Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

01 mars 2017

La porte

Szabo_PorteRoman de Magda Szabo.

La narratrice était une jeune femme quand Emerence est entrée à son service. La femme de ménage, elle, était déjà une vieille bien connue dans le quartier, la tête toujours couverte d’un foulard. Emerence est une travailleuse infatigable qui s’occupe de plusieurs maisons, d’un immeuble et de tous ceux qui ont besoin de son aide. Son inépuisable générosité n’a d’égale que sa solitude, sa rudesse et sa volonté farouche de ne laisser personne entrer chez elle. La porte de son logis est toujours close et personne ne sait ce qu’elle dissimule. La relation d’Emerence avec la narratrice est complexe. « Moi, je n’étais ni madame ni rien, et cela dura tant qu’elle ne put m’assigner de place dans sa vie, tant qu’elle ne découvrit pas ce que j’étais pour elle et comment elle devait m’appeler. » (p. 18) D’abord prudente et méfiante, la domestique nourrit finalement une profonde affection pour la jeune femme. Pourtant, tout oppose la jeune auteure, intellectuelle qui aime les mots et les idées, et la vieille domestique dont la vie intérieure vaut tous les romans. « Emerence était capable de m’inspirer les plus nobles sentiments comme les pires grossièretés, l’idée que je l’aimais me mettait parfois dans un état de fureur qui me prenait au dépourvu. » (p. 187)

Avec ce récit aux allures de confession, la narratrice se blâme d’avoir causé la mort d’Emerence après avoir forcé sa porte. Le passé de la vieille femme est plein de morts et son logis est un mystère fascinant : que dissimule Emerence dans son appartement ? Une fortune ? Des biens volés pendant la guerre ? Ou un trésor plus grand encore ? Ce personnage est de ceux qui marquent pour longtemps : cette vieille domestique aux mains déformée, aux cheveux toujours couverts, n’est jamais en repos, toujours affairée et pleine de mépris pour les intellectuels qui ne font rien de leurs mains. « Je ne lave pas le linge sale de n’importe qui, dit Emerence. » (p. 14) Pour autant, elle s’attache à la narratrice avec la même affection irraisonnée que lui témoigne Viola, le chien recueilli dans la neige.

La porte est un grand roman hongrois qui m’a donné envie de découvrir Budapest, mais aussi de lire d’autres textes de Madga Szabo. J’ai vu qu’un film a été tiré de ce roman : je suis curieuse de voir comment le mystère a été rendu en images.

Posté par Lili Galipette à 08:00 - Mon Alexandrie - Lignes d'affrontement [13] - Permalien [#]
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Commentaires sur La porte

    Ah tiens voilà une histoire qui m'intrigue... et j'aimerai bien en pousser la porte pour m'y glisser !

    Posté par Mamanous, 01 mars 2017 à 10:20 | | Répondre
    • Ça te plairait d'autant plus qu'il est beaucoup question de chats...

      Posté par Lili Galipette, 01 mars 2017 à 11:35 | | Répondre
  • Ça alors ma Lili ! Je viens de l'acheter !!! Je n'ai lu que le dernier paragraphe de ton billet pour ne pas me laisser influencer mais j'avoue que ce roman m'intrigue ! Pour une fois, j'ai cédé aux sirènes marketing avec le bandeau rouge "Quel chef d'oeuvre" et signé Pennac...et pour découvrir aussi un peu de littérature européenne !

    Posté par Asphodèle, 01 mars 2017 à 16:59 | | Répondre
    • J'ai eu la chance de le recevoir en service presse. Et je regarde jamais les bandeaux rouges !!

      Posté par Lili Galipette, 01 mars 2017 à 18:11 | | Répondre
      • Bah écoute, ces fameux bandeaux me font fuir d'habitude mais la couverture, le titre m'ont aimantée...C'était un achat compulsif, je verrais bien mais je suis contente (déjà) de savoir qu'il t'a plu, du moins ce que dit ton dernier paragraphe !

        Posté par Asphodèle, 01 mars 2017 à 21:28 | | Répondre
  • Miaou ??

    Posté par Mamanous, 01 mars 2017 à 17:33 | | Répondre
  • Un jour je l'ai proposé au Club ça ne tentait personne ...
    Il faut aller à Budapest, c'est une belle ville avec plein de charme !

    Posté par MissG, 02 mars 2017 à 09:52 | | Répondre
    • Tu as proposé ce roman ? Misère, aucun souvenir... Mais ça ne m'étonne pas que ça fasse partie de ta PAL !
      J'avoue que je craignais une littérature à la Stefan Zweig ou la Sandor Marai (berk et bof, pour moi). C'est très différent et très puissant !

      Posté par Lili Galipette, 02 mars 2017 à 10:17 | | Répondre
  • Je l'ai vu passer il n'y a pas longtemps.

    Posté par Lydia B, 02 mars 2017 à 11:56 | | Répondre
    • Il vient de sortir en poche et il jouit d'une belle mise en avant.

      Posté par Lili Galipette, 02 mars 2017 à 13:57 | | Répondre
      • C'est peut-être pour ça !

        Posté par Lydia B, 04 mars 2017 à 17:06 | | Répondre
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