Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

17 juillet 2014

En finir avec Eddy Bellegueule

Louis_En finir avec Eddy BellegueuleRoman autobiographique d’Édouard Louis.

Eddy Bellegueule a toujours eu conscience de sa différence : il est délicat, ce n’est pas un dur. Dans la famille où il est né, c’est une anomalie, une tare, une honte.  « Ils pensaient que j’avais fait le choix d’être efféminé, comme une esthétique de moi-même que j’aurais poursuivie pour leur déplaire. » (p. 27) Martyrisé à l’école, moqué dans le village, humilié dans sa famille, Eddy encaisse, coup après coup, sans rien dire, parce que se plaindre, ce serait encore plus honteux pour lui et les siens. « On ne s’habitue pas tant que cela à la douleur. » (p. 41) Pendant des années, le garçon essaie de devenir ce qu’on attend de lui et lutte contre lui-même.

Le malheur d’Eddy Bellegueule, ce n’est pas tant d’être un garçon aux tendances homosexuelles, c’est d’être né dans un milieu défavorisé où la pauvreté est autant matérielle qu’intellectuelle et où il ne fait pas bon être autre chose qu’un homme, un vrai. Dans sa lutte contre le déterminisme social et familial, Eddy Bellegueule s’illustre comme un être courageux, à tel point qu’il aurait pu, sans rougir, être un personnage d’Émile Zola. « L’impossibilité de le faire empêchait la possibilité de le vouloir, qui à son tour fermait les possibles. » (p. 79) Refusant de se contenter de ce qui semble destiné et immuable, il ose voir plus loin pour vivre mieux. Se sauver de chez lui pour se sauver lui-même, c’est finalement la seule solution.

En finir avec Eddy Bellegueule est un roman autobiographique. Le mot important est « roman ». Largement inspiré de son enfance et de ses souffrances, le texte appartient à la fiction et il serait vain et crétin d’y voir un simple règlement de compte à l’encontre de ceux qui ont fait de son enfance un enfer. On peut se dire que cette histoire est partielle et partiale puisqu’un seul protagoniste s’exprime au nom des autres. « Elle formule la thèse de la folie pour ne pas laisser échapper cet autre mot, pédé, ne pas penser à l’homosexualité, l’écarter, se convaincre que c’est de la folie, préférable au fait d’avoir pour fils une tapette. » (p. 123) Et alors ? Roman ou autobiographie, fiction ou réalité, En finir avec Eddy Bellegueule est un texte nécessaire sur l’homophobie qui, dans certains milieux, est plus une habitude qu’une véritable prise de position. Mais qu’elle soit pensée ou bêtement suivie, l’homophobie est un mal qui ronge les fondements d’une société qui se prétend égalitaire.

Posté par Lili Galipette à 08:00 - Mon Alexandrie - Lignes d'affrontement [8] - Permalien [#]

Commentaires sur En finir avec Eddy Bellegueule

  • Superbe billet qui me rappelle à quel point cette lecture est une des plus marquantes que j'ai lu cette année.
    Une interview d'Edouard Louis figure dans le Télérama de cette semaine.

    Posté par Violette, 17 juillet 2014 à 10:18 | | Répondre
  • Rendons à César ce qui est à Violette : c'est ton billet qui m'a convaincue de lire ce roman !

    Posté par Lili Galipette, 17 juillet 2014 à 12:37 | | Répondre
  • Ca a l'air d'être un très beau roman !
    Mon blog : http://nosamislesmots.wordpress.com/

    Posté par Nosamislesmots, 17 juillet 2014 à 15:02 | | Répondre
    • C'est en effet un beau texte.

      PS : vous avez déjà laissé le lien vers votre blog dans un précédent commentaire. Attention, au spamming, ça commence comme ça !

      Posté par Lili Galipette, 17 juillet 2014 à 21:41 | | Répondre
  • J'ai lu une interview de Edouard Louis dans Télérama, et ...c'est compliqué. Je pense qu'il n'a pas encore trouvé sa place, il ne veut pas que son roman ne soit considéré que comme un roman... Dommage que je n'ai pas le lien pour te renvoyer vers ce document, c'est très intéressant ! Moi je ne l'ai toujours pas lu mais avec tout ce que j'ai lu comme billets à son sujet je pense qu'il va attendre un peu !

    Posté par Asphodèle, 23 juillet 2014 à 10:27 | | Répondre
    • J'ai acheté le Télérama en question, pas encore lu !

      Posté par Lili Galipette, 23 juillet 2014 à 12:42 | | Répondre
  • Moi qui suis une militante contre toutes les injustices, il faut que je lise ce livre !

    Posté par Chapitre Onze, 03 août 2014 à 12:38 | | Répondre
Nouveau commentaire