Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

22 août 2016

L'éveil

Papin_EveilPremier roman de Line Papin.

À Hanoï, des filles et des garçons se croisent, s’aiment et se blessent. Juliet, fille du consul australien, s’amourache de ce jeune Français croisé dans une soirée. « C’était étrange, cette fascination qu’elle avait, comme si… je ne sais pas… comme si j’étais l’élu ou une connerie de ce genre. » (p. 36) Après des années à y vivre, Juliet découvre Hanoï, au-delà des murs et de la climatisation du consulat. S’autorisant enfin cette soif de nouveauté, elle s’éveille, embellit et s’épanouit. « C’était moi, il fallait me voir, ce soir-là, j’étais folle et merveilleuse d’être aimée, d’aimer… » (p. 87) Hélas, ce garçon qu’elle aime tant a un passé et des blessures d’amour non cicatrisées. Ces blessures ont un nom, Laura. Laura était tellement vive, trop vive. « C’était une petite fille ; elle a dû se tordre quelque chose à l’intérieur, qui ne se répare pas. Elle a l’air folle, oui, d’une folie cinglante, agressive, qui produit de la joie et le bruit mat d’une pierre cognée contre une autre. » (p. 103) Le jeune homme et Laura se comprenaient sans se parler, réunis dans l’exclusion commune de la lecture. Quand Laura se meurt, le jeune Français ne peut plus vivre. Et Juliet ne sait comment le garder.

Impossible de ne pas penser à la brûlure que m’a laissée L’amant de Marguerite Duras. J’ai trouvé dans le premier roman de Line Papin un peu de cette fièvre de vivre et de ressentir, mêlée de désespoir et de douleur. Dans la moiteur chaude de Hanoï, les amours croisées et douloureuses sont forcément plus exotiques pour le lecteur qui ne connaît pas la ville.

Sans en abuser, Line Papin manie avec talent les points de suspension. En ne disant pas tout, l’auteure permet beaucoup, mais dans des limites qui ne sont jamais loin. La grâce des points de suspension n’est pas inachèvement, mais ouverture vers un ailleurs qu’il appartient au lecteur d’imaginer. En un sens, ces trois petits signes concluent bien mieux certaines phrases qu’un point franc et massif.

L’éveil est un roman troublant, étonnant, puissant et profond. Aucun doute, une voix vient de naître et je pense qu’on entendra encore parler de Line Papin.

Posté par Lili Galipette à 14:00 - Mon Alexandrie - Lignes d'affrontement [4] - Permalien [#]
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Commentaires sur L'éveil

  • L'autre virtuose des points de suspension, c'est Nathalie Sarraute. Je note la référence. Pas fan de la couverture en revanche !

    Posté par Lydia B, 25 août 2016 à 17:53 | | Répondre
  • C'est juste un bandeau, sinon c'est la couverture traditionnelle de Stock, toute bleue.

    Posté par Lili Galipette, 01 septembre 2016 à 11:28 | | Répondre
  • Ah ! contente de lire un autre avis positif

    Posté par Margotte, 08 novembre 2016 à 20:47 | | Répondre
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