Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

14 janvier 2014

Le peintre d'éventail

Haddad_Peintre deventailRoman d’Hubert Haddad.

Xu Hi-Han raconte l’histoire de Matabei Reien, son ancien maître qui l’a initié à la peinture d’éventail. « On garde si peu d’une mémoire d’homme. À peine un signe en terre. Quelques images et de rares paroles au meilleur des cas. Moins que son poids de cendre après la crémation. » (p. 18) Dans la pension de dame Hison, le jeune Matabei a fui le traumatisme d’un séisme et cherche la paix dans une contrée reculée. Alors que le traumatisme de la guerre et l’horreur de la bombe sont encore dans toutes les mémoires, les hommes doivent réapprendre à vivre et à contempler la beauté des choses. Matabei découvre la peinture d’éventail auprès du vieux Osaki Tanako. « Peindre un éventail, n’était-ce pas ramener sagement l’art à du vent ? »  (p. 44) Matabei apprend également à tenir un jardin pour en faire un art vivant, incarnation de la beauté naturelle. « Le spectacle changeant du jardin accompagnait le regard en se jouant des mouvements naturels de l’œil par à-coups et balayages, ce qui l’égarait dans sa quête d’unité par une manière d’attachement continu ourdi de surprises et de distractions. » (p. 78) Hélas, la sérénité du vieux Matabei est troublée par l’arrivée de la jeune et belle Enjo. Alors que survient un second cataclysme, Matabei appréhende la fragilité de la vie. « Quelle force obstinée vous restitue au monde, après l’apocalypse. » (p. 142)

Constitué de chapitres courts et ciselés, ce superbe roman d’Hubert Haddad tente de percer le mystère de la beauté, notamment celle du paysage qui est mise en abîme dans les éventails. Séisme après séisme, la nature se révèle aussi belle que capricieuse, toujours prête à se réinventer au détriment des vies humaines. Les haïkus et les jardins sont deux arts nippons qui se répondent et se complètent : dans ce roman, ils chantent la grâce et la légèreté de la beauté, ainsi que son évanescence et sa terrible impermanence.

Lecture dans le cadre du Prix Océans 2014.

Posté par Lili Galipette à 08:00 - Mon Alexandrie - Lignes d'affrontement [12] - Permalien [#]
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Commentaires sur Le peintre d'éventail

    Ça a l'air très poétique, non ?

    Posté par Lydia B, 14 janvier 2014 à 14:17 | | Répondre
    • Beaucoup. Par certains aspects, ce livre m'a fait penser à "Pietra viva".

      Posté par Lili Galipette, 14 janvier 2014 à 18:12 | | Répondre
      • Mais quelle vilaine tentatrice !!!! (Oui, je le répète !)

        Posté par Lydia B, 14 janvier 2014 à 18:25 | | Répondre
  • Pas mon style dans l'absolu, mais quelle belle langue...

    Posté par Miss Alfie, 15 janvier 2014 à 15:55 | | Répondre
    • Idem, je n'en ferai pas mon pain quotidien, mais c'est une parenthèse sublime.

      Posté par Lili Galipette, 15 janvier 2014 à 18:06 | | Répondre
  • Je le veux celui-ci, depuis le temps ! Et ton billet est magnifique : "l'impermanence de la beauté", ha ne m'en parlez pas !!!

    Posté par Asphodèle, 15 janvier 2014 à 19:18 | | Répondre
    • Je ne suis pas contente de ce billet, mais merci !!

      Posté par Lili Galipette, 15 janvier 2014 à 20:41 | | Répondre
      • Rhôôôô ! Mais enfin, il est très très bien ce billet ! Jamais contente !

        Posté par Lydia B, 15 janvier 2014 à 20:43 | | Répondre
        • Il est loin de transcrire mon ressenti au complet !

          Posté par Lili Galipette, 15 janvier 2014 à 20:47 | | Répondre
          • Je connais ça ! Il m'arrive de penser la nuit à la critique que je pourrais faire lorsqu'un livre m'a vraiment plu. Et puis, au moment de l'écrire, pffffiout... ça me paraît vide, creux...

            Posté par Lydia B, 15 janvier 2014 à 20:50 | | Répondre
  • Ce roman, j'ai eu parfois du mal à le lire et pourtant, j'en garde un souvenir émerveillé. Assez bluffant.

    Posté par Melusine1701, 19 janvier 2014 à 19:23 | | Répondre
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