Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

30 août 2013

Trilogie new-yorkaise

Auster_Trilogie_newyorkaiseRomans de Paul Auster.

Cité de verre

Quinn est un auteur de polar de 35 ans, solitaire et sans ambition. Il écrit sous le pseudonyme de William Wilson et met en scène les aventures de Max Work. «  Alors que William Wilson restait pour lui un être abstrait, Work était devenu de plus en plus vivant. Dans cette trinité que formait désormais Quinn, Wilson avait un peu la fonction de ventriloque, Quinn servait de marionnette et Work était la voix pleine de vie qui donnait un but à l’entreprise. Même si Wilson n’était qu’une illusion, il justifiait l’existence des deux autres. Même s’il n’était pas réel, il constituait le pont grâce auquel Quinn accédait de lui-même à Work. Et, petit à petit, Work était devenu une présence dans la vie de Quinn, son frère intérieur, son camarade de solitude. » (p. 19) Un soir, Quinn reçoit un appel d’un homme qui demande à parler au détective Paul Auster. Sans trop savoir pourquoi, Quinn prétend être cet homme et va rencontrer Peter Stillman qui craint pour sa vie et souhaite être protégé. S’ensuit alors une étrange enquête qui mène Quinn sur les traces du langage, de sa création et de son évolution, à la suite de Stillman père qui se croit investi de la mission de sauver le monde par les mots. « Voyez-vous, le monde est en fragments, monsieur. Et c’est à moi que revient la tâche de recoller les morceaux. » (p. 112)

Revenants

« L’affaire semble relativement simple. Blanc voudrait que Bleu file un dénommé Noir, qu’il le tienne à l’œil aussi longtemps qu’il le faudra. » (p. 189) Alors, pendant des mois, Bleu surveille Noir qui habite l’appartement en face du sien. Cette surveillance est vaine et ennuyeuse, car Noir ne fait que lire et écrire. Comme Bleu. « Car en épiant Noir de l’autre côté de la rue, c’est comme si Bleu regardait dans un miroir, et au lieu de simplement observer quelqu’un d’autre, il découvre qu’il s’observe aussi lui-même. » (p. 201) Mais allez savoir, peut-être que cette mission de surveillance est vitale… « Il a besoin de mes yeux braqués sur lui. Il a besoin de moi pour prouver qu’il est en vie ! » (p. 251)

La chambre dérobée

Fanshawe a disparu. Un de ses amis, le narrateur, rencontre son épouse et son jeune fils. Sa mission est d’évaluer si les écrits de Fanshawe sont assez bons pour être publiés. Il paraît rapidement évident que les textes de Fanshawe sont des chefs-d’œuvre et ils confèrent à l’auteur introuvable une renommée mondiale. Pendant ce temps, le narrateur et l’épouse esseulée sont tombés amoureux. « Mais qui ne saisirait pas à bras-le-corps la chance de se racheter – quel est l’homme qui est assez fort pour rejeter la possibilité d’espérer ? » (p. 285) Hélas, l’ombre de Fanshawe plane sur le couple et le nouveau mari, dans la crainte de perdre ce qu’il pensait ne jamais obtenir, ourdit des plans terribles. Car la chambre dérobée, c’est la chambre conjugale de Fanshawe, mais également sa place sociale.

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« En fait, l’écrivain et le détective sont interchangeables. » (p. 22) En effet, l’un comme l’autre cherche des réponses ou un sens aux choses. Dans ses trois romans, Paul Auster s’attache à dépeindre le naufrage du sens et l’incompréhension du monde qui va jusqu’à l’errance et la disparition. Tout cela est dû à une mise en échec du langage qui devient peu à peu impropre à qualifier ce qu’il désigne. Cette évolution négative du langage va de pair avec l’instabilité des identités. S’il semble au premier abord que le changement de nom confère une liberté infinie, il apparaît finalement que la mouvance des identités emprisonne le personnage dans tout ce qui n’est pas lui en l’empêchant d’y avoir accès, si jamais il en était capable. Cette trilogie romanesque met à l’honneur New York, ville labyrinthique par excellence et nouvelle Babel avec des milliers de tours à abattre qui sont autant de preuves de l’orgueil des hommes. Vous sentez-vous étouffé par ces gigantesques parois de verre qui laissent passer si peu de choses ? C’est normal. L’asphyxie du sens se répand à toute chose et la ville devient le cercueil de ceux qui ne savent plus où se regarder pour se trouver.

Cette trilogie offre de nombreux niveaux de compréhension et regorge de références littéraires. En outre, les incessants renvois d’un roman à un autre tissent un plan complexe entre les trois textes et il faut bien plus qu’une boussole pour y trouver son chemin. Je suis tout à fait ravie de cette relecture qui me permet d’apprécier une nouvelle fois ces trois romans et de tenter d’en percer les mystères.

Posté par Lili Galipette à 06:00 - Mon Alexandrie - Lignes d'affrontement [3] - Permalien [#]

Commentaires sur Trilogie new-yorkaise

  • Encore un bouquin qui prend la poussière sur mes étagères !

    Posté par Lydia B, 31 août 2013 à 16:12 | | Répondre
    • Sors ton plumeau, ou sors le de là !!

      Posté par Lili Galipette, 31 août 2013 à 16:13 | | Répondre
      • Avec tout ce que j'ai à lire, je pense que je vais d'abord sortir le plumeau !!!

        Posté par Lydia B, 31 août 2013 à 16:17 | | Répondre
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