Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

09 juin 2016

Daddy Love

Oates_Daddy LoveRoman de Joyce Carol Oates.

Robbie a cinq ans quand il est arraché à sa mère sur un parking de centre commercial. En essayant de sauver son fils, Dinah est gravement blessée, mais elle ne perd jamais l’espoir de retrouver son petit garçon. Désormais, Robbie s’appelle Gideon et il vit avec Daddy Love qui est convaincu de l’avoir sauvé d’une mauvaise famille. « Daddy Love est ton destin. Daddy Love sera à la fois ton père et ta mère. » (p. 50) Pendant six ans, entre punitions, récompenses, sévices sexuels et cajoleries, Gideon vit sous la coupe de son ravisseur. Daddy Love n’en est pas à son premier kidnapping. Il aime tant les petits garçons, mais pas au-delà de onze ou douze ans. Quand l’adolescent pointe son nez, Daddy Love se débarrasse de sa proie et en attrape une autre. Pour Gideon, l’heure va bientôt sonner. À moins qu’il échappe enfin à son terrible geôlier.

Joyce Carol Oates traite avec talent les sujets sensibles qui vont du tragique au glauque. Ici, on a presque toute la gamme : kidnapping, pédophilie, torture physique et psychologique pour l’enfant, désespoir, souffrance physique et dépression pour les parents. Pendant les six ans où ils attendent que leur fils leur soit rendu, Dinah et Whit restent ensemble dans la douleur, mais séparés par celle-ci, voguant sur deux flots différents. L’épisode liminaire de l’enlèvement est particulièrement atroce. Il est réécrit plusieurs fois sur plusieurs chapitres, avec des variations subtiles, comme pour saturer la narration de cet évènement dramatique et en extraire toute l’horreur, l’étaler autant que possible. « Elle avait conscience de sa terrible perte. La main de l’enfant arrachée à la sienne. Maman avait dû lâcher prise. » (p. 27) Joyce Carole Oates livre ici un terrifiant portrait de serial killer et de prédateur sexuel, mais également un glaçant portrait de victime. Daddy Love est un roman dur, parfois dérangeant jusqu’à la nausée, mais qui entre parfaitement dans l’œuvre globale de cette auteure américaine aux obsessions si sombres.

De cette auteure, allez voir Fille noire, fille blanche, Le musée du Dr Moses, Mon cœur mis à nu, Mudwoman et Nous étions les Mulvaney.

Posté par Lili Galipette à 08:00 - Mon Alexandrie - Lignes d'affrontement [4] - Permalien [#]

Commentaires sur Daddy Love

  • J'aime cette romancière. Je me note celui-ci que je ne connaissais pas.

    Posté par Lydia B, 09 juin 2016 à 11:24 | | Répondre
  • Un autre grand coup (de poing) de Oates! Et la fin... J'en suis restée sans mots.

    Posté par marie-claude, 23 juin 2016 à 19:12 | | Répondre
Nouveau commentaire