Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

27 avril 2018

Entrez dans la danse

Teule_Entrez dans la danseRoman de Jean Teulé.

Le 12 juillet 1518, Strasbourg se met à danser. Et ne s’arrête pas pendant des semaines. Personne ne sait d’où vient cette frénésie de mouvement qui s’empare tout autant des pauvres que des bourgeois. Est-ce une épidémie, une malédiction ? Pendant un moment, on en vient à oublier la famine et la menace turque et on ne parle que de ces exaltés qui dansent jusqu’à l’épuisement, puis reviennent sur la place publique pour se trémousser encore et encore. « Celui-là, à terre, ne danse plus. Il est guéri ? / Non, il est mort. » (p. 19) C’est à croire que rien ne sera épargné à la ville : ni les maladies, ni les catastrophes naturelles, ni les scandales d’anthropophagie. « Ah, l’Enfer est ici. L’autre me fait moins peur. » (p. 18) Les religieux, les savants et les astrologues ne savent que faire. Le maitre et l’évêque se refilent le bébé et, dans une querelle où n’auraient pas démérité Peppone et Camillo, ils tentent tout pour que ces foutus Strasbourgeois arrêtent de se déhancher. « Je me demande ce qui pourrait nous sauver et le sentiment de mon impuissance m’écrase. Tout va mal et le niveau risque encore de tomber. » (p. 57)

À partir d’un fait divers que la quatrième de couverture résume tout entier, Jean Teulé reconstruit une époque et y plonge le lecteur. Et toujours avec cette verve et cette langue verte et polissonne qui se foutent de la bienséance. « Strasbourg sans une goutte de bière donne une idée de l’Enfer. » (p. 85) C’est une façon de dépoussiérer l’histoire et de l’épicer un peu. C’est comme ça qu’on aurait aimé l’apprendre à l’école. Franchement moins chiante et carrément plus vivante ! « Cette année ne se révèle pas avare de malheurs de plus en plus dingues… » (p. 23) Et surtout, Entrez dans la danse donne envie d’entrer dans une bibliothèque ou une librairie et de rafler tout ce qui existe sur le sujet. Enfin, même si le rapprochement peut sembler audacieux, ce roman m’a beaucoup rappelé On achève bien les chevaux d’Horace Mac Coy : c’est la même misère hagarde et désespérée qui se retrouve sur la piste de danse. Parce que quitte à crever, autant le faire en tapant des pieds.

Posté par Lili Galipette à 08:00 - Mon Alexandrie - Lignes d'affrontement [8] - Permalien [#]

Commentaires sur Entrez dans la danse

    Et hop... encore un petit bijou de Jean Teulé !
    Il rejoint ma liste...

    Posté par Mamanous, 27 avril 2018 à 12:24 | | Répondre
  • J'allais le lire lorsque j'en ai reçu un autre à lire en priorité pour pouvoir en faire la critique. Mais je n'ai pas dit mon dernier mot !

    Posté par Lydia B, 27 avril 2018 à 15:10 | | Répondre
    • Il compte 120 petites pages et il est tout à fait à la hauteur des autres bouquins du bonhomme !

      Posté par Lili Galipette, 27 avril 2018 à 15:11 | | Répondre
      • Tu sais à quel point j'aime cet auteur même si celui sur Héloïse et Abélard m'avait un poil déçue. Ce n'est pas le nombre de pages que je regarde. Mais tu sais ce que c'est avec les services de Presse !

        Posté par Lydia B, 27 avril 2018 à 15:16 | | Répondre
        • Oui, je sais.
          Et je me suis complètement décomplexée sur ce sujet : ranafoutre en résumé ! Je lis quand je veux et si je veux.

          Posté par Lili Galipette, 27 avril 2018 à 15:17 | | Répondre
  • J'hésitais à le lire, ton avis m'a convaincue.

    Posté par MissG, 21 mai 2018 à 13:45 | | Répondre
    • De toute façon, c'est très court ! Si tu n'aimes pas, ça ne durera pas longtemps.

      Posté par Lili Galipette, 22 mai 2018 à 07:53 | | Répondre
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