Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

10 août 2018

Les hirondelles de Kaboul

Khadra_Hirondelles de KaboulRoman de Yasmina Khadra.

« Les terres afghanes ne sont que champs de bataille, arènes et cimetières. Les prières s’émiettent dans la furie des mitrailles, les loups hurlent chaque soir à la mort, et le vent, lorsqu’il se lève, livre la complainte des mendiants au croassement des corbeaux. » (p. 6) Le roman s’ouvre sur la lapidation d’une prostituée et finit par le lynchage d’un homme rendu fou par la beauté d’une femme. Entre les deux, il y a un époux qui tente d’être juste envers la compagne qui l’a sauvé, même si elle n’est plus que l’ombre d’elle-même. Et il y a un autre époux qui perd toute dignité aux yeux de sa femme. Et tout autour, il y a Kaboul et l’Afghanistan, ravagés par la haine et la folie religieuse. « Kaboul est devenue l’antichambre de l’au-delà. Une antichambre obscure où les repères sont falsifiés ; un calvaire pudibond ; une insoutenable latence observée dans la plus stricte intimité. » (p. 12)

Dans ce roman bref, ramassé et dur comme un poing, on croise des hommes au cœur asséché et des femmes effacées sous des kilos de toile. « Hormis celui de son épouse, Atiq n’a pas vu un seul visage de femme depuis plusieurs années. Il a même appris à vivre sans. » (p. 101) Les rares velléités d’opposition résistent mal aux cravaches, à la charia aveugle et à l’injustice établie en système. Comme dans L’attentat et dans La dernière nuit du Raïs, Yasmina Khadra sait donner à voir un pays supplicié et faire entendre les voix de ses victimes.

Je vous laisse avec quelques extraits remarquables.

« Quand on passe ses nuits à veiller des condamnés à mort et ses jours à les livrer au bourreau, on n’attend plus grand-chose du temps vacant. » (p. 17)

« Le seul moyen de lutte qui nous reste, pour refuser l’arbitraire et la barbarie, est de ne pas renoncer à notre éducation. » (p. 57)

« Il n’est pire amour que le regard de l’on échange dans une gare lorsque les deux trains vont chacun de son côté. » (p. 84)

Posté par Lili Galipette à 08:00 - Mon Alexandrie - Lignes d'affrontement [1] - Permalien [#]

Commentaires sur Les hirondelles de Kaboul

    Je veux vraiment découvrir cet auteur, mais en même temps il me fait un peu peur. Les sujets sont durs, la force de l'écriture est si intense que je crains d'être comme terrassée et de me sentir encore plus impuissante ensuite. J'hésite, mais jesuis attirée. Pas toujours facile de faire des choix de lectures !

    Posté par Marion, 10 août 2018 à 18:01 | | Répondre
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