Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

26 avril 2021

La papeterie Tsubaki

Ogawa_Papeterie TsubakiRoman d’Ito Ogawa.

Hatoko, dite Poppo, a repris la papeterie familiale après la mort de sa grand-mère qui l’a élevée seule. Et comme son aïeule, elle assume la fonction d’écrivain public. Carte de vœux, faire-part, lettre de rupture ou encore courrier de refus, la jeune femme exerce un métier désuet et pourtant indispensable à l’ère du numérique, dans un pays pétri de traditions. « J’écris tout ce qu’on me demande, c’est sûr. Mais c’est pour venir en aide aux gens qui en ont besoin. Parce que je veux leur apporter du bonheur. » (p. 138)

Au long des quatre saisons, Poppo accomplit sa tâche avec patience et abnégation, au gré de rencontres souvent originales et toujours uniques. Car confier ses mots au talent d’un inconnu, c’est une preuve de confiance qui nécessite de se découvrir et de révéler un peu de soi. Poppo s’efface derrière ce qu’elle écrit, afin que le destinataire ne sente pas son travail, mais uniquement le message qui lui est adressé. « Être écrivain public, c’est agir dans l’ombre, comme les doublures des grands d’autrefois. Mais notre travail participe au bonheur des gens et ils nous en sont reconnaissants. » (p. 61) Les histoires que Poppo entend sont singulières et touchantes parce que vraies, imparfaites aussi parce qu’humaines.

Avec elle, le lecteur découvre le rituel ancestral de l’écriture et l’art de la calligraphie, de la préparation de l’encre et du choix des instruments, du papier à la plume qui serviront à rédiger le message. On apprend aussi les règles de la correspondance, entre politesse, proximité et conventions. « Cette lettre était pleine de délicatesse : la délicatesse de ne pas franchir certaines lignes, de faire preuve de retenue, de ne pas semer le trouble. » (p. 101) À mesure que Poppo développe son art, elle renoue avec le souvenir de sa grand-mère et fait la paix avec ce que le passé a laissé en suspens. Au fil des jours, elle redécouvre la valeur profonde de l’amitié, de la filiation et des liens que l’on crée pour constituer sa propre famille.

De cette autrice, j’ai déjà lu et apprécié Le restaurant de l’amour retrouvé et Le jardin arc-en-ciel. Cet autre roman est tout aussi simple et charmant que les précédents, sans prétention, mais débordant de tendre humanité et de douceur de vivre.

Posté par Lili Galipette à 08:00 - Mon Alexandrie - Lignes d'affrontement [6] - Permalien [#]

Commentaires sur La papeterie Tsubaki

  • Bon, tu vas finir par me tenter, hein ! 😉

    Posté par Lydia B, 26 avril 2021 à 08:33 | | Répondre
    • Ce n'est pas du tout mon objectif, tu t'en doutes !!!

      Posté par Lili Galipette, 26 avril 2021 à 09:20 | | Répondre
  • Je l'ai noté quand tu en avais parlé, pendant sa lecture. Ca me semble très délicat et doux, comme style de lecture.

    Posté par Miss Alfie, 26 avril 2021 à 08:36 | | Répondre
    • C'est exactement ça. Une lecture qui fait du bien au cœur.

      Posté par Lili Galipette, 26 avril 2021 à 09:21 | | Répondre
  • J'avais dit à mon club de lecture que c'était un gâteau, un peu trop sucré, avec un peu trop de crème, réconfortant, le genre dont on a besoin quelquefois, même si ce n'est pas de la grande pâtisserie. C'est très agréable à lire.

    Posté par nathalie, 26 avril 2021 à 11:28 | | Répondre
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