Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

23 octobre 2015

Mille femmes blanches – Les carnets de May Dodd.

Fergus_Mille femmes blanchesRoman de Jim Fergus.

En 1875, Little Wolf, chef des Cheyennes, se rend à Washington pour discuter de l’avenir de son peuple. Il demande au gouvernement américain d’envoyer mille femmes blanches dans sa tribu contre mille chevaux. Il s’agit de faire la paix avec les Blancs et de permettre aux descendants des Cheyennes de s’intégrer dans la société américaine. « Les clauses de notre contrat ne nous obligent à donner naissance qu’à un enfant seulement, après quoi nous sommes libres de partir ou de rester. En cas d’impossibilité de concevoir, nous sommes tenues de demeurer auprès de nos conjoints deux années entières, au terme desquelles nous ferons ce que nous voudrons… C’est du moins la version des autorités. Il n’a pas manqué de me venir à l’esprit que nos futurs maris n’entendront peut-être pas les choses de cette oreille. » (p. 44) En dépit du scandale que soulève cette demande, une centaine de femmes intègrent le programme. Il y a des femmes tirées de prisons ou d’asiles, des endettées, des femmes à la réputation perdue et quelques volontaires. On suit cette histoire grâce à May Dodd qui a fui l’asile dans lequel sa famille l’avait fait interner.

Que je me suis ennuyée !!! Pourtant, j’aime les histoires du grand Ouest américain et je suis sensible aux drames qui ont fait disparaître la culture et la population amérindienne. Mais ici, le procédé narratif n’a pas pris. Le voyage, l’intégration des femmes et le quotidien nomade auprès des Cheyennes sont racontés par May Dodd qui tient des carnets, à la fois journaux intimes, chroniques et lettres hypothétiquement adressées à plusieurs interlocuteurs. May Dodd a réellement existé et ses carnets ont effectivement été retrouvés par un de ses descendants. Hélas, le portrait qu’en fait Jim Fergus est insupportable et May Dodd est un agrégat de clichés romanesques. Elle se révolte contre l’injustice, se montre pleine de courage et de sagesse, elle a toujours de la chance et elle se pose en exemple à suivre. Bref, cette héroïne aux traits forcés n’a pas attiré ma sympathie, d’autant plus qu’elle ne cesse de se présenter en victime innocente de ses désirs. Screugneugneu, soit elle les assume et elle les vit pleinement, soit elle les réfrène et elle nous fiche la paix !

Il me reste de cette lecture une réflexion sur la valeur des femmes, ici échangées comme des marchandises sous le couvert d’un contrat faustien. L’expérience sociale et humaine est intéressante, même si l’on sait déjà qu’elle tournera court puisque le peuple indien va disparaître des grandes plaines déjà vidées des bisons. « Si on leur avait fichu la paix, tout irait bien. Si les Blancs les laissaient tranquilles, arrêtaient de leur mentir, de leur donner du whiskey, tout se passerait comme il faut. » (p. 276) Il faut prendre l’histoire de May Dodd comme une légende, une allégorie.

Posté par Lili Galipette à 08:00 - Ma Réserve - Lignes d'affrontement [14] - Permalien [#]

Commentaires sur Mille femmes blanches – Les carnets de May Dodd.

    Je n'aime pas trop ce thème et vu ce que tu en dis...

    Posté par Lydia B, 23 octobre 2015 à 10:47 | | Répondre
  • J'ai repéré ce livre depuis un moment sans me décider à sauter le pas ... Et puis ce que tu dis me refroidit ...

    Posté par Valentyne, 23 octobre 2015 à 13:54 | | Répondre
  • C'est peut-être moi qui en attendais trop, depuis le temps que je voulais le lire.
    La très grande majorité des avis est positive !

    Posté par Lili Galipette, 23 octobre 2015 à 15:31 | | Répondre
  • Oh, moi qui voulais le lire... je n'avais pas été super emballée par le roman de Fergus que j'avais lu et on m'avait chaudement conseillé celui-ci. Déçue je suis.

    Posté par Karine:), 25 octobre 2015 à 15:24 | | Répondre
    • J'avais lu un autre roman de lui (mince, j'ai oublié le titre !!!) et je n'avais pas aimé non plus. J'arrête cet auteur !

      Posté par Lili Galipette, 25 octobre 2015 à 15:29 | | Répondre
  • "La fille sauvage" peut-être ?

    Posté par Mamanous, 25 octobre 2015 à 17:55 | | Répondre
  • Portée par les avis positifs j'ai lu ce livre et comme toi, je n'y ai trouvé aucun plaisir et le personnage de May Dodd m'a énervée.
    Je n'ai pas non plus apprécié les digressions historiques de Jim Fergus, je n'apprécie que très moyennement que l'on touche aux faits historiques pour les accommoder à sa sauce.

    Posté par MissG, 26 octobre 2015 à 09:50 | | Répondre
  • c'est un roman, rien d'historique, aucunes traces de la rencontre du président Grant avec Litltle Wolf / les carnets sont une invention .. et cette manipulation du lecteur fonctionne à merveille ! cette falsification est un attrape nigauds .. pour susciter le mystère et ... FAIRE VENDRE ...le dieu" dollar "est toujours debout comme le veau d'or

    Posté par yoyo, 27 avril 2017 à 10:03 | | Répondre
    • Si vous lisez bien ma chronique, vous verrez que je n'ai pas parlé de roman historique. Je sais très bien ce que j'ai lu.
      Alors, on se détend avant de crier au grand méchant capitaliste ! Ici, on parle de livres !

      Posté par Lili Galipette, 27 avril 2017 à 18:55 | | Répondre
  • "May Dodd a réellement existé et ses carnets ont effectivement été retrouvés par un de ses descendants." ... Non elle n'a pas existé. (faire ses recherches soi-même est essentiel ).
    Et je trouve ce roman très beau et bien écrit. Il m'a touché, un choc des cultures bien décrit... Au fond, je retiens que l'homme est effroyable et beau, bon... Beaucoup de péripéties également, parfois dures mais je me suis tenue en haleine tout du long. Histoire incroyable.

    Posté par Anna, 31 octobre 2018 à 16:37 | | Répondre
  • Ce roman - ainsi que la "suite" "La vengeance des mères"- est très beau. Même si leur point de départ n'est pas historique, les rapports entre les peuples sont réalistes et, hélas, le génocide des Indiens accompli par les Américains est lui bien réel !!!

    Posté par chatountmc, 24 janvier 2019 à 15:29 | | Répondre
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