Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

15 juin 2016

La pendue de Londres

Decoin_Pendue de londresRoman de Didier Decoin.

Albert Pierrepoint est l’exécuteur en chef du Royaume-Uni. À partir de 1945, il se voit confier la mise à mort de plusieurs centaines de criminels de guerre nazis. « Pour les journaux britanniques, je n’étais plus seulement l’exécuteur en chef, j’étais devenu une sorte de justicier investi par les plus hauts responsables de la planète du devoir de venger des millions de victimes innocentes. » (p. 30) Or, une exécution à Hamelin le marque profondément, quand il doit procéder à la pendaison d’une très jeune femme. Outre sa fonction de bourreau, Albert tient un pub avec son épouse et aspire à une vie plus calme. Mais sa route va croiser celle de Ruth Ellis, une jeune femme accusée d’avoir assassiné son amant. Plus ou moins prostituée, Ruth a été modèle pour des photos osées, puis hôtesse de divers établissements de nuit. « Ruth n’a que ses rêves, et elle en change souvent, c’est selon les rencontres qu’elle fait, les hommes auxquels elle se donne et qui, après la première nuit d’amour dans la chambre qui sent le drap moite et l’haleine fade du petit matin, lui font des promesses inouïes qu’ils ne tiendront jamais. » (p. 119) Des hommes, elle en a connu beaucoup et peu sont restés. Elle pensait que David Blakely, coureur automobile, était le bon. Mais l’homme n’est pas un gentleman. Et Ruth, ivre de jalousie et de colère, commet un soir l’irréparable.

Didier Decoin s’est emparé de deux destins pour composer un roman touchant à l’atmosphère envoûtante. Albert Pierrepoint et Ruth Ellis ont bien existé : la pendaison de la seconde a profondément ému la population anglaise et le gouvernement qui, près de dix ans après cette exécution, a aboli la peine de mort. D’un chapitre à l’autre, on suit les existences d’Albert et de Ruth. Le premier accomplit sa sinistre tâche avec efficacité et compassion : inutile de faire souffrir trop et trop longtemps les condamnés, la meilleure exécution est celle qui va vite. « Une mort par pendaison entraîne la rupture instantanée des vertèbres cervicales. » (p. 5) La seconde mène une existence débridée et instable, obsédée par l’envie de s’élever dans la société. Le contraste est fort entre l’homme qui aspire à une vie bien rangée et la femme qui brûle la sienne par les deux bouts.

La pendue de Londres est un bon roman, mais de Didier Decoin, je vous recommande surtout John l’Enfer et Abraham de Brooklyn, deux magnifiques portraits d’homme.

Posté par Lili Galipette à 08:00 - Mon Alexandrie - Lignes d'affrontement [4] - Permalien [#]

Commentaires sur La pendue de Londres

    J'ai tenté avec "La femme de chambre du Titanic" qui m'avait moyennement convenu, mais j'ai ce titre en PAL... A voir donc.

    Posté par Miss Alfie, 15 juin 2016 à 08:21 | | Répondre
  • Tente ceux que je recommande, vraiment !

    Posté par Lili Galipette, 15 juin 2016 à 10:19 | | Répondre
  • J'ai lu cette histoire il n'y a pas longtemps. Je ne savais même pas que Decoin en avait fait un bouquin.

    Posté par Lydia B, 15 juin 2016 à 16:24 | | Répondre
  • Le roman n'a que quelques années.

    Posté par Lili Galipette, 15 juin 2016 à 17:44 | | Répondre
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