Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

06 janvier 2020

Tropique de la violence

Appanah_Tropique de la violenceRoman de Nathacha Appanah.

Mayotte, c’est quoi ?

  • L’île aux parfums, aux ylangs-ylangs et aux flamboyants,
  • Une préfecture et des dispensaires pris d’assaut tous les matins pour obtenir un ticket de rendez-vous,
  • Les fruits et les fleurs qui alourdissent les branches,
  • Des clandestins venus des Comores, de Madagascar ou d’Afrique, attirés par le mirage français,
  • L’eau si claire du plus beau lagon du monde,
  • Les enfants qui vivent seuls dans les rues et la forêt,
  • Des ONG métropolitaines qui pensent pouvoir tout changer.

Et au cœur de cette poudrière sociale baignée de soleil, il y a Marie, femme blanche qui désespère d’être mère et qui se crée une famille avec un enfant donné. « J’aime lui dire qu’il est né dans mon cœur. » (p. 12) Il y a Moïse, l’enfant trouvé qui s’est perdu, une arme à la main. Il y a Bruce, le roi du bidonville de Gaza, aussi cruel qu’il est jeune. « Parce que tu crois que je suis né comme ça, moi, avec l’envie de taper, de mordre, de rentrer dedans. » (p. 26) Il y a Olivier et Stéphane, policier et bénévole, qui ont appris ou doivent encore comprendre qu’ils se battent contre l’inébranlable. « Que personne ne vienne me juger. J’ai profité de toutes les failles de ce pays, de toutes les tares de cette île, de tous ces yeux fermés. Et c’était si facile, croyez-moi. » (p. 12). Même au son d’une chanson de Barbara et des mots d’Henri Bosco, non, Mayotte n’est pas un paradis.

J’ai découvert la plume de Nathacha Appanah avec Le ciel par-dessus le toit : l’histoire blessée de Loup et de Phoenix a profondément marqué ma rentrée littéraire 2019. Avec Tropique de la violence, l’autrice m’a ramenée à Mayotte, île dont je garde un souvenir puissant pour y avoir vécu plusieurs mois. La pauvreté et la colère quotidiennes, je les ai vues. L’embrasement imminent et la crise civile, je les ai vécus, au point que mon employeur de l’époque, en octobre 2011, avait préféré me faire rentrer en métropole, pour ma sécurité. Quel étonnement en arrivant à Paris de ne rien lire des émeutes qui enflammaient le département français que je venais de quitter ! « Mayotte, c’est la France et ça n’intéresse personne. » (p. 73)

Ce puissant roman m’a rappelé l’excellent roman graphique de Charles Masson, Droit du sol. Il m’est toujours étrange de connaître exactement les lieux ou les trajets d’un personnage dans un livre, pour les avoir parcourus comme lui. Dans ce texte de Nathacha Appanah, j’ai vu les ombres qui s’étendent au débarcadère de la barge quand elle accoste à Mamoudzou. J’ai entendu les avions qui décollent de Pamandzi. Comme si j’y étais encore.

Posté par Lili Galipette à 08:00 - Mon Alexandrie - Lignes d'affrontement [3] - Permalien [#]

Commentaires sur Tropique de la violence

  • Je me souviens bien de tes amis les makis !! De tes cures de fruits mais aussi de ton retour en catastrophe alors que nous, de notre côté, ne soupçonnions rien de la réelle situation...

    Posté par Mamanous, 10 janvier 2020 à 22:42 | | Répondre
  • Ça fait des souvenirs !

    Posté par Lili Galipette, 12 janvier 2020 à 08:11 | | Répondre
    • Je me souviens aussi de tes déboires. 2011, punaise, le temps passe !

      Posté par Lydia B, 22 janvier 2020 à 17:21 | | Répondre
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