Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

21 septembre 2015

Opéra muet

Germain_Opera muetRoman de Sylvie Germain.

Gabriel mène une vie morne. Une fois achevé son travail de photographe, il se réfugie entre les quatre murs de son appartement dont les fenêtres donnent sur une façade qui le protège du monde. Sur ce mur s’étale le portrait du Docteur Pierre, visage fané d’une réclame pour une pâte dentifrice. « Il vivait en miroir d’un immense visage muet d’une apaisante indifférence. Il ne voulait rien d’autre. » (p. 19) Dans sa solitude et sa réclusion volontaire, Gabriel tient le monde à distance, et le Docteur Pierre l’aide à tenir ses démons en respect. Hélas, quand un chantier de démolition s’en prend à l’immeuble et au portrait défraîchi, Gabriel se sent assailli, perdu, dépourvu de repères et de protection. Quand la grande façade est tombée, il y a désormais trop de lumière dans l’appartement de Gabriel. Avec elle s’engouffrent les souvenirs d’Agathe, amour enfui aux relents de souffrance. Gabriel pourra-t-il retrouver sa sérénité ?

Symbolique, presque mystique et tout à fait solennel, ce court roman est d’une grande beauté, mais il est un peu hermétique. Et c’est avec une déception certaine que je sais être passée à côté de cette œuvre. Pour finir, un extrait qui illustre tout à fait cela.

« Blessure du temps que Gabriel n’avait pas vu passer, blessure des jours au fil desquels s’était usée lentement sa jeunesse sans crier gare, ni quoi que ce soit d’autre d’ailleurs. Blessure des nuits sans sommeil et d’espoirs sans élans, sans éclat et sans force. Blessure d’un corps rejeté sur la grève de la plus grise solitude, dans les sables amers du désir déchu de ses droits de jouissance. […] Blessure d’une mémoire confuse, ensommeillée de nostalgie et de langueur – enamourée d’une enfance devenue fabuleuse à force de distance. » (p. 127)

Rendez-vous avec un autre texte de Sylvie Germain, très bientôt.

Posté par Lili Galipette à 08:00 - Ma Réserve - Lignes d'affrontement [5] - Permalien [#]

Commentaires sur Opéra muet

    J'ai remarqué qu'elle pouvait être complexe parfois. Je n'ai pas lu celui-ci.

    Posté par Lydia B, 21 septembre 2015 à 12:50 | | Répondre
    • Elle a une thèse ou un truc du genre en philo et théologie, si je ne me goure pas. Grosse intelligence et grande sensibilité.

      Posté par Lili Galipette, 21 septembre 2015 à 18:49 | | Répondre
      • Ah oui, ceci explique tout !

        Posté par Lydia B, 21 septembre 2015 à 19:02 | | Répondre
  • Nous en avons déjà parlé et je pense vraiment qu'il y a des écrits auxquels j'accroche immédiatement, ceux où se glisse une part de merveilleux et les autres, plus prosaïques, même si la beauté du style les placent toujours au-dessus de la mêlée... Je ne l'ai pas celui-ci mais j'en ai d'autres qui attendent !

    Posté par Asphodèle, 02 octobre 2015 à 13:52 | | Répondre
  • Ici aussi, il y a une part de merveilleux, mais c'est différent...

    Posté par Lili Galipette, 02 octobre 2015 à 15:40 | | Répondre
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