Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

04 avril 2016

Mangez-le si vous voulez !

Teule_Mangez-le si vous voulezRoman de Jean Teulé.

Alain de Monéys est le nouveau premier adjoint de Beaussac. En dépit d’une légère claudication et d’une faible constitution, ce jeune homme généreux s’est porté volontaire pour combattre les Prussiens. Dans quelques jours, il partira rejoindre son bataillon. Mais aujourd’hui, c’est la foire à Hautefaye et Alain s’y rend pour saluer ses connaissances et rendre quelques menus services. « J’aime aussi Hautefaye et ses braves gens. » (p. 4) Hélas, il fait très chaud, trop chaud, ce jour-là. « L’effondrement du commerce, la sécheresse et maintenant la peur de l’invasion, empoisonnent le climat de la foire. » (p. 18) Il suffit d’un malentendu et Alain de Monéys, accusé de traîtrise, devient la victime de la haine villageoise. Le lynchage peut commencer et il ne s’arrêtera que quand le pauvre jeune homme aura été battu, supplicié, torturé, brûlé et même mangé ! « Après l’avoir ferré comme un bœuf, on va le griller comme un cochon ! » (p. 62)

Terrible histoire, mais histoire vraie ! Avec sa passion des faits divers, Jean Teulé traite cet épisode de cannibalisme paysan avec une maestria éclatante. Entre superstition campagnarde et négligence des autorités, le sort de ce pauvre Alain est scellé en quelques instants. Il y a bien deux amis qui tentent de le sauver et le curé qui ouvre sa cave en espérant détourner les assoiffés de sang du massacre, mais rien n’y fait. « Cette gestion instinctive et collective du massacre dilue la responsabilité. » (p. 47) Le lendemain, ils sont bien embêtés, les villageois de Hautefaye et tous ceux venus assister à la foire : qui n’a pas participé au massacre ? Bien peu… « Plusieurs demandent : ‘C’était qui ?’ Ils ont massacré un homme tout l’après-midi sans même s’inquiéter de qui il était. » (p. 68) Mais comment juger tous ces coupables ? Ce n’est pas possible. En plus, la prison de la préfecture ne compte que 21 places : il va falloir chercher les coupables les plus coupables. Drôle d’histoire, à la fois triste et fascinante. Oui, au XIX ° siècle, en France, alors que Paris se dotait de grandes avenues claires, on pouvait mourir sous les coups de dents d’une populace enfiévrée. Ça vous coupe l’appétit ? Tant mieux, le contraire aurait été gênant !

Posté par Lili Galipette à 08:00 - Mon Alexandrie - Lignes d'affrontement [8] - Permalien [#]

Commentaires sur Mangez-le si vous voulez !

  • J'avais vraiment aimé ce roman qui, une fois de plus chez Teulé, fait ressortir un élément oublié de l'Histoire. Je pensais que tu l'avais lu.

    Posté par Lydia B, 04 avril 2016 à 18:11 | | Répondre
    • Non, je suis à la bourre, pas lu ceux sur Verlaine et Rimbaud, et sûrement d'autres !

      Posté par Lili Galipette, 04 avril 2016 à 19:07 | | Répondre
  • J'avais entendu un documentaire sur le sujet sur France culture, mais j'avais oublié que Teulé en avait un livre (à la réflexion le sujet doit bien lui convenir).

    Posté par nathalie, 04 avril 2016 à 18:18 | | Répondre
    • Oh oui, ça lui va comme un gant ! Trachouille, gore, sanguinolent...

      Posté par Lili Galipette, 04 avril 2016 à 19:07 | | Répondre
  • Pfiou...je l'ai lu l'été dernier et j'ai été partagée entre fou-rire, fascination et horreur !
    Le monstre n'est jamais très loin quand la foule devient folle...

    Posté par Mamanous, 05 avril 2016 à 08:08 | | Répondre
  • Une lecture qui décoiffe, j'avais trouvé.

    Posté par Alex-Mot-à-Mots, 06 avril 2016 à 11:17 | | Répondre
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