Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

02 décembre 2013

Les locataires de l'été

Simmons_Locataires de leteRoman de Charles Simmons.

« C’est pendant l’été de 1968 que je tombai amoureux et que mon père se noya. » (p. 13) Cette phrase liminaire annonce un double drame et il est presque difficile de savoir lequel des deux est le plus violent tant la narration menée a posteriori par Michael brasse tous les sentiments et soulève des interrogations qui sont restées sans réponse pendant de nombreuses années.

Michael et ses parents passent l’été dans leur maison de Cap Bone. Les journées sont consacrées à la nage, aux promenades avec le chien et au voilier. Jusqu’au jour où Michael rencontre Zina : avec sa mère, elle loue le pavillon derrière la grande maison. Michael a 15 ans, Zina en a 20. Pour le premier, c’est l’amour immédiat. Mais la seconde a d’autres choses et d’autres personnes en tête. Michael est un adolescent tendre et inexpérimenté, encore sur le chemin qui vient de l’enfance. « Je tenais à ce que tous ceux que j’aimais fussent proche : ma mère mon père, Zina et Blackheart. » (p. 73)

Hélas, rien ne se passe comme Michael le souhaite. Zina, bien que très affectueuse, ne répond pas à son amour. Par ailleurs, son père dont il était si proche s’éloigne et passe beaucoup de temps en ville. Michael découvre la jalousie en même temps que l’amour. « Il est toujours une illusion. L’être aimé ne se montre pas à la hauteur de l’attente de l’autre, et quand l’amour persiste par-delà la déception, il devient de surcroît une prison. » (p. 107)

Les locataires de l’été, ce sont Zina et sa mère, mais finalement, ce sont tous les personnages qui ne font que passer à la belle saison et qui partiront, sans exception, laissant l’été vide et épuisé. Cette saison est celle du passage et du changement : plus rien n’est identique désormais et les illusions ont fait long feu. Le titre original du roman est Salt Water : comme souvent, il me plaît davantage que celui choisi par le traducteur ou la maison d’édition. L’eau salée, c’est la mer, l’eau amère, celle qu’on avale quand on boit la tasse et celle qu’on pleure. Ce titre simple et équivoque colle vraiment mieux au roman et contient en germe tous les drames de l’intrigue. Mais c’est un détail, car j’ai beaucoup aimé ce court roman au style décisif et précis qui illustre à merveille combien l’été, saison dolente par excellence, peut recéler de violence et trouble.

Posté par Lili Galipette à 10:30 - Mon Alexandrie - Lignes d'affrontement [10] - Permalien [#]
Tags :

Commentaires sur Les locataires de l'été

  • Je le note !

    Posté par Lydia B, 02 décembre 2013 à 10:48 | | Répondre
  • Un beau billet encore une fois ! Non non tu ne me tenteras pas !!! J'essaie les !!!mantras quand j'arrive chez toi mais c'est impossible à tenir, je note !!! Pour 2017 !

    Posté par Asphodèle, 02 décembre 2013 à 10:51 | | Répondre
    • Je ne veux tenter personne, moi !!! (Sourire angélique !)

      Posté par Lili Galipette, 02 décembre 2013 à 12:53 | | Répondre
  • Tomber amoureux est-il vraiment un drame ?

    Posté par missbouquin, 02 décembre 2013 à 20:11 | | Répondre
  • La phrase liminaire, prononcée par le narrateur, laisse supposer que oui.

    Posté par Lili Galipette, 02 décembre 2013 à 20:35 | | Répondre
  • Ça me tente bien , je note !!

    Posté par Bene31, 05 décembre 2013 à 10:29 | | Répondre
  • Merci pour la découverte. Ça pourrait me plaire, donc je le note

    Posté par Phebusa, 12 décembre 2013 à 16:01 | | Répondre
Nouveau commentaire