Pour la tablette, c'est super pratique de lire les pavés bien lourd. C'est vrai qu'on n'a pas l'objet-livre, mais pour certains romans, on sait que ça n'est pas bien grave

    Posté par Estellecalim, 14 août 2013 à 11:07 | | Répondre
    • Et l'essentiel, c'est le texte, pas le support !!

      Posté par Lili Galipette, 14 août 2013 à 11:51 | | Répondre
  • Tu as déjà du mérite de t'y être remise (ou mise tout court), je l'ai racheté, j'ai commencé mais je n'y arrive pas et pourtant j'avais aimé plus jeune, comme quoi ! Il est "autocentré" mais parle de choses universelles, ou qui touchent un peu tout le monde... Il faut juste se familiariser avec le style, les phrases de deux kilomètres, les lenteurs de la vie provinciale, etc !!! Bref c'est Proust !!!

    Posté par Asphodèle, 14 août 2013 à 14:44 | | Répondre
  • Je refusais de rester sur un échec ! Maintenant que j'ai le sentiment du devoir accompli, je serai peut-être plus sereine pour aborder le bonhomme.

    Posté par Lili Galipette, 14 août 2013 à 19:13 | | Répondre
  • ça fait longtemps que je souhaite m'attaquer à Proust mais là, je n'ai pas très envie de m'y mettre après la lecture de ton article

    Posté par Métaphore, 15 août 2013 à 00:04 | | Répondre
    • Comme toujours, mes articles sont des avis personnels, il ne faut pas trop s'y fier !

      Posté par Lili Galipette, 15 août 2013 à 07:21 | | Répondre
  • Lire Proust représente mon défi perso de cet été! Et une Lecture commune avec ma fille de "A l'ombre des jeunes filles en fleurs". Je viens de terminer "Du côté de chez Swann" (en presque deux semaines de lecture quotidienne quand même!!!) et même si certains passages m'ont ennuyée, au final j'ai envie de poursuivre avec ma fille (qui, elle, adore Proust). Juste pour me dire que j'=e l'ai lu aussi!
    Bonne journée, Lili Galipette!

    Posté par Martine, 15 août 2013 à 10:32 | | Répondre
    • Bonne idée ce défi mère-fille !! Bonnes lectures et bonne journée fériée Martine.

      Posté par Lili Galipette, 15 août 2013 à 10:37 | | Répondre
  • J'ai eu le meme souci que toi, j'ai sur ma table de chevet un amour de Swann mais je passe mon temps a delaisser la lecture. Je te conseilles Le quatuor d'Alexandrie de Lawrence Durell, considere comme un chef-d'oeuvre du XXeme siecle, c'est inspire de Proust mais c'est mieux et c'est une lecture qui m'a transporte. J'en parle ici ou je prensente un peu l'auteur:

    http://artdelire.wordpress.com/2013/07/18/bilan-lectures-du-mois-de-juillet/

    et ici ou je parle des deux premiers volumes de l'oeuvre

    http://artdelire.wordpress.com/2013/08/09/le-quatuor-dalexandrie-justine-et-balthazar/

    Peut-etre que cela aiguisera ta curiosite... Bonnes lectures et bonnes vacances!

    Posté par Missycornish, 21 août 2013 à 22:17 | | Répondre
  • Merci pour le conseil, j'en prends bonne note !

    Posté par Lili Galipette, 21 août 2013 à 22:59 | | Répondre
  • Pfffiou... Proust et moi, ce n'est pas le grand amour ! Je m'ennuie à chaque fois que je tente de le lire...

    Posté par Lydia B, 23 août 2013 à 15:25 | | Répondre
  • Si Proust t'ennuie, je me sens moins nulle !

    Posté par Lili Galipette, 23 août 2013 à 15:52 | | Répondre
    • Il n'y a que la BD qui a trouvé grâce à mes yeux. Un jour, peut-être, je retenterai...

      Posté par Lydia B, 23 août 2013 à 16:09 | | Répondre
      • J'avais vu passer la BD chez toi. Pour le moment, je m'en tiens là.

        Posté par Lili Galipette, 23 août 2013 à 16:45 | | Répondre
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