Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

04 mai 2020

Profession du père

Chalandon_Profession du pereRoman de Sorj Chalandon.

Émile a 11 ans et son père, André Choulans, l’impressionne énormément. Il a un ami américain, il connaît le président de la république et Léon Zitrone, il a travaillé pour Elvis Presley, il a fondé les Compagnons de la Chanson, il est parachutiste, espion et champion de judo. Mais pour le moment, André Choulans affiche sans honte son soutien pour l’OAS et embrigade son fils dans son combat. Et dans l’appartement, où Denise, son épouse, est une femme falote et résignée, le père de famille ne cesse de ressasser son passé glorieux et ses projets aussi démesurés qu’obscurs. À force d’être embringué dans les délires complotistes de son père et pour le rendre fier, Émile se prête à des jeux d’enfants très dangereux.

Avec le portrait de cet homme tyrannique crispé par la haine, la rancœur et le sentiment d’échec, Sorj Chalandon a frappé un grand coup. En contrepoint, la figure d’Émile, gamin asthmatique qui ne veut que dessiner tranquillement, est d’autant plus fragile. « Pour ne pas le réveiller, nous nous déplacions sur la pointe des pieds. Elle et moi avancions dans l’appartement comme des danseuses. Nous ne marchions pas, nous murmurions. Chacun de nos pas était une excuse. » (p. 30) J’ai lu cette histoire horriblement tragique avec le souffle suspendu. Et si j’ai eu le sentiment que le grand soupir final de soulagement m’était volé, c’est surtout parce que la chute de ce roman est en fait un uppercut. KO debout ! Je veux maintenant lire l’adaptation en bande dessinée, car il est certain que ce roman mérite d’être mis en images !

Posté par Lili Galipette à 08:00 - Mon Alexandrie - Lignes d'affrontement [5] - Permalien [#]

Commentaires sur Profession du père

  • Je ne suis pas une inconditionnelle de Chalandon, mais j'ai beaucoup aimé ce texte. La manipulation de l'enfant, mais aussi l'évocation de la France des années 60 qui est un pays de tarés, entre la Guerre froide, la décolonisation, la 2nde guerre pas encore digérée... des choses qui nous sont complètement étrangères, mais complètement traumatisantes à l'échelle du pays !

    Posté par nathalie, 10 mai 2020 à 10:54 | | Répondre
    • Tu as raison de voir ça ce roman du point de vue historique. Malheureusement pour moi, cette période me parle très peu, et j'ai surtout été happée par la puissance émotionnelle du texte.

      Posté par Lili Galipette, 10 mai 2020 à 11:44 | | Répondre
  • Il faut que je retenté avec cet auteur. Le livre que j'avais commencé (et jamais fini) de m'avait pas emballée plus que ça. Mais peut-être n'était-ce pas la bonne période ?

    Posté par Lydia B, 11 mai 2020 à 09:08 | | Répondre
    • Essaie "La légende de nos pères", autour de la 2e GM !

      Posté par Lili Galipette, 11 mai 2020 à 09:24 | | Répondre
      • Mince, je viens de voir que j'avais écrit "retenté" au lieu de retente !
        Ok merci pour le conseil. 😉

        Posté par Lydia B, 11 mai 2020 à 09:34 | | Répondre
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