Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

24 février 2014

Le train

Simenon_TrainRoman de Georges Simenon.

Marcel est un homme ordinaire qui mène une vie simple, mais confortable avec sa femme Jeanne et sa fille Sophie. Tout change quand les Allemands arrivent en Belgique. « Cette guerre qui éclatait soudain après un an de faux apaisement, c’était une affaire personnelle entre le destin et moi. » (p. 15) La famille quitte Fumay, dans la Meuse, pour le sud de la France. Dans le train qui les emmène, Marcel est séparé de son épouse et de sa fille. Il rencontre Anna, une étrangère au comportement étrange. « Elle ne vivait pas avec les autres. Elle ne participait pas. Elle restait seule parmi les autres. » (p. 94) Sans le préméditer, Marcel entame une liaison avec Anna : les deux réfugiés ne se quittent plus, ne se cachent même pas et vivent leur passion comme ils prendraient des goulées d’air pour échapper à la noyade. « Une cassure s’était produite. Cela ne signifiait pas que le passé n’existait plus, encore moins que je reniais ma famille et cessais de l’aimer. Simplement, pour un temps indéterminé, je vivais sur un autre plan, où les valeurs n’avaient plus rien de commun avec celles de mon ancienne existence. » (p. 112) Hélas, le couple le sait bien, leur liaison ne pourra pas durer.

La narration est menée par Marcel qui raconte cette histoire a posteriori et son récit sonne un peu comme une déposition. La fin du roman révèle à qui Marcel adresse son texte. J’ai beaucoup aimé ce roman dans lequel Simenon saisit un personnage et un instant historique pour en faire une peinture honnête, sans fard ni fausse pudeur. Il parle de désir et de plaisir au milieu du désordre. « Je n’y pensais jamais, non seulement parce que je refusais d’y penser, mais parce que cela ne me venait pas à l’esprit : notre vie à deux n’avait pas de futur. » (p. 148) La vie normale a pris un train pour nulle part et les personnages, brusquement débarqués, errent dans une immense salle des pas perdus. Sauf Marcel et Anna qui font de cette pause forcée une parenthèse lumineuse.

Je vais continuer à lire Georges Simenon dont j’avais également beaucoup aimé La veuve Couderc.

Posté par Lili Galipette à 08:00 - Mon Alexandrie - Lignes d'affrontement [12] - Permalien [#]

Commentaires sur Le train

    Ah, ce roman est fabuleux (mais que veux-tu, je ne peux pas être véritablement objective, j'adore cet auteur) !

    Posté par Lydia B, 24 février 2014 à 08:55 | | Répondre
    • J'ai beaucoup aimé celui-là, donc je révise mon jugement sur cet auteur.

      Posté par Lili Galipette, 24 février 2014 à 12:52 | | Répondre
  • J'avais vu et aimé le film avec Romy Schneider et Jean-Louis Trintignant sans savoir que c'était un roman de Simenon. Le connaissez-vous? Du coup ca me fait penser que j'aimerais lire et voir La veuve Couderc aussi.

    Posté par Passage à l’Est, 24 février 2014 à 14:59 | | Répondre
  • Mes souvenirs de Simenon remontent à loin. L'Affaire Saint-Fiacre et Le Chien jaune, notamment... Il faudrait peut-être que je m'y remette un coup avec ce Train.

    Posté par Dionysos89, 24 février 2014 à 16:21 | | Répondre
    • Go go go ! En plus, Simenon est à l'honneur cette année !

      Posté par Lili Galipette, 24 février 2014 à 19:02 | | Répondre
  • Il y a aussi "Trois chambres à Manhattan" de Simenon, l'histoire d'une rencontre de deux êtres à la dérive, dans un bar la nuit, à New-York : un roman superbe qui n'a pas pris une ride !

    Posté par Plume d'Oie, 25 février 2014 à 00:58 | | Répondre
  • J'avais adoré le film....

    Posté par mamanous, 25 février 2014 à 14:46 | | Répondre
  • Moi aussi je vais continuer Simenon je crois, jusqu'ici je n'avais lu que deux épisodes de Maigret, hum hum...

    Posté par Violette, 02 mars 2014 à 13:56 | | Répondre
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