Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

08 mai 2015

Les travailleurs de la mer

Hugo_Travailleurs de la merRoman de Victor Hugo.

Sur l’île de Guernesey, en dépit de sa mauvaise réputation, Gilliat est un homme bon, voire un homme d’exception : marin aguerri, charpentier et maréchal-ferrant à ses heures, Gilliat vit seul et éloigné du monde. Un jour de neige, il tombe amoureux de Déruchette, la jolie nièce de Mess Lethierry, riche propriétaire de l’unique bateau à vapeur de l’île. Quand la Durande fait naufrage, Gilliat se lance dans un sauvetage spectaculaire, espérant gagner le cœur de Déruchette. Mais la belle aimera-t-elle le farouche Gilliat ?

Une image précède ce roman, celle de Gilliat combattant la pieuvre, hideux monstre plus terrifiant que les tempêtes les plus violentes. « Tous les idéals étant admis, si l’épouvante est un but, la pieuvre est un chef-d’œuvre. » (p. 434) La lutte entre l’homme et l’animal est fabuleuse, mais j’ai de loin préféré le combat que Gilliat livre à la mer en lui arrachant la carcasse de la Durande.  Le sauvetage de la machine est épique et conjugue de nombreux éléments tragiques. On trouve la noblesse de cœur, la force physique hors du commun, le courage héroïque et l’humilité généreuse. Gilliat est un martyr de l’amour qui fait de son être une offrande à la mer, seule compagne éternelle.

Mess Lethierry aime passionnément deux choses : son bateau et sa nièce. Il a d’ailleurs nommé la seconde d’après la première. « Durande et Déruchette, c’est le même nom. Déruchette est le diminutif. » (p. 150) Les deux figures féminines sont jumelles et complémentaires puisque Gilliat, en sauvant l’une, libère l’autre. Dans un roman de Victor Hugo, il n’y a pas d’intrigue ou de personnages secondaires, mais des chemins de traverse qui reviennent toujours au sujet principal : maisons visionnées, contrebandiers, anciennes trahisons, tout cela fait l’objet d’un traitement particulier jusqu’à ce que la tapisserie soit achevée.

Et surtout, Victor Hugo étudie à fond et il aime ses sujets d’étude. Les travailleurs de la mer est dédié à Guernesey, île refuge où il panse les plaies de l’exil. Un livret précède le roman : L’archipel de la Manche est une cartographie savante et amoureuse des îles anglo-normandes, mais aussi une étude sociohistorique. « Les îles de la Manche sont des morceaux de France tombés dans la mer et ramassés par l’Angleterre. De là une nationalité complexe. Les Jersiens et les Guernesiens ne sont certainement pas anglais sans le vouloir, mais ils sont français sans le savoir. S’ils le savent, ils tiennent à l’oublier. » (p. 42) L’île qui a accueilli l’exilé méritait un hommage, elle a eu un roman et cette reconnaissance est des plus éternelles.

Du grand Victor, je ne peux que vous conseiller encore et encore Notre Dame de Paris et L’homme qui rit.

Posté par Lili Galipette à 08:00 - Mon Alexandrie - Lignes d'affrontement [11] - Permalien [#]

Commentaires sur Les travailleurs de la mer

    j'ai adoré ce livre, comme les autres romans d'Hugo!
    Suis pas fan du prénom Déruchette, néanmoins!
    Marjolaine

    Posté par Musy, 08 mai 2015 à 11:43 | | Répondre
    • C'est un prénom inhabituel, mais je trouve qu'Hugo a un talent fou pour nommer ses personnages. Plus qu'un prénom, c'est une identité qu'il leur donne en les nommant.

      Posté par Lili Galipette, 08 mai 2015 à 20:19 | | Répondre
  • Pas lu celui-ci.

    Posté par Lydia B, 08 mai 2015 à 12:12 | | Répondre
    • COMMENT ?????? Mais enfin, il est indispensable !!

      Posté par Lili Galipette, 08 mai 2015 à 20:19 | | Répondre
      • Oui, bon, comme tous les romans d'Hugo, hein ! J'me comprends !

        Posté par Lydia B, 10 mai 2015 à 15:48 | | Répondre
  • Très beau roman en effet, très touchant aussi.

    Posté par nathalie, 10 mai 2015 à 12:00 | | Répondre
  • Je le note, j'irai, promis !

    Posté par Melusine1701, 19 mai 2015 à 09:21 | | Répondre
  • Clairement un indispensable ... Un roman qui m'a marquée à tout jamais ...

    Posté par Une Comète, 25 mai 2015 à 14:05 | | Répondre
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