Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

19 juillet 2019

Vox

Dalcher_VoxRoman de Christina Dalcher.

Cent mots par jour. Pas un de plus, sous peine de châtiment. Depuis que le Mouvement Pur est arrivé au pouvoir aux États-Unis, les femmes ont vu leur droit à la parole drastiquement réduit. Chaque mot compte et certains plus que d’autres. Jean, spécialiste du langage, enrage d’être cantonnée à un rôle de mère au foyer soumise et docile. Son époux, Patrick, semble compatissant, mais ne proteste pas devant le système. Son aîné, Steven, est en revanche complètement acquis au Mouvement. Plus que tout, Jean a peur pour Sonia, sa benjamine. « On attend de ma fille qu’elle sache un jour tenir un foyer, faire des courses et qu’elle devienne une bonne épouse dévouée. Pour ça, il faut simplement savoir compter, pas besoin d’orthographe ni de littérature. Ni de voix. »  (p. 6 & 7) Quand le gouvernement la sollicite pour soigner le frère du Président, atteint d’aphasie après un accident, Jean voit s’ouvrir un chemin vers la liberté, car elle retrouve Lorenzo, ancien collègue et amant. « Je veux me battre, mais je ne sais pas comment. » (p. 175) Mais tiraillée entre le désir de fuir et celui de rester auprès des siens pour les protéger, et sachant qu’elle est surveillée de toutes parts, Jean devra faire des choix terribles. « Il y a toujours quelqu’un qui t’attrape, chérie. Toujours. Tôt ou tard, tu fais une connerie. » (p. 266)

Devant cette dystopie féministe glaçante, impossible de ne pas penser à La servante écarlate de Margaret Atwood. Si je déplore une résolution un peu bâclée et un usage de l’ellipse assez maladroit, je salue la force de ce roman qu’on ne peut hélas pas qualifier de farfelu, mais plutôt d’anticipation tant il fait écho à des évènements actuels qui se déroulent dans la première puissance mondiale et partout ailleurs dans leur monde. Avortement interdit en Alabama, condamnation d’une femme parce qu’elle a perdu son bébé après avoir reçu une balle perdue dans le ventre, invisibilisation des minorités, féminicide, viol, tout cela se passe ici et maintenant. La première des résistances est celle qui consiste à ne pas rester silencieux. Le premier des combats sera toujours la protestation. Alors, tant que nous avons la parole, prenons-la ! Sur les blogs, dans les médias, dans la rue, dans l’espace public, dans l’espace intime. Parlons, crions, refusons !

Posté par Lili Galipette à 08:00 - Mon Alexandrie - Lignes d'affrontement [7] - Permalien [#]

Commentaires sur Vox

  • Oui ! Combattons ces maux avec nos mots !

    Posté par Mamanous, 19 juillet 2019 à 12:17 | | Répondre
  • Intéressant !

    Posté par Lydia B, 19 juillet 2019 à 14:20 | | Répondre
    • Sur le fond, oui, vraiment. C'est une lecture très prenante. Mais le style est pauvre.

      Posté par Lili Galipette, 19 juillet 2019 à 19:54 | | Répondre
  • Oui, penser à La servante écarlate est assez direct Tout comme toi, j'ai trouvé la fin bâclée mais j'ai apprécié que ce livre - qui trouvera un public différent de celui de Margaret Atwood - puisse "apprécier" une dystopie où la société où les droits des femmes ont été répudiés. Le côté glaçant pour moi, c'est de se dire que ce n'est pas une société si lointaine de la nôtre.

    Posté par Acr0, 19 juillet 2019 à 18:39 | | Répondre
    • Oui, c'est exactement le sens de la fin de la critique. C'est très/trop réaliste !

      Posté par Lili Galipette, 19 juillet 2019 à 19:53 | | Répondre
  • Nous sommes d'accord : la fin est bâclée, et je me demande aussi si la traduction française ne laisse pas un peu à désirer parfois.
    Vouloir faire taire les femmes est apparemment (et malheureusement) dans l'air du temps ...

    Posté par MissG, 26 juillet 2019 à 11:08 | | Répondre
    • Pour la traduction, j'ai pensé la même chose. Il y a des expressions assez peu naturelles.

      Posté par Lili Galipette, 26 juillet 2019 à 11:15 | | Répondre
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