Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

29 août 2018

My Absolute Darling

Tallent_My absolute darlingPremier roman de Gabriel Tallent.

Julia/Turtle/Croquette grandit seule avec son père, Martin, obsédé par la fin du monde. L’homme est brutal et abusif envers sa fille : il l’aime trop et il l’aime mal. « Il existe des parts d’elle qui demeurent sans nom, sans identification, puis il leur donne un nom, et elle se perçoit alors clairement à travers ses mots, et elle se déteste. » (p. 21) Depuis l’enfance, la gamine a appris à manier les armes blanches et les armes à feu et elle sait survivre seule dans la nature. Le père et la fille vivent isolés et, à l’image de Martin, Turtle se méfie de tout ce qui vient de l’extérieur et refuse toute aide. « Je n’arrive pas à croire qu’il t’élève comme ça. / Il m’aime, dit Turtle. […] Il m’aime beaucoup, insiste Turtle. » (p. 95) Mais sa rencontre avec Brett et Jacob, deux garçons de son âge, drôles et heureux, fait naître en elle le furieux désir et l’impérieux besoin de se libérer du joug paternel. Mais avant de se sauver elle-même, elle devra en sauver bien d’autres de la fureur de Martin.

My Absolute Darling présente l’éclosion d’une femme forte poussée par la volonté de vivre. Les sentiments ambivalents et paradoxaux de Turtle envers son père sont complexes et le combat qui se joue dans le cœur de la jeune fille maltraité est parfaitement dépeint. « Il ne veut pas me faire de mal. Il m’aime plus que la vie elle-même. Il n’est pas toujours parfait. Parfois, il n’est pas vraiment l’homme qu’il voudrait être. Mais il m’aime comme personne n’a jamais été aimé. Je pense que ça compte plus que tout. » (p. 210) Ce roman a toute sa place dans le catalogue des éditions Gallmeister, à l’instar de l’œuvre de David Vann avec laquelle il partage de nombreux sujets : la beauté hostile de la nature (normal puisque la maison d’édition est spécialisée dans les expressions littéraires du nature writing), la famille dysfonctionnelle, le corps maltraité ou encore la lutte pour la survie. À deux reprises, le roman cite Délivrance de James Dickey (récemment réédité chez Gallmeister, décidément…) et là encore, des ressemblances sont évidentes, notamment la transformation du protagoniste qui, pour survivre, va au bout de lui-même et de l’horreur.

Stephen King a été dithyrambique au sujet de ce roman et je partage pleinement son enthousiasme. My Absolute Darling est un chef-d’œuvre qui révèle le talent prodigieux de son auteur et j’espère vraiment qu’il ne mettra pas encore 8 ans à produire un nouveau roman.

Posté par Lili Galipette à 08:00 - Mon Alexandrie - Lignes d'affrontement [6] - Permalien [#]

Commentaires sur My Absolute Darling

    En même temps, s'il faut patienter encore huit ans pour lire un roman de cette ampleur, je veux bien ronger mon frein; ça en vaut largement la peine

    Posté par Autist Reading, 29 août 2018 à 15:21 | | Répondre
  • En effet, pas sure que je doive le tenter...

    Posté par Miss Alfie, 29 août 2018 à 19:09 | | Répondre
  • Je suis en train de le lire. J'ai suivi ton conseil.

    Posté par Lydia, 30 août 2018 à 07:29 | | Répondre
    • Ah, hâte de lire ton avis !
      Mais si tu as aimé David Vann, tu devrais aimer ce roman.

      Posté par Lili Galipette, 30 août 2018 à 09:21 | | Répondre
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