Des galipettes entre les lignes

Chroniques littéraires.

18 octobre 2021

I love Dick

Kraus_I love DickRoman de Chris Kraus.

Tombée amoureuse de Dick après l’avoir vu une fois, Chris est obsédée par cet homme qui n’est pas son mari. Pour exprimer son amour et son désir, et peut-être les exorciser, elle commence à écrire à Dick. Des lettres qu’elle n’envoie pas. Et son époux, Sylvère, se prête également à l’exercice. Car rien entre Chris et Sylvère n’est secret. « Comme il n’ont plus de relations sexuelles, ils maintiennent une intimité entre eux par la déconstruction, c’est-à-dire qu’ils se disent tout. »(p. 12) Commence alors une romance conceptuelle, non consommée entre Chris et Dick, mais pleinement vécue entre Chris et Sylvère. Un ménage à trois où l’un des membres n’est qu’absence et projection. Le couple s’adresse à ce Dick, fantasme et fantasmé, en quête d’une nouvelle flamme. « Chris est devenue une pelote de sentiments à vif, excitée sexuellement pour la première fois depuis sept ans. » (p. 17)

Tout le monde n’étant pas anglophone, commençons par décortiquer le jeu de mots du titre. Dick, c’est le prénom de l’amant rêvé de Chris. Mais c’est aussi un mot argotique pour désigner le sexe masculin. Je vous laisse maintenant relire le titre avec cette nouvelle information. Vous avez compris, on a là un roman hautement sensuel et sexuel. Pas de tabou ni de pudibonderie. Si le jeu épistolaire de Chris et Sylvère peut sembler pervers, il permet surtout à la première d’exprimer son plein désir, enfin assumé. Dick est présent presque uniquement au travers des lettres. Il prend très rarement la parole et interagit très peu avec le couple Chris/Sylvère. Objectivé comme un pur support de fantasme, Dick n’est que le réceptacle, l’exutoire d’une femme qui se libère.

J’ai découvert ce texte par la série adaptée, avec Kevin Bacon (graouuuuu) dans le rôle de Dick. J’ai préféré la version filmée, notamment la toute fin de la série, brillante mise en image d’émancipation féminine. Le rythme du livre m’a un peu lassée, entre journal intime, chronique, lettres, fax, etc. Mais le texte publié en 1997 garde une incroyable modernité de ton et de sujet.

Posté par Lili Galipette à 08:00 - Mon Alexandrie - Lignes d'affrontement [2] - Permalien [#]

Commentaires sur I love Dick

  • Si je le trouve à la médiathèque, je me laisserai tenter ! Mais je ne sais pas si j'irais jusqu'à en parler sur mon blog car, avec un titre pareil, je craindrais de recevoir des commentaires inappropriés !

    Posté par Nanou, 18 octobre 2021 à 14:51 | | Répondre
  • Je ne vais pas m'empêcher de publier mon avis sur un livre parce que des personnes sans éducation pourraient mal se comporter en commentaires.
    Ce serait comme dire que c'est la victime qui a tort, voire qu'elle a cherché ce qui lui est arrivé.
    Je refuse la silenciation !

    Posté par Lili Galipette, 18 octobre 2021 à 14:55 | | Répondre
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