Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

13 mai 2016

Au-revoir là-haut

Lemaitre_Au revoir la hautRoman de Pierre Lemaître.

La guerre touche à sa fin. Dans les tranchées, les soldats attendent avec impatience l’armistice. Albert Maillard et Édouard Péricourt doivent pourtant donner un dernier assaut sous les ordres du lieutenant Henri d’Aulnay-Pradelle. « Il confirme l’adage selon lequel le véritable danger pour le militaire, ce n’est pas l’ennemi, mais la hiérarchie. » (p. 31) Albert et Édouard se sauvent l’un l’autre, mais le second est désormais défiguré. La guerre est finie, mais le plus difficile reste encore à vivre. « Pendant toute la guerre, comme tout le monde, Édouard n’a pensé qu’à survivre, et à présent que la guerre est terminée et qu’il est vivant, voilà qu’il ne pense plus qu’à disparaître. » (p. 63) Il faut pourtant continuer, peut-être en vivant caché. Alors qu’Albert et Édouard peinent à reprendre pied dans la vie civile, Henri prospère éhontément grâce à la guerre et à un mariage juteux. « Henri d’Aulnay-Pradelle, esprit simple et sans nuances, avait facilement raison parce que sa rusticité décourageait souvent l’intelligence de ses interlocuteurs. » (p. 256) De trahison en mensonge, de secret en escroquerie, les destins de trois hommes sont indéfectiblement liés jusqu’aux révélations ultimes, quand toutes les tricheries sont dévoilées et que les justes, enfin, sont récompensés. Aux (presque) innocents, les mains pleines !

J’ai été agréablement surprise par ce roman. J’attendais en fait tout autre chose, une sorte de récit sordide dans les tranchées. Mais cet épisode est évacué en deux chapitres et l’histoire se déroule après-guerre, quand la France ré-enterre ses morts dans des cimetières militaires et que les collectivités commandent les premiers monuments pour honorer leurs défunts. Les trois personnages masculins sont admirablement écrits et chacun mérite une dose égale de compassion et d’agacement. Je voudrais tant en dire, mais il me semble que ce serait gâcher la découverte de ceux qui pourraient avoir envie de lire ce roman. N’hésitez pas ! Le ton est volontiers goguenard, voire primesautier, mais le sujet reste profond et émouvant.

Posté par Lili Galipette à 08:00 - Mon Alexandrie - Lignes d'affrontement [10] - Permalien [#]

Commentaires sur Au-revoir là-haut

    Je vais me répéter... Je l'ai aussi mais...

    Posté par Lydia B, 13 mai 2016 à 08:09 | | Répondre
  • Roh, mais c'est pas possible !!!

    Posté par Lili Galipette, 13 mai 2016 à 08:54 | | Répondre
  • Je l'ai acheté à sa sortie... voilà, j'en suis là, et je suis sûre que ça va me plaire le jour où je le lirai !

    Posté par nathalie, 14 mai 2016 à 10:31 | | Répondre
  • Ah, cela me fait bien plaisir que tu aies aimé ce titre ! Lemaitre, qui vient du polar, réutilise certains codes pour créer son intrigue. Un de mes coups de cœurs !

    Posté par Miss Alfie, 15 mai 2016 à 13:19 | | Répondre
  • J'ai en effet beaucoup aimé la construction de l'intrigue. Mais ça ne veut pas dire que je lirai les polar de Lemaitre !!!

    Posté par Lili Galipette, 15 mai 2016 à 15:47 | | Répondre
  • Tu me rassures alors, il est dans ma PAL depuis sa sortie et justement l'effet "guerre" me freinait ! Après ton billet, je ne vais plus le regarder pareil en passant devant ! Pourtant j'aime beaucoup les polars de Pierre Lemaître !

    Posté par Asphodèle, 16 mai 2016 à 17:57 | | Répondre
  • Oublie le récit des tranchées, c'est très anecdotique !

    Posté par Lili Galipette, 16 mai 2016 à 18:10 | | Répondre
  • Tentant. Je note!

    Posté par Melusine1701, 30 mai 2016 à 11:19 | | Répondre
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